CUAP. XVIII. — PROTHÈSE MUSCULAIRE ET PHYSIOLOGIQUE
dans les paralysies traumatiques, tous les muscles ou un plus ou moins grand nombre des muscles animés par un tronc nerveux (soil le sciatique poplité externe, soit le sciatique poplité interne) sont atteints simultanément au môme degré et à des degrés divers ; dans la paralysie alrophique de l'enfance, un grand nombre de muscles moteurs du pied sur la jambe sont souvent lésés inégalement. On conçoit que la prothèse musculaire physiologique soit bien moins simple dans ce cas, que lorsque la paralysie est parfaitement limitée,, comme je l'ai supposé dans les paragraphes précédents. Il faut alors toute l'ingéniosité du chirurgien pour combiner, suivant les cas particuliers, les différents muscles artificiels que je viens de décrire. J'aurais désiré exposer ici, comme exemple, les différentes combinaisons de prothèse musculaire que j'ai faites dans un grand nombre de paralysies complexes des muscles moteurs du pied; mais les limites dans lesquelles je dois me renfermer ne me le permettent pas.
§ VI. — De quelques autres appareils orthopédiques, ou moyens prolhétîques applicables aux mouvements du pied, de la jambe et de la cuisse.
1. J'ai dit et je répèle que la perte d'un ou de deux muscles moteurs du pied est souvent beaucoup plus grave que celle de tous les muscles moteurs de ce membre. J'en ai donné la preuve dans le cours de ce livre. 11 suffit de voir, par exemple, un pied bot talus pied creux par atrophie et transformation graisseuse du triceps sural, soit au repos (voy. la figure 103), soit en mouvement (voy. la figure 104), et de les comparer à un pied dont tous les muscles moteurs sont détruits, môme depuis un grand nombre d'années (voy. les fig. 101 et 102, p. 424), pour comprendre que l'orthopédie est simple, dans ce dernier cas, tandis qu'elle est très-difficile dans l'autre. Je pourrais rapporter des cas de paralysies partielles dans lesquels aucune espèce d'appareil n'était applicable. On parvenait, il est vrai, à maintenir solidement le pied qui pouvait, au repos, supporter le poids du corps; mais pendant la marche les mouvements pathologiques du pied, produits instinctivement par les muscles restés intacts, ne pouvant être empêchés, occasionnaient bientôt des compressions et môme des déchirures qui ne permettaient pas longtemps l'usage de ces appareils. Il est au contraire facile de soutenir solidement, pendant la marche, avec un appareil orthopédique quelconque, le pied dont tous les muscles moteurs sont détruits. En conséquence, ne serait-il pas rationnel) lorsque certains muscles moteurs du pied sont à jamais perdus, d'annihiler, par une opération chirurgicale, tous les muscles restés
AllT. 111, § VI. — PROTHÈSE DE QUELQUES AUTRES APPAREILS. 1073
intacts, qui, loin d'être utiles, déforment le pied ou produisent des mouvements pathologiques tels, que la marche et la station en sont considérablement gênées, sans que l'orthopédie puisse améliorer cet état? Il est bien entendu que cette opération devrait être pratiquée avant que. les articulations fussent déformées.
On ne doit pas laisser marcher les enfants dont tous les muscles moteurs sont paralysés ou atrophiés, sans avoir immobilisé préalablement les mouvements latéraux du pied avec un appareil approprié. J'ai appliqué, dans ce but, un appareil représenté dans la figure 245 à tuteurs métalliques, dont l'étrier est limité de manière à ne permettre que des mouvements très-peu étendus d'extension ou de flexion, et je me suis contenté de maintenir le pied entre la flexion et l'extension; j'ai quelquefois ajouté des muscles artificiels, munis de ressorts semblables à ceux que j'emploie dans la prothèse musculaire physiologique, et que je fixe à la guêtre ci-dessus décrite. Cet appareil, très-léger , maintient solidement le pied fléchi à angle droit sur lajambe. La chaussure (bottine ou soulier) ne fait que le recouvrir. Elle est complètement indépendante ; je l'ai appelée Molletière prothétique du pied sur la jambe.
II. La paralysie atrophique de l'enfance est rarement limitée aux muscles moteurs du pied; le plus ordinairement elle envahit, à des degrés divers, les muscles de la cuisse, et quelquefois même elle est localisée dans ces derniers. La prothèse musculaire des muscles de la cuisse est alors nécessaire à l'accomplissement des fonctions du membre, et vient en aide à la faradisation en plaçant les muscles dans le raccourcissement.
A. Rien n'est plus ordinaire que de voir le pied tourner considérablement en dehors, pendant la marche, chez les enfants dont un des membres inférieurs a été atteint par la paralysie spinale. J'ai constaté souvent, dans ce cas, que la cuisse avait exécuté un mouvement de rotation en dehors, consécutivement à la paralysie ou à l'atrophie des demi-tendineux et demi-membraneux. J'ai dé*
(*) La molletière prothétique du pied se compose : 1° de deux tuteurs métalliques pinces de chaque côté de la jumbe et réunis par deux demi-cercles postérieurs écartés l'un de l'autre de 8 à 10 centimètres, et destinés à servir de points d'attache à une molletière en coutil, et évasée de manière à embrasser la partie inférieure de la jambe ; 2° d'uu des montants ou des deux montants qui s'articulent en 4 avec un étrier 3, auquel est fixée une semelle assez épaisse, quelquefois consolidée par une lame métallique; 3» d'une guêtre en coutil allant des malléoles à l'origine des orteils, lacée en avant et llxéc à une semelle: 4° d'une chaussure recouvrant tout l'annnreil.
PERST
FiO. 24b. — Molletière prothétique du pied (*)•
1 07 A CHAP. X VIII. — PROTHÈSE MUSCULAIUK F11YS10L0GIQUE.
montré que ces muscles, outre l'action qu'ils exercent sur la jambe, sont rotateurs de la cuisse en dedans. Peut-être aussi d'autres rotateurs en dehors étaient-ils affectés. Voici un moyen prothétique bien simple qui peut ramener alors la cuisse dans la rotation en dedans.
Je prolonge le tuteur externe de l'appareil représenté dans la figure 244 jusqu'à l'articulation fémoro-tibiale ; j'attache à un bouton qui se trouve à l'extrémité supérieure de ce tuteur la courroie d'un muscle artificiel élastique dont l'extrémité opposée est boutonnée à la partie antérieure et moyenne d'une ceinture, ou d'un corset, ou d'un caleçon. La tension de ce muscle artificiel qui passe en avant de la cuisse et se dirige obliquement de haut en bas et de dehors en dedans, peut être tendu plus ou moins de manière à produire, à des degrés divers et suivant les indications, la rotation de la cuisse en dedans. Cette prothèse des rotateurs de la cuisse en dedans ou en dehors agit aussi sûrement que l'appareil orthopédique compliqué lourd et gênant que l'on emploie habituellement dans ce cas. Il permet les mouvements de rotation en dedans et en dehors, tandis que, dans l'autre, les mouvements alternatifs sont nécessairement condamnés.
B. Lorsque les extenseurs de la jambe sur la cuisse sont paralysés, il est nécessaire, pour rendre possible sa station debout ou la marche, de maintenir artificiellement la jambe étendue sur la cuisse. Je n'immobilise pas pour cela l'articulation libio-fémorale ; je limite seulement considérablement le mouvement de flexion du . cuissard qui est articulé avec l'appareil à tuteurs métalliques de la jambe, représenté dans la figure 244, puis l'extension complète de la jambe est opérée par des ressorts métalliques en spirale, disposés comme dans les figures 246 et 247. (J'exposerai bientôt la description et le but de cet appareil.) Cet appareil offre alors un point d'appui solide au membre inférieur; pendant la station, comme il n'est pas complètement immobilisé, il permet à l'articulation d'être mise en mouvement par la contraction et le relâchement alternatifs des fléchisseurs de la jambe sur la cuisse, les ressorts étant les antagonistes de ces fléchisseurs. Puis lorsque, sous l'influence du traitement, les extenseurs de la cuisse commencent à recouvrer leur motihté, ils ne sont pas condamnés à l'inaction comme par les appareils rigides; ils peuvent au contraire se contracter instinctivement et sans fatigue, aidés qu'ils sont alors par les muscles artificiels extenseurs (K, fig. 246). Celte sorte de gymnastique concourt à développer leur force et leur nutrition. Enfin, lorsque le triceps crural a recouvré assez de force, on augmente l'étendue du mouvement de l'articulation de l'appareil, ou l'on en supprime les