G CHAI'. XVIII. — PROTHÈSE MUSCULAIRE PHYSIOLOGIQUE
démontrer, — ce qui est ressorti de mes recherches électro-physiologiques et pathologiques (I), — que les interosseux et leurs congénères, les lornbricaux , sont seuls chargés de ces derniers mouvements.
Et pour le pied, j'ai aussi démontré (2) que le mécanisme de la plupart des mouvements du pied sur la jambe était encore à trouver. Comment, par exemple, peut-on se tenir sur l'extrémité interne de l'avant-pied, alors que le triceps sural (jumeaux et soléaire), ce puissant extenseur du pied, est absolument sans action sur celte partie du membre inférieur? On conçoit combien ce problème intéresse l'étude des phénomènes du saut, de la marche et de la station. Il ressort aussi de ces recherches que les mouvements qui se produisent dans les articulations du tarse et du métatarse, sous l'influence de l'action individuelle des muscles moteurs du pied sur la jambe, n'avaient pas été suffisamment étudiés. Gomment, sans ces notions, se rendre un compte exact du mécanisme de la plupart de ces déformations, qui ne sont, en général, que la conséquence de l'exagération de ces mouvements articulaires?
II. Mes recherches électro-physiologiques et pathologiques m'ayant donc éclairé sur l'action individuelle des muscles et sur le mécanisme d'un grand nombre de mouvements, il m'était réservé de faire servir ces connaissances spéciales à l'étude de la prothèse musculaire qui fait le sujet de ce chapitre. Celle application pralique sera pour ainsi dire le couronnement de mes recherches sur la physiologie et sur la palhologie musculaire de la main, du pied et du tronc.
III. Voici comment j'ai été conduit à rétablir ou à seconder Taclion musculaire individuelle, abolie par le fait de la paralysie ou de l'atrophie d'un ou de plusieurs muscles. Désirant me rendre parfaitement compte du mécanisme des mouvements articulaires, j'avais construit un pied et une jambe de squelette, de manière à en obtenir les mouvements individuels à l'aide de muscles artificiels, de ressorts métalliques en spirale, disposés comme dans la nature.
Comparant ces mouvements partiels à ceux qui sonl produils par les appareils orthopédiques répandus dans la pralique, je remarquai qu'avec ces derniers on ne pouvait produire les mouvements articulaires composés du tarse et du métatarse, dus à l'action individuelle des muscles, et que ces mouvements articulaires ne pouvaient être produits qu'après avoir fixé les moteurs artificiels exactement aux points d 'attache anatomiques .
L'idée me vint alors de revêtir ce pied d'une guêtre de coutil,
(1) Duclicnne (de Boulogne), Pliysiologie des mouvements, 8CG.
aussi juste que possible, et de me servir de cette guêtre pour y coudre mes muscles artificiels, au niveau des attaches osseuses des muscles naturels. Lorsque j'exerçai alors une traction sur ces muscles artificiels, attachés supérieurement à la jambe dans les points anatomiques, j'eus le bonheur de voir se produire lès mouvements multiples des articulations du tarse et du métatarse, tout à fait semblables à ceux qui sont produits par les muscles fixés aux os.
Je vais citer un exemple, afin de me faire mieux comprendre. J'ai démontré, on se le rappelle, que le long péronier latéral abaisse puissamment l'extrémité antérieure du premier métatarsien, en faisant mouvoir celui-ci sur le premier cunéiforme, et ce dernier sur le scaphoïde, qui s'abaisse à son tour sur l'astragale. Eh bien! j'obtenais ces mômes mouvements en attachant le long péronier latéral sur la guêtre, au niveau de la partie inférieure et postérieure du premier métatarsien, aussi bien que si ce muscle eût été fixé sur l'os lui-même.
Ce fait étant bien établi, il m'était permis d'espérer que je pourrais produire ces mêmes mouvements chez le vivant atteint de paralysies partielles des muscles moteurs du pied, en employant les mêmes moyens, c'est-à-dire, en recouvrant le pied du malade d'une guêtre sur laquelle j'attachais des tendons artificiels au niveau des points anatomiques. Mes prévisions ont été entièrement réalisées.
Je fis des expériences analogues sur une main de squelette, sur laquelle, à l'aide de muscles artificiels disposés comme dans la nature, j'avais produit soit des mouvements isolés, propres aux interosseux, aux extenseurs et aux fléchisseurs des doigts, aux muscles moteurs du pouce, soit leurs mouvements combinés. J'imitais aussi sur cette main toutes les paralysies partielles. Ayant coiffé cette main d'un gant, sur lequel des tendons artificiels, attachés au niveau des points anatomiques, glissaient dans des coulisses et allaient se terminer au-dessus du poignet, je produisis ces mouvements aussi bien que si ces tendons eussent été attachés aux os. Avec ces mêmes gants appliqués à des cas de paralysies partielles, je pus rétablir l'action musculaire abolie, comme dans les paralysies partielles du pied.
IV. J'ai dit, au commencement de ce paragraphe, que la pratique de la prothèse musculaire exigeait des connaissances exactes sur l'action propre des muscles et sur le mécanisme des mouvements qu'ils produisent; je n'ai pas cru qu'il fût nécessaire de le prouver, les considérations que je viens d'exposer le démontreraient au besoin.
J'aurais dû ajouter qu'il est également nécessaire de bien con-