II. — Action théiiapeutique
La faradisalion par action réflexe de la moelle et de la moelle allongée est indiquée dans l'asphyxie. Des expérimentateurs ont pensé que l'un des meilleurs moyens à employer dans ce but, c'est de placer l'un des rhéophores dans la bouche et, l'autre dai.s l'anus.
A. Historique. — Ce procédé d'électrisalion générale ou par action réflexe de la moelle a été, je l'ai dit plus haut, conseillé en 1825 par Leroy d'Étiolles qui employait le courant galvanique contre l'asphyxie. Enfin, il vient d'être remis en honneur, dans le même but, par MM. Legros et Onimus, avec cette différence qu'ils se servent d'une pile à courants constants , tandis que Leroy d'Étiolles n'avait alors à sa disposition qu'une pile à courants inconstants (la pile de Wollaston).
B. Mes premières expériences. — En 1854., j'ai fait, chez le cheval, mes premières expériences sur l'action thérapeutique du procédé d'électrisalion de Leroy d'Étiolles, modifié par l'emploi des courants d'induction au lieu du courant galvanique.
L'analyse de l'action physiologique de ce procédé de faradisation générale m'a bien vite appris : 1° qu'il était le plus sûr pour exciter de la manière la plus générale une action réflexe de la moelle ; 2° que les contractions réflexes provoquées alors étaient des plus énergiques, qu'avec des intermittences rapides elles devenaient lélaniformes, et qu'avec un courant trop intense elles pouvaient, en contracturant les muscles du tronc, surtout ceux de la respiration, produire rapidement l'asphyxie, conséquemment que ce procédé, de faradisalion ne pouvait être appliqué à forte dose, sans danger, à la thérapeutique.
Cependant, commej'avais observé que, à faible dose, il n'arrête ni la respiration ni la circulation, alors même qu'il produit encore des contractions réflexes dans les membres, je n'ai pas hésité à en faire presque immédiatement l'application chez l'homme. On se rappelle que je l'ai expérimenté chez une hystérique dont il a été question précédemment. J'ai répété, dans des circonstances analogues, cette même expérience sur d'autres sujets.
Voici, en somme, pour ce qui a trait à la faradisation réflexe de la moelle par le procédé de Leroy d'Étiolles, les principaux phénomènes que j'ai observés. Ayant commencé par un courant peu intense ou trop faible pour provoquer des contractions réflexes dans les membres, les sujets n'ont accusé d'autres sensations que celles qui étaient occasionnées par une légère contraction de la langue, du sphincter et du releveur de l'anus, par des phosphènes; en outre,
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le pouls et la respiration avaient un peu augmenté de fréquence. Ce procédé a été parfaitement supporté, tant que le courant n'a pas été assez intense pour ne p3s produire des contractions réflexes dans les membres. Mais, n'ayant rien obtenu, à ce degré d'excitation, contre les désordres fonctionnels que je voulais combattre, j'ai augmenté graduellement l'intensité du courant, jusqu'à produire des contractions réflexes dans les membres, ayant soin, pour éviter tout danger, d'éloigner les intermittences du courant, jusqu'à une ou deux par seconde. Les malades alors éprouvèrent des secousses douloureuses principalement dans les jambes, douleurs qui furent suivies, après le passage du courant, d'un sentiment de courbature générale. — Chez une seule malade qui était complètement anesthésique et analgésique j'ai pu provoquer, en conséquence, pendant quinze à vingt secondes, avec un courant d'induction peu intense et dont les intermittences étaient très-rapides, des contractions tétaniformes réflexes générales.
Eh bien ! dans ces circonstances, le cœur n'a pas cessé débattre, ni la respiration de se faire. Il y a eu seulement une accélération des battements du cœur et des mouvements respiratoires ; la malade fut en outre éblouie, pendant quelque temps, par les phosphènes qui s'étaient produites pendant le passage du courant.
J'ai conclu de ces expériences : 1° que la faradisalion générale par action réflexe de la moelle, par le procédé de Leroy d'Étiolles, peut être appliquée à la thérapeutique chez l'homme, sans aucun danger, et qu'elle est parfaitement supportée, lorsque le courant n'est pas assez intense pour provoquer des contractions dans les membres; 2° qu'elle ne produit pas, il est vrai, l'arrêt de la respiration, alors même qu'elle provoque des contractions tétaniformes réflexes, si elles ne sont pas trop fortes; mais qu'il est difficile de dire quel est le degré de contraction tétaniforme au delà duquel on pourrait causer cet arrôt de la respiration et conséquemment l'asphyxie ; 3° enfin que, dans certaines conditions dynamiques ou morbides, les contractures tétaniformes les plus légères exposeraient le sujet à ce danger.
En somme, telles sont les raisons fondées, on le voit, sur une expérimentation datant de 1854, qui m'ont rendu très-circonspect dans l'emploi de la faradisalion générale par le procédé de Leroy d'Étiolles, et qui m'ont conduit à la déconseiller, lorsqu'elle est pratiquée à un degré d'intensité qui provoque des contractions réflexes de la moelle et surtout avec des intermittences rapides.
C. Expériences plus récentes sur l'application de ce procédé au traitement de l'asphyxie, comparativement avec les courants d'induction et avec les courants continus constants. — La faradisalion générale par ce procédé peut heureusement guérir l'asphyxie, sans qu'il soit
ART. II. — VALEUR DE L ELECTRISATIOxN i'AR ACTION RÉFLEXE. 123
besoin d'élever l'intensité du courant jusqu'à produire des contractions réflexes.
Ce fait important a été mis en lumière par M. Liégeois, dans un rapport fort bien fait et lu par lui à la Société impériale de chirurgie, dans la séance du 17 mars 1869, au nom d'une commission composée de M. Broca, Paulet et le rapporteur, sur l'emploi des courants électriques continus contre la syncope et les accidents causés par le chloroforme, note adressée à cette Société par MM. Legros et Onimus, le 10 décembre 1868.
Ces expérimentateurs avaient écrit dans leur travail : « Nous ne passerons point en revue les autres moyens (que le courant continu), employés dans les accidents causés par le chloroforme; tous, à l'exception peul-ûtre de la respiration artificielle, ont été inutiles ; nous insisteronssur les courants interrompus, \es courants d'induction, qui ont été préconisés et dont on ne saurait trop condamner l'usage. Le meilleur moyen d'arrêter complètement les battements du cœur, affaiblis par les anesthésiques , est de faire passer un courant d'induction. On doit donc redouter l'emploi de ces appareils, qui déterminent précisément les résultats que l'on veut éviter. »
Après avoir exposé les expériences faites par MM. Legros et Onimus devant la commission, le rapporteur M. Liégeois a conclu : que, malgré Je vif intérêt qui s'y attache, la commission a dû reconnaître qu'elles ne répondaient pas exactement au litre de la note ; qu'elles ne sont rigoureusement applicables, chez l'homme, qu'à l'asphyxie chloroformique, accident qui, chez lui, amène moins souvent la mort, et qui est plus facile à combattre que la syncope chloroformique; que, réduite dans les applications à l'asphyxie chloroformique, la galvanisation, telle que la professent MM. Legros et Onimus, est assurément d'une efficacité incontestable. Mais M. Liégeois s'est hâté de rapporter une autre expérience faite devant la commission et qui démontre que le courant d'induction à dose équivalente et par le même procédé (procédé de J. Leroy d'Éliolles) guérit tout aussi bien l'asphyxie chloroformique que le courant continu, a Sur la demande, dit-il, que nous fîmes à MM. Legros et Onimus, de vouloir bien essayer devant nous l'influence du courant d'induction, un rat fut chloroformisé sous la même cloche et de la même façon que les premiers. Il fut retiré alors que la respiration, la sensibilité et les mouvements généraux étaient complètement abolis, tandis que les battements persistaient encore. On fit ensuite passer le courant d'un appareil de Dubois-Reymond de la bouche à l'anus; seulement, afin de se rapprocher autant que possible, avec notre appareil, du peu d'intensité du courant continu, nous priâmes ces messieurs de prendre le courant le plus faible que l'on pourrait obtenir. Ce cou-
12 4 CIIAP. III. — LES PRINCIPALES MÉTHODES d'ÉLECTIUS ATION .
rant passa quelques secondes seulement, et, presque aussitôt son interruption, les mouvements respiratoires reparurent, tes battements du cœur augmentèrent, puis la sensibilité, les mouvements volontaires revinrent insensiblement; l'animal fut sauvé.
M. Liégeois a fait cette expérience sur un grand nombre de lapins; M. Duchenne fils et moi nous l'avons répétée dans le cabinet de M. Liégeois et dans le mien, avec un peu plus de régularité, en faisant passer le courant d'induction à travers mon tube modérateur rempli d'eau distillée (je le décrirai par la suite); nous l'avons faite comparativement avec le courant continu ascendant ou descendant, dans l'asphyxie par strangulation et dans l'asphyxie chloroformique.
Les résultats thérapeutiques, dans toutes ces expériences, ont élé identiquement les mêmes ; ils justifient pleinement les conclusions suivantes du rapport de M. Liégeois :
o D'après les expériences que nous venons de relater, dit-il, on comprendra qu'il nous est impossible d'accorder aux courants continus, pour les cas d'asphyxie chloroformique ou d'asphyxie par strangulation, une supériorité d'action sur les courants intermittents. En les mettant au même niveau, nous croyons être dans le vrai. »
Au point de vue pratique, les conclusions de M. Liégeois n'ont pas moins d'importance. «Si du laboratoire, dit-il, nous nous transportons sur le terrain de la pratique, nous ne pouvons nous empêcher de donner aux courants d'induction la prééminence. En effet, tout d'abord il est difficile d'avoir à sa disposition un appareil qui, comme celui de Remak (pile spécialement recommandée par MM. Legros et Onimus pour l'application des courants continus dans l'asphyxie), se compose de 20, 30, 40 couples analogues à ceux de la pile de Daniell; il est au contraire très-facile de se procurer un appareil d'induction simple dans son maniement, peu volumineux, et qui, par cela même, peut accompagner le chirurgien partout où il va. »
« D'autre part, ajoute M. Liégeois, de l'aveu même de MM. Legros et Onimus, les courants continus ne ramènent l'action du cœur que s'ils se trouvent sur l'axe cérébro-spinal. En vain, nous ont-ils dit lors de notre réunion, ils les ont appliqués sur le cœur directement, sur le diaphragme, sur les nerfs phréniques ; jamais , dans ces circonstances, ils n'ont pu ramener les animaux à la vie. Or, chez l'homme, l'efficacité des courants d'induction appliqués à ces divers organes a déjà reçu la sanction de l'expérience. »
Sur ce dernier point encore, je suis entièrement de l'avis de M. Liégeois ; en effet, toutes les fois que j'ai été appelé à secourir un asphyxié ou une personne menacée d'arrêt du cœur ou de la respi-
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ration, par le fait d'un trouble grave dans l'innervation, je me suis muni de préférence d'un appareil d'induction, non-seulement parce qu'il est plus portatif, mais aussi parce que, dans ces circonstances, il peut répondre à plusieurs indications importantes que ne saurait remplir la galvanisation à courants continus, principalement dans la pratique de la respiration artificielle par la faradisation du nerf phrénique(bien préférable, dans certains cas, à la faradisation ou à la galvanisation par le procédé de Leroy d'Ëtiolles, ainsi que je le prouverai par la suite) et dans l'application de la faradisation cutanée, comme excitant par action réflexe les fonctions du cœur, et la respiration, dans le traitement de l'aspbyxie ou de la syncope. (J'aurai à traiter bientôt cette dernière mélbode d'excitation réflexe de la moelle.)
Cependant il ne faut pas être exclusif, dans ces circonstances où le danger est pressant et arrive d'une manière imprévue ; alors le médecin qui est appelé à combattre immédiatement l'aspbyxie ou la syncope, doit savoir se servir de l'instrument qui lui tombe sous la main : d'une pile ou d'un appareil d'induction quelconque. Voici, en somme et pour conclure, comment il devra se conduire alors, comment du moins j'ai dû plusieurs fois me comporter moimême.
1° S'il peut disposer d'un appareil d'induction, qu'il se gradue ou non, et quelle que soit sa puissance, il atténuera et graduera l'intensité de son courant de la manière suivante : il remplacera le tube modérateur à eau, — que je place habituellement dans le circuit du courant dont je veux réduire la tension à un degré infiniment affaiblie ; — par une bande de toile ou des linges quelconques (mouchoirs, draps, et -.), mouillés, longs de un ou de plusieurs mètres, suivant le degré de puissance de l'appareil, et qu'il étendra sur une table ; il placera ensuite une des extrémités de ce linge mouillé sur l'un des électrodes de l'appareil, et l'autre extrémité sera mise en contact avec le conducteur de l'un des rbéophores introduit dans la bouche, le second rhéophore, qui est placé dans l'anus, communiquant par son conducteur avec l'autre rhéophore. Dans ces conditions, on le comprend, la tension du courant sera réduite à une faiblesse extrême. Alors, pour arriver au degré de force nécessaire, il diminuera graduellement la longueur de la bande humide et avec des intermittences éloignées les unes des autres d'une seconde, çn posant l'extrémité libre -du conducteur du rhéophore anal sur des points de cette bande de plus en plus rapprochés de l'électrode de l'appareil, jusqu'à ce qu'il soit arrivé à provoquer un commencement de contraction réflexe dans les membres. C'est un peu au-dessous de ce degré de tension, assez faible pour ne pas provoquer de contraction musculaire, qu'il faut opérer, c'est-à-dire