‹ De l'electrisation localisee et de son application a la pathologie et la therapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 8 sur 543 · ÉLECTRICITÉ DE CONTACT (GALYANISME · texte numérisé non relu

ÉLECTRICITÉ DE CONTACT (GALYANISME

On a donné le nom d'électricité dynamique, c'est-à-dire d'électricité à l'état de mouvement et de courant, à l'électricité de contact

8 chap. i. — de l'électricité médicale.

et à l'électricité d'induction. Cette électricité, engendrée par les piles voltaïques ou par les appareils électro-dynamiques ou magnétiques, possède des propriétés physiologiques et thérapeutiques essentiellement différentes de celles qui appartiennent à l'électricité statique.

La propriété la plus importante, à certains points de vue physiologiques ou thérapeutiques, de l'électricité dynamique, c'est de pouvoir être dirigée, localisée au moyen de rhéophores spéciaux, dans presque tous les organes. 11 ressort, en effet, de mes expériences, que l'on peut arrêter à volonté cet agent dans la peau, ou que, sans incision ni piqûre, on peut traverser celle-ci et par l'électricité d'induction limiter l'action électrique dans les organes qu'elle recouvre,, c'est-à-dire dans les nerfs, dans les muscles et même dans les os. C'est ce que je démontrerai par la suite.

La sensation cutanée développée par l'électricité dynamique peut aller du simple chatouillement à la douleur la plus aiguë, ou passer par tous les degrés intermédiaires à ces deux extrêmes. L'excitation produite par cette sensation peut toujours être concentrée dans l'enveloppe cutanée, sans dépasser les limites de la peau, quelle que soit la force du courant.

Cette même force électro-dynamique, localisée dans un muscle, dans un tronc nerveux, peut provoquer les contractions les plus énergiques, sans produire ces phénomènes de commotion et de rupture ou déchirure vasculaire qui caractérisent l'action de l'électricité statique, et qui en contre-indiquent souvent l'emploi.

Tels sont les effets principaux que l'on peut tirer de l'électricité dynamique, qui comprend {'électricité de contact et V électricité d'induction.

Mais chacune de ces sources électro-dynamiques possède, en outre, des propriétés physiques, chimiques et physiologiques spéciales, qui ne permettent pas de les appliquer indifféremment à la thérapeutique; ces propriétés spéciales peuvent même répondre à des indications déterminées; il est donc nécessaire de les étudier séparément.

§ I. — Propriétés physiologiques.

A quantité et à tension égales, tous les appareils électromoteurs de contact jouissent des mêmes propriétés physiologiques, quelle que soit la nature des éléments qui entrent dans leur composition.

On peut construire des électromoteurs qui fournissent ou plus d'électricité de quantité, ou plus d'électricité de tension, selon les effets que l'on veut obtenir (1); mais, quoi qu'on fasse, ces différents

(1) La quantité d'électricité qu'une pile peut fournir est en raison directe de la

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effets se produisent toujours simultanément, ou ne peuvent être complètement isolés les uns des autres.

Le courant galvanique intermittent exerce une triple action physiologiqueàchaque intermittence : l'uneàlafermeture du circuit (entrée du courant), l'autre à l'ouverture du circuit (sortie du courant), et la troisième dans l'intervalle de ces deux temps. L'action physiologique qui se produit à l'instant où l'on interrompt le circuit est plus faible que lorsqu'on le ferme. Ainsi, avec une pile, de 30 couples de Bunsen, on n'éveille pas, à l'ouverture du circuit, la conlractililé musculaire chez l'homme, quand on applique des rhéophores humides sur un point delà peau correspondant à la surface d'un muscle ; tandis que, parle même procédé, ce phénomène électro-physiologique est déjà très-manifeste à la fermeture du circuit. Mais la puissance de l'interruption du courant s'accroît proportionnellement à l'augmentation du nombre des éléments qui composent la pile. Il m'a paru que 120 éléments de Bunsen donnaient, à l'instant de la sortie du courant, une contraction à peu près égale à celle qui était produite par l'entrée d'une pile de 20 couples.

L'action physiologique intermédiaire entre la fermeture et l'ouverture du courant est d'autant plus manifeste, que l'intervalle qui sépare les deux autres temps est plus prolongé. On a donné le nom de courant continu à ce courant intermédiaire.

L'électricité galvanique peut être appliquée par courants continus ou par courants interrompus.

Le courant continu, limité dans la peau, y excite inévitablement, outre les phénomènes de sensibilité décrits plus haut, un travail organique plus ou moins considérable, depuis le simple érvthème jusqu'à l'escharification. Ce travail organique, dû à l'action calorifique et électrolytique du galvanisme, s'opère assez lentement, à moins qu'on ne se serve d'une batterie voltaïque très-puissante.

Le courant continu constant et le plus intense, traversant longitudinalement un membre, m'a paru n'y produire que des contractions fibrillaires ou oscillatoires, et irrégulières, si l'on procède de manière que la contraction de fermeture du circuit soit très-faible, le courant étant ensuite augmenté rapidement jusqu'à son maximum. C'est, du moins, le résultat d'une expérience que j'ai faite sur moimême avec une pile de 120 couples de Bunsen. Ce courant continu produit en outre des phénomènes de calorification dans les profondeurs de l'organisme. En effet, la sensation que j'éprouvai pendant cette expérience était analogue à celle qu'aurait pu occasionner un liquide chaud circulant dans le membre soumis à l'expérimentation.

surface des éléments. — La tension galvanique dépend du nombre des éléments qui composent une pile.

1 o chap. t. — de l'électricité médicale.

Après un certain temps, ces courants continus, profonds, développèrent une sensation de chaleur insupportable dans le membre galvanisé : il ne me parut pas alors que ce membre eût augmenté de température (1). En diminuant le nombre des éléments, les phénomènes que je viens d'exposer allèrent en décroissant ; et, à 15 ou 20 couples, ils furent inappréciables.

Le couraut continu est-il réellement un hyposthénisant de la force nerveuse? Si l'on conclut des vivisections à l'homme, la réponse semble devoir être affirmative. On sait, en effet, qu'un courant continu, prolongé un certain temps dans les nerfs ou dans les membres d'un animal, non-seulement en diminue la force des mouvements, mais encore qu'il en produit la paralysie. Je démontrerai par la suite, expérimentalement, que celte espèce d'action hyposthénisante n'est pas appréciable chez l'homme (voy. chap. III).

Quant à l'action du courant continu sur la sensibilité, bien qu'après un certain temps il produise un engourdissement du membre dans la continuité duquel on le fait circuler, je ne crois pas que l'on puisse le considérer comme un hyposthénisant de la sensibilité, ou, en d'autres termes, comme un anesthésique.

La sensibilité de la peau m'a paru plus vivement excitée par le

(1) Lorsque j'ai rapporté pour la première fois cette expérience, j'ai eu le tort de ne pas dire comment je l'avais pratiquée, car elle a pu paraître à certaines gens difficile, sinon impossible. Voici dans quelle circonstance et comment elle a été faite. A l'époque où le professeur Despretz, membre de l'Institut de France, faisait à la Sorbonne ses belles recherches sur la simplicité des corps élémentaires, je trouvai dans son laboratoire une pile de Bunsen de 120 éléments de grandeur ordinaire, et dont les charbons occupaient le centre. C'est avec cette pile que j'ai fait l'expérience dont il est question ci-dessus. 11 est probable que cette pile ne possédait pas toute sa puissance, car elle était depuis assez longtemps en action et avait déjà servi à de nombreuses expériences ; cependant sa puissance était encore telle, que, tenant un rhéophore métallique recouvert d'une peau largement humectée dans la paume de chaque main, je supportais difficilement la commotion produite par l'entrée du courant de 40 à 50 de ses éléments. Afin de ne pas m'exposer à l'action foudroyante des 120 éléments, j'ai opposé au courant la résistance d'une colonne d'eau distillée de 10 centimètres d'épaisseur, en plaçant dans le circuit un tube rempli de ce liquide, que je décrirai plus tard (chap. IV) sous le nom de tube modérateur. Alors, après avoir reçu la secousse de la fermeture de ce courant, qui ainsi était très-aflaibli j ai augmenté la puissance de ce dernier en diminuant graduellement l'épaisseur de la couche du liquide à traverser, jusqu'à ce que le courant continu m'arrivat dans toute sa force. Je fus surpris d'en pouvoir supporter le passage assez longtemps pour terminer les expériences dont je viens d'exposer les résultats. Mon derme n a point été altéré, parce que mes mains et le rhéophore avaient été largement humectés parce que l'épidémie de la paume de la main est assez épais, et surtout parce que 1 expérience a duré peu de temps. Un tel courant appliqué sur la peau des autres régions v aurait, sans aucun doute, occasionné une cautérisation plus ou moins profonde et des douleurs intolérables. Ce procédé ajustement l'avantage en évitant ces douleurs cutanées, de permettre d'analyser les sensations profondes produ.tcs par e passage du courant à travers les organes (nerfs et muscles) des membres supérieurs dans le sens longitudinal. 11 ne m'a pas été possible de prolonger au delà de trente à quarante secondes cette expérience faite avec ^J^^S^^^tS yai toléré pendant dix à vingt minutes un courant de 20 à 30 éléments. J ai expui

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courant galvanique intermittent rapide que par le courant continu. C'est tout l'opposé pour l'action organique exercée par ces courants. Ainsi, la sensation cutanée est plus douloureusement réveillée par un courant intermittent rapide que par un courant continu. Celui-ci, au contraire, produit plus rapidement l'érythème, la vésication, ou la destruction de la peau. L'érection des papilles nerveuses, l'action désorganisatrice électrolytique, qu'éprouvent les [issus, doivent être rapportées à l'influence du courant continu, l'entrée et la sortie de ce courant n'y contribuent que faiblement. C'est pour cette raison, sans doute, que le courant intermittent rapide désorganise beaucoup moins la peau que le courant continu. Mais, comme on ne peut éviter, ainsi que je l'ai démontré plus haut, l'action continue qui se trouve entre le commencement et la fin de chaque intermittence, il ne sera jamais possible d'exciter la peau par le galvanisme, sans y produire un travail organique plus ou moins considérable. L'action calorifique au pôle négatif (pôle zinc) est plus grande qu'au pôle positif (pôle cuivre ou charbon) (1).

De toutes les espèces d'électricités, c'est l'électricité galvanique qui agit le plus vivement sur la rétine, lorsqu'on l'applique à la

mérité, depuis lors, une pile de 40 éléments au bisulfate de mercure. Plongeant alors chacune de mes mains dans un bassin mis en communication avec un des électrodes ; et dans ces conditions j'ai laissé passer le courant d'une manière continue pendant dix minutes à peu près, et j'aurais pu le supporter plus longtemps. La première fois que j'ai expérimenté l'action de cette pile, j'ai senti, après deux minutes de cette action du courant continu, des contractions comme flbrillaires, oscillatoires dans les fléchisseurs des doigts et du poignet. La sensation de roideur un peu douloureuse que j'éprouvais dans cette région pouvait me faire croire à l'existence d'un petit spasme continu, mais je ne pus le constater par les mouvements du poignet ou des doigts. Cette opération a été suivie d'un sentiment de fatigue dans les membres supérieurs. Le lendemain, cette expérience, répétée de la même manière et dans des conditions semblables, a donné des résultats à peu près identiques. La sensation que j'ai éprouvée dans les régions antérieures de l'avant-bras et du bras n'était pus précisément douloureuse, c'était plutôt un sentiment de fatigue assez pénible. Bien des fois j'ai fait cette expérience sur moi-même, et je l'ai renouvelée sur d'autres personnes ; j'ai alors toujours observé, pendant le passage du courant continu, tantôt les contractions flbrillaires, tantôt seulement une sensation ae roideur dans les muscles de l'avant-bras et quelquefois du bras, mais cela d'une manière irrégulière. Cette même expérience, faite assez souvent sur les membres inférieurs de quelques sujets dont les pieds plongeaient dans des bassins mis en communication avec les pôles de la pile, n'a pas produit autre chose que de l'engourdissement et de la fatigue ; j'ai vu aussi des contractions flbrillaires se produire. Chaque opération durait ordinairement dix à vingt minutes (je reviendrai sur ce sujet dans le chapitre III).

Je dois ajouter que, dans toutes ces expériences faites sur les membres supérieurs et inférieurs, on sent à la peau de la face dorsale des mains et des pieds plongés dans l'eau des bassins électrodes des picotements, qui augmentent progressivement, et sont bientôt remplacés par une sensation analogue à celle d'un fort sinapisme, et que cependant on n'y observe point de vésication, alors même que l'opération a duré une demi-heure (je ferai ressortir plus tard l'importance de ce fait au point de vue pratique). Enfin la sensibilité a toujours été plus fortement excitée dans les points correspondants au pôle négatif.

(1) On sait également depuis longtemps que les autres phénomènes chimiques (électrolytiques) et physiologiques sont plus prononcés au pôle zinc.

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face avec des rhéophores humides. Le courant galvanique dirigé sur les nerfs de la cinquième paire et môme sur leurs dernières ramifications exerce une action spéciale sur la réline en produisant trois sensations lumineuses (le phosphène) à chaque intermittence. Ces sensations se manifestent, l'une, très-forte, à l'entrée du courant, l'autre, beaucoup moins forte, à la sortie de ce courant, et la troisième, tellement faible, qu'elle n'est appréciable que dans l'obscurité, dans l'intervalle des deux précédentes. Dans quelque point de la face ou du cuir chevelu qu'on applique les rhéophores galvaniques humides, on produit toujours une succession de sensations lumineuses très-éblouissantes, même avec un courant très-faible, pourvu que la région excitée se trouve animée par la cinquième paire. La flamme qui se produit alors n'impressionne la rétine que du côté où a lieu l'excitation galvanique; elle est d'autant plus grande et plus étincelante que les excitateurs sont plus rapprochés de la ligne médiane; enfin, cette flamme est perçue de chaque côté, lorsque les rhéophores sont placés tout à fait sur la ligne médiane, c'est-à-dire dans les points où les ramifications de la cinquième paire de chaque côté semblent se confondre. On provoque même le phosphène électrique en galvanisant la corde du tympan, ce qui ne peut être produit avec l'électricité d'induction (je reviendrai sur ce sujet en temps opportun). La connaissance de celte propriété spéciale du galvanisme, que l'on ne retrouve qu'à un degré infiniment moins développé dans les autres espèces d'électricités, est d'une haute importance pour le médecin, comme on le verra par la suite.

C'est surtout sur la contractilité musculaire que le courant intermittent galvanique manifeste une puissance physiologique infiniment plus grande que le courant continu.

La galvanisation musculaire par intermittences provoque des sensations plus fortes que l'éleclrisation musculaire par les courants d'induction, bien que les contractions musculaires soient moins énergiques.

Quelle est l'action des courants continus sur les nerfs vasculaires? Je renvoie cette question imposante au chapitre III, consacré à l'examen critique des différentes méthodes d'électrisation, et dans lequel, après avoir examiné comparativement l'action thérapeutique des courants continus dans le traitement des paralysies atrophiques, et des atrophies, j'aurai à rechercher si les résultats heureux obtenus par ces différentes espèces d'électricité peuvent s'expliquer par la physiologie, en d'autres termes, par ce que nous savons actuellement de leur action sur la circulation et sur les nerfs vasculaires ou trophiques.

lRT< n. ÉLECTRICITÉ DE CONTACT (GALVANISME). 13

§ fi. — Propriétés thérapeutique*.

L'excitation galvanique qui, limitée dans la peau, peut y produire, outre une sensation très-vive, un travail organique plus considérable, soit l'érythème, soit la vésication, soit même l'escharificalion, soit une action électrolylique sur les organes dans lesquels elle a été localisée par l'électro-ponclure, répond à certaines indications spéciales. Elle convient, par exemple, dans les cas où il est nécessaire d'obtenir à la fois une vive perturbation instantanée et une action durable, analogue à celle du moxa ou de la cautérisation par le fer rouge.

M. Matteucci (1), tirant de ses vivisections des déductions thérapeutiques, a conseillé l'emploi d'un courant continu ascendant, comme hyposthénisant du système nerveux dans le tétanos. Il dit qu'il est naturel de penser que le passage d'un courant continu dans un membre tétanisé détruil cet état, en amenant la paralysie. A l'appui de sa théorie, le célèbre physicien cite un cas de guérison de tétanos sous l'influence d'un courant continu. Tout le monde comprend l'importance de ce fait, mais il a besoin d'être confirmé par de nouvelles expériences. 11 a également essayé d'établir sur les données électro-physiolcgiques une méthode de galvanisation, par courants continus centrifuges ou centripètes, pour le traitement des paralysies de la sensibilité et du mouvement. Je me réserve d'étudier la valeur de ces déductions électro-thérapeutiques dans le chapitre III.

La galvanisation musculaire par courants intermittents pourrait certainement être employée avec avantage dans le traitement des paralysies du mouvement et dans les atrophies musculaires, mais les inconvénients inhérents à cette espèce d'électricité (son action calorifique et électrolytique, le volume et l'incommodité des électromoteurs que nécessite son emploi) lui feront toujours préférer à mérite égal l'électricité d'induction.

Les propriétés chimiques de l'électricité de contact peuvent être avantageusement appliquées à la thérapeutique. On sait, en effet, quel heureux parti la chirurgie peut tirer de l'action coagulante du galvanisme sur le sang dans le traitement des anévrysmes (2).

(1) Matteucci, Traité des phénomènes électro-physiologiques des animaux. Paris, 1844, in-8, p. 270.

(2) Bien que cette application de l'électricité galvanique au traitement des anévrysmes soit abandonnée depuis quelque temps, il n'est pas impossible qu'on la reprenne un jour avec plus de succès. Je crois qu'il faut avant tout rechercher dans quelles conditions doivent être combinés la grandeur des surfaces et le nombre des éléments, pour obtenir plus d'action électrolytique, en dissimulant le plus possible l'action calorifique.

Le pôle positif de la pile exerce une action coagulante, le pôle négatif possède au

ciiai1. i. — de l'électricité médicale.

Quelle est la valeur thérapeutique des courants continus dans les atrophies ou les paralysies atrophiques? Je renvoie cette question au chapitre III.

La galvanisation de la peau n'est pas applicable au traitement de l'anesthésie cutanée, parce qu'elle y produit des vésicalions ou des eschares. Mais l'action calorifique du galvanisme peut être employée quelquefois avec avantage chirurgicalement à la destruction de certaines tumeurs, à la cautérisation de certaines plaies, soit comme Middeldorf, à la manière du feu; soit comme MM. Giniselli, Nélaton, par l'électrolyse (1).

contraire une propriété dissolvante. On a eu l'idée d'appliquer cette propriété 'toute spéciale du pôle positif au traitement de certains dépôts de matières fibro-plastiques qui se forment entre les lames de la cornée. Les premiers essais faits dans cette voie paraissent avoir été couronnés de succès.

(1) C'est en France que l'action calorifique du galvanisme a été appliquée pour la première fois, comme moyen de cautérisation. Récamier et Pravaz ont essayé de détruire les cancers du col de l'utérus à l'aide d'un courant galvanique, en 1841. M. Nélaton a fait aussi en 1850 des applications très-heureuses de cette propriété calorifique du galvanisme, et il a été secondé dans ses opérations par M. Jules Regnauld, alors pharmacien en chef de la Clinique, qui avait imaginé une batterie galvanique d'un petit volume, d'un usage facile et d'une puissance calorifique très-grande (a). M. Nélaton pense que ce mode de cautérisation peut être employé avec avantage dans les cas où le point à cautériser est situé profondément, dans le pharynx par exemple. Après M. Nélaton, M. Alph. Amussat, et en Allemagne Middeldorf, de Breslau, ont employé, dans des cas analogues, et avec non moins de bonheur que M. Nélaton, la puissance cautérisante des courants galvaniques.

L'action électrolytique des courants galvaniques a été également appliquée avec des résultats heureux à la destruction de certaines tumeurs. Humphrey Davy, en 1807, démontra le premier la puissance de l'électricité pour la décomposition des corps par l'expérience suivante : pendant 5 jours, il soumit un morceau de fibre musculaire à l'action d'une pile de 150 couples ; cette substance durcit et se dessécha rapidement, et, soumise à l'incinération, elle ne donna aucune trace de matière saline. La potasse, la soude et l'ammoniaque avaient été transportées au pôle négatif, les trois acides minéraux et l'acide phosphorique au pôle positif. Davy obtint des résultats identiques, en soumettant à l'action de la pile des corps vivants et des feuilles de plante. Matteucci constata aussi l'action de la pile sur les substances animales vivantes. C'est dans les travaux de Crusell que se trouvent exposés les principes fondamentaux de la méthode électrolytique. En 1841, il publia son premier ouvrage (6) et adressa successivement jusqu'en 1849, plusieurs mémoires et paquets cachetés à l'Académie des sciences, dans lesquels il désigne le premier sa méthode sous le nom de traitement électrolytique. Sollicitée de faire un rapport, l'Académie déclara que « ces communications n'ont pas paru, à la commission chargée de les examiner, suffisamment développées, pour porter un jugement sur la méthode. » Ces essais tombèrent dans l'oubli, et l'auteur lui-môme y renonça pour revenir à la galvano-caustie, qu'il abandonna bientôt pour appliquer la flamme de l'hydrogène à la destruction des tumeurs. C'est en 1860 que Giniselli reprit les recherches de Crusell sur les propriétés électrolytiques ou de décomposition des courants galvaniques appliquées à la destruction des tumeurs, et fit à ce sujet à la Société de chirurgie de Paris, une communication dont nous extrayons les quelques lignes suivantes : « Mes premières études sur l'électro-poncture m'ont conduit à cet axiome, qu'en employant les courants électriques sur les tissus, ce n'est pas toujours par l'action calorifique qu'on obtient des eschares ; elles se forment aussi et bien souvent sans élévation appréciable de température dans les conduc-

(a) Gaz. des Bôp., 1852.

(6) Crusell, Sur le galvanisme comme moyen curatif chimique contre les ma

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En raison de la propriété qu'il possède d'exciter vivement la rétine, le galvanisme doit être appliqué à la face avec circonspection. La flamme qu'il produit alors est tellement éblouissante, qu'elle pourrait compromettre la vue, si l'opération était trop prolongée, les intermittences du courant trop rapides, et le courant trop intense. En voici un exemple :

Observation I. — Depuis un mois environ, j'électrisais à l'aide de l'appareil électro-dynamique (appareil d'induction marchant avec la pile) un malade affecté de paralysie d'un côté des muscles de la face. Une amélioration se produisait graduellement ; chaque jour les rhéophores étaient mis en contact avec les muscles paralysés, sans inconvénient, quoique l'appareil tonctionnât à un degré assez élevé de puissance. La vue n'en avait éprouvé aucun effet appréciable ; le malade ne percevait pas de trop forte sensation lumineuse pendant les opérations. Un jour, l'inventeur d'un nouvel appareil galvanique vint me prier de vouloir bien expérimenter sa machime. Nayant, à ma connaissance, aucun fait qui donnât lieu de craindre ce qui allait arriver, je dirigeai le courant de cet appareil à un degré léger sur les muscles paralysés qui se contractèrent, mais beaucoup plus faiblement que sous l'influence ordinaire de l'appareil d'induction. A l'instant môme, le malade perçut une flamme considérable dans l'œil du côté correspondant, et s'écria : « Je vois votre appartement tout en feu ! » 11 me pria de suspendre cette application. Lorsqu'il revint de l'éblouissement occasionné par cette forte excitation de la réline, il se plaignit d'un trouble considérable de la vue, et s'aperçut qu'il ne voyait plus du côté où l'opération avait été faite. L'œil du côté opposé ne paraissait pas avoir souffert. Je lui fis prendre immédiatement un bain de pieds ; dès qu'il fut rentré chez lui, une saignée lui fut pratiquée. Sa vue ne s'améliora pas ; malgré l'emploi d'une série de moyens excitants et un traitement rationnel, on ne put obtenir qu'un léger amendement ', elle est restée considérablement affaiblie.

C'est à cet accident que je dois la découverte de cette action du galvanisme sur la rétine infiniment plus intense que celle de l'électricité d'induction; découverte qui m'a conduit, à son tour, à faire des recherches sur les propriétés différentielles des diverses sources électriques dans la production du phosphène.

Ce fait malheureux, impossible d'ailleurs à prévoir, ne devait pas

tours qui transportent le courant électrique aux tissus organiques. » En 1862, M. Ciniselli, dans un nouveau travail, établit que les altérations de tissu produites par les courants électriques sont analogues à celles occasionnées par les caustiques potentiels. En juillet 18G4,M. Nélaton a le mérite d'avoir le premier vulgarisé l'électrolyse en France (a) ; il a publié une observation très-intéressante de destruction de polype naso-pharyngien par la méthode électrolytique. Nous ne pousserons pas plus loin cet historique. Ajoutons seulement que M. Ciniselli s'est servi dans ses essais d'électrolytie de la pile de Volta à colonne, composée de à 40 éléments et plus, et M. Nélaton d'un appareil de Bunsen formé de 9 éléments de 1G centimètres de hauteur sur 8 de diamètre, d'une forte tension.

(a) Nélaton, Comptes rendus de l'Acad. des sciences, ! 864.

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être perdu pour la science. Au contraire, il en est ressorti des applications thérapeutiques éminemment utiles aux malades, car il démontrait d'une part que l'électricité d'induction, fournie par l'appareil électro-dynamique, mûme avec une grande tension, n'agit pas sensiblement sur la rétine, tandis que l'électricité galvanique, à dose très-faible, exerce une action très-énergique sur cet organe. On était donc en droit d'espérer que l'emploi bien réglé de l'électricité de contact produirait des modifications thérapeutiques utiles dans les affections purement nerveuses de l'oeil. Ces prévisions ont été confirmées par l'expérience.

En résumé : 1° V électricité galvanique exerce une action très-vive sur la rétine, lorsque l'excitation est dirigée sur un des points où se ramifie la cinquième paire. 2° Cette espèce d'électricité peut être un excellent agent thérapeutique dans les affections purement dynamiques de la vue. 3° Au contraire, Vélectricité d'induction provenant de l'appareil électro-dynamique agit très-faiblement sur la rétine. 4° Enfin, précisément par la raison que l'électricité d'induction est insuffisante lorsqu'il est nécessaire de stimuler la rétine, elle convient exclusivement lorsqu'il faut provoquer la conlractiîité musculaire à la face, ou agir sur les muscles propres de l'œil, sans exposer cette même rétine aux dangers d'une surexcitation.

ARTICLE III

ÉLECTRICITÉ D'iNDUCTION.

Bien qu'il n'entre pas dans mon sujet d'exposer ici les principes fondamentaux qui président au développement des courants d'induction (ce que l'on trouve d'ailleurs dans tous les traités de physique), je crois nécessaire de rappeler ou de dire comment je comprends ceux qui doivent toujours être présents à l'esprit de celui qui s'occupe de l'application de cette espèce d'électricité à l'expérimentation électro-physiologique ou à la pratique médicale. M'adressant à un public médical qui, en général, est peu familiarisé avec les formules en usage dans les traités de physique, j'éviterai de les employer, et, afin d'être compris de tous, je m'exprimerai autant que possible dans un langage vulgaire.

Les appareils d'induction prennent leur source, on le sait, soit dans une pile, soit dans un aimant artificiel. Ces appareils sont connus clans la science, les premiers sous la dénomination d'appareils èlectro- dynamiques, les seconds sous celle ^appareils électromagnétiques. Les uns et les autres se composent d'un fil de cuivre rouge, recouvert d'un fil de soie isolant quelquefois enduit d'un vernis, d'un diamètre et d'une longueur variables, et enroulé en spires serrées de manière à former une hélice, au centre de laquelle

ART. m. — ÉLECTRICITÉ D'iNDUCTION. 17

on place ou un fer doux ou un aimant. Dans la plupart des appareils électro-dynamiques, un second fil de cuivre plus fin et plus long, recouvert également d'un fil de soie, est enroulé sur le premier et forme une seconde hélice. Les appareils électro-magnétiques usuels n'ont jamais qu'un seul fil de cuivre, enroulé sur chaque bras de l'aimant.

On sait que, pour mettre en action un appareil électro-dynamique composé de deux hélices, on établit une communication entre les extrémités d'un circuit formé par le fil enroulésur leferdoux central (fil de la première hélice). A l'instant où ce circuit est fermé, il s'opère une modification électrique dans l'état du fil et aussi dans l'état du fer doux, qui s'aimante temporairement. Si ensuite le circuit est ouvert, il en résulteunenouvellemodification électrique etmagnétique, car l'électricité naturelle (latente) du fil reprend son état normal, et le fer doux perd son aimantation. C'est seulement au moment où ces modifications sont produites que se manifestent dans la première hélice les phénomènes d'induction, par l'influence mutuelle des spires et de l'aimant temporaire sur les spires elles-mêmes, tandis que l'on n'observe aucun phénomène physique ou physiologique dans leur intervalle. (Le courant produit dans ces conditions est appelé extracourant.) En effet, place-t-on dans le circuit de son courant un organe contractile vivant, un muscle de grenouille, par exemple, à l'instant où ce circuit est fermé, ce muscle se contracte et rentre dans son état de repos. Vient-on alors à ouvrir le circuit, le muscle entre encore en contraction ; mais alors la contraction est beaucoup plus forte que la première. Un phénomène physique analogue (un courant dit induit, qui provoque également une contraction musculaire à son entrée et à sa sortie) se développe en môme temps dansle circuit formé par le fil de cuivre fin enroulé sur le précédent, avec cette différence toutefois que si, au lieu d'un muscle, on place un galvanomètre dans le circuit du fil fin, on voit l'aiguille du galvanomètre se dévier à la fermeture et à l'ouverture du courant, mais chaque fois en sens contraire.

Le courant instantané qui se développe dans la deuxième hélice au moment où l'on ferme le circuit formé par la pile et le fil de la première hélice, marche en sens contraire du courant de la pile. C'est pour cette raison sans doute qu'il a été appelé courant induit inverse (ou négatif). Au contraire, le courant instantané engendré dans la première hélice au moment où l'on interrompt celui de la pile, suit la môme direction que son courant générateur, d'où lui vient le nom de courant induit direct (ou posilif). Enfin on constate que la tension du courant induit est infiniment plus grande que celle de l'exlra-courant. Il ressort déjà de ce qui précède, que 1 identité des deux courants précédents n'estpas parfaite. (Je démon-

DiiciiRNNB. —-3e édition. n

cnAP. i. — de l'électricité médicale.

trerai bientôt expérimentalement et par l'observation clinique que ces courants diffèrent encore essentiellement entre eux par leur action électro-physiologique.)

J'ai ditque lecourantqui sedéveloppedanslepremier fil estappelé par les auteurs extra-courant ou courant inducteur ; et que celui du fil qui lui est superposé est connu sous le nom de courant induit. Je les avais appelés primitivement courant depremier ordre elcourantde second ordre. Je renonce aujourd'hui à ces dénominations pour ne pas jeter la confusion dans le langage scientifique usuel, bien que la nouvelle nomenclature que je proposais fût plus rationnelle et plus physiologique. Toutefois je ne me servirai pas des termes en usage pour désigner ces différents courants, parce qu'ils seraient mal interprétés par la généralité des médecins qui ne sont pas familiarisés avec l'historique de l'ancienne nomenclature. Je désignerai, à l'avenir, l'extra-courant sous le nom de courant delà première hélice, et le courant induit des auteurs sous celui de courant de la deuxième hélice. J'espère que ces dénominations, parfaitement claires pour tout le monde et qui ne contrarient en rien les théories plus ou moins exactes des physiciens, seront généralement acceptées par les médécins (1).

(I) Des recherches expérimentales que j'ai publiées déjà depuis plusieurs années, et que je vais bientôt exposer, recherches dont personne ne conteste l'exactitude, bien que quelques observateurs les aient interprétées diversement, ont démontré d'une manière incontestable que les deux courants d'induction dont il est ici question possèdent des actions électro-physiologiques spéciales, et qui dépendent nonseulement de la longueur et de la section de leurs fils, mais aussi de leur mode d'induction. 11 était donc nécessaire de désigner ces courants par des dénominations parfaitement claires et précises ; mais il me fallut pour cela modifier la nomenclature des courants d'induction. C'est toujours une chose grave que de porter atteinte au langage usuel, sans absolue nécessité. Aussi ai-je à me justifier d'avoir essayé de désigner d'une manière plus claire le courant dont nous nous occupons. Je dois pour cela rappeler comment s'est formée la nomenclature des courants d'induction.

Il est arrivé, à l'égard des découvertes successives des phénomènes d'induction ce qui arrive dans beaucoup d'autres circonstances : leur nomenclature s'est formée successivement en raison de la marche progressive de la science. On découvrit d'abord qu'un fil métallique fin très-rapproché sur un premier fil parcouru par un courant, devenait le siège d'un courant instantané, lorsqu'on fermait ou que l'on ouvrait le premier circuit formé par le gros fil également métallique. On eut dès lors les expressions de courant induit, — c'est celui du fil fin, — et de courant inducteur, — c'est celui qui venant de la pile circule dans le fil gros. Mais il se trouva ensuite que les spires du fil inducteur lui-môme agissaient les unes sur les autres, de telle sorte qu'il s'y développait aussi un courant spécial d'induction au moment de la fermeture ou de la rupture du circuit. Masson, qui le premier constata ce phénomène, désigna ce courant (distinct de celui qui provient de la pile, quoique se produisant dans le même lieu) par le nom d'extra-courant. Puis on décrouvrit que des hélices séparées, superposées à une première spirale que traverse le courant d'une pile, s'induisaient l'une l'autre, et que l'on avait ainsi une suite de courants secondaires induits. 11 fallut distinguer ces courants par des noms particuliers. MM. Henry de Princeton, Becquerel, Abria,de La Rive (a), Pouillet, etc., adoptèrent ceux de courants des deuxième, troisième, quatrième, cinquième ordres, etc., pour les courants

(o) Delà Hive, Traité d'électricité théorique et appliquée. Paris, 185i.

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