C1JAI'. XVIII. — PROTHÈSE MUSCULAIRE PHYSIOLOGIE I
le comprimer de bas en haut, Ce corset abdominal peut être indépendant du corset ordinaire, auquel il s'attache à volonté à l'aide de boutonnières.
Depuis plusieurs années (dix ans environ) j'expérimente l'application de ce corset abdominal, chez les jeunes filles dont la cambrure lombaire est trèsprononcée. Je ne saurais encore en préciser les résultats, après aussi peu de temps d'expérimentation; mais rationnellement il doit prévenir l'affaiblissement des muscles abdominaux, en empêchant par une distension continue, surtoutpendant l'attitude verticale du tronc. Ce qui est positif, c'est qu'il aplatit le ventre et modère notable-
Fig. 248. - Corset prolhétique de l'abdomen fl. ment la COUrbure lombo-Sa-
crée des jeunes filles. Il peut aussi remplacer avantageusement, chez les femmes , les autres ceintures du ventre.
II. — Lordose pathologique. — Il existe deux espèces de lordose pathologigue que j'ai appelées l'une lordose paralytique des spinaux lombaires, Y 'autre lordose paralytique des muscles abdominaux. Voici succinctement leurs principauxcaractères et leurs signes diagnostiques différentiels.
A. — Lordose paralytique des spinaux lombaires. — Dans l'atrophie musculaire progressive, les faisceaux spinaux lombaires sont atrophiés beaucoup plus fréquemment que ceux de l'abdomen. Lorsque je les ai vus lésés de chaque côté, dans leur nutrition ou leur molilité, le tronc s'est renversé directement en arrière, pendant la station debout, en raison directe du degré de l'affaiblissement de ces muscles. Alors un fil à plomb tombant de l'extrémité des apophyses épineuses dorsales les plus saillantes passait en arrière et à une distance plus ou moins grande du sacrum, tandis qu'à l'état normal il doit, en général, être très-rapproché de cet os, sinon le toucher.
J'ai constaté, entre autres, chez un sujet atrophique dont j'ai publié l'observation dans les précédentes éditions (1), que celle li-
(*) Cette ligure représente la face antérieure de mon corset à forces élastiques, vu de dos dans la figure 249.
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gne verticale passait 15 à 16 centimètres en arrière du sacrum (voy. fîg. 1 16, p. 498). Cette observation a démontré que, dans la station debout, la portion lombaire de la colonne vertébrale a une telle tendance à être incessamment entraînée dans la flexion en avant, parle poids des viscères thoraciques et abdominaux, que le sujet dont les extenseurs des vertèbres lombaires sont paralysés, est forcé de rejeter son tronc en arrière, jusqu'à ce que son poids le maintienne en équilibre dans cette attitude, et ne soit plus supporté que par les muscles abdominaux. Pour obtenir ce résultat, la ligne de gravité du trOnc doit être tellement reculée, qu'elle tomberait en arrière de la base de sustentation'et qu'une chute du corps en arrière serait inévitable, si elle n'était ramenée dans cette base de sustentation. C'est ce qu'a fait instinctivement notre malade, en fléchissant très-fortement ses jambes sur ses pieds et ses cuisses sur ses jambes.
Le retour progressif de la nutrition et de la force dans les muscles extenseurs des vertèbres lombaires et des dernières dorsales, obtenu, chez ce sujet, à l'aide de la faradisation localisée, m'a fourni l'occasion d'apprécier l'importance du rôle qui, dans la station, est rempli par les muscles fléchisseurs du tronc.
Lorsque, dans la région lombaire, les gouttières vertébrales qui avaient été creusées par l'atrophie de ses muscles spinaux commencèrent à se remplir, je fus frappé d'un redressement très-appréciable de sa colonne vertébrale. La ligne verticale qui, pendant la station debout, partant des apophyses épineuses dorsales les plus saillantes, passait, avant le traitement, 15 à 16 centimètres en arrière du sacrum, ne s'en trouvait éloignée que de 8 à 9 centimètres. Le malade, qui était forcé de laisser pendre ses bras en arrière du tronc, afin de conserver son équilibre, et qui ne pouvait les porter un peu en avant, sans que son tronc fût entraîné dans la flexion, les croisait sur sa poitrine (c'est alors que j'en ai pris la photographie, d'après laquelle la figure 116 a été dessinée). A partir de ce moment, son tronc s'est redressé, et ses bras purent être portés de plus en plus en avant, sans l'entraîner dans la flexion. Enfin le tronc reprit son altitude naturelle, lorsque le malade put se pencher en avant sans tomber.
Les phénomènes que je viens d'exposer sont faciles à interpréter. Lorsque le malade avait perdu l'action de ses spinaux lombodorsaux, ses muscles de l'abdomen remplissaient le rôle principal dans la station debout, ils supportaient l'effort de la pesanteur du tronc rejeté en arrière. Mais dès que la force de ses spinaux a commencé à reparaître, ils ont concouru faiblement, il est vrai, avec ses muscles abdominaux, à maintenir la rectitude du tronc, et ils ont nrin nnpnut-l d'aillant nltiKirrande à la station, mie leur fnrr.e s'pst
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Je puis appuyer ces faits sur un grand nombre d'observations, desquelles il résulte que le renversement du tronc, pendant la station debout, est toujours en raison directe de la faiblesse des extenseurs des vertèbres lombaires et des dernières dorsales.
B. — Lordose paralytique des muscles abdominaux. — Il n'est certainement pas besoin de l'observation clinique pour démontrer que les extenseurs des vertèbres lombaires et les dernières dorsales jouent le rôle le plus important dans la station. Mais il importe de rechercher si, à l'état normal, ces muscles peuvent se passer du concours des fléchisseurs du tronc ; c'est un point que l'observation clinique pouvait seule éclairer.
En voici la preuve. J'ai vu se produire à des degrés divers, des phénomènes analogues à ceux présentés dans la figure 117 et qui était un exemple et le type d'un genre de déformation du rachis, dont le mécanisme avait été méconnu jusqu'alors.
Lorsque j'ai vu pour la première fois la femme qui offrait celte déformation du tronc, son ensellure ou lordose était arrivée au plus haut degré, comme on le voit dans la figure 117, qui a été dessinée d'après nature. La courbe en était formée par le bassin, qui était fortement incliné sur les cuisses, et par les vertèbres lombaires et les dernières dorsales. Un fil à plomb, appliqué contre les apophyses dorsales, situées sur le plan le plus postérieur, tombait à peu près sur la partie moyenne du sacrum. Cette lordose avait un grande ressemblance avec celle que l'on observe dans la luxation coxo-fémorale double.
Au premier abord, je l'avoue, je croyais que cette malade était atteinte de celte lésion articulaire; mais jen trouvai bientôt les signes négatifs. En effet, après avoir fait disparaître son ensellure et ayant même produit une courbure lombaire à convexité postérieure, en la faisant coucher à plat-ventre sur un plan convexe, j'ai pu produire mécaniquement l'extension complète de ses fémurs sur le bassin, et constater que les mouvements de ses articulations coxo-fémorales étaient parfaitement libres, dans tous les sens. D'ailleurs elle n'avait jamais éprouvé les douleurs symptomatiques de la coxalgie. J'ai donc cherché ailleurs la cause de sa lordose, et voici ce que j'ai observé. Placée dans le décubilus dorsal, sur un plan un peu oblique, de manière que sa poitrine se trouvât plus élevée que son bassin, elle ne pouvait se redresser sur son séant, sans s'aider de ses membres supérieurs, lors môme que je maintenais ses cuisses fixement, en appuyant sur elles. Ses psoas et ses iliaques n'étaient pas paralysés, car, debout ou couchée, elle pouvait fléchir ses cuisses sur son bassin. Je dois ajouter qu'elle avait conservé aussi ses mouvements extenseurs de la cuisse sur le
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ART. IV, § 11. — PATHOtr. ET PROTHÈSE DES GOUKB. DU RAC111S. 1087
avaient perdu leur action et que c'était pour cette seule raison qu'elle ne pouvait se redresser, lorsqu'elle était dans le décubitus dorsal. D'ailleurs on ne sentait pas ces muscles se contracter, pendant les efforts qu'elle faisait alors.
En somme, la lordose considérable qui, chez cette femme, se produisait pendant la station debout, ne pouvait être attribuée qu'à la paralysie de ses muscles abdominaux.
Voici le mécanisme de celte espèce de lordose consécutive à la paralysie ou à l'atrophie des fléchisseurs des vertèbres lombaires (des muscles de l'abdomen). Lorsque, pendant la station debout, la malade se renversait un peu en arrière, elle ne pouvait retenir son tronc, ni l'empêcher de tomber dans cette direction» Or, afin d'éviter alors une chute, elle fléchissait instinctivement son bassin sur ses cuisses, afin de faire porter toute la charge du tronc parles extenseurs de ses vertèbres lombaires (spinaux lombaires); mais la ligne de gravité du tronc devant être ramenée dans la base de sustentation, elle redressait la portion dorsale de sa colonne vertébrocrânienne,en contractant Irès-énergiquement les extenseurs de ses vertèbres lombaires ; de là celte ensellure considérable que l'on voit dans la figure 117.- On pourrait appeler cette difformité lordose paralytique des muscles de l'abdomen, par opposition à une autre espèce de lordose, ci-dessus décrite (voy. fig. 116), que l'on pourrait désigner sous le nom de lordose paralytique des spinaux lombaires.
En somme, voici les principaux signes qui différencient les deux espèces de lordose dont il vient d'être question, lorsqu'elles sont arrivées à leur plus haut degré de développement.
Dans la lordose paralytique des faisceaux spinaux lombaires, les vertèbres lombaires présentent une flexion brusque, une sorte d'angle arrondi, au-dessus duquel le rachis forme une ligne presque droite, fortement inclinée en arrière; la ligne de gravité du tronc passe très en arrière du promontoire; il n'y a pas d'ensellure pro prement dite; le bassin est dans une extension extrême sur les fémurs ; le ventre est plat et les fesses sont effacées (voy. fig. 116).
Dans la lordose paralytique des muscles de l'abdomen, au contraire, il existe une ensellure considérable, formée par le bassin incliné fortement, parles vertèbres lombaires et par les dernières vertèbres dorsales ; la ligne de gravité du tronc est porlée en avant du promontoire; l'abdomen, considérablement développé, alors même que le sujet esl maigre, décrit une courbe à convexilé antérieure, proportionnée au degré de l'ensellure ; enfin, les fesses sont très-grosses, saillantes, etc. (voy. fig. 117).