Action physiologique
A. Suivant les lois connues de la propagation du fluide nerveux dans les nerfs moteurs, l'action motrice s'exerce uniquement dans la direction des branches nerveuses qui se rendent aux muscles, et jamais en sens inverse. Il s'ensuit que l'électrisation des terminaisons nerveuses des membres ne doit pas faire entrer en contraction les muscles qui reçoivent leurs filets de nerfs placés au-dessus du point excité.
C'est, en effet, ce qui arrive lorsqu'on localise l'excitation électrique dans les terminaisons des nerfs, en tenant les deux rhéophores d'une batterie galvanique ou d'un appareil d'induction dans une seule main (avec la précaution, bien entendu, de ne pas fermer le circuit en les mettant en conlact). On ressent alors quelques contractions dans les muscles des éminences thénar et hypothénar produitespar l'excitation directe de ces muscles, avec des fourmillements ou des picotements dans les doigts, sous l'influence de l'excitation également directe des nerfs collatéraux ou de la pulpe des doigts ; les muscles de V avant-bras n'entrent pas alors en contraction.
Mais si, au lieu de tenir ces deux rhéophores dans une seule main et à la môme hauteur, on les éloigne l'un de l'autre, soit en plaçant l'un dans la main et l'autre sur la partie supérieure du membre, soit en tenant un rhéophore dans chaque main, on voit alors entrer en contraction les muscles de l'avant-bras ou du bras, selon le degré d'intensité du courant. Les contractions musculaires, provoquées par ce procédé d'électrisation, sont irrégulières, et ne sont pas en rapport avec le degré de douleur qui les accompagne. Celle-ci n'est pas, en effet, limitée aux muscles en contraction ; elle retentit plus fortement dans les articulations des poignets, des coudes ou des épaules, si le courant est intense. Cette sensation très-douloureuse alors laisse après elle un brisement dans les jointures.
Dans ces diverses expériences, l'excitation est toujours plus forte dans le membre supérieur dont la main tient le pôle positif; le courant y est ascendant.
Des deux expériences précédentes, je tire les déductions suivantes : 1° l'électrisation localisée dans les terminaisons nerveuses d'un membre n'y produit que des phénomènes locaux, en rapport avec les fonctions de l'organe excité, des sensations limitées au point excité; 2° pour provoquer des contractions dans les muscles placés au-dessus des terminaisons nerveuses, il faut éloigner les rhéophores l'un de l'autre, de manière que les courants parcourent longitudinalement les membres ou plutôt leurs nerfs; c'est l'électri-
kysles du foie ou de l'ovaire, soit pour coaguler le sang danslo traitement desancvrismes.
ART> n. — VALEUR DE L'ÉLECTRISATION PAR ACTION RÉFLEXE. 113
sation par action réflexe; 3° enfin l'électrisation par action réflexe agit spécialement sur la sensibilité d'une zone périphérique qui retentit sur certaines cellules des cornes postérieures en rapport d'innervation avec la région excitée, se propage ensuite à certaines cellules correspondantes des cornes antérieures de la moelle, et provoque ainsi, dans les muscles qui sont innervés par celles-ci, des contractions irrégulières et peu en rapport avec l'intensité des sensations.
Toutes les fois que les rhéophores humides d'un appareil d'induction, appliqués sur la peau, sont un peu éloignés l'un de l'autre, de manière que le courant parcoure le membre longitudinalement, alors même que les extrémités de ces membres ne sont pas mises en rapport avec ces rhéophores, il se produit encore des contractions musculaires par action réflexe. Que l'on pose, par exemple, l'un d'eux sur la face antérieure de l'avant-bras, et l'autre sur un point rapproché de la région cervicale de la moelle, alors en voit entrer en contraction non-seulement le muscle qui se trouve placé au niveau du rhéophore, mais encore d'autres muscles qui sont situés à l'avant-bras et au bras.
B. L'électrisation des extrémités nerveuses, par action réflexe, se pratique souvent en plongeant les extrémités du sujet dans deux bassins remplis d'eau, mis en rapport chacun avec l'un des rhéophores d'un appareil d'induction.
On peut faradiser à la fois les membres supérieurs et inférieurs par action réflexe et d'une manière plus générale, en plongeant les mains dans un bassin rempli d'eau et mis en rapport avec l'un des pôles d'un appareil d'induction, et les pieds dans un autre bassin également rempli d'eau et communiquant avec le second pôle. Ce mode d'éleclrisalion excite les centres nerveux et principalement la moelle épinière de la manière la plus générale et ia plus énergique, lorsque le courant est un peu intense. Si alors les intermittences sont rapides, tous les muscles des membres se contractent tétaniquement, et la sensation qui les accompagne, est très-douloureuse et retentit principalement dans les articulations. A ce degré d'intensité, ce mode d'électrisalion est suivi d'une forte courbature.
On doit ranger dans ce mode d electrisation générale, le bain électrique (que l'on peut appeler électro-dynamique) pour le distinguer du bain électrique statique, c'est-à-dire donné avec la machine électrique qui consiste à mettre l'eau du bain en communication avec l'un des rhéophores d'un appareil d'induction ou d'une pile à courants intermittents, tandis que l'autre rhéophore humide e;t appliqué sur un point de la surface du corps, qui se trouve en dehors du bain (ordinairement sur la face supérieure et postérieure du thorax).
duchemnb. — 3e édition. 8
114 CDAr. III. — LES PRINCIPALES MÉTHODES d'ÉLECTRISATION .
Par ce procédé, la moelle est alors exeilée d'une manière générale, h peu près comme par la faradisation réflexe des extrémités périphériques et avec la même énergie.
C. Èlectrisation par courants centripètes ou centrifuges avec les courants d'induction. — Dans l'électrisation par action réflexe, les physiologistes ont attaché une grande importance à la direction des courants, se fondant sur l'expérimentation qui démontre que, chez certains animaux, les courants directs (centrifuges) agissent sur la motilité, et les courants inverses (centripètes) sur la sensibilité.
Les courants d'induction, dans les conditions ordinaires, ne peuvent fournir ces courants directs ou inverses. En effet, chaque intermittence du courant induit (de la deuxième hélice) se compose, on le sait, de deux courants successifs marchant en sens contraire. Les intermittences produites par tous les rhéotomes ordinaires qui seront décrits par la suite (roue dentée, trembleurs), donnent donc des alternatives voltianes. Or il est quelquefois indiqué d'éviter ces alternatives voltianes, surtout dans certaines expériences électrophysiologiques ou dans les applications électro-thérapeutiques, où il faut faire passer un courant direct ou inverse. Afin de remplir ces indications, j'ai fait construire, il y a une dizaine d'années, un appareil qui est une modification de la roue d'Abria auquel j'ai joint un commutateur des pôles. Cet appareil est représenté dans la figure 33.
De môme que la roue d'Abria, il se compose de deux roues dentées A,B, alternativement à dents de laiton et à dents de bois. Dans la figure 30 les dents ombrées indiquent les dents de bois, et les dents claires les dents métalliques montées sur un môme axe, mais isolées ; les dents en laiton de chaque roue communiquent avec les montants également en laiton 8 et 16, dans lesquels tourne l'essieu commun en bois de ces roues qui se meuvent ensemble (différant en cela de l'appareil d'Abria, dans lequel les roues tournent indépendamment l'une de l'autre); les deux roues sont disposées de manière que leurs dents ne se correspondent chacune que dans la moitié de leur surface. Il en résulte que les ressorts 9 et 15 appuient ensemble sur les parties métalliques de ces dents seulement dans la moitié de leur surface.
Les choses étant ainsi disposées, suivons d'abord la marche du courant de la pile à travers le commutateur C (fig. 30) et arrivons aux extrémités du fil de la première hélice d'un appareil voltaélectrique à double induction, représenté, je suppose, par les boutons 7 et 4L Les deux pôles np de la pile arrivent en 1 et 2, boutons qui communiquent avec chacune des moitiés isolées 3 et 4 du commutateur c, où on peut les faire changer de côté en tournant le bouton D de ce commutateur de droite à gauche, et vice versà.
ART. n. — VALEUR DE L'ÉLECTRISATION PAR ACTION RÉFLEXE. 115
L'un de ces pôles, — supposons le pôle négatif, — passe de 3 el 5 en 6, bouton auquel s'attache un conducteur mis en communication avec 7, l'une des extrémités du fil de la première hélice ; d'autre part, le pôle positif p de 2 el 4 passe en 8, support métallique communiquant avec les dents métalliques de la circonférence de la roue A, en 9 ressort en contact avec les dents métalliques et en 10, bouton auquel est attaché un conducteur mis en communication avec U, deuxième extrémité du fil de la première hélice.
JffPAÏÏElE
Fig. 33. — Distributeur de l'entrée ou de la sortie des courants d'induction et commutateur des
pôles de Duchenne (de Boulogne).
Dans ces conditions, la roue A n'est qu'un rhéotome ordinaire, produisant sur chacune de ses dents ou à chaque intermittence, pendant le mouvement rolatoire qui lui est imprimé, deux courants en sens contraire, l'un à la fermeture et l'autre à la rupture du circuit, dans le fil de la seconde hélice (induite) dont les extrémités représentées, je suppose, parles boutons 12 et 13, ont été mis en communication par un conducteur métallique ou organique, en d'autres termes, dont le circuit est fermé.
Mais l'une des extrémités de ce fil, 13 par exemple, est conduite par un fil métallique, en 14 et en 15, ressort appuyant sur les dents métalliques de la roue B, qui elles-mêmes communiquent avec 16, montant de celte roue B, el avec le bouton 17. On conçoit que
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si le circuit de cette deuxième hélice est fermé par un conducteur, mis en communication avec le bouton 17 et avec le bouton 12 qui représentent, le premier l'une des extrémités du fil de l'hélice induite, et le second l'autre extrémité, l'organe placé dans ce circuit recevra seulement le courant de rupture, quand la roue tournera de gauche à droite, et celui de fermeture si au contraire elle tourne de droite à gauche. Les rapports qui existent entre les dents métalliques et les bois des roues A et B expliquent comment alors l'organe placé dans le circuit ne reçoit à volonté que le courant de rupture ou celui de fermeture.
En effet, le circuit de la deuxième hélice étant fermé par le contact du ressort 15 avec les dents métalliques de la roue B, seulement au moment où,' pendant son mouvement rotaloire de gauche à droite, se fait la rupture du circuit inducteur de la première hélice, le courant de rupture seule peut être transmis au circuit induit. Inutile de dire que l'inverse a lieu en faisant tourner les roues A et B dans le sens opposé.
Pour faire ressortir l'utilité de l'espèce de rhéotome que je viens de décrire, il me suffira de dire qu'il m'a servi à étudier physiologiquement et thérapeutiquement :
1° L'influence des courants d'induction centrifuges ou centripètes ;
2° La valeur comparative ou les effets comparatifs du courant de fermeture ou du courant de rupture des courants induits;
3° L'influence des courants d'induction centrifuges ou centripètes avec renversement des pôles à volonté.
H. Action thérapeutique dans le traitement des paralysies.
11 est quelquefois indiqué d'exciter les centres nerveux. C'est dans ce cas que l'on a recours ordinairement à des médicaments divers qui possèdent la propriété spéciale de provoquer des contractions musculaires, en stimulant l'arbre nerveux. L'éleclrisation des extrémités nerveuses par action réflexe agit d'une manière analogue. Je l'ai donc appliquée au traitement de certaines paralysies où je pouvais, sans danger, porter la stimulation vers les centres nerveux.
Je n'ai pas toujours eu à me féliciter de l'emploi de ce mode d'électrisation. Les paralytiques que j'ai faradisés par ce procédé, ont il est vrai, éprouvé quelquefois une amélioration; mais, consécutivement à ce traitement, certains d'entre eux ont ressenti des douleurs profondes dans le trajet des nerfs, dont les ramifications avaient été excitées; douleurs qui ont souvent pers.sté, sous forme de névralgies. L'excitation énergique des nombreuses ramifica-
ART. II. — Y A LEUR DE l'ëLECTRISATION PAR ACTION RÉFLEXE. 117
lions nerveuses, spécialement deslinées à la sensibilité, explique la fréquence de ces accidents.
Dans certaines circonstances, ce procédé de faradisalion par action réflexe expose les malades aux accidents les plus graves. En voici un exemple.
Observation V. — Un étudiant en médecine, M. X..., âgé de 22 an?, avait élé frappé d'apoplexie en 1851. L'hémiplégie, qui régnait à gauche et qui était due à une hémorrhngie cérébrale, s'était dissipée progressivement en une année. Mais les mouvements volontaires étaient gônés par la contracture continue de quelques muscle?, surtout des fléchisseurs de l'avant-bras et de la main, contracture qui s'étendait à un plus grand nombre de muscles, lorsqu'il voulait faire certains mouvements ou qu'il éprouvait une impression quelconque.
Ces phénomènes ne sont pas seulement symptomatiques d'une sclérose secondaire de la moelle, comme cela semble ressortir des recherches modernes; ils peuvent être quelquefois symptomatiques d'une hypérémie qu'il faut se garder de surexciter, sous peine de provoquer les plus graves accidents. Ignorant ce danger, notre étudiant, qui avait mal interprété l'une de mes publications, croyait que l'on pouvait sans danger appliquer, dans tous les cas, la faradisalion au traitement de l'hémiplégie cérébrale, de six mois à un an après son début. Ce jeune homme n'avait pas compris la différence qui existe entre limiter l'excitation électrique dans les muscles en évitant de provoquer des sensations douloureuses, et produire leur contraction au moyen d'une forte électrisation par action réflexe. Voici ce qu'il fit dans l'espoir de hâter sa guérison.
Ayant mis en action un appareil d'induction, dont les intermittences marchaient avec une grande rapidité àl'aide d'un trembleur, ilpritdans chaque main un cylindre métallique excitateur, de manière que le courant de l'hélice parcourût ses nerfs brachiaux des extrémités aux centres. Au moment où le courant commença à passer, ses mains se fermèrent avec une grande force, sans qu'il pût lâcher les cylindres. Sentant alors que son membre paralysé se contracturail très-douloureusement, il eut la présence d'esprit de renverser d'un coup de pied la pile de Bunsen qui faisait marcher son appareil d'induction. Le courant s'arrêta à l'instant, mais il était trop lard; son action, qui n'avait duré que quelques secondes, avait déjà occasionné les plus grands désordres; la tête était extrêmement douloureuse, la contracture avait gagné tout le côté du malade et, une heure après, le pauvre jeune hommp, qui se trouvait seul dans sa chambre, fut trouvé étendu sur le plancher, se roulant dans des convulsions. Il fut transporté à la Charité, où je recueillis plus tard, de sa propre bouche, la malheureuse histoire que je viens de raconter. Sa vie fut pendant plusieurs jours en danger; malgré des saignées réitérées, des purgatifs et un vésicatoire à la nuque, les contractures douloureuses et comme tétaniques persistèrent plusieurs semaines. Enfin ce ne fut qu'après un assez long séjour à l'hôpital, qu'il put sortir, ayant conservé, dans son côlé droit, des contractures beaucoup plus générales et beaucoup plus fortes qu'avant qu'il eût conçu la malheure', se idée de se faradiscr par action réflexe.
118 CUA1\ 111. — LES PRINCIPALES MÉTHODES l/ÉLECTRISATION.
Si, dans ce cas, l'excilation électrique eût été limitée aux muscles paralysés, malgré les conditions particulières où se trouvait le centre cérébral de ce jeune homme, et l'état hypérémique qui peut exister dans le point où s'est développée une sclérose secondaire de la moelle, conditions qui, pour moi, conlre-indiquent l'application de la faradisalion môme localisée, ces accidents graves, évidemment dus ici à une surexcitation centrale, ne seraient pas arrivés; je puis l'affirmer, parce qu'une longue expérience me l'a appris. Combien de fois, en effet, n'ai-je pas, dans mes recherches faradisé localement les muscles de sujets qui se trouvaient dans le môme état que ce jeune homme, sans observer le moindre inconvénient ! J'en suis arrivé à conclure que ces applications localisées sont souvent alors inutiles, mais non dangereuses, quand elles sont faites avec circonspection. Au début de mes expériences électrothérapeutiques, il m'est souvent arrivé de faradiser par action réflexe les antagonistes des muscles contracturés des sujets hémiplégiques, et j'ai quelquefois eu lieu de m'en repentir ; aussi doit-on ôtre circonspect dans l'application d'une méthode d'électrisation aussi dangereuse.
Les bains èlectro- dynamiques donnés à dose assez faible pour ne pas provoquer des contractions musculaires, produisent une excitation qui augmente les forces musculaires dans certaines paralysies générales. Je les ai employés souvent avec succès.
Le mode d'administration que j'ai indiqué ci-dessus (p. H 3) me paraît préférable, en raison de sa simplicité, à quelques autres plus compliqués.
§ II, — Excitation par action réflexe en faisant passer des courants d'induction de la bouche à l'anus.
ï. — Action physiologique.
Les procédés de faradisation par action réflexe, dont il vient d'être question, n'excitent fortement la moelle que dans les points d'origine des plexus brachiaux et lombo-sacrés. Il en est un autre qui produit une excitation réflexe plus générale de ce centre nerveux. Je veux parler de celui qui consiste à placer les rhéophores d'un appareil d'induction, l'un dans la bouche et l'autre dans l'anus; c'est le procédé de J. Leroy d'Étiolles, dont il a été question précédemment (voy. p. 97). Voici sommairement les expériences que j'ai faites dans le but d'étudier l'action physiologique de ce procédé.
Expériences. — 1° J'ai dit (page 97) qu'en 1853 j'ai répété sur un cheval, ces expériences de Leroy d'Étiolles, avec le courant d'induclion ; que ce dernier était peu intense, mais assez fort pour produire par action réflexe des contractions létaniCormes générales dans les membres cl le tronc, et
ART. II. — VALEUR DE LELECT1USATI0N l'AR ACTION RÉFLEXE. 119
que cependant la respiration et les battements du cœur n'ont pas été suspendus. 2° J'ai répété des expériences analogues sur des lapins. Plusieurs d'entre elles ont été laites, en ma présence, dans le laboratoire de mon ami M. Liégeois. A un courant excessivement Faible, il n'y avait pas d'autre phénomène appréciable qu'une légère contraction de la langue et des muselés de la face. Puis, j'ai augmenté progressivement la force de l'extra-courant de mon appareil, qui, au commencement de l'expérience, était à son minimum, et qui, en outre, traversait une petite couche d'eau contenue dans un tube modérateur rempli d'eau (qui sera décrit plus loin), j'ai, dis-je, augmenté l'intensité de ce courant jusqu'à ce qu'il se produisît quelques contractions tétaniformes dans les muscles du Ironc et des membres, ni la respiration, ni les battements du cœur n'ont été arrêtés, ils ont été suspendus seulement pendant une ou deux secondes. Cette expérience, deux fois renouvelée sur le môme lapin, pendant vingt à trente secondes chaque fois, a donné les mômes résultats. Mais lorsqu'ensuite le courant est devenu plus intense jusqu'à tétaniser et immobiliser complètement les parois thoraciques, une aiguille enfoncée dans le cœur a cessé d'osciller.
On voit, en somme, dans les expériences qui précèdent, que les rhéophores étant placés l'un dans la bouche et l'autre dans l'anus, un courant d'induction à intermittences rapides et de trèspeu d'intensité (l'exlra-courant de mon grand appareil au minimum ayant en outre à vaincre la résistance d'une petite colonne d'eau) a pu produire, chez des lapins, des contractions tétaniformes dans les muscles des membres et du tronc, par une action évidemment réflexe de toute la moelle, sans arrêter ni le cœur ni la respiration.
Mais un autre fait non moins important ressort de ces expériences : c'est que, relativement, ce mode de faradisalion paraît n'avoir produit qu'une faible excitation réflexe du bulbe. En effet, malgré les contractions tétaniformes générales qu'il a provoquées, la respiration el les battements du cœur, qui avaient été suspendus pendant une à deux secondes, ont persisté pendant les vingt à trente secondes que durait chacune de ces expériences; il est à noter seulement que les mouvements respiratoires et les pulsations cardiaques avaient augmenté de vitesse.
L'expérimentateur sait qu'à ce très-faible degré, un courant d'induction dirigé sur le pneumogastrique mis a nu arrête le cœur et la respiration; il sait également que la faradisation la plus faible du laryngé supérieur suspend à l'instant la respiration. Aussi doutera-t-il que le bulbe ait été réellement excité dans ces expériences où le courant d'induction parcourt le tronc de la bouche ù l'anus, au môme degré de force, sans produire un grand trouble de la respiration.
Il a fallu, on l'a vu, que le courant fût arrivé à un plus haut degré de tension, pour que la respiration fût complètement arrêtée el que le cœur cessât de battre.
120 CHAP. III. — LES PIUNCIl'ALES MÉTHODES D'ÉLECTMSATION.
Il n'est pas môme démontré que, dans cel le dernière circonstance, l'arrêt de la respiration et du cœur ail été produit par l'excitation du bulbe. En effet, la contraction tétaniforme n'était pas à son maximum, de sorte que les muscles inspirateurs, principalement le diaphragme et !es intercostaux, qui n'étaient que dans un certain degré de roidcur, ont pu, sous l'influence des grands efforts inspiraloires, se contracter davantage encore, et produire des mouvements. Dans la seconde expérience, on comprend que l'état tétaniforme au maximum des mômes muscles inspirateurs se soit opposé nécessairement à tout mouvement respiratoire du thorax; ce qui explique la mort rapide dont sont frappés les animaux soumis à ce genre d'expériences. Quant à l'arrêt, observé dans cette dernière expérience, des oscillations de l'aiguille implantée dans le cœur, il ne prouve pas que cet organe ait alors cessé de battre, car ces oscillations ont été alors empêchées par la roideur extrême des intercostaux traversés par l'aiguille, tandis que, dans la première expérience, ces intercostaux n'étaient pas assez conlraclurés pour s'y opposer. Ce qui prouve l'exactitude de celte txplication, c'est que, dès que ces muscles se sont relâchés par le fait de la suspension de la faradisation el si le lapin a cessé de vivre, de petiles oscillations de l'aiguille font encore voir les contractions propres du cœur.
Les faits et les considérations que je viens d'exposer démontrent donc que le mode de faradisation générale, dont il est ici question, n'excite pas puissamment l'activité réflexe du bulbe; c'est seulement ce que je tenais à établir.
Cependant je ne prétends pas que ce procédé n'exerce aucune action réflexe sur le bulbe. Je ne concevrais pas en effet que dans ces expériences, où l'un des rhéophores est placé dans une région (la bouche) innervée par le bulbe et par une partie de la protubérance, ces derniers points du centre nerveux auraient pu échapper à toute espèce d'excitalion. Certains faits montrent, au contraire, qu'il y a eu réellement une action réflexe du bulbe. Ainsi la faradisation a-t-el!e été modérée dans ces cas, on a constaté que les battements du cœur sont devenus plus fréquents de même que les mouvements respiratoires. Enfin l'on verra bientôt que dans l'asphyxie, ce mode de faradisation, par action réflexe, de la moelle a pu ranimer la respiration suspendue depuis plusieurs minutes ; qu'il a aussi rétabli et développé les battements du cœur qui alors n'étaient plus appréciables que par les oscillations faibles et très-lentes d'une longue aiguille enfoncée dans cet organe, bien que le courant eût été des plus faibles, au point de ne pas provoquer des contractions réflexes dans les membres.
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