‹ De l'electrisation localisee et de son application a la pathologie et la therapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 438 sur 543 · II. — TROUBLES FONCTIONNELS ET DÉFORMATION DU PIED · texte numérisé non relu

II. — TROUBLES FONCTIONNELS ET DÉFORMATION DU PIED

Lorsque le triceps sural a perdu son action, le mouvement d'extension du pied ne se fait plus, dans l'articulation tibio-tarsienne, qu'avec une grande faiblesse, et encore cette extension va-t-elle à peine au delà de l'angle droit, malgré la contraction énergique du long péronier et du long fléchisseur des orteils qui, ainsi que je le démontrerai, agissent faiblement sur l'articulation tibio-astragalienne. Pendant que le malade s'efforce ainsi d'étendre son pied, on ne sent pas la tension du tendon d'Achille. Par le fait de la paralysie, et surtout de l 'atrophie du triceps sural, le pied subit la déformation suivante : le talon s'abaisse graduellement, tandis que l'avant-pied s'infléchit sur l'arrière-pied ; il en résulte un talus pied creux. J'ai déjà exposé la genèse de cette espèce de pied bot dans une note de la page 387, à l'occasion de l'observation du sujet dont les pieds sont représentés dans les figures 97 et 98 ; j'y renvoie le lecteur. Je rappellerai seulement que celte espèce de talus pied creux varie suivant que les muscles qui agissent sur l'avant-pied sont plus ou moins lésés. Ainsi sont-ils tous intacts, l'avant-pied s'infléchit en masse sur l'arrière-pied : c'est un talus pied creux direct (voyez fig. 97). Le long péronier est-il alors altéré, le bord interne du pied est maintenu relevé par le jambier antérieur et le long fléchisseur des orteils agissant seul, la face plantaire du pied regarde en dedans : c'est un talus pied creux tordu en dedans (varus de l'avantpied, voy. fig. 98). Enfin, lorsque, dans ce même cas, le long péronier agit seul sur l'avant-pied, la faillie sous-métatarsienne est plus

ART. IV, § I. — TARALYSIE DU TRICEPS SURAL. 987

abaissée que la tôle du dernier mélalarsien, el l'avant-pied regarde n dehors c'est un talus pied creux tordu en dehors. Tout talus est valgus. On comprend que cela doit être, puisque le r.ceps sural étant adducteur, ainsi que je l'ai démontré expérimentalement et comme Delpech l'avait établi d'ailleurs bien antérieurement, d'après l'observation pathologique, la paralysie ou l'atrophie de ce muscle donne nécessairement une prédominance d'action aux forces toniques qui tendent à placer l'arrière-pied dans l'abduc-

tion. . ,, .

Le mouvement qui produit le talus se passe, comme je 1 ai montré dans l'articulation tibio-tarsienne, de sorte que lorsque le talus est'à la dernière période, l'astragale a exécuté son maximum de flexion. A ce moment, l'articulation tibio-tarsienne est condamnée à l'inaction ; mais le sujet y supplée alors en mettant instinctivement en mouvement son articulation calcanéo-astragalienne à l'aide du muscle qui produit la flexion abductrice, avec son long extenseur des orteils. (Je démontrerai par la suite que le mouvement d'abduction qui se passe dans l'articulation calcanéo-astragalienne élevé aussi la pointe du pied. Ce mouvement de flexion abductrice est d'autant plus grand, plus exagéré, que le talus est plus avancé. Les figures 103 et 104, p. 424, en donnent une idée.)

Les déformations articulaires produites par le talus pied creux sont d'autant plus grandes, qu'il est arrivé à un plus haut degré. Le mouvement de flexion supplémentaire incessamment répété par le long extenseur des orteils use à la longue les surfaces articulaires, qui frottent alors Tune contre l'autre, c'est-à-dire que le bord antérieur de la facette articulaire postérieure de l'astragale creuse, en s'usant lui-même, la fossette triangulaire qui termine en dehors le sillon interosseux situé à la face supérieure du calcanéum. On peut voir dans la figure lilhographiée, pl. 1, p. 402, qui représente sur un membre disséqué un talus pied creux tordu en dedans, consécutif à l'atrophie du triceps sural et du long péronier latéral, combien cette fossette triangulaire a été creusée par la facette articulaire postérieure de l'astragale, qui elle-même a été usée en grande partie en dehors et en avant par ces frottements continuels. Les déformations articulaires produites par l'inflexion de l'avahl-pied sur l'arrière-pied ne sont pas moins considérables. Elles siègent principalement dans l'articulation médio-tarsienne. Les surfaces articulaires qui se subluxent, pour ainsi dire, y sonl usées dans le sens de celte inflexion, el les ligaments correspondants à l'angle médio-tarsien se rétractent à la face plantaire, tandis qu'ils sont allongés sur le dos du pied. Ces déformations, que" l'on rencontre flans toutes les espèces de pieds creux, ont été parfaitement dé-

dans le deuxième et le troisième degrés du varus équin (i) J'y renvoie le lecteur. J

Après avoir lu la description des désordres occasionnés par la paralysie ou par l'atrophie du triceps sural dans les mouvements et dans la conformation du pied, il semble qu'on ne saurait méconnaître cette paralysie; malheureusement il n'en est pas toujours ainsi, car j'ai vu commettre à ce sujet les plus graves erreurs, au début et dans les premiers mois de celte paralysie. A ce moment, la paralysie occasionne peu de troubles dans la marche et dans' la forme du pied; on remarque seulement une légère claudication; si alors on ne songe pas à examiner les mouvements partiels du pied sur la jambe, la paralysie, cause unique de la claudication, échappe à l'observateur, et l'on fait, à l'occasion de cette claudication, des diagnostics impossibles. J'ai vu, en effet, dans ces cas, attribuer la claudication à une altération de l'articulation coxofémorale. C'est seulement à la longue, et quand il n'est plus temps, que l'on reconnaît, à la déformation du pied et aux désordres de ses mouvements, l'existence d'une paralysie locale.

§ — Paralysie du long: péronier.

La paralysie du long péronier a été méconnue jusqu'à ce jour : c'est que, pour la diagnostiquer ou pour la décrire, il fallait avant tout connaître exactement l'action propre et le rôle important qu'il est appelé à remplir dans la station, dans la marche et dans la conformation du pied. Je puis dire, sans exagération, que tout cela était entièrement ignoré avant mes recherches électro-physiologiques.

J'ai rencontré cette paralysie chez des individus dont les pieds étaient restés longtemps dans l'eau très-froide; la contractililé électro-musculaire y était intacte, on pouvait donc la croire rhumatismale. Plusieurs fois elle est survenue à la suite d'un coup reçu sur le côté externe de la jambe. Mais ordinairement elle s'était montrée, sans d'autres causes apparentes qu'une grande fatigue, après une longue marche ou une station trop prolongée, chez des sujets dont la voûte plantaire était peu développée.

Je regrette d'avoir à faire le sacrifice de ces observations importantes, à cause du défaut d'espace. Je ne relaterai que celles qui offrent un double intérêt au point de vue du traitement et de la genèse du pied plat.

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