ART. I. — ÉLECTRICITÉ STATIQUE
piration, n'en éprouvent aucuu changement notable, et celte électricité accumulée qui constitue le bain s'échappe par tous les points épidermiques, cheveux, poils, ongles. »
Giacomini attribue une influence hyposthénisante au bain électronégatif, qui consiste à soustraire du corps une dose plus ou moins considérable de l'électricité naturelle ou fluide neutre (de Symmer). Voici comment on l'administre : on isole le patient sur un tabouret à pieds de verre, et l'on met son corps ou plutôt la région malade en rapport avec le coussinet ou le frottoir de la machine, à l'aide d'un conducteur; et, en même temps qu'on fait manœuvrer le disque, on décharge l'électricité vitrée, à mesure qu'elle s'accumule. Il est évident, selon Giacomini, que l'électricité fournie par le coussinet est soutirée par les nerfs du patient, au lieu de l'être par le sol, comme dans le bain électro-positif.
Ce n'est certainement pas sur l'expérimentation que reposent ces théories électro-physiologiques ; car si, dans l'état de santé, on se soumet à l'influence d'un bain électro-positif ou négatif, on n'éprouve aucun des symptômes qui annoncent un effet excitant ou hyposlhénisant appréciable.
B. Etincelles et bouteille de Leyde. — ■ Quelle que soit la forme du rhéophore mis en rapport avec le conducteur de la machine électrique, quelle que soit la distance qui le sépare de la peau, l'électricité statique mise en activité par la machine se recompose avec celle du corps, à la surface de l'épiderme, avec une tension plus ou moins forte. L'excitateur terminé en pointe laisse échapper facilement l'électricité ; avec l'excitateur sphérique, la tension est plus forte, et les étincelles sont plus rares : mais l'un et l'autre ne donnent jamais qu'une étincelle par décharge, tandis que l'excitateur à surface plane en laisse échapper plusieurs à la fois (deux à cinq), quand il est à une petite distance de la peau.
La brosse métallique agit absolument de la même manière que l'excitateur à surface plane, c'est-à-dire qu'elle ne fournit jamais plus de deux ou cinq étincelles à la fois, quel que soit le nombre des fils qui la composent (1).
(1) On a aussi employé, comme excitateur, une brosse en blaireau, qui étant mise en rapport avec la machine électrique et placée à une petite distan e dè'la su
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ciiaf. i. — de l'électricité médicale.
L'électricité statique, appliquée par les différents rhéophores dont je viens d'exposer l'action spéciale, donne toujours lieu aux mômes sensations, qui ne diffèrent entre elles que par le degré d'intensité. La sensation provoquée par ces rhéophores, comparable à celle que produirait le choc d'un petit corps dur qui viendrait frapper la peau, est toujours désagréable, quelle que soit la faiblesse de la tension électrique ; elle n'est jamais très-forte, et ne ressemble pas à celle de la brûlure ou de la piqûre, quelle que soit la forme de l'excitateur employé ; toutefois la peau peut à la longue rougir et devenir plus sensible. Pour rendre cette sensation plus douloureuse, il faudrait recourir à une tension électrique qu'on ne peut obtenir qu'avec une bouteille de Leyde, de grandeur moyenne, et dans laquelle on aurait condensé assez d'électricité statique ; mais alors l'excitation ne serait plus limitée à la peau, et il se produirait des phénomènes que j'exposerai bientôt.
A faible tension, l'action de l'électricité statique peut toujours être limitée dans la peau. Telle est la tension que Ton obtient par la machine électrique de force moyenne, qui est à peine assez puissante pour faire contracter les muscles superficiels, surtout si le tissu cellulaire est peu abondant ; et encore ces contractions sontelles faibles.
S'il est possible de limiter dans la peau l'électricité statique, il n'en est plus de môme quand on en veut concentrer la puissance dans le tissu musculaire ou dans les nerfs sous-cutanés. En effet, l'action superficielle de cette électricité est inséparable de son action profonde. Dans ce dernier cas, la recomposition électrique s'effectue à la surface de l'épiderme, et il en résulte une sensation cutanée qui masque la sensation musculaire.
La tension électrique que l'on obtient avec la bouteille de Leyde permet au courant de vaincre la résistance occasionnée par une grande épaisseur de tissus. Aussi l'électrisation par la bouteille de Leyde permet-elle de faire contracter énergiquement les muscles; mais, quelque faible que soit alors la tension électrique, qu'on peut du reste graduer au moyen de l'électromètre de Lane, elle produit toujours une commotion, c'est-à-dire une contraction et une sensation qui s'étendent au delà du point excité, et qui retentissent plus vivement dans les centres nerveux.
Si le rhéophore est placé au niveau d'un tronc nerveux, la sensation locale est celle que produit la contusion du nerf, et cette sensation est suivie d'un engourdissement qui s'étend presque jusque dans ses dernières ramifications. A une tension assez grande, qu'on agisse sur le nerf ou sur le tissu musculaire, la secousse est tellement forte, que le membre entier, et quelquefois tout le corps, en sont comme foudroyés.
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Dans le point où l'on vient de décharger une bouteille de Leyde, la peau se décolore graduellement dans un rayon de 2 à 3 centimètres, et arrive au blanc mat en quelques secondes. Des papilles nerveuses s'érigent sur la surface décolorée, qui offre en outre un léger abaissement de température. Le sujet sur lequel on expérimente y éprouve quelquefois un engourdissement. Des phénomènes analogues me paraissent se produire dans le tissu musculaire placé nu niveau du point de la surface cutanée éleclrisée. Ayant eu en effet, l'occasion de la décharger sur la surrace d'un muscle dénudé, j'ai vu ce dernier se décolorer légèrement dans une petite étendue pendant quelque temps. Les phénomènes locaux cutanés que je viens d'exposer durent, en général, vingt à trente minutes ; une fois, je les ai observés, chez un sujet délicat, pendant près de trois quarts d'heure. Ce temps écoulé, le point décoloré passe, en quelques minutes, du blanc mat à une rougeur érylhémateuse, et devient le siège d'une élévation de température appréciable au thermomètre et dont le sujet a quelquefois lui-môme la conscience.
Tout le monde sait que l'électricité statique dégage très- peu d'électricité de quantité ; et que ses effets calorifiques et électrolytiques sont faibles.
Enfin, l'action excitatrice du pôle négatif paraît ôtre plus grande que celle du pôle positif, comme on l'avait observé pour l'électricité galvanique (1).
Les phénomènes organiques que je viens de décrire me semblent établir : l°quela décharge de la bouteille de Leyde produit d'abord localement une stupeur profonde, occasionne, pendant quelque temps, le resserrement, peut-être par une espèce de paralysie des vaso-moteurs constricteurs ou ganglionnaires des vaisseaux capillaires et fait abaisser la température dans les tissus sur lesquels elle agit ; 2° que l'excitation qui résulte de cette espèce d'électrisation n'a lieu que par une sorte de réaction, comme le prouve l'apparition d'une rougeur érythémateuse et d'une augmentation de température dans le point jadis décoloré ; 3° enfin que cette réaction se fait avec plus ou moins de facilité.
§ II. — Propriété» thérapeutiques.
Le bain électro-positif, employé jadis comme excitant général de la surface du corps, est aujourd'hui généralement abandonné, sa vertu thérapeutique étant aussi peu appréciable que son action physiologique.
(I) Ce fait important a été découvert par M. Chauveau, professeur à l'école impériale vétérinaire de Lyon. Voyez Bon mémoire intitulé : Théorie des effets physiologiques produits par l'électricité transmise dans l'organisme animal, à l'état de cou rant instantané, et à l'état de courant continu.
6 cuap. I. — de l'électricité médicale.
Il n'en est pas de mCrne, dit-on, du bain électro-négatif, qui est rangé par des observateurs au nombre de ses plus précieux agents hyposténisants. Selon Giacomini, le patient soumis à l'influence du bain électro-négatif serait désélectrisé, privé par conséquent d'une plus ou moins grande quantité de stimulants analogues au calorique, et subirait un effet hyposthénisant réel ; les tissus érysipélateux blanchiraient à vue d'œil, et les phlogoses chroniques éprouveraient un mieux incontestable. Des céphalalgies, des douleurs névralgiques, auraient été dissipées sur-le-champ par cette espèce de saignée électrique, comme par l'action de la glace, qui, dit-il, soutire le calorique et peut-être aussi l'électricité en même temps : telle serait la vertu attribuée au bain électro-négatif.
Ces espèces de saignées électriques peuvent, flatter l'imagination ; mais il est fort à craindre que leur effet hyposthénisant ne soit tout aussi hypothétique que la propriété excitante attribuée au bain électro-positif. Cependant il serait injuste de condamner un moyen thérapeutique, seulement à cause de la nullité de son action physiologique, surtout quand il s'étaye sur une autorité aussi grande que celle de Giacomini. Il est donc nécessaire d'étudier, à l'aide de nouvelles expérimentations, la valeur réelle du bain électronégatif.
L'électrisation par étincelles produit une sensation cutanée analogue à celle de la fustigation, et me paraît convenir principalement dans les cas où il est nécessaire de stimuler légèrement la peau ; mais elle devient insuffisante, s'il est besoin d'une excitation très-vive. En effet, pour obtenir cette vive excitation, il faudrait recourir à l'électricité statique à forte tension, c'est-à-dire celle qui a été condensée dans la bouteille de Leyde, et il en résulterait des contractions musculaires et des effets de commotion qui compliqueraient l'excitation cutanée et en contre-indiqueraient l'emploi. Ainsi j'ai vu Télectrisation par étincelles rester impuissante contre les aneslhésies profondes et rebelles, et alors qu'il est indiqué de produire instantanément une forte révulsion ou perturbation semblable à celle qui résulte de l'application du fer
rouge sur la peau.
L'électrisation parles étincelles, même par celles qui proviennent d'une forte machine électrique et de l'emploi des excitateurs sphériques, ne réussit qu'à faire contracter quelques muscles superficiels ou très-excitables, comme les peauciers, la moitié supérieure des sterno-mastoïcliens, le bord du trapèze et quelques muscles de la face Pour que l'électricité statique atteigne puissamment les muscles en général, surtout quand ils sont protégés par un tissu cellulaire abondant, il est nécessaire d'agir à forte tension, au moyen de la bouteille de Leyde. Mais alors la commotion qui en résulte, et