‹ De l'electrisation localisee et de son application a la pathologie et la therapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 48 sur 543 · ART. II. — VALEUR DE L'ÉLECTRISATION PAR ACTION RÉFLEXE · texte numérisé non relu

ART. II. — VALEUR DE L'ÉLECTRISATION PAR ACTION RÉFLEXE

bide sur le point du centre nerveux (du 4e ventricule) qui préside à l'innervation du cœur.

Alors, dans cette hypothèse, quelle pouvait être l'action thérapeutique de la faradisation ? L'excitation du nerf phrénique, dans ce cas où le diaphragme n'était pas paralysé, où il n'y avait pas de signes d'asphyxie, ne me semblait pas devoir exercer une action favorable sur les troubles de la circulation cardiaque et sur les élouffemenls. Celle du pneunogastrique et du laryngé supérieur, dans le point où ces nerfs se trouvent en rapport avec les parois latérales du pharynx, pouvait, il est vrai, modifier heureusement l'innervation du cœur et des poumons, mais la faradisation de ces nerfs, d'une exécution facile (voy. p. 95), est extrêmement dangereuse, car elle peut produire, à une dose même faible, l'arrêt du cœur et de la respiration. Il n'y fallait donc pas songer.

Cependant comme il était urgent d'agir, je voulus essayer de modifier l'état morbide du centre nerveux qui donne origine aux nerfs du cœur et du poumon, par l'excitation électro-cutanée de la région en rapport avec ce centre nerveux.

Mais ne se pouvait-il pas que l'intoxication diphtérique, en modifiant l'état dynamique de madame X***, l'eût rendue très-sensible à l'excitation électrique? N'était-ce pas m'exposer aussi, en agissant un peu trop fortement, à produire l'arrêt du cœur?

C'est après avoir bien pesé la valeur de toutes ces considérations, que je pratiquai la faradisation cutanée, à l'aide de la main électrique (voy. ce procédé, p. 87), sur la région précordiale, principalement au niveau de la pointe du cœur, ayant soin de commencer par une dose excessivement faible; et puis, j'augmentai graduellement l'intensité du courant d'induction, dont les intermittences étaient rapides, jusqu'à provoquerà la peau un picottement léger. Nous avons eu la satisfaction de voir alors nos prévisions se réaliser; car, après quelques minutes et pendant le passage du courant, le pouls, a diminué de fréquence, s'est régularisé et développé; enfin, l'anxiété précordiale et les éloullements ont disparu. Plusieurs fois cependant, dans la journée, j'ai dû revenir à la faradisation cutanée précordiale, afin de chasser définitivement la perturbation diphlhérique de l'innervation du cœur, qui avait montré quelque tendance à revenir.

Pour ne rien oublier, je dirai ici que, concurremment avec la faradisation précordiale, on a employé et continué, pendant tout le cours du traitement, des excitants diffusibles à l'intérieur et des excitations périphériques (qui isolées avaient échoué contre les troubles graves de l'innervation du cœur), l'oxygène fréquemment aspiré, enfin les toniques et l'alimentation que la paralysie du voile du palais et la dysphagie rendaient difficile. Les jours suivants, aucun de ces désordres cardiaques et respira-

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loires n'avait reparu. Il ne restait à notre malade que la paralysie du voile du palais et du pharynx.contre laquelle je n'avais pu agir dans ces circonstances aussi graves. Nous pensions sa vie hors de danger, lorsque le 29 mars, vers 4 heures, l'intoxication dyphlérique annonça son retour par une diplopie qui dura une heure environ. Ensuite, vers cinq heures, madame X*** fut tout à coup frappée d'une hémiplégie gauche complète de la sensibilité et du mouvement, sans aucun trouble, ni de l'intelligence, ni de la circulation cardiaque, ni de la respiration.

Considérant cette paralysie comme le signal d'une nouvelle invasion, par l'intoxication diphtérique, d'une portion de la moitié latérale droite de la moelle allongée (probablement des pyramides antérieuresou de leurs prolongements), je n'hésitai pas à la combattre par les moyens qui venaient de réussir dans la paralysie des nerfs du cœur et des poumons, par l'excitation éleclro- cutanée, pratiquée avec la main sur toute la surface envahie par la paralysie du mouvement et de la sensibilité. Cette fois encore, nous n'avons pas élédéçus dans notre espoir, car en huit ou dix minutes de cette excitation périphérique légère, la sensibilité était revenue en grande partie et le mouvement volontaire ne tardait pas à la suivre, bien que la faradisalion musculaire n'eût pas été pratiquée. Enfin quatre heures après, l'hémiplégie avait complètement disparu.

Cette hémiplégie, hélas ! fut bientôt remplacée par de nouveaux symptômes paralytiques du pneumo-gaslrique, plus graves encore que les précédents, car la suspension des battements du cœur revenait plus fréquemment et durait plus longtemps; nous avions à craindre l'arrêt du cœur. Je triomphai bien vite encore de ce retour des troubles cardiaques, par la faradisation légère de la zone cutanée précordiale, qui, d'après les résultats thérapeutiques obtenus antérieurement, chez madame X***, paraissait être en rapport d'innervation avec l'origine du pneumogastrique. Malheureusement, ce nouveau succès ne dura qu'une heure environ. A partir de ce moment nous eûmes à soutenir jour et nuit une lutte incessante contre l'imminence de l'arrêt du cœur. Chaque heure ou chaque demie-heure, en effet, la pauvre madame X*** était reprise par les mêmes troubles cardiaques qui devenaient de plus en plus pénibles et lui arrachaient des gémissements. Alors le pouls qui était Jrès-pelit et des plus désordonnés, se développait et se régularisait sous l'influence de l'excitation électro-cutanée de la région précordiale, et la malade pouvait s'abandonner au sommeil dont elle avait tant besoin .

Après deux jours de lutte, contre l'intoxication diphtérique, cette excitation électro-cutanée paraissait avoir de nouveau triomphé ; les symptômes de la paralysie du pneumogastrique avaient

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disparu ; le pouls si fréquent (à 140 environ) était ramené à son état normalet y restait définitivement.

Mais, hélas! ce ne fut qu'un instant de répit, car des désordres nerveux, d'un nouvel ordre, apparurent bientôt, et cette fois uniquement dans la respiration, qui devenait haletante et plus fréquente; dix à douze mouvements respiratoires normaux étaient suivis d'un môme nombre environ de mouvements anormaux qui étaient plus fréquents et se composaient, chacun, d'une inspiration grande et longue, et d'une expiration courte et faible. Madame X*** fut bienlôl réveillée par une orlhopnée des plus pénibles ; elle étouffait, me disait-elle, comme si on la tenait entre deux matelas. Cependant on ne voyait point de signes de cyanose sur ses lèvres, parce que l'air qui entrait largement dans ses bronches, suffisait à l'hématose; quant à l'air qu'elle n'avait pas la force d'expulser de ses petites bronches membraneuses, il n'était plus respirable; c'était lui qui occasionnait sa dyspnée.

Cette fois, la main électrique promenée sur la région précordiale ne produisit aucun soulagement. Ce fut seulement lorsqu'elle alla exciter la peau de la région postérieure du thorax, dans les points qui correspondent à la face postérieure des poumons, que je parvins, en huit ou dix minutes, à régulariser la respiration.

Malheureusement cette paralysie de la puissance expiratrice revint environ une heure après, s'annonçant, comme à son début, par quelques respirations suspirieuses, suivies bientôt d'une orthopnée des plus pénibles, qui faisait gémir madame X***. Alors la position horizontale qu'on lui avait fait garder longtemps, afin de prévenir les syncopes dont on craignait le retour, devenait insupportable. Elle ne trouvait de soulagement qu'en s'asseyant sur son lit, le corps penché en avant, altitude qu'elle conservait jusqu'à ce que j'eusse ramené la respiration à son état normal. Cette paralysie des muscles bronchiques de Reissessen (expirateurs intrinsèques) ne m'inspira pas d'abord une grande inquiétude, car l'hématose n'en paraissait pas souffrir, à en juger du moins par la coloration des lèvres et de la face. Mais je ne tardais pas à voir qu'elle constituait un nouveau danger tout aussi redoutable que ceux auxquels madame X*** venait d'échapper. En effet, en raison même de la faiblesse de ses mouvements expirateurs, elle avait une peine extrême à se débarrasser des mucosités abondantes qui se formaient encore dans son larynx. On la voyait alors se livrer aux efforts les plus violents, afin de les expulser, ce qui la jetait dans un grand épuisement. N'était-il pas à craindre que si cet état venait à se prolonger trop longtemps, des mucosités s'accumulassent dans ses bronches et ne devinssent une cause d'asphyxie?

C'est malheureusement ce qui est arrivé, bien que j'eusse réussi

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