‹ De l'electrisation localisee et de son application a la pathologie et la therapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 9 sur 543 · ART. III · texte numérisé non relu

ART. III

Examinons maintenant ce qui ce passe lorsque l'on met en action un appareil électro-magnétique. Un fer doux est placé à une petite distance des pôles de l'aimant, de manière à pouvoir s'en éloigner ou s'en rapprocher par un mouvement rotatoire. Mettons d'abord ce fer doux en croix avec l'aimant, et fermons le circuit formé par le fil enroulé, ou sur le fer doux (comme dans l'appareil de Pixii ou de Clark), ou sur l'aimant (comme dans l'appareil de Dujardin ou de Breton), en plaçant entre les extrémités libres de ce fil ou un galvanomètre, ou un muscle vivant de grenouille. Si alors on imprime un mouvement de rotation au fer doux, de manière qu'il se trouve en.face des pôles de l'aimant, l'aiguille du galvanomètre s'éloigne du méridien magnétique, ou le muscle se contracte ; puis l'aiguille reprend sa position normale, ou le muscle reste en repos. Si un nouveau mouvement rotatoire est imprimé au fer doux, de telle sorte que ses extrémités s'éloignent de l'aimant pour se placer en croix, une nouvelle déviation a lieu dans l'aiguille du galvanomètre ;

des deuxième, troisième, quatrième hélices, etc. Mais, par une contradiction singulière, ils conservèrent le nom à' extra-courant, déjà usuel, pour le courant d'induction de la première spirale ou hélice, et ils appelèrent courant du premier ordre le courant de la pile, le premier courant inducteur. Us reconnurent cependant que l'extra-courant, produit, comme on dit, par l'induction du courant inducteur sur luimôme, se comportait, à tous égards, comme les autres courants induits, auxquels il devait être assimilé. J'ai jugé, en conséquence, plus rationnel de donner à cet extracourant, à ce premier courant induit, le nom de courant d'induction du premier ordre, d'après le principe môme de la nomenclature établie par les physiciens que j'ai cités. Voilà comment on trouve réellement des courants induits de premier et de second ordre, dans mes appareils électro-dynamique et électro-magnétique, dont les deux fils jouent le môme rôle que la première et la deuxième des spirales, o'u hélices superposées, dont il vient d'être question.

Ce court aperçu historique fait ressortir l'insuffisance ou plutôt la confusion de la nomenclature des courants d'induction adoptée par les auteurs. Pont tout homme qui n'est pas familiarisé avec ce langage de convention (et la généralité des médecins dans ce cas), les noms de courant de premier ordre, de second ordre, de troisième ordre, etc., désigneront des courants de môme espèce, mais classés d'une manière différente, selon leurs caractères distinctifs ou selon leur superposition, et le nom à' extra-courant semblera indiquer un courant d'une autre nature.

Bien plus, la confusion ou le désaccord règne déjà dans le langage classique, car les uns appellent, comme on l'a vu plus haut, courant de premier ordre le courant de la pile, et il en est d'autres qui lui conservent le nom de courant inducteur, réservant au courant de la deuxième hélice celui de courant du premier ordre. Enfin M. Dumoncel distingue les courants des deux premières hélices par les noms de courant primaire et de courant secondaire. Laquelle de ces diverses nomenclatures est la nomenclature classique ?

En résumé, dans les appareils électro-dynamiques, au lieu de paraître exclure de la ramiUe des courants d'induction le courant de la première hélice sous la dénomination d extra-courant, tout le monde - je l'espère du moins - trouvera qu'il se ra.t plus rationnel ou plus philosophique de l'appeler courant de premier ordre"

sTh.es Tè'vT T?ntS SUPérieUrS' qUi S'Cn disUngUent d'ail,eiirs P« des action spéciales - je vais le démontrer - ont été désignés par les physiciens suivant leur

ordre de superposition, sons la dénomination de couran.s de deuxième tro èmê

quatrième, cinqu, me et sixième ordre. Mais afin de ne pas jeter le troûb te dan? te

langage usuel, au heu d'appeler l'extra-courant courant de premier ordre e lui don

nerai, comme je l'ai dit ci-dessus, le nom de courant de iJprZll h Met

gnerai le courant qui lui est supérieur par celui de courant de la deuxième héhee

20 CIIAP- r. — DE L'ÉLECTRICITÉ MÉDICALE.

mais cette déviation se fait dans un sens contraire à la première, et l'on observe une nouvelle contraction musculaire plus forte que la première.

Ces phénomènes d'induction se produisent dans les appareils électro-magnétiques de la môme manière que dans les appareils électro-dynamiques, c'est-à-dire en vertu d'une modification apportée dans l'état de l'aimant et de son fer doux, et dans celui du fil de cuivre enroulé sur le fer doux ou sur l'aimant. ^ En voici la théorie : lorsque le fer doux est mis en rapport avec l'aimant, l'électricité naturelle du fer doux est décomposée par le premier, et les pôles contraires s'attirent et se recomposent ; il en résulte une neutralisation de l'aimant artificiel et une modification dans l'électricité latente du fil de cuivre qui est induit, et alors aussi les spires de l'hélice s'influencent mutuellement ; quand le fil doux est éloigné de l'aimant par un mouvement de rotation, le fluide magnétique de cet aimant reprend sa liberté, et s'accumule à chacune de ses extrémités ;le fer doux, dont la polarisation cesse à l'instant, reprend son état naturel, se recompose, et, par le fait de ce changement d'être de l'aimant, artificiel, le fil de cuivre éprouve une nouvelle induction.

Si, en même temps que ces modifications électriques ont lieu, on interrompt le circuit formé par le fil de l'hélice, la puissance de l'induction augmente dans des proportions considérables. Presque tous les appareils électro-magnétiques sont disposés de manière que les solutions du courant ne s'opèrent qu'au moment où le fer doux arrive en face de l'aimant. lien résulte qu'ils produisent, par révolution de ce fer doux, une action inductrice très-faible, inappréciable chez l'homme, une autre forte,la première ayant lieu lorsque le fer doux est placé en croix, la seconde, quand il est mis en rapport avec l'aimant.

Dans les appareils électro-magnétiques les interruptions du courant s'opèrent à l'aide d'une petite bobine (commutateur) placée sur l'axe du fer doux (armature). Celui-ci est mis en mouvement par un mécanisme particulier, composé d'une petite roue à pivots, engrenée dans une grande roue dentelée, de telle sorte que le mouvement rotatoire du fer doux peut-être exécuté avec une grande rapidité.

Celte rapidité du mouvement rotatoire est une condition essentielle de force et même de vie pour les appareils électro-magnétiques. Je vais essayer de le démontrer.

Lorsqu'on ouvre le courant d'un appareil électro-dynamique, l'induction et l'aimantation du fer doux cessent brusquement avec leur cause productrice, et le passage d'une grande intensité magnétique à zéro se fait subitement et sans transition dans le fer doux central de la bobine. Telle est la principale cause de la plus grande

ARÏ> m. ÉLECTRICITÉ D'INDUCTION. 21

puissance de l'induction dans les électro-aimants. Mais les choses se passent différemment dans les appareils électro-magnétiques. Supposez le courant magnétique établi par la juxtaposition du fer doux contre les pôles de l'aimant, l'ouverture de ce courant n'aura lieu qu'au moment où le fer doux se trouvera en croix avec les extrémités de l'aimant. Si le fer doux décrit lentement un arc de cercle pour se placer perpendiculairement à l'aimant, le courant magnétique établi entre l'aimant et le fer doux diminue insensiblement jusqu'à ce qu'il arrive à zéro.

Mais si le fer doux tourne avec rapidité, le passage du courant magnétique, du maximum à zéro, est opéré dans un temps si court, que ce passage équivaut presque à une interruption brusque du courant, comme dans les appareils électro-dynamiques, et il en résulte une induction puissante. On conçoit, dès lors, que la force de l'induction dans les appareils électro-magnétiques devra être d'autant plus grande que la rotation du fer doux sera plus rapide. Gomment se fait-il alors que dans ces appareils l'intensité du courant diminue au delà d'une certaine vitesse des intermittences, comme cela arrive aussi dans les appareils électro-dynamiques avec la roue de Masson ? Ce phénomène, qui a longtemps tourmenté la plupart des physiciens, est produit par une cause mécanique et dépend d'un vice de construction, ainsi que je le démontrerai plus tard.

Avant mes recherches les appareils électro-magnétiques ne possédaient qu'une hélice. J'ai fait construire un appareil électro-magnétique à double induction, dont les deux hélices superposées et fixées sur l'aimant jouissent, ainsi que je le démontrerai bientôt, de propriétés différentielles comme les hélices des appareils électro-dynamiques à double courant. La description et la théorie en seront exposées dans le chapitre IV.

En résumé, les considérations précédentes démontrent que, nonseulement l'électricité d'induction ne peut fournir de courant continu, puisqu'elle est essentiellement intermittente ou instantanée, mais encore que chaque intermittence se compose de deux courants marchant en sens contraire. Il est établi aussi que le courant qui se produit à la fin de chaque intermittence est le seul qui exerce une action physiologique puissante. Enfin, les appareils électro-magnétiques usuels ne peuvent fonctionner qu'avec des intermittences rapides, tandis que les appareils électro-dynamiques fournissent des courants à intermittences lentes et rapides à volonté.

CIU1'. [. — m L'ÉLECTRICITÉ MÉDICALE.

§ I. - Action philologique différentielle du courant de la première hélice et du courant de la deuxième hélice.

L'excitation de la peau par l'électricité d'induction, quelque longue que soit l'opération, quelque intense que soit le courant ne produit pas d'autre aciion organique que l'érection des papilles ou un peu d erythème. 11 faut savoir cependant qu'il est des sujets chez lesquels la peau s'enflamme sous l'influence de la cause la plus légère, et chez lesquels l'électrisation cutanée par le couranl de la deuxième hélice, qui exerce une action élective sur la sensibilité de la peau, suffit, comme on le verra plus loin, pour provoquer des érythemes qui peuvent durer plusieurs jours.

Dans l'état actuel de la science, on n'établit pbysiologiquement aucune différence entre l'électricité qui arrive aux organes par la voie du courant d'induction de la première hélice, et celle qui leur est envoyée par le courant d'induction de la seconde Voici cependant des faits qui prouvent, d'une manière incontestable, que chacun de ces courants agit physiologiquement d'une manière spéciale (1).

Dans les expériences que je vais exposer, et que l'on voudra répéter, on devra égaliser, pour démontrer la réalité de ces faits nouveaux, d'abord la puissance physiologique de chaque hélice en tenant un rhéophore humide dans chaque main. (On sait que, lorsqu'on se place de celte manière dans le circuit d'un courant d'induction, chaque intermittence de ce courant provoque dans les membres supérieurs une secousse qui retentit dans les poignets, les coudes, les épaules et môme dans la poilrine, selon la force du couranl.)

(I) Abria a seulement cherché à établir comparativement la puissance de l'action physiologique des deuxième, troisième, quatrième, cinquième, sixième et septième hélices, ou, dans le langage usuel, de premier, second, troisième, quatrième cinquième et sixième ordre, mais il n'a pas étudié l'action différentielle du courant de la première hélice (extra-courant) et du courant de la deuxième hélice (courant du premier ordre), seule action différentielle qu'il importe à la pratique de connaître, car les actions différentielles désignées par Abria sont insignifiantes au point de vue thérapeutique. Je ferai en outre remarquer qu'il n'existe aucune ressemblance entre ces recherches d'Abria et les miennes. En effet, cet expérimentateur prenait dans les ma.ins les cylindres rhéophores pour comparer l'action différentielle des courants d'induction de divers ordres, et quand un courant lui donnait des secousses plus grandes dans les membres supérieurs, il en concluait que sa puissance physiologique était pl-is grande, voilà tout. Dans mes expériences — on le verra bientôt —je commence par égaliser la force des cour;ints que je veux comparer l'un a l'autre, puis J'étudie leur action différentielle sur la sensibilité cutanée, musculaire, rétinienne, etc. Abria ne pouvait faire ces recherches, car il ne savait pas localiser la force électrique dans les organes, ce qui exige avant tout des connaissances anatomiques et physiologiques spéciales.

kRT. III. — ÉLECTRICITÉ D'INDUCTION.

l'intermédiaire des rhéophores humides.

Celte propriété spéciale du courant de la deuxième hélice, de produire des sensations plus lumineuses que le courant de la première hélice, est plus développée dans mon appa ^ ' tique à deux hélices (t) que dans mon appareil électro-dynam.que. Ainsi le courant de la deuxième hélice de mon appareil électromagnétique appliqué sur tous les points de la face, agit puissam- S s Jla réPtine%ôme à des doses très-faibles ; tan*, que le courant de la deuxième hélice de mon appareil volta-électnque ne peut produire de sensation lumineuse que sous l'influence d un courant comparativement plus intense, et cela seulement lorsque les rhéophores humides sont placés à l'émergence des nerfs de la cinquième paire ou sur le globe oculaire. La flamme que 1 on perçoit alors est plus pâle que celle qu'on obtient avec le courant de la deuxième hélice de l'appareil électro-magnétique, et impressionne moins vivement la réline. Le courant de la première hélice de 1 appareil électro-magnétique ne produit pas plus d'impression lumineuse que celui de l'appareil électro-dynamique. Enfin, la sensation lumineuse qui est due à l'action du courant de la deuxième hélice de l'appareil électro-magnétique est loin d'être aussi forte que celle qu'on provoque par les appareils éleciro-moteurs.

B. - Le courant de la deuxième hélice excite plus vivement la sensibilité cutanée que le courant de la première hélice.

Voici l'expérience dans laquelle on constate ce phénomène. Elle se fait à l'aide de deux appareils électro-dynamiques ou électro-magnétiques, dont l'un fournit un courant de la première hélice, et l'autre un courant de la seconde hélice. Ces appareils étant en activité, on les gradue de telle sorte qu'ils provoquent la contractilité •musculaire avec une force égale. Si alors on excite la sensibilité cutanée alternativement avec chacun de ces appareils, en procédant comme je l'indiquerai dans la méthodologie (ch. m, art. 3, § i), on observe que la sensation est infiniment moins forte sous l'influence du courant de la première hélice que sous celle du courant de la seconde hélice.

Ces actions spéciales et différentes des courants de la première et de la seconde hélice, dont la découverte remonte à 1848 et dont j'ai donné connaissance à l'Académie des sciences en 1849, ont été

(1) L'appareil à deux hélices ou à double induction, que j'ai le premier fait cou struire, sera décrit dans le chapitre îv.

24 cnAr- l- — l'électricité médicale.

exposées dans la première édition de ce livre (1). Depuis lors, mes recherches sur les actions différentes des courants d'induction ayant été rendues plus faciles par un commutateur des hélices que j'ai

1 w * aT/r'ÛS' 61 à Vâide duqueI J'e Passe rapidement ^ lune à 1 autre héhce, de manière à mieux comparer leurs effets physiologiques, j'ai observé que les courants d'induction exercent des actions spéciales non moins importantes pour la physiologie et la thérapeutique. Je vais les exposer.

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Voici comment j'ai élé mis sur la voie de ce fait important Répétant unjouravecM. Jules Béclard, professeur agrégé à la Faculté de médecine, les expériences qui démontrent les propriétés différentielles des courants, et que j'ai exposées précédemment, mon savant . confrère me fit remarquer que le courant de la première hélice produisait chez lui une sensation beaucoup plus vive que celui de la deuxième hélice, lorsqu'il tenait dans la môme main les rhéophores humides. Celte observation m'engagea à faire une série de nouvelles expériences qui, répétées souvent et sur un grand nombre de sujets, m'ont donné des résultats toujours identiques.

Si, après avoir égalisé la force des courants de la première et de la seconde hélice, en prenant un rhéophore humide dans chaque main, de manière à obtenir des secousses égales en force, qui retentissent, par exemple, jusque dans les coudes, on compare de nouveau leur action, en tenant les cylindres dans la même main largement humectée (il est bien entendu qu'ils ne doivent pas se toucher), on éprouve dans cette main une sensation plus vive, plus pénétrante dans le point qui est en contact avec le rhéophore du courant de la première hélice, que dans celui qui est en rapport avec le rhéophore de la seconde hélice. Ces phénomènes de sensibilité sont d'autant plus prononcés, que les intermittences sont plus rapides. Les sensations et les contractions limitées à la main qui lient les deux rhéophores humides résullent de l'action directe du courant sur les nerfs sous-cutanés de la face palmaire de la paume de la main et des doigts, et sur les muscles de cette région.

Le courant de la première hélice fait éprouver également une plus vive sensation, lorsqu'on dirige son action sur les muscles des autres régions du corps.

Il est quelques muscles sur lesquels il est facile, à cause de leur isolement, de constater celte action spéciale du courant de la pre-

(1) Ducheime, de l'Éledrisation. Paris, 1855.

mière hélice sur la sensibilité musculaire. Je citerai, comme exemple, le deltoïde, le long supinateur, sur la partie moyenne duquel on place les deux éponges excitatrices, aussi rapprochées que possible. Si dans ces expériences on place les courants des deux hélices dans des conditions identiques, en égalisant leur tension (à l'aide d'un tube à eau), on voit combien le courant de la première hélice excite davantage la sensibilité musculaire. Mais lorsqu'on expérimente sur des régions où les couches musculaires sont plus ou moins épaisses et qui sont superposées, la différence d'action des deux courants sur la sensibilité musculaire est moins facile à démontrer, car le courant de la deuxième hélice possédant plus de tension que celui de la première hélice, ainsi que je le démontrerai bientôt, les recompositions sont plus profondes, et, une grande quantité de fibres musculaires entrant en contraction, la sensation est proportionnellement augmentée.

11 était rationnel de prévoir que la sensibilité d'autres organes plus ou moins profondément situés sous la peau devait être aussi plus vivement excitée par le courant de la première hélice que par celui de la seconde. C'est ce que j'ai constaté pour plusieurs d'entre eux : les nerfs mixtes, les testicules, la vessie, le rectum ; et ici cette différence d'excitabilité de la sensibilité par ces deux courants est considérable.

D. — Le courant de la deuxième hélice provoque des contractions réflexes plus énergiques que le courant de la première hélice.

Cette proposition découle des expériences précédentes, que l'on peut compléter de la manière suivante.

Que l'on égalise d'abord l'action des deux courants sur la sensibilité des organes sous-cutanés, par exemple en tenant comme précédemment les rhéophores humides dans une seule main; que l'on fasse ensuite tenir un rhéophore humide dans chaque main : on constatera alors que, de ces deux courants qui paraissent agir avec une force égale sur la sensibilité, celui de la deuxième hélice provoque des contractions qui remontent beaucoup plus haut dans les membres supérieurs.

11 importe d'expliquer le mode d'action physiologique de ce phénomène. Les contractions que l'on observe dans les membres supérieurs, quand chaque main saisit un des rhéophores du courant d'induction, se manifestent au-dessus du point excité, c'est-à-dire en sens contraire de la marche de la force nerveuse. Elles sont dues à la réaction de la moelle excitée par le courant électrique qui parcourt longiludinalement les membres, des extrémités au centre. — Je reviendrai, dans le chapitre III, § 3, sur ce mode d'électrisation, que j'ai appelé par action réflexe.

cnAP. i. — db l'électricité médicale.

E. — Lorsque, des rhéophores humides sont appliqués sur la surface cutanée, le courant de la deuxième liélice pénètre plus profondément dans les tissus que le courant de la première liélice.

Voici comment la notion de ce phénomène m'a été révélée. Il m'est fréquemment arrivé d'avoir à localiser l'excitation électrique dans des muscles qui avaient perdu leur conlractilité et leur sensibilité électriques, consécutivement à la lésion traumalique des nerfs qui les animent, du nerf radial par exemple. Quand je me servais du courant de la première hélice, je parvenais à limiter l'excitation dans la couche musculaire paralysée, bien que le degré de graduation du courant fût assez élevé. Il n'y avait ni sensation ni contraction. Mais si je remplaçais le courant de la première hélice par celui de la deuxième, après l'avoir égalisé (en prenant les rhéophores dans chaque main), les muscles de la région antérieure de l'avant-bras entraient en contraction, et le sujet en percevait la sensation.

Il est évident que, dans ce dernier cas, le courant a pénétré plus profondément et s'est recomposé dans les muscles de la région antérieure, après avoir traversé l'espace interosseux. J'ai observé des phénomènes analogues à la jambe, lorsque le nerf poplilé interne ou le nerf poplité externe était lésé; c'est-à-dire qu'à un certain degré, le courant de la deuxième hélice excitait à la fois la couche musculaire paralysée et la couche musculaire saine, tandis que le courant delà première hélice, même plus fort en apparence, quand on lui faisait parcourir les membres supérieurs des extrémités au centre, ne pouvait porter son action au delà des muscles paralysés.

En résumé, il a été démontré dans ce paragraphe : 1° Que le courant de la première hélice excite plus vivement la sensibilité de certains organes sous-cutanés; des nerfs, des muscles (et la conlractilité de ces derniers en est proportionnellement augmentée), du rectum, de la vessie, du testicule, de l'épididyme, du cordon testiculaire ;

2° Que le courant de la deuxième hélice agit plus puissamment sur la sensibilité de la peau, sur la sensibilité de la rétine, et pénètre plus profondément dans les tissus'.

F. — Théories de ces propriétés physiologiques différentielles.

Quelle que soit la cause des différences d'actions physiologiques que les hélices de tout appareil à double induction (à deux hélices superposées) possèdent à des degrés divers (en raison des variétés de section et de longueur relatives de leurs fils), il est incontestable que ces propriétés si importantes, au point de vue électro-physiologique et thérapeutique, comme je le prouverai bientôt, et qu'on ne pourrait réunir dans une seule de ces hélices; il est incontestable, dis-je, que physiologiquement ces propriétés ne sont pas iden-

tiques. C'est uniquement ce que j'ai entendu exprimer en disant dans la précédente édition que, abstraction faite de toute théorie physique, le courant de la première hélice et le courant de la deuxième hélice jouissent de propriétés physiologiques différentielles. Quand il sera démontré (dans le paragraphe suivant) qu'en raison de leurs actions physiologiques et thérapeutiques différentielles, indépendamment de leur degré de tension, les courants de la première et de la seconde hélice ne peuvent être employés indifféremment dans la pratique médicale, l'expression de propriétés différentielles dont je me suis servi pour désigner les diverses actions spéciales des courants d'induction, sera, je l'espère, entièrement justifiée.

Quant à la théorie physique de ces propriétés différentielles, heureux d'avoir à signaler des faits électro-physiologiques d'une grande importance pratique et qui jusqu'alors avaient échappé à l'observation, j'avais laissé à d'autres, plus autorisés que moi sur cette question, aux physiciens, le soin de la rechercher. En effet, dans une note que j'ai adressée, en 4856, à l'Académie de médecine (1), je me suis borné à dire qu'il me paraissait exister quelques rapports entre le degré de tension des divers courants d'induction et les profondeurs différentes auxquelles chacun d'eux a la propriété de pénétrer dans les tissus placés sous la peau (2). Si je n'ai pas essayé alors d'expliquer la cause physique des autres différences d'actions physiologiques de ces courants, ce n'est pas que je n'aie fait aucune expérience sur ce sujet.

Ma première idée, après avoir bien constaté l'existence de l'action différentielle des couranls de la première et de la seconde hélices sur la sensibilité de la peau, — idée qui se présente naturellement

(1) Duchenne, Note sur quelques propriétés différentielles des courants d'induction de premier et de second ordre {Bull, de l'Acad. de méd., 18 mars 1866, t. XXf, p. 538). Voy. Rapport de M. Bouvier {ibid., p. 671).

(2) Voici comment je pouvais prouver par l'expérimentation électro-physiologique que le courant de la première hélice et celui de la seconde hélice possèdent une tension différente. Si, après avoir égalisé ces deux courants par le procédé indiqué (p. 23), on mesure leur tension en leur faisant traverser alternativement une couche d'eau distillée renfermée dans un tube de verre, on constate que celle du courant de la première hélice est infiniment plus faible que celle du courant de la deuxième. Ainsi mon appareil d'induction le plus puissant étant gradué au maximum, et les deux courants étant égalisés physiologiquement comme ci-dessus, le courant de la première hélice cesse d'Être perçu après avoir traversé une couche d'eau distillée de 8 centimètres d'épaisseur, tandis que celui de la seconde hélice est encore très-appréciable au delà d'une couche d'eau distillée de 30 centimètres d'épaisseur. Ces faits se produisent également, que les courants proviennent d'un appareil électro-dynamique, ou qu'ils soient fournis par un appareil électro-magnétique. Ils démontrent donc que le courant de la première hélice surmonte beaucoup plus difficilement que le courant de la deuxième hélice la résistance qui lui est opposée par l'eau, ou, en d'autres termes, que le courant de la première hélice pénètre moins profondément dans les tissus parce qu'il a beaucoup moins de tension que le courant de la deuxième.

28 cdap. i. — de l'électricité médicale.

à l'esprit de tout physicien, — fut que l'on pouvait peut-être expliqué!' cette action différentielle, par la différence de leur tension. Cette pensée m'inspira quelques expériences dont les résultats furent cependant négatifs. N'ayant pu résoudre mon problème, en d'autres termes, n'ayant pas trouvé l'explication de tous ces effets différents, j'avais cru devoir m'abslenir d'entretenir le public de mes dernières expériences. Je reconnais aujourd'hui que ce fut une faute, car depuis les diverses communications que j'ai faites sur ce sujet, des physiciens qui jouissent d'une grande autorité, et dont j'estime infiniment le savoir et le talent, ont attribué uniquement à la différence de tension des deux hélices toutes les actions physiologiques différentielles de leurs courants.

« L'exlra-courant (disent-ils) et le courant de premier ordre ne jouissent pas de propriétés électives sur telle ou telle fonction, mais ils ont une action plus ou moins énergique, en raison de leur tension, tension qu'ils doivent aux dimensions, au pouvoir inducteur et à l'isolement du fil qu'ils traversent. Aussi le courant induit, produit dans un fil beaucoup plus long et d'un diamètre beaucoup plus fin que le premier, a une tension beaucoup plus grande que celle de l'extra-courant produit dans le fil le plus gros et le plus court. De là une énergie, des propriétés en apparence différentes, résultant d'une tension plus grande du courant qui les produit (i). »

De la théorie précédente on a tiré des déductions critiques sur les dispositions et sur les propriétés de mes appareils électro-dynamique et magnétique, construits, on lésait, au point de vue de leur application à la médecine. Ces déductions diminuant la valeur de mes recherches électro-physiologiques et surtout des considérations pratiques qui en découlent, je crois qu'il est de mon devoir de faire connaître les expériences que j'ai faites aussi pour résoudre celte importante question, et qui me semblent démontrer que la différence des actions physiologiques du courant d'induction de la première et de la seconde hélice ne dépend pas uniquement de la différence de leur tension ; que ces courants ne sont pas identiques ; que les propriétés dont ils jouissent sont réellement spéciales et échappent jusqu'à présent à toute espèce d'explication.

Pour que l'expérimentation soit plus simple et plus décisive, j'étudierai les phénomènes de l'induction sans l'intervention de la force magnétique; c'est-à-dire en produisant l'induction seulement avec le courant vollaïque initial, me réservant de faire ensuite la part de l'influence de l'aimantation temporaire comme force initiale agissant aussi sur l'induction.

(1) A. Becquerel, Traité des applications de l' électricité à la thérapeutique, 1857, p. 58. — La partie physique de ce livre est due au concours de M. E. Becquerel, et de son père, dont tout le monde connaît la science et le talent.

ART. III. — ÉLECTRICITÉ D'iNDUCTION. 29

a. Bans mon appareil électro- dynamique à double courant , la différence de section et de longueur des deux fils qui produit l'extracourant (courant de la première hélice) et le courant de la deuxième hélice, ne rend pas compte à elle seule de l'action différentielle de ces courants sur la sensibilité.

Expérience. — J'ai fait construire deux hélices longues de 9 centimètres, et faites l'une avec un fil de cuivre recouvert de soie, d'un millimètre de section et de 200 mètres de longueur, et l'autre avec un fil également de cuivre et recouvert de soie, d'un sixième de millimètre de section et de 1000 mètres de longueur. Au centre de ces hélices, j'ai ménagé un espace destiné à recevoir au besoin un fer doux forgé ou une botte de fil de fer, mais cet espace reste vide dans l'expérience que je vais rapporter.

Dans ces conditions, le courant d'un couple de Bunsen circulant par intermittences dans chacune de ces hélices séparées, donne naissance à deux courants instantanés (extra-courants), de force inégale ; celui qui provient du fil gros et court (extra-courant des auteurs) exerce une action physiologique infiniment plus grande que le courant développé dans le fil fin. En voici la preuve.

J'ai égalisé, dans ces conditions, la force physiologique de ces deux courants en plaçant dans chaque main ou dans une seule main, ou au niveau des muscles, des rhéophores humides, ou bien en faisant passer le courant du gros fil à travers une couche d'eau distUlée enfermée dans un tube de verre, de manière que les secousses produites par lui ne fussent pas plus fortes que celles du courant du fil fin.

Si alors, après avoir égalisé, de cette manière, la puissance physiologique de ces deux courants, on examine comparativement leur action sur la sensibilité cutanée, on constate que le fil fin et long n'excite pas plus vivement la sensibilité de la peau que le fil gros et court.

Il ressort de celte expérience qu'un exlra-courant développé dans une hélice à fil très-long et très-fin (1000 mètres de long sur un sixième de millimètre de section) n'excite pas plus la sensibilité de la peau que Pextra-courant engendré dans un fil beaucoup plus court et plus gros (200 mètres de long sur un peu moins d'un millimètre de section).

Il est également évident que, si l'action d'un courant sur la sensibilité cutanée était seulement en raison directe de sa tension, l'extra-courant produit ici dans un fil fin devrait agir plus fortement sur la peau que l'extra-courant circulant dans un fil beaucoup plus gros et beaucoup plus court. Ceci n'a pas besoin d'être démontré.

b. Le fil plus fin et plus long de mon appareil électro-dynamique à double courant n'acquiert son action spéciale sur la sensibilité cutanée que lorsqu'il est induit par un fil plus gros.

La môme hélice à fil fin, avec laquelle nous avons fait l'expé-

30 cqap. i. — de l'électricité médicale.

rience précédente, est-elle soumise à l'influence inductrice de l'hélice à gros fil, on voit à l'instant le courant qui circule dans ses spires acquérir cette action spéciale en vertu de laquelle la sensibilité cutanée est plus vivement excitée, action quej'ai fait connaître comme étant propre au courant de la deuxième hélice. Voici comment j'ai fait cetle expérience.

Expérience. — J'ai emboîté les deux hélices qui ont servi aux expériences précédentes, une, l'hélice à fil fin, ayant été construite de manière à recouvrir l'hélice à fil gros. J'ai fait ensuite passer dans celle-ci le courant du môme couple de Bunsen avec des intermittences. La force du courant (induit) de la seconde hélice, produite par l'influence de la première (extra-courant), augmenta dans des proportions considérables (comme on devait le prévoir). Alors, afin d'étudier les propriétés spéciales de cette seconde hélice, comparativement à celle d'une môme hélice à fil fin et long qui ne donne qu'un extra-courant, j'ai égalisé leur tension en les faisant passer à travers une couche d'eau contenue dans le tube de verre, de telle sorte qu'en prenant les cylindres dans la main humide, il était impossible de distinguer l'hélice à fil fin extra-courant de l'hélice à fil fin induite par le gros fil. On pouvait donc les croire parfaitement égaux, quant à leur puissance physiologique sur la sensibilité de la peau. Eh bien, le contraire arrive ; car, dès que je limitai alternativement leur action à la surface de la peau, je constatai que l'excitation de la sensibilité de la peau était plus vive par le fil fin induit que par le fil fin (extra-courant).

On a donc vu, dans cette expérience, qu'une hélice faite avec un fil de 1000 mètres de longueur sur un sixième de millimètre de section, et dont la puissance sur la sensibilité cutanée, quand son courantétait extra-courant, égalait à peine celle de l'hélice à fil gros et de 200 mètres de longueur sur un millimètre de section, on a constaté, dis-je, que cette môme hélice avait acquis une action énorme sur la sensibilité cutanée, par le seul fait de l'influence d'une hélice inductrice, dont le fil était plus gros.

On a sans doute remarqué que, dans toutes les expériences précédentes, je me suis abstenu de placer le fer doux au centre de l'hélice inductrice, c'est-à-dire que l'aimantation est restée entièrement étrangère aux différents phénomènes d'induction que je viens d'exposer. J'ai expérimenté de cette manière afin de montrer combien paraît peu fondée l'opinion d'un auteur qui semble aussi attribuer l'action spéciale du courant de la deuxième hélice à l'influence de l'aimantation. «Il y a, dit M. E. Becquerel, une autre remarque que nous ferons encore : M. Duchenne, en mettant (dans ses appareils) une seconde hélice autour de la première induite, a cru avoir excité seulement un courant d'ordre supérieur à celui de la première hélice. Or, d'après celte disposition, l'effet est très-

compliqué; car, dans la deuxième hélice, l'action qui prédomine est due à l'influence de l'aimant central, comme dans la première hélice. »

Celle opinion est sans valeur en présence des expériences que j'ai rapportées, car l'action différentielle des deux courants se manifeste aussi bien indépendamment de l'influence de l'aimant temporaire. Si j'avais introduit un fer doux au centre de l'hélice du gros fil inducteur, il se serait aimanté fortement et aurait réagi sur le courant d'induction circulant dans cette hélice, en augmentant sa puissance; c'est ce qu'il est facile de constater. Cette augmentation de puissance du courant de la première hélice aurait augmenté proportionnellement, par influence, le courant de l'hélice voisine. Voilà tout. Dire que l'aimant agit directement sur la seconde hélice et produit ainsi les phénomènes spéciaux de la deuxième hélice, c'est imaginer une hypothèse et une objection qui s'évanouissent en présence de mes expériences.

En résumé, l'action spéciale sur la sensibilité cutanée du courant de la deuxième hélice ; en d'autres termes, d'une hélice à fil fin induite par une autre hélice à fil plus gros et plus court, ne peut s'expliquer uniquement par la plus grande tension de ce courant. Quelle est la théorie exacte de ce phénomène? C'est ce qui doit exercer encore la sagacité des savants physiciens qui m'ont fait l'honneur de critiquer mes recherches, et qui, je le répète, sont beaucoup plus compétents que moi en pareille matière, en raison de leurs connaissances spéciales.

Cependant admettons un instant que l'énergie plus grande de l'action de la deuxième hélice sur la sensibilité cutanée soit due uniquement à la plus grande tension de son courant. Comment expliquera-t-on ensuite que la première hélice, dont au contraire la tension est infiniment plus faible, excite beaucoup plus vivement la sensibilité de certains organes sous-cutanés (muscles, nerfs, vessie, rectum, testicule)? Comment expliquer aussi celle action élective du courant de la deuxième hélice sur la sensibilité de la rétine (d)? Ne pouvant donc, dans l'étal actuel de nos connaissances,

(l)M. Chauveau, essayant de théoriser les effets physiologiques des courants induits, a conclu de quelques expériences faites sur les animaux : a 1° que l'effet physiologique de l'électricité est le résultat d'un ébranlement mécanique imprimé aux molécules placées sur le passage des courants ; 2° que cet ébranlement tient exclusivement à la tension de ces courants sans Être directement influencé par la quantité l'électricité mise en mouvement ; 3° que les diverses parties du trajet parcouru par l'électricité, dans un conducteur animal, n'éprouvent pas au même degré cette excitation mécanique, parce que la tension, loin d'être uniforme dans ce conducteur, s'y montre toujours plus forte aux points extrêmes, et surtout au point de sortie (au pôle négatif). »

Les expériences faites sur l'homme à l'aide do l'électrisation localisée, et qui ont

33 chai>. r. — de l'électricité médicale.

trouver une théorie physique satisfaisante des actions physiologiques différentielles des courants de la première et de la deuxième hélice, que l'on veuille bien se contenter, pour le moment, des faits électro-physiologiques incontestables qui seuls pourront la constituer.

été exposées dans ce paragraphe, démontrent que l'énergie de tous les effets physiologiques d'un courant d'induction, loin d'être toujours en raison directe de la tension, est quelquefois au contraire plus grande sous l'influence du courant d'induction dont la tension est moindre (sous l'influence du courant de la première hélice, de l'extracourant des auteurs).

Je ferai remarquer en outre qu'il est reconnu en physique, et démontré expérimentalement, contrairement à l'assertion de M. Chauveau, qu'au pôle négatif le courant électrique a moins de tension qu'au pôle positif, et conséquemment que l'action physiologique, plus puissante au pôle négatif, ne peut être attribuée à sa plus grande tension.

Enfin M. le vicomte Dumoucel adonné un nouvel appui à l'opinion que je défends {comptes rendus de l'Académie des sciences, 1859). Il a démontré expérimentalement que la puissance physiologique d'un courant d'induction n'est pas toujours due à sa tension. L'expérience d'où ressort ce fait important est exposé dans la note suivante, que cet ingénieux etsavant physicien a eu l'obligeance de me communiquer.

Fig. 1. — Appareil de démonstration de M. Dumoncel.

« On arrive, dit-il, à conclure de cette expérience, qui est certainement la plus curieuse qu'on puisse faire avec l'instrument précédent (fig. I), que la tension n'est pas la seule cause de l'énergie (sous le rapport des réactions physiologiques) que les courants induits peuvent avoir par eux-mêmes, et que les effets différents que M. Duchenne a remarqués entre les courants secondaires et les extra-courants peuvent bien ne pas tenir seulement à leur différence de tension, ce que M. Duchenne cherche à démontrer depuis plusieurs années.

« J'ai démontré au moyen de l'appareil représenté (fig. 1). et qui se compose de deux électro-aimants droits munis de deux bobines d'induction B et D à leurs extré mités polaires, que, quand les deux armatures EF et GH sont abaissées sur les pôles de ces aimants, les courants induits excités par la fermeture et l'ouverture du courant inducteur à travers les bobines A et G, quoique étant plus intenses au galvanomètre que quand l'armature EF est enlevée, donnent des commotions beaucoup plus énergiques dans ce dernier cas, et pourtant les deux courants mesu- . rés au rhéostat ont la même tension. On no peut pas attribuer cette différence

■Ai

§ II. — Propriétés thérapeutiques différentielles des courants

d'induction.

L'électricité d'induction est le seul agent thérapeutique qui, limité à la peau, puisse produire la sensation cutanée la plus aiguë, qui cesse subitement avec l'opération, qui se gradue depuis le simple chatouillement jusqu'à la douleur la plus vive, en passant par tous les degrés intermédiaires, ou bien en allant subitement d'un extrême à l'autre, sans jamais désorganiser la peau, ni laisser d'autre trace à sa surface qu'un léger érythème ou de petites élevures dues à l'érection des papilles. On conçoit qu'un tel agent réponde à une foule d'indications, soit qu'on veuille rappeler la sensibilité de la peau, comme dans les anesthésies de cet organe, soit qu'on veuille seulement produire une révulsion ou une perturbation sur un point quelconque de la peau, comme dans les névralgies, les douleurs rhumatoïdes, etc. Cette excitation cutanée peut être renouvelée fréquemment et portée sur tous les points de la surface du corps, même à la face, car elle ne laisse aucune trace visible après elle, et s'approprie au degré d'excitabilité de chaque individu, même de chaque région du corps.

Il est souvent besoin d'un courant des plus intenses dans le traitement de certaines affections musculaires; alors, l'électricité d'induction est la seule applicable, parce qu'elle n'exerce pas d'action calorifique comme l'électricité de contact.

L'action chimique, électrolylique, de l'électricité d'induction est tellement faible, qu'elle ne saurait servir à la coagulation du sang, dans le traitement des anévrysmes ou à la mortification lente de certains produits morbides, par exemple des polypes mous. Enfin les appareils d'induction peuvent, sous un petit volume, agir sur la contractilité avec une puissance considérable, ce qui facilite singulièrement leur application.

d'action à la différence de vitesse de désaimantation des noyaux magnétisés dans les deux cas, puisque, en interrompant simultanément] les deux courants inducteurs et induits au moyen d'une double roue dentée, on trouve toujours les mômes effets. Du reste, cet effet n'est pas le seul de ce genre qu'on puisse citer, et j'ai également démontré que, dans certaines circonstances, le courant inverse, qui ne donne jamais d effets physiologiques appréciables, en fournit de plus énergiques que le courant direct. D'un autre côté, on sait que c'est le pôle négatif qui réagit le plus energ.quement sur l'économie animale avec les courants induits, et pourtant d'après es expériences de M. Riess et les miennes, c'est l'électricité positive qui a le plus de tension On peut donc en conclure, comme je l'ai dit, que les rapports réciproques entre te système nerveux et les effets électriques ne sont pas encore assez connus dans l état actuel de la science, pour que nous puissions expliquer à priori tous les phénomènes que nous observons. » 1 Diicii i vm . —3e édition.

CHAP. r.

— de l'électricité médicale.

A. — Les actions physiologiques différentielles des courants d'induction de la première et de la deuxième hélice ne peuvent être appliquées indifféremment à la thérapeutique.

Les deux courants d'induction (de la première et de la seconde hélice) , dont les actions physiologiques sont si dissemblables, doivent exercer des actions thérapeutiques différentes , et qui répondent à une indication spéciale. Bien qu'en thérapeutique l'expérimentation empirique ait. souvent joué le rôle principal, nous n'en devons pas moins choisir pour guide l'action physiologique démontrée des agents médicamenteux. La voie que j'avais à suivre pour l'application des courants de la première et de la seconde hélice à la thérapeutique m'était donc déjà tracée par l'expérimentation physiologique. Cependant, s'il n'avait existé entre lespropriétés physiologiques de ces courants d'induction que des différences presque insensibles, je déclare que je n'en aurais tiré aucune déduction thérapeutique, afin de ne pas trop compliquer l'art de l'électrolhérapie , art assez difficile déjà , comme on le verra. Il s'en faut qu'il n'y ait entre ces actions physiologiques différentielles que de légères nuances; ainsi je puis dire, sans exagération aucune, que, pour ce qui a trait à l'action exercée sur la sensibilité cutanée, le courant de la première hélice et le courant de la deuxième hélice diffèrent entre eux comme l'eau tiède diffère de l'eau bouillante, ou un fer peu chaud d'un fer rouge.

On ne trouvera pas, il est vrai, une aussi grande différence entre ces deux courants peur les autres actions physiologiques, quoique celte différence soit très-notable; cependant ces actions électrophysiologiques, appliquées indistinctement en thérapeutique dans certains cas et dans certaines conditions, produiraient des accidents plus ou moins graves.

Rien ne pouvait me faire prévoir l'existence de ces propriétés ; c'est par une longue expérimentation empirique que j'en ai acquis la connaissance, et cela toujours aux dépens des sujets sur lesquels j'opérais, c'est-à-dire par des accidents. En veut-on quelques exemples choisis dans mes expériences les plus récentes? — Un jour, faradisant les testicules, dans un cas d'impuissance, avec le courant de la deuxième hélice (deux rhéophores humides, l'un en avant, l'autre en arrière, étaient placés sur le scrotum au niveau du testicule), le sujet témoignait quelque douleur. Au lieu de diminuer la force du courant, je fais arriver le courant de la première hélice (en tournant l'aiguille du commutateur des hélices de mon appareil électro-dynamique (voy. sa description au chapitre îv) avec la pensée que, la tension de ce dernier courant étant infiniment plus faible, il devait pénétrer moins profondément et peul-ôtre produire

ART. III. — ÉLECTRICITÉ D'iNDUCTION. 3 5

une sensation moins forte. Ce fut tout le contraire qui arriva, car la douleur fut des plusvives.il semblaitau malade qu'on lui arrachait, pour ainsi dire, le testicule et son cordon (1). Le môme phénomène s'est reproduit chez tous les sujets sur lesquels j'ai répété celte expérience en faradisantle testicule comparativementavecla deuxième et la première hélice. L'épididyme et le cordon étaient également beaucoup plus sensibles à l'excitation par la première hélice que par la seconde hélice. — Une autre fois, ayant à traiter une paralysie delà vessie, j'introduisis un rhéophore dans cet organe et un autre dans le rectum (voy. plus loin, chap. iv, comment ces rhéophores sont construits), et je fis passer le courant de la deuxième hélice à un degré assez intense et avec deux intermittences par seconde ; le sujet accusa une sensation très-supportable. Mais comme la tension de ce courant est très-grande, j'évitais difficilement sa pénétration jusqu'au plexus sacré, de telle sorte qu'il se produisait de fortes secousses dans les membres abdominaux. Je passai alors subitement, sans défiance aucune, au courant de la première hélice dont on connaît le peu de tension. Le sujet éprouva à l'instant une vive douleur dans le bas-ventre. Trois malades étaient alors en traitement, tous ont accusé la même douleur pendant la même opération. J'ai répété bien des fois cette expérience, en agissant isolément sur la vessie ou le rectum avec un rhéophore double qui sera décrit plus tard, et la sensation produite localement sur ces organes a été incomparablement plus forte par le courant de la première hélice que par celui de la seconde. Ces expériences ne sont pas inoffensives, car, chez plusieurs sujets, ces sensations vives ont plusieurs fois été suivies de douleurs névralgiques des organes surexcités. — La différence d'action entre les deux courants, sur la sensibilité de la rétine, est bien loin d'être aussi grande que dans les cas précédents : cependant j'ai vu un bon nombre de sujets qui étaient incommodés par les phosphènes plus éclatants, produits par le courant de la deuxième hélice, lorsque j'avais à exciter des régions dans lesquelles se ramifiait la cinquième paire (la face, la langue, etc.). Us étaient quelquefois effrayés pour leur vue, qu'ils disaient être comme un peu troublée par des mouches volantes, à la suite de ces opérations.

Ces faits démontrent donc que le courant de la première hélice et le courant de la deuxième hélice ne peuvent être employés indifféremment ou indistinctement ; ils doivent rendre le praticien cir-

(I) Ce malade était un professeur de physique distingué ; et certes après cet argument ad hominem il ne soutenait plus l'opinion de MM. Becquerel qui ont écrit-

mJ^ÏÏÏZTîïu* r0Urant de Premier 0rdre ne j°uissent Pa* du Propriétés élecves sur telle ou telle fonction, mais ils ont une action plus ou moins énergique, en laison de leur tension. »

36 chap. i. — de l'électricité médicale.

conspect dans l'application thérapeutique de l'un ou de l'autre de ces deux courants.

B. — Cas dans lesquels on doit employer de préférence le courant de la première hélice ou le courant de la deuxième hélice.

Étant donc connue l'action différentielle des courants de la première et de la seconde hélice, il est facile de prévoir dans quels cas l'un ou l'autre de ces courants doit être employé de préférence. Je ne ferai que les indiquer.

L'énergie extrême avec laquelle le courant de la deuxième hélice peut exciter la sensibilité cutanée fournit à la thérapeutique un moyen précieux de combattre les anesthésies de la peau, et de produire une révulsion cutanée ou une perturbation supérieure, au besoin, à celle du feu, sans détruire les tissus, par exemple, dans les affections rhumatoïdes ou névralgiques. Est-il besoin d'ajouter que le courant de la deuxième hélice triomphera dans une foule de cas où le courant de la première hélice aura été impuissant ? Combien de fois, en effet, n'ai-je pas vu, par exemple, l'aneslhésie cutanée céder promptement sous l'influence d'un courant de la deuxième hélice, alors qu'un appareil qui ne possédait qu'un courant de première hélice plus puissant sur la sensibilité musculaire que le précédent, n'avait exercé aucune influence thérapeutique appréciable !

Si l'on avait à pratiquer l'excitation électrique dans des masses musculaires profondes, protégées par des aponévroses épaisses ou recouvertes d'un tissu cellulaire sous-cutané graisseux, abondant ou infiltré de sérosité, le courant de la deuxième hélice répondrait parfaitement à cette indication, en raison de sa plus grande tension, ou, en d'autres termes, en raison de sa puissance de pénétration.

C'est encore au courant de la deuxième hélice, qui agit moins sur la sensibilité musculaire que le courant de la première, qu'on devrait recourir de préférence, lorsqu'il est indiqué de provoquer des contractions énergiques avec moins de sensation douloureuse, comme chez les enfants, et dans les paralysies de cause cérébrale, où l'on doit, autant que possible, éviter de réagir sur les centres nerveux.

Le courant de la première hélice, dont la tension est faible, conviendra parfaitement dans les cas où il faut exciter vivement la sensibilité et la contraclilité des muscles superficiels et peu volumineux, sans en dépasser les limites. Je citerai, par exemple, les paralysies avec insensibilité musculaire ou les atrophies locales. Dans la paralysie de la septième paire, où la contractilité électrique est plus ou moins affaiblie, il est indiqué d'exciter vivement les muscles paralysés. Ces derniers offrant peu d'épaisseur, il faut choisir pour cela le courant dont la tension est moindre (le courant de la pre-

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