CI1AP. IU. — EXAMEN DES PRINCIPALES METI10DES D ELECTR
à dissiper momentanément son orthopnée par l'excitation électrocutanée légère de la face dorsale du tronr, et que je lui eusse procuré ainsi des heures de repos. Dans cette lutte que j'avais ainsi engagée contre cette espèce de paralysie du poumon, j'avais conservé, jusqu'à la dernière heure l'espoir qu'en prolongeant la vie de la malade, nous verrions s'épuiser enfin le souffle mortel de l'intoxication diphthérique qui avait frappé d'autres points du bulbe, mais d'où je l'avais chassée. Mais, hélas ! il nous a fallu bientôt reconnaître que la malade ne pouvait échapper à une fin prochaine, lorsque des râles bronchiques et un peu de cyanose sont venus nous anoncerun commencement d'asphyxie. A daterde ce moment, nous nous sommes trouvés en présence d'une longue et douloureuse agonie. La mort a eu lieu le 2 avril, vers deux heures du matin.
Remarques. — Cette observation est intéressante, à bien des points de vue (1); mais, pour ne pas m'éloigner de mon sujet, il importe de ne mettre en relief ici que l'influence exercée par la faradisation cutanée sur les troubles graves de la circulation cardiaque et sur la paralysie des muscles expirateurs intrinsèques de Reissessen, en d'autres termes, sur la paralysie du poumon qui, dans une période ultime, a produit l'asphyxie et la mort.
Les résultais obtenus, dans ces circonstances, par la faradisation
(1) J'ai supprimé, dans cette observation, bien des détails intéressants qui n'étaient pas nécessaires à la démonstration de la question électro-tbérapeutique qui fait le sujet de ce paragraphe. Il en est un cependant qui mérite d'être mentionné en passant, en raison de son importance : c'est l'absence d'élévation de température, pendant la production des désordres nerveux, d'une malignité extrême. J'ai constaté ce fait par lathermométrie, avec M. Descroizilles (qui depuis des semaines s'éloignait peu du lit de la malade). Si donc cette malignité de l'intoxication diphthérique ne peut s'expliquer ici par une élévation excessive de la température, il faut bien supposer que l'action toxique était due à une altération du sang dont on ignore la nature. Ce qui rend cette hypothèse rationnelle, c'est l'hémorrhagie intestinale qui apparut avec de v^es coliques, dans plusieurs selles successives, le lendemain de l'invasion des accidents nerveux (circonstance que j'ai négligé de mentionner dans mon obser-
^uTfausses membranes ayantété trouvées mêlées en assez grande quantité aux selles sanguinolentes, nous avions tous pensé que l'hémorrhagie provenait probablement des points de la surface intestinale sur lesquels les fausses membranes s étaient développées. Ces fausses membranes ayant étéexpulsées, deux jours après l'avortement, nous avons été un instant portés à les considérer comme des débris du délivre, tombes du vagin au moment, de l'évacuation alvine ; mais, à l'examen microscopique, je leur ai trouvé tous les caractères anatomiques des fausses membranes. - Ce développement des fausses membranes, sur une aussi vaste surface, nous a donné à craindre que le degré d'intoxication ne fût en raison de l'étendue de la surface d absorptio, e nous a fait encore mieux comprendre quelle devait être la gravité de diphthérique. En outre, la présencedepuis quelques jours, d'une assez grande qu.ui- ÏÏÏdÏÏSÏÏne dans les urLs (fait que je n'ai pas non plus mentionné dans mon observation) ajoutait encore à la gravité de l'état de madame X.
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cutanée précordiale, ont tellement dépassé mes prévisions, que j'en douterais encore aujourd'hui, s'ils n'avaient eu pour témoins les savants confrères qui m'avaient fait iippeler.
a. Examinons d'abord ces résultats, au point de vue physiologique.
Les troubles fonctionnels graves de la circulation cardiaque, que j'ai eu d'abord à combattre, chez madame X***, à savoir : la fréquence extrême, la petitesse et l'irrégularité du pouls, avec syncopes ou menace de syncopes par arrêt du cœur, l'anxiété précordiale, les étouffements, étaient à mes yeux symplomatiques d'une influence paralytique de l'intoxication diphthérique sur l'origine (noyau) du nerf vague. Ce sont, en effet, les symptômes qui se manifestent chez l'animal dont on vient de couper les pneumo-gaslriques, à l'exception toutefois de l'anxiété précordiale et des étouffements qu'il ne saurait accuser. J'ai observé aussi les mêmes phénomènes morbides, dans la période ultime d'une maladie (la paralysie glosso-Iabio-laryngée), c'est-à-dire dans la période où la lésion anatomique avait dû atteindre le noyau du nerf vague, lésion qui paraît caractérisée par une sclérose ascendante du bulbe et l'atrophie de certaines cellules.
Eh bien! je ferai remarquer que chaque fois que ces désordres fonctionnels de la circulation cardiaque ont apparu chez Mme X***, ils ont été dissipés, comme par enchantement, par la faradisation cutanée de la région précordiale, et, que lorsqu'il m'arrivait de m'éloigner de cette région, en promenant ma main rhéophore sur d'autres points du thorax, la malade n'en éprouvait aucun soulagement et portait bien vite sa main sur cette région précordiale, afin de m'indiquer le point que je devais exciter.
Puisque, dans celte sorte d'expérience thérapeutique, l'excitation de la sensibilité de la peau, pratiquée clans la région précordiale, a eu seule le pouvoir de modifier et même de dissiper, par son action réflexe, les désordres graves de la circulation cardiaque, occasionnés par un état mobide de l'innervation du pneumo-gastrique, il est rationnel d'en conclure qu'il existe un rapport intime d'innervation entre la sensibilité cutanée de la zone précordiale et l'origine du pneumo-gastrique, en d'autres termes, que la zone cutanée précordiale est réflexogène du pneumo gastrique.
Un autre résultat thérapeutique, signalé dans l'observation précédente, confirme l'action réflexe spéciale, exercée sur ce point du bulbe par l'excitation de la sensibilité cutanée de la région précordiale, en montrant que certains désordres de la respiration n'ont pu être combattus que par la faradisation cutanée d'une autre région du thorax. On a remarqué, en effet, que la faradisation de la région précordiale a été impuissante contre l'affaiblissement de l'expiration (la paralysie du poumon, ou la paralysie des muscles bronchique?)
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qui a succédé à la paralysie du pneumogastrique, tandis que la faradisation cutanée de la région postérieure du thorax en a seule toujours triomphé, à différentes reprises, de manière à diminuer ou à faire disparaître, pendant un certain temps, les souffrances de la malade, à lui procurer quelque repos et à retarder, de quelques jours, l'asphyxie qui devait terminer cette scène affreuse. On pourrait donc aussi conclure de ce dernier résultat thérapeutique, que la sensibilité de la zone cutanée de la région thoracique, qui correspond à la face postérieure des poumons, est spécialement en rapport d'innervation avec le point d'origine des fibres nerveuses qui animent les muscles expirateurs intrinsèques (les muscles bronchiques de Reissessen).
b. Tout le monde doit saisir le côté pratique des considérations physiologiques précédentes. Elles conduisent en effet aux déductions thérapeutiques suivantes : 1° l'excitation électro-cutanée delà région précordiale qui circonscrit la pointe du cœur, est l'un des meilleurs moyens de combattre les syncopes par arrêt du cœur et les autres troubles fonctionnels de la circulation cardiaque, symptomatiques d'un état paralytique du pneumo-gastrique, sans lésion organique ; 2° l'excitation électro-cutanée de la région postérieure du thorax exerce une action thérapeutique spéciale, dans le traitement de la paralysie des muscles expirateurs intrinsèques.
Voici, en quelques mots, l'explication physiologique des faits thérapeutiques qui précèdent : chez madame X***, l'excitation électrocutanée légère de la région précordiale, agissant d'une manière réflexe sur le noyau du pneumo-gastrique, a rendu à ce nerf le pouvoir que son état paralytique lui avait fait perdre, de modérer l'activité du cœur; elle a, en d'aulres termes, rétabli le frein du cœur; de là, régularisation de la circulation cardiaque et disparition des désordres nerveux graves, symptomatiques de la paralysie du pneumo-gastrique. — Une théorie analogue est applicable à l'influence thérapeutique exercée par l'excilation électro-cutanée de la région postérieure du thorax sur la paralysie de l'expiration ou du poumon.
c. Un autre enseignement précieux, concernant le choix du mode d'électrisalion et la manière de l'appliquer dans de telles circonstances, ressort encore de ce fait clinique.
Lorsqu'il fut arrêté, avec mes honorables confrères, que la faradi- ' sation par action réflexe de la moelle allongée était indiquée, chez madame X., je leur proposai d'abord de faire passer le courant d'induction de la bouche à l'anus. (Je leur montrai alors qu'avec mon tube modérateur à eau distillée ou avec une simple bande de linge mouillée interposée dans le circuit, le courant pouvait être réduit à un degré de force à peine appréciable sur la langue, et augmenté graduellemenl). Malgré l'assurance que je possédais (d'après les expé-
ART. II. — VALEUR DE l/ÉLECTRISATION PAR ACTION RÉFLEXE. 139
riences que j'avais faites sur les animaux et môme chez l'homme) de régler à volonté le degré de ce genre d'excitation réflexe, j'ai proposé de commencer par l'excitation cutanée légère de la région précordiale, dans le but de rechercher quel était le degré d'excitabilité ou de tolérance de la malade. On se rappelle qu'après avoir fait passer d'abord un courant faible et en avoir augmenté progressivement l'intensité, les troubles de la circulation cardiaque et de la respiration ont disparu en peu de temps.
Ce résultat dépassait tellement mes prévisions, que je me refusai alcrs, je l'avoue, à l'attribuer à la faible excitation électro-cutanée précordiale que je venais de pratiquer. C'est qu'en effet, dans les cas d'asphyxie où la faradisation précordiale m'avait donné un résultat non moins important (j'en ai rapporté des exemples, ci-dessus), j'avais dû élever le courant au plus haut degré d'intensité. Mais lorsque nous avons vu la faradisation cutanée de la région précordiale triompher de ces graves désordres, chaque fois qu'ils sont revenus, bien qu'elle eût été toujours appliquée à un faible degré d'intensité et avec la main électrique, il a bien fallu nous rendre à l'évidence.
Eh bien! si, au lieu d'agir avec celte prudence, ou de lâter, pour ainsi dire, le degré d'excitabilité de la malade, j'avais fait passer, d'emblée, un courant très-intense, le résultat eût été tout opposé. C'est, en effet, ce qui m'est arrivé une fois, par accident, chez madame X., lorsque les désordres de l'innervation cardiaque sont revenus. J'étais en train de les faire disparaître par le procédé de faradisation qui m'avait toujours réussi,, chez notre malade, lorsque l'appareit ayant été changé de place, son tube graduateur se trouva entièrement sorti, sans que j'en fusse prévenu. L'excitation des plus vives qui se produisit alors, fut suivie d'une légère syncope et d'un arrêt momentané du cœur. Cependant la faradisation cutanée de la région précordiale que je pratiquai bientôt après, me rendit de nouveau maître de ces désordres nerveux.
L'expérimentation physiologique rend parfaitement compte de ces accidents. On sait, en effet, qu'une forte excitation du pneumogastrique produit l'arrêt du cœur et de la respiration.
L'enseignement qui découle de ce qui précède, c'est que, dans certaines conditions morbides , l'excitabilité générale augmente dans des proportions considérables (j'ai développé cette proposition dans un précédent article, p. 102). Conséquemment, si l'on est appelé à combattre, par la faradisation cutanée, des désordres graves de l'innervation, on doit procéder graduellement, et proportionner l'intensité du courant au degré de tolérance ou d'excitabilité du sujet, sous peine de l'exposer à des accidents plus ou moins dangereux.
Subissant l'entraînement d'idées assez anciennes et remises à neuf