CHAPITRE VI
Queiques paralysies locales.
ARTICLE PREMIER
La paraplépie peut être produite ou par une lésion de la moelle, ou par un état bystérique, ou par d’autres causes encore mal déterminées, ou enfin par une lésion du cerveau, comme je crois l'avoir démontré. Dans ces diverses paraplépies qui constituent autant de maladies différentes, le pronostic doit évidemment varier, et conséquemment les effets thérapeutiques de la faradisation localisée ne peuvent être les mêmes. C’est, en effet, ce qui ressort de mes expériences, et ce que je vais exa=. miner rapidement.
$ Icr, — Paraplégie par lésion de la moelle.
A. Paraplégie par lésion iraumatique de la moelle. — Toutes les paraplégies consécutives aux lésions traumatiques de la moelle que jai eu l'occasion d'observer mont offert, quant aux désordres de la contractilité volontaire ou électrique, et de là nutrition des muscles placés sous la dépendance du point lésé, des phénomènes absolument identiques avec ceux qu'ot observe à la suite des lésions traumatiques des nerfs mixtes. Les signes diasnostiques et pronostiques tirés de l'état de la contractilité et de la sensibilité électro-musculaire sont les mêmes. Ainsi, comme dans la paralysie traumatique des nerfs, la paraplégie sera d'autant plus rebelle à laction thérapeutique de Ja faradisation localisée, et l’atrophie sera d'autant plus grande à la suite de la lésion traumatique de la moelle, que la contractilité et la sensibilité électro-musculaires auront été plus profondément lésées. Ainsi, après la lésion traumatique de la moelle, les muscles paralysés dont la contractilité électrique sera peu affaiblie, ne s'atrophieront pas ou presque pas et recouvreront promptement leurs mouvements par l'ex- Citation électrique; ceux , au contraire, qui auront entiérement perdu leur contractilité et leur sensibilité électriques, resteront inévitablement paralysés et s'atrophieront, quoi qu'on fasse, jusqu'à ce que la lésion de la moelle soit guérie, jusquà ce que linnervation spinale puisse revenir aux muscles ; alors l'intervention de la faradisation localisée sera nécessaire et pourra rappeler la nutrition dans les muscles, et leur rendre la faculté d’ebéir à la volonté. On voit que ces principes sont absolument les mêmes que ceux qui découlent de mes recherches sur les paralysies consécutives à la lésion traumatique des nerfs mixtes, et qui viennent d’étre exposés.
J'ajouterai seulement que l'absence complète de la contrac: tilité et de la sensibilité électro-musculaires, à laquelle s'ajouté l'anesthésie de la peau, m'a paru étre un signe beaucoup plus grave à la suite de la lésion traumatique de la moelle, que consécutivement à la lésion traumatique des troncs nerveux inixtes.
OBSERVATION CLIV. — Fracture de La colonne vertébrale vers Le mi= lieu de la région dorsale. — Paraplégie complète. — Perte de La contractilité électrique dans les muscles paralysés. — Abolition de la sensibilité cutanée et musculaire. — Pronostic grave.
Tévesse, âgé de dix-neuf ans, bardeur, entré le 20 mars 1854 à la Charité, salle Sainte-Vierge, 38, — Cet homme, fort et bien portant du reste, employé aux travaux du Louvre, tombe d’un échafaudage de 50 pieds environ d’élévation. Il est immédiatement transporté à l'hôpital de la Charité, et voici dans quel état on le trouve à la visite du lendemain : plaie du cuir chevelu à la région occipitale. Vers la partie supérieure de la région dorsale , saillie assez considérable qui annonce une fracture de la colonne vertébrale en cet endroit. Les membres inférieurs sont entièrement paralysés ; il y a perte presque complète du mouvement et de la sensibilité. On pince le malade, on le chatouille, on lui enfonce des épingles sans déterminer aucune douleur, aucun mouvement réflexe. Cependant, si l’on prend en masse les muscles internes de la cuisse ou les muscles des mol: lets, et si l’on serre un peu fort, le malade accuse une légère douleur, L’insensibilité qui occupe toute l'étendue du membre abdominal s'arrête au niveau du pli de laine. Le malade est en érection continuelle et laisse aller sous lui ses urines et ses matières fécales. Six jours après son accident (le 26 mars), je constate que les muscles de la région antérieure et externe des jambes ont perdu leur contractilité et leur sensibilité électriques, que les gastrocnémiens possèdent leur contractilité électrique normale; à la cuisse, le droit antérieur et le vaste externe sont les seuls dont la contractilité électrique ait diminué. Quelques jours plus tard, une nouvelle exploration électro-musculaire démontre que les muscles de la cuisse ne se con= tractent plus par l'excitation électrique, et que les gastrocnémiens commen cent à perdre leur excitabilité. Enfin, la sensibilité électro-cutanée et mus= culaire est complétement éteinte dans les membres inférieurs.
Les signes fournis chez ce malade par l'exploration électromusculaire, annonçaient une lésion profonde de la moelle épi: nière. On remarquera que des le sixième jour, un certain nombre de muscles avaient perdu complétement leur contractilité et leur senste bilité électriques, que plus tard ces propriétés n'existaient plus k dans un très grand nombre d'autres muscles, et que la sensibilité de la peau était également éteinte. Mon pronostic fut donc très grave, et, eu effet, les muscles s'atrophièrent rapidement et des escarres ne tardèrent pas à se montrer au sacrum et aux talons.
Si ce malade ne succombe pas, ce qu'il est encore permis d'espérer si la moelle n’a pas été détruite dans une trop grande
étendue, on pourra rappeler dans un an ou deux la nutrition dans un plus ou moins grand nombre de muscles à l’aide de la faradisation localisée, ainsi que je l'ai fait dans un cas analogue.
Ne sait-on pas que MM. Flourens (1), Ollivier (d'Angers) et Jobert ont vu les sections transversales de la moelle se cicatriser? En 1851, M. Brown-Séquar a coupé transversalement la moelle épinière sur un pigeon, à la hauteur de la cinquième et de la sixième vertèbres dorsales. Il va sans dire qu'après l'opération, il n’y a plus eu la moindre trace de sensibilité et de mouvement dans le train postérieur. Vers le troisième mois, on commença à apercevoir l'existence de mouvements volontaires combinés aux mouvements réflexes. La sensibilité semblait aussi reparaître. À partir de ce moment, il ÿ eut un retour progressif des mouvements et de la sensibilité; et quinze mois après l'opération, l'animal courait; seulement il avait quelque chose de roide dans la démarche. Cette expérience répétée sur plusieurs animaux, donna des résultats identiques. Ces animaux ayant été sacrifiés, M. Brown-Séquar constata avec M. Follin, que les cicatrices des plaies anciennes de la moelle épiniére renfermaient des fibres nerveuses ayant tout à fait l'aspect normal, et se continuant avec les fibres des parties intactes de la moelle. On trouve la relation détaillée de ces expériences dans un compte rendu des séances de la Société de biologie pendant le mois de juin 1851.
Cette expérience rend parfaitement raison de quelques guérisons de paraplégies consécutives à des lésions traumatiques de la moelle que j'avais obtenues jadis par la faradisation localisée.
Voici un autre fait qui démontre qu'après un certain temps, cest-à-dire quand la lésion de la moelle est guérie, la faradisation localisée peut rappeler la nutrition et les mouvements dans les muscles auxquels le retour de la force nerveuse n'a pu rendre la vie.
ORSERVATION CLV. — Hôtel-Dieu, salle Saint-Louis, n° 28, service de M. Honoré. — Le nommé Bouquet (Alcide), âgé de dix-huit ans, peintre en bâtiments, né à Omillie (Marne), malade depuis six mois, entré le 27 avril 1848 à l'hôpital. Ce jeune homme, d’une constitution faible, d’un tempérament lymphatique , assez bien musclé cependant , est venu à Paris pour se faire traiter d’une affection qui l'empêche depuis quelque
(1) Recherches expérimentales sur Les fonctions du système nerveux. Paris, 1842:
temps de marcher. I1 n’a jamais eu de maladie sérieuse. Dans le mois de novembre 1847,en voulant faire des efforts pour soulever une échelle assez pesante, il ressentit un craquement dans le dos, avec une douleur très vive, Renversé par terre, ce ne fut qu’au bout d’un quart d'heure à peu près qu'il put se relever. Il n'avait point éprouvé auparavant de douleur dans le dos, ni sur le trajet de la colonne vertébrale. Après cet accident, il survint de la faiblesse dans les membres inférieurs, de l’engourdissement aux jambes et aux pieds. La douleur du dos persista en s’irradiant sur le côté et en avant de Ja base de la poitrine, En même temps oppression, gêne de la respiration, difficulté dans l'émission des urines : il ne s'était point aperçu qu'il avait une voussure dans le dos, où siégeait la douleur. Cependant tous ces symptômes allaient en s’aggravant ; dans le mois de janvier 1848, il fut obligé de quitter ses occupations, qu’il remplissait d’ailleurs très incomplétement depuis son accident, Deux mois plus tard, il ne pouvait marcher. Vers Ïa fin du mois d'avril, il entra à l'hôpital dans l’état suivant : Jmmobilité absolue des membres inférieurs : les membres supérieurs jouissent de toute la plénitude de leurs fonctions. La sensibilité existe dans les membres inférieurs, mais à un degré moins prononcé ; sensation de fourmillements, d'engourdissement dans ces parties. On remarque une saillie angulaire du rachis au niveau de la cinquième vertèbre dorsale : la douleur y est moins grande qu’au début de l'affection. L'embonpoint a peu diminué, le facies est bon, l'appétit s'est conservé ; excrétions volontaires des urines et des matières fécales. Constipation , ventre indolent , rien de notable à la poitrine. Le pouls et la chaleur sont à l’état normal, — Le malade n’avait subi aucun traitement chez lui. M. Honoré fit appliquer quelques vésicatoires volants sur le trajet de la colonne vertébrale , et plus tard deux cautères au niveau de la saillie dorsale qui n’amenèrent aucun soulagement. La strychnine fut également administrée, mais sans résultat.
Au commencement de juillet (neuf mois après l'accident), M. Honoré i'engagea à expérimenter dans ce cas rebelle l'influence de la faradisation localisée. Je constatai alors que les muscles des membres inférieurs avaient entièrement perdu leur contractilité et leur sensibilité électriques , mais que la sensibilité de la peau était normale. Les membres inférieurs étaient très atrophiés. Les deux premières séances n’amenèrent aucun résultat sensible ; après la troisième (le 5 juillet), le malade put faire exécuter des mouvements de flexion et d'extension aux gros orteils ; à la sixième application (le 9 juillet) on constata de légers mouvements de flexion et d’extension de tous les orteils. La jambe et.la cuisse étaient encore immobiles , et le malade ne pouvait les soulever.
15 juillet. Après la dixième séance, le malade pliait un peu le genou.
Les jours suivants, je continuai mes applications, les mouvements des membres inférieurs firent encore quelques progrès.
Le 11 du mois d’août, étant forcé de m'absenter, le traitement faradique fut complément abandonné, Le malade pouvait alors fléchir à moitié les
jambes sur les cuisses, en faisant des efforts. Les orteils étaient mus très légèrement , et les cuisses elles-mêmes commençaient à recouvrer leur motilité. Dans les premiers jours de septembre, soutenu par deux de ses camarades, il faisait souvent le tour de la salle en traînant les jambes. Le 10 novembre, il se hasarda à marcher seul, avec un bâton à la main. II faisait aussi quelques pas, courbé, hésitant, prenant de l’autre main un point d'appui aux barreaux du lit. Chaque jour il se livrait à un exercice analogue, acquérant progressivement des forces. —- 3 décembre. Le malade marchait assez facilement armé d’un bâton, bien que ses extrémités inférieures n’eussent pas encore beaucoup de force; le tronc se balançait incertain à droite et à gauche. Les engourdissements avaient disparu depuis quelque temps; la sensibilité du membre inférieur, moins obluse qu'à l'en" trée du malade, paraissait revenir vers son état normal.
18 décembre. 11 marchait sans le secours d’un bâton et d’une manière plus assurée ; 1ous les mouvements des membres inférieurs s’exécataient aisément , sans efforts. Le malade pouvait se baisser, ramasser des objets à terre et se relever, sans trop de fatigue. L’embonpoint primitif était tout à fait revenu , l’état général était des plus satisfaisants. Le malade sort de l'hôpital, et tout annonce que ses forces reviendront comme celles étaient par le passé.
Lorsqu'il fut question d'essayer l'influence thérapeutique de la faradisation localisée chez ce malade, M. Cazalis, chargé provisoirement du service, ne pensait pas que cela fût rationnel, tant était évidente la lésion traumatique de la moelle. La saillie angulaire d'un point de la région dorsale de la colonne vertébrale, les douleurs qui, depuis l’origine dela paralysie, siégeaient dans ce point, enfin la cause qui avait produit immédiatement la paraplégie, tout semblait donner raison à M. Cuzalis. Il faut ajouter que toutes les médications avaient échoué jusqu'alors, et que les muscles étaient très atrophiés ; j'avais moi-même peu d'espoir, je voulais seulement expérimenter. Eh bien! l'action thérapeutique de la faradisation a été, dans ce cas, des plus manifestes, car elle a été immédiate, quoique lente. Il s'est passé ici ce qu'on observe dans les paralysies consécutives aux lésions des troncs nerveux. La lésion spinale, cause première de la paraplégie , était évidemment guérie (elle datait de neuf mois) quand je commençai le traitement; la force nerveuse qui émane de la imoelle, arrivait aux muscles, mais elle ne leur suffisait pas. La faradisation localisée les a fait sortir de leur état de torpeur, et bientôt on les a vus réagir progressivement.
Unautre fait important ressort de cette expérience, c'est qu'une TRS
75h APPLICATION DE LA FARADISATION A LA THÉRAPEUTIQUE.
fois l'impulsion donnée par l'excitation faradique à des muscles paralysés et atrophiés, on peut espérer que l’action thérapeu- AQUE se continuera maloré la suspension du traitement, ainsi qu'on l'a observé chez ce malade.
B. Paraplégqies par lésion spontanée de la moelle. — Je n'ai pas encore vu guérir la paraplégie spontanée avec signes électro= musculaires de la lésion organique de la moelle. Je crois inutile de rapporter les faits en preuve de l'impuissance de la faradisation localisée dans cette espèce de paraplégie.
Il ne répugne pas d'admettre cependant qu ‘une myélite qui aurait causé une altération de la moelle guérisse par les médi: cations appropriées ( ventouses scarifiées , vésicatoires pansés à la strychnine, etc.). Alors, on le conçoit, la force nerveuse reve: nant aux muscles, la faradisation localisée rendrait à ces derniers l'aptitude à réagir ; elle rappellerait, comme dans les para: plégies, la nutrition et le mouvement.
$ IT. — Paraplégie hystérique.
La paraplégie hystérique est quelquefois rapidement améliorée par la faradisation localisée, mais beaucoup plus souvent aussi on n'obtient aucun amendement appréciable par cette médication. Il n'existe pas de signes qui permettent de prévoii quel sera dans la paraplégie hystérique le résultat du traitement électrique. Tout cela ayant été démontré dans le chapitre pré: cédent, en traitant de la paralysie hystérique en général, je n'aï plus à v revenir.
$ III, — Paraplégies essentielles.
J'ai observé un très grand nombre de paraplégies dans lesquelles les muscles paralysés avaient conservé intactes toutes les autres propriétés; c'est-à-dire qu'ils se contractaient par l'excitation électrique, qu'ils avaient conservé leur sensibilité et leur contractilité normales. Ces paraplégies ne peuvent être rangées dans les deux catégories dont il a été question dans les paragras phes précédents. On est quelquefois porté à les attribuer à une cause rhumatismale, syphilitique, chlorotique, à un épuisement nerveux, à une maladie de la vessie, lorsqu'on présume que le malade a pu subir l'influence d’une de ces causes morbides, On
ignore quelle peut être la lésion anatomique nerveuse dans ces sortes de paraplégies. Quelques patholosistes les ont appelées paralysies périphériques , c'est-à-dire qu'ils ont placé la lésion dans les terminaisons des nerfs, ce qui nest rien moins que démontré. Pour moi, j ignore quelle est réellement leur cause et leur nature, et je les appellerai provisoirement paraplésies essentielles.
Ces paraplégies essentielles sont celles que l’on rencontre le plus communément dans la pratique, si j'en juge du moins d'après les faits que j'ai observés. Ou en voit quelques-unes guérir par la faradisation localisée de la manière la plus inattendue. En voici un exemple.
OBSERVATION CLV. — Hôtel-Dien, service de M. Honoré, salle Sainte-Anne, n° 1À.— La nommée Fermont, âgée de dix-huit ans, piqueuse de bottines, rue Beaurepaire, 48, née à Metz, est entrée le 28 mars 1847, malade depuis deux ans. Cette femme est d’une constitution faible, d’un tempérament lymphatico-sanguin. Elle habite Paris depuis l’âge de deux ans et demi. Réglée à l’âge de seize ans, elle l’a été régulièrement pendant quatre ans; mais après sa vingtième année, ses règles ont cessé de paraître à des époques fixes. Elle n'a point eu d’enfant. Elle accuse souvent une douleur dans le dos , entre les épaules, douleur qui s'étend aux huit pre- Mières vertèbres dorsales , siégeant principalement au niveau des gouttières vertébrales. IL y a quatre ans, sans causes appréciables, elle fut prise de secousses dans les membres inférieurs pendant la nuit. Ces secousses ne remontaient pas plus haut que le genou ; elles avaient leur siége dans les muscles du pied et de la jambe, qui se contractaient d’une manière involontaire: ces mouvements étaient égaux des deux côtés, faibles, de courte durée dans le principe. Les secousses devinrent graduellement plus fortes et beaucoup plus fréquentes ; son sommeil en fut bientôt troublé. À ces phénomènes s’ajoutèrent la perte d’appétit, l’amaigrissement du corps et un affaiblissement moral considérable. Les contractions spasmodiques des jambes allaient croissant, et leur violence devint si grande, qu'elles ébranlaient les cuisses, le bassin et le corps tout entier ; elles n'avaient jamais lieu pendant le jour ; leur durée variait d’un quart d'heure à une heure, et elles se renouvelaient si fréquemment pendant les derniers temps, que la malade passait quelquefois des nuits entières sans pouvoir dormir. A cela vint se joindre un affaiblissement graduel des membres inférieurs, qui ne tarda pas à arriver à un degré tel, que la malade ne put plus se livrer à la marche. Elle n’a plus quitté le lit à partir du 27 mai 1846. Pendant le mois d'août de l’année dernière , elle a.ressenti des douleurs dans les os des jambes, douleurs continues, s’exaspérant par intervalles, plutôt pendant le: jour que pendant la nuit. Avant d’être malade, cette
femme menait une vie assez active, et marchait beaucoup sans avoir eu à subir néanmoins de grandes fatigues; elle n’a jamais fait d’excès d'aucun genre; sa nourriture et son logement ont toujours été convenables.
23 mai. État actuel: Visage rouge, teinte pâle de la peau du reste du corps, le pouls et la chaleur à l’état normal. La malade est immobile dans son lit, elle ne peut faire exécuter à ses jambes et ses pieds que quelques mouvements à peine sensibles de latéralité, non sans beaucoup d'efforts. La flexion du pied sur la jambe, de celle-ci sur la cuisse, est complétement impossible ; elle essaie aussi vainement de mouvoir le membre tout entier. Les membres supérieurs conservent toute leur liberté; la sensibilité des membres inférieurs est intacte, ainsi que celle de tout le corps; douleurs rachidiennes au niveau des six premières vertèbres dorsales, s'étendant dans le côté gauche. La peau, pincée légèrement dans ces points, est plus sensible que du côté droit, 1 pression est très douloureuse. Les muscles de la jambe ont perdu beaucoup de leur volume, surtout ceux de la région antérieure; les muscles du wollet sont moins flasques et plus petits qu'avant la maladie; la diminution de la fibre musculaire est moins appré: ciable à la cuisse. Les douleurs obscures, profondes, qu’elle ressent depuis longtemps dans les tibia et les genoux, continuent de la tourmenter; les contractions involontaires du pied et de la jambe n’ont cessé de s’accroître. L'appétit est nul; la vue n’est pas très nette, éblouissements par inter= valles; baurdonnements souvent très forts dans les oreilles, insomnie continue.
Traitement. — Elle est soumise pour la première fois à la faradisation localisée des muscles des membres abdominaux, de ceux des régions du dos , des lombes et-de labdomen. Faradisation de la sensibilité cutanée pendant deux minutes, avec un courant très intense et très rapide. = 24 mai. La malade a eu ce matin ses règles qu’elle n’attendait que dans cinq ou six jours ; elles sont venues sans douleurs, sans secousses, comme cela avait lieu auparavant. Elle fléchit légèrement la jambe ou la cuisse, et fait exécuter à ses orteils des mouvements de flexion et d'extension très librement; les douleurs rachidiennes sont moins fortes , ainsi que celles des jambes, les secousses involontaires ont cessé cette nuit pour la pre= mière fois depuis leur apparition ; elle a pu dormir toute la nuit. Nouvelle séance de faradisation. — 25 mai. Les règles poursuivent leur cours facile et abondant; la malade ne remarque plus cet affaissement qu’elle avait autrefois, pendant la durée de l’écoulement. Plus de douleurs du rachis, ni du côté; les mouvements de la jambe prennent de l’extension ; celle-ci fait avec la cuisse un-angle de 30 degrés au moins; les secousses et les douleurs ont complétement disparu. Point de fièvre, sommeil satisfaisant. Troisième séance de faradisation. — 26 mai. La malade se trouve de mieux en mieux, ses règles continuent ; l'ampleur des mouvements des membres inférieurs est plus considérable encore; le pied s’étend et se fléchit sur la jambe, presque aussi facilement que dans l’état normale
PABAPLÉGIE, 751
l'angle de la flexion de Ja jambe avec la cuisse est de plus de A5 degrés. Point de céphalalsie ni de bourdonnements d'oreilles ; sommeil bon, sans secousses, ni douleurs. — 28 mai. L'état satisfaisant de la malade a persisté , quoiqu'elle n’ait pas été faradisée depuis trois jours. — 29 mar. La malade est encore aujourd’hui mieux que jamais, et tout fait prévoir qu’elle pourra bientôt marcher. Les mouvements du pied et de la jambe sont en effet complets ; bien plus , ils s’exécutent avec une certaine vitesse, ce qui n'existait pas les jours précédents. — État général excellent, cinquième séance. — 30 mar. La malade a pu dans la journée d’hier sortir seule les jambes de son lit, et les appuyer sur une chaise, ce qui l’a beaucoup délassée. Soutenue par une personne de chaque côté du corps, elle reprend la station verticale, et essaie de marcher. On la voit alors porter non sans peine la jambe gauche au-devant de la jambe droite, et réciproquement, de telle sorte que ses pas ne sont pas plus grands que la longueur de son pied. Ce premier, mais faible succès, encourage beaucoup la malade, et relève singulièrement son moral; son état général est très satisfaisant. Sixième séance de faradisation. — 1° juin. La malade à fait deux fois le tour de la salle , soutenue par deux de ses compagnes ; elle faisait, dit-elle, des pas beaucoup plus grands que le premier jour, et sans autant d'hésitation. —- 6 juin. Le mieux fait chaque jour de grands progrès : la malade est allée jusqu’au vestibule de l'hôpital, seule et sans aucune fatigue; elle ne se sent pas très forte sur ses jambes, mais elle marche assez aisément. Cette grande course lui a fait beaucoup de bien, elle est encore sous l'impression de l'heureux étonnement qu’elle lui a procuré. — 7 juin. Les douleurs ne reparaissent point ; elle a marché comme le jour précédent avec beaucoup de facilité : on peut considérer dès à présent la guérison comme certaine. Le sommeil est bon. La faradisation est interrompue pendant quelques jours pour s'assurer de la persistance de ses effets, et reprise le 16 juin. La malade a continué jusqu'alors de sc livrer à la marche ; ses jambes ont gagné en force ; l’état général est bon et s'améliore chaque jour. — 17 juin. Les règles sont revenues hier sans fatigue, ni douleur. — 3 zuillet. Après un intervalle de quinze jours entre Îles séances, les contractions spasmodiques des jambes l’ont reprise avant-hier d’une manière assez violente; les douleurs dans les os des jambes sont aussi revenues, elle n’a point dormi depuis deux jours; bourdonnements dans les orcilles; elle marche un peu moins facilement. Nouvelle faradisation. — 4 juillet. La malade se trouve très bien. Elle n’a point eu de douleurs ni de secousses. Faradisation. — 12 juillet. Ses règles Sont venues hier, annoncées par de la fatigue, de Ja douleur dans le dos; de plus, leur écoulement est pénible; les jambes sont d’ailleurs dans un bon état. Faradisation. — 15 juillet. Le traitement est suspendu. — 28 décembre. La malade, guérie de sa paralysie, est restée à l'hôpital seulement à cause du mauvais état de sa poitrine, et pour être soumise à l'observation. |
Le diagnostic porté chez cette malade avant l'exploration électro-musculaire était pour ainsi dire inscrit sur son dos, où l'on voyait les nombreuses cicatrices des ventouses scarifiées et de six cautères placés sur les côtés du rachis. C'est qu’en effet les symptômes généraux, la marche et la persistance de la para: plégie, tout, en un mot, plaidait en faveur de ce diagnostic: C'est aussi celui que je portais avant que l’examen de l’état dé là contractilité électrique des muscles paralysés et la guérison assez rapide obtenue par la faradisation localisée m'eussent démontré qu il était erroné. On se rappelle que la contractilité ét la sensibilité électro-musculaires étaient intactes chez cette malade, tandis que ces propriétés diminuent dans les lésions de la moelle épinière. D'ailleurs, on ne peut admettre qu’une para plégié causée par une myélite aurait été guérie aussi Vilé par une médication dont l’action avait été localisée dans les muscles.
Enfin, les phénomènes électro-musculaires que j'ai observés chez cette malade ne m'ont pas permis davantage de rapporter cette paraplégie à une influence hystérique; on ne retrouvé dans l’histoire de la malade aucun des syinptômes qui caracté: risent l'hystérie.
Quelle était donc la nature de cette paraplégie? Quelle en était la cause? Je ne dirai pas que c'était une affection périphérique dans laquelle les muscles avaient perdu l'aptitude à réagir sous l'influence de l'excitant nerveux, aptitude que l'excitation électrique aurait rétablie. Ce ne serait qu'une assertion sans preuve. Je préfère avouer ma complète ignorance à cet ésard, en rangeant cette paraplégie parmi celles que j'ai appelées paraë plégies essentielles. Je pourrais rapporter ici plusieurs autrés faits analogues.
OBSERVATION CLVI. — Je me rappelle, entre autres, une paraplégie qui offrait des caractères semblables, et qui guérit en une seule séance de faradisation musculaire. La malade, nommée Lambert, âgée de cinquante cinq ans, était couchée au n° 26 de la salle Sainte-Marthe. Elle présentait en apparence tous les signes d’une myélite, que rien ne pouvait faire rapporter à la paraplégie hystérique. La contractilité électro-musculaire fut trouvée intacte, et la guérison fut obtenue en une seule séance par l'excitation électro-musculaire.
Si ces faits nous apprenaient à quels signes on peut reconnaître que la faradisation devra triompher de cette espèce de paraplégie, leur relation serait très utile. Mais il n'en est malheureusement pas ainsi, et je suis forcé de convenir que la guérison est toujours imprévue et due au hasard. En insistant davantage sur ces histoires de guérison, je craindrais de paraître exalter beaucoup trop la confiance qu'on peut mettre dans l'influence que la faradisation localisée exerce sur ces paraplésies essentielles ; je dois me hâter, au contraire, de dire que, d'après mes observations, ces guérisons sont exceptionnelles.
J'ai dit (troisième partie) que parmi ces paraplégies essentielles, j'en ai vu quelques-unes dont la cause, ou plutôt dont la lésion anatomique nerveuse se démasquait plus tard et paraissait siéger dans le cerveau. En effet, la paralysie, après avoir été limitée pendant un temps plus ou moins long dans les membres inférieurs, avait gagné les membres supérieurs, puis la langue ,et enfin les facultés intellectuelles avaient été prises, Personne ne sera donc surpris de l'impuissance de la faradisation localisée dans de pareils cas.
Je n’ai aucune règle à prescrire quant à la manière de pratiquer la faradisation dans la paraplégie essentielle, puisque je n'ai pas plus obtenu par tel procédé que par tel autre. On peut donc varier et agir empiriquement. Cependant, je crois qu'il est sage de. s'en tenir à une dizaine de séances quand on n'a obtenu aucun résultat, sauf à les reprendre à des intervalles de quelques mois. Il est permis d'espérer alors que les conditions de la maladie, qui nous sont inconnues, pourront changer et ètre plus favorables à la réussite de la faradisation localisée.
ARTICLE IL
PARALYSIE DE LA VESSIE, DES INTESTINS ET DES MUSCLES QUI CONCOURENT A LEURS FONCTIONS.
$S Ier. — Dyÿsurie.
A. Paralysie des muscles de l'abdomen. —-La dysurie peut être occasionnée par la paralysie des muscles de l'abdomen. C'est un phénomene que Jai eu souvent l’occasion d'observer dans
certaines paraplégies. Ce qui démontre que la vessie n’est pour rien dans la difficulté que les malades éprouvent alors pour uriner, cest que le jet de l’urine sort avec force quand on introduit une sonde dans leur vessie, et ce qui le prouve encore mieux, c'est quil suffit dans ces cas de faradiser les muscles abdominaux pour rendre l'émission des urines facile. De l'impossibilité ou de la difficulté d’uriner, 1l ne faut donc pas toujours conclure à la paralysie de la paroi musculaire de la vessie, En conséquence, avant d'aller porter l'excitation électrique sur ce viscère, chez les sujets qui éprouvent de la peine à uriner, on doit se contenter de faradiser pendant quelques séances chacun des muscles de l'abdomen. En agissant de Ja sorte, on épargne aux malades une opération inutile et qui ne suffirait pas, la cause de la dysurie ne résidant pas dans l’inertie de la tunique musculeuse vésicale.
J'ai également observé la dysurie dans la paralysie du diaphragme; mais elle existe, dans ce cas, à un degré beaucoup moins prononcé qu après la paralysie des muscles de l’abdomen. Les malades sont seulement forcés de se livrer à de longs efforts pour vaincre la résistance opposée par le col et le sphincter de la vessie. On comprend que dans ce cas, le seul moyen de rendre les urines faciles, c'est de guérir la paralysie du diaphragme.
B. Paralysie de la tunique musculeuse de la vessie. — Lorsque l'impossibilité ou la difficulté de rendre les urines dépend uniquement de la paralysie du corps de la vessie, c'est directement sur lui qu'on doit porter l'excitation électrique. J'ai employé, dans ce but, plusieurs procédés. Tantôt j'introduis une sonde d'argent libre à son extrémité et isolée par une sonde de caoutchouc dans le reste de son étendue; je place un second excitateur (excitateur rectal) dans Île rectum, et j'applique l'olive sur le bas-fond de la vessie. (Ge procédé a été déjà décrit page 65.)
D'autres fois, lorsque l'excitation par le rectum présente quelques difficultés, je n'agis que sur la vessie. J'ai imaginé, à cet effet, un excitateur vésical, composé de deux conducteurs isolés dans une sonde de caoutchouc à double courant, qui permet de concentrer l'action des deux pôles du courant d’induction dans chacun des points de la paroi vésicale, (Voyez, pour la
| description de cet excitateur et pour la manière de l'appliquer, la première partie, page 65.) Cet excitateur m'a rendu de grands services; car la vessie étant très peu excitable, même à l'état normal, il m'a permis de diriger sur elle des courants d'une grande intensité ; ce que je n'aurais pu faire avec d’autres procédés, par exemple en placant un excitateur dans Ja vessie et l'autre sur les parois de l'abdomen, ainsi que je l'ai déjà dit précédemment (page 67).
Mais, il n'est pas toujours possible de porter l’excitateur dans Ja vessie, soit que l'état du canal de l’urètre ne permette pas son introduction, soit que l'existence d'un catarrhe utérin contreindique son application. Alors, l'excitateur rectal est porté dans le rectum et dirigé de manière à se trouver en rapport avec la paroi postérieure de la vessie, tandis qu'un excitateur humide est promené sur la région hypogastrique. Ce procédé est moins efficace que le précédent, j'en ai dit la raison.
$ II. — Anesthésie de la vessie et des organes génitaux urinaires,
A. L'anesthésie de la vessie peut exister indépendamment de Ja paralysie de la tunique musculeuse de cet organe. Les sujets, ne sentant pas le besoin d'uriner, laissent distendre outre mesure leur vessie, et ne sont avertis de sa plénitude que lorsque l'urine sort par regorgement. S'ils n'ont pas la précaution de la vider régulièrement, en urinant à des intervalles peu éloignés, la tunique musculeuse finit par se paralyser à force d'être distendue. Cette grande distension de la vessie peut occasionner en outre, à la longue, la formation de replis valvulaires qui obstruent l'orifice du col de la vessie et s'opposent au passage de l'urine. Les malades sont alors dans la nécessité de répousser les replis valvulaires, en introduisant la sonde dans la vessie, chaque fois qu'ils veulent uriner, et l'on voit dans ce cas le jet projeté au loin et avec force. L'excitation faradique de la paroi interne de la vessie est un excellent moyen de ouérir cette anesthésie, dont les conséquences peuvent être si graves.
En voici un exemple bien remarquable, que je rapporte parce qu'on y verra en même temps l'influence que l'anesthésie des testicules peut exercer sur les fonctions des organes génitaux,
èt le rétablissement de ces dernières fonctions par la faradisa= tion localisée.
OBSERVATION CLVII. — M. de L....., officier, âgé de quarante ans, d’une bonne constitution , a beaucoup souffert du froid humide pendant ses campagnes d'Afrique. Il n’a jamais eu d’affection rhumatismale ni dé fièvre intermittente, En août 4844, à la suite d’une constipation opiniâtre, il eut des fissures à l’anus qui lui occasionnèrent des douleurs très vives, et qui, méconnues fort longtemps, furent guéries tardivement par des la= vements de ratanhia. Un mois après la guérison de ces fissures, c’est-àdire en novembre 1844, apparut, pour la première fois, une douleur très aiguë, occupant le trajet du nerf sciatique, que rien ne put calmer, et qui ne provoqua aucune réaction fébrile. Six semaines après l'invasion de cette névralgie , La douleur disparut tout à coup, et M. de L..... se crut guéri: mais il fut étonné de se sentir mouillé par l'urine, qui coulait involontai= rement. Depuis lors, il perdit la conscience de la plénitude de la vessie, de sorte que, s’il n’avait pas la précaution d’uriner souvent, la vessie se lais= sait distendre outre mesure, et l’urine sortait involontairement par regor: gement.
Un mois après la perte de la sensibilité de la vessie, le malade fut privé encore de la faculté d’uriner volontairement ; il s’aperçut aussi que la peau du pénis, du scrotum, du périnée , de la fesse et'de la face postérieure de la cuisse, avait perdu sa sensibilité. Malgré les soins les plus rationnels et le traitement le plus énergique , malgré quinze vésicatoires promenés sur là cuisse gauche, le périnée et la face postérieure du sacrum, malgré l'usage de la strychnine, de la belladone, bien que le malade fût allé plusieurs fois aux eaux de Baréges, et qu’il eût fait usage de douches sulfareuses, l’anes= thésie de la vessie et de la peau persista au même degré. — En 1847, les érections et les désirs vénériens disparurent. M. de L..... s’aperçut que les testicules étaient insensibles à la plus forte pression ; cependant il eut. en= core des pollutions nocturnes avec sensation voluptueuse. À cette époque, l’électro-puncture fut pratiquée sans aucun résultat ; des aiguilles étaient enfoncées en très grand nombre dans les régions frappées d’insensibilité, et d’autres étaient placées dans le voisinage du rachis, où la sensibilité était intacte ; on galvanisait successivement toutes les aiguilles, de manière qu'un des pôles d’une pile à auges fût en communication avec les points insensibles , et l’autre avec les parties sensibles. La sensation ne se faisait sentir que dans ce dernier lieu. Le malade dit avoir si cruellement souffert de cette opération, qu'il n’aurait plus voulu acheter sa guérison à ce prix. |
En octobre 1848, M. de EL... me fut adressé par M. le professeur Chomel, qui lui conseilla l'emploi de l'électricité par ma méthode localisatrice. Je conslatai alors l’état suivant : Anesthésie de la peau du pénis, . du scrotum , du périnée, du quart supérieur de la face postérieure de la
cuisse et d’une partie de la fesse; perte du sentiment de plénitude de la Véssie , impossibilité d’uriner sans le secours de la sonde ; les testicules sont insensibles à la plus forte pression ; érections impossibles, absence de désirs; pollutions nocturnes rares ; pas de douleur, état général satisfaisant. — La faradisation est pratiquée de la manière suivante : 1° Faradisation électro-cutance. Les balais métalliques excitateurs sont promenés sur tous les points insensibles, l'appareil étant au maximum. Après plusieurs minutes de cette opération, le malade accuse un léger chatouillement dans quelques points, et un quart d'heure après la douleur est intolérable. Le lendemain , la sensibilité est revenue dans quelques points. Après la troisième séance, la sensibilité de la peau est presque normale. — 2° Faradisation des testicules. Les excitateurs métalliques appliqués sur les parties correspondant aux testicules et à l’épididyme, la peau ayant été mouillée légèrement, excitent une sensation spéciale et douloureuse, semblable à celle que produit la compression de ces organes; le testicule droit est beaucoup plus excitable que le gauche. En deux séances de huit à dix minutes, les testicules, les épididymes et leurs cordons ont recouvré leur sensibilité normale. L'opération précédente, pratiquée de temps en temps, a rétabli les fonctions des organes générateurs dans toute leur intégrité. — 30 Faradisation de La vessie et du canal de l'urètre. L’excitateur vésical double, dont j'ai donné la description page 65, introduit dans la vessie préalablement vidée, et promené sur tous les points de sa face interne, ne donne aucune sensation, bien que l'appareil soit au maximum et marche avec les intermittences les plus rapides. Le même excitateur, ramené vers le col de la vessie, provoque une sensation de constriction douloureuse due à l'excitation du sphincter du col de la vessie. Le trembleur de lappareil est arrêté, et les intermittences sont éloignées à l’aide de la roue. A chaque interruption, le malade éprouve une secousse assez forte, non dou- Joureuse, au niveau du col de la vessie {contraction électrique des fibres du releveur de l'anus). L’excitateur, promené dans le canal sous l'influence d'un courant des plus intenses, ne donne une faible sensation que dans son tiers inférieur. — L'opération précédente a été pratiquée souvent en plaant un excitateur dans le rectum, pour exciter en même temps que la vessie, soit le plexus sacré, soit le plexus hypogastrique. D'autres fois, les muscles de l'abdomen ont été faradisés. En quinze séances, la sensibilité de la vessie est normale ; le malade ne peut supporter un courant moyen; il perçoit la plénitude de sa vessie, éprouve même fréquemment le besoin d’uriner : deux fois il urine spontanément , presque sans effort, et à une assez grande distance. La vessie se vide complétement. Malheureusement l'émission volontaire des urines ne se maintient pas, malgré l'excitation faradique longtemps continuée, malgré le retour de la sensibilité normale de l'organe. — MM. les docteurs Civiale et Ricord , saccessivement appelés en consultation, ne trouvent ni rétrécissement du canal, ni paralysie de la contractilité (quand une sonde est introduite, Furine sort avec force et
16% APPLICATION DE LA FARADISATION A LA THÉRAPEUTIQUE, s'arrête tout à coup lorsque la vessie est vidée). M. Ricord , admettant la possibilité d'un repli valvulaire produit par la distension de la vessie, pratique des incisions avec un urétrotome. L'opération n’a produit aucun résultat; le malade est de nouveau soumis à la faradisation localisée.
En résumé, l'anesthésie vésicale avait occasionné chez M. de L... la distension énorme de la vessie, qui a été suivie pendant quelque temps de la sortie involontaire des urines (par regorge. ment) sans que pour cela la vessie füt paralysée; puis M. de L..., privé de la sensation du besoin d’uriner, ayant laissé distendre souvent considérablement la tuniquemusculeuse de la vessie en négligeant de la vider, n'a pas tardé à perdre la faculté d’uriner volontairement, uniquement par suite de la formation de replis valvulaires, car MM. Ricord et Civiale ont constaté que Ja tunique musculeuse n'était pas paralysée; la sonde étant introduite, l'urine était projetée au loin avec une grande force. L'excitation énergique pratiquée avec un courant d'in: duction rapide et intense a rappelé assez vite la sensibilité de la vessie; de sorte qu'il ne restait plus à vaincre que l'obstacle mécanique dû à l'existence des replis valvulaires. Il faut observer enfin que cette anesthésie de la vessie, guérie par l’excitation faradique, avait résisté pendant trois ans à des médications très variées.
B. Anesthésie des organes génitaux et impuissance., — Il est encore une autre question très importante que je pourrais examiner à l'occasion de l'observation que je viens de relater: c'est l'action exercée par la faradisation localisée sur l'impuissance.
Il est incontestable que M. de L... doit à l'application de cette médication le rétablissement de ses fonctions génératrices dont il a été privé pendant plusieurs années. L'ayant revu trois ans après, J'ai constaté que l'impuissance n'avait plus reparu.
Je n'ai pas l'intention de traiter ici de l'application de la faradisation localisée à l'impuissance, car je ne suis pas encore assez avancé dans les recherches que j'ai faites sur ce point important, pour formuler quelque chose de positif à cet égard. J'avais commencé avec M. Lallemand des expériences que le mauvais état de sa santé ne nous a pas permis de poursuivre. Cependant, je dois prévenir ceux qui voudraient appliquer la faradisation localisée au traitement de l'impuissance, qu'ils
agoraveraient à coup sûr la maladie, s'ils imitaient dans tous les cas la conduite que j'ai tenue chez M. de F....
L'impuissance, en effet, est souvent due à des pertes sémipales, suite d'abus vénériens. Eh bien, l'excitation de la sensibilité cutanée et la faradisation des vésicules séminales par lexcitation rectale augmenteraient encore ces pertes. M. Lallemand pensait qu'il pourrait être utile d'exciter l'orifice urétral des canaux éjaculateurs pour en produire Île resserrement en augmentant leur force tonique. Voici dès lors comment jai ag J'ai introduit jnsqu'au veru montanum un excitateur urétral, libre seulement à son extrémité et isolé dans le reste de son étendue, et jai placé sur le périnée un second excitateur humide, puis J'ai fait passer un Courant à intermittences modéré. ment rapides et peu intense. L'orifice urétral des canaux éjaculateurs m'a paru se resserrer après cette opération, et les pertes diminuer. Lorsqu'on a vu les pertes diminuer, on excite les testicules en plaçant sur ces organes des excitateurs humides.Il faut mettre beaucoup de prudence dans la pratique de cette opéra tion, qui est douloureuse, et ne faire passer qu'un courant modéré et à rares intermittences. il m'est arrivé deux fois, m'étant écarté de cette manière d'agir, de développer une névralgie des testicules qui persista plusieurs semaines. Cette névraleié était caractérisée par une douleur dans l'hypogastre qui remontait dans les lombes, et n'apparaissait que par intervalles.
M. de L... n'avait pas de pertes séminales, il n'avait point abusé des plaisirs vénériens; j'attribuais son impuissance à l’anesthésie, et je pus exciter énergiquement la sensibilité des vésicules, des testicules, de la peau du pénis, du scrotum et du canal de l’urètre. C’est certainement ce que Je n'aurais pu faire impunément chez un malade qui aurait eu des pertes séminales.
$ XIT, — Incontinence d’urine,
Je n'ai pas eu l’occasion d'appliquer la faradisation localisée au traitement de l'incontinence d'urine.
Si elle se présentait, Je dirigerais l'excitation électrique sur le col et sur le sphincter de la vessie. On sait, en effet, que c’est à la paralysie ou à l’atonie de ces parties qu'est dû l'écoulement involontaire de l'urine. Voici comment jagirais dans ce cas :
766 APPLICATION DE LA FARADISATION A LA THÉRAPEUTIQUE. Jintroduirais dans le rectüm l’excitateur rectal à olive, et Je le proménerais sur tous les points correspondant au releveur de l'anus, pendant que l'extrémité d'une sonde métallique, isolée seulement à son extrémité, serait maintenue au niveau du col de la vessie. Le courant d’induction serait aussi intense et aussi rapide que possible. Ce procédé opératoire me paraît devoir réussir.
S IV. — Constipation,
A. La constipation est, comme la dysurie, une des complications ordinaires de la parapléoie. Les malades ne vont à la garderobe qu'au moyen de lavements ou de purpgatifs. Il m'a suff quelquefois, dans ces cas, de faradiser les muscles de l'abdomen pendant quelques séances pour rétablir la liberté du ventre, ce qui démontre que la constipation ou là difficulté des garderobes peut dépendre de la paralysie ou de l’affaiblement des muscles abdominaux. On conçoit aussi que la paralysie du diaphragme soit une cause de constipation, et qu'alors elle ne puisse disparaître qu'avec la guérison de cette paralysie.
À la paralysie des muscles auxiliaires de la défécation se Joint fréquemment la paralysie du rectum; il faut agir alors directeinent sur cet Intestin avec l'excitateur rectal, comme je l'ai décrit dans la première partie (page 65).Ce procédé, simple et peu douloureux, m'a réussi fréquemment. J'ai cité comme exemple, page 72, un cas de constipation qui, datant de trois semaines et occasionnant un ballonnement considérable du ventre, céda à une seule excitation du rectum, après avoir résisté pendant quinze jours aux purgatifs administrés de toutes les façons. La constipation, qui reparut à deux reprises chez la malade qui en était tourmentée, fut vaincue chaque fois de la mêine manière.
B. Etranglement interne. — Le cours des matières fécales peut être interrompu par une obstruction du conduit intestinal. Les causes de cette obstruction, on le sait, sont variables et pro= duisent les symptômes graves de la maladie décrite sous le nom de volvulus, iléus, passion iliaque, colique de miséréré, etc. Quelle que soit la cause de ce volvulus, qu'il y ait étranglement par des brides ou par des ouvertures dans lesquelles l'intestin
se serait engagé; qu'il y ait contournement, entortillement des circonvolutions intestinales entre elles ; que le canal intestinal soit obstrué par suite de l'invagination d’une portion d'intestin dans une autre, il n'existe qu'une seule indication à remplir : dégager l'intestin. Or, de tous les moyens qui ont été employés dans ce but, et l’on sait combien ils sont nombreux, je ne crois pas qu'il en existe un plus efficace que l'excitation électrique dirigée sur les muscies abdominaux et sur le tube digestif.
La faradisation pratiquée énergiquement, et avec des intermittences distancées les unes des autres d'une seconde, sur chacun des points de la paroi musculaire de l'abdomen, secoue partiellement la masse intestinale, de manière à provoquer des contractions en tous sens et à dégager l'anse intestinale étranglée ou comprimée. Ces contractions musculaires de l'abdomen doivent être combinées avec celles de l'intestin.
Mais il faut savoir que celles-ci n'ont pas lieu par secousses comme les premières. En effet, quand on excite directement l'intestin d'un animal après l'avoir éventré, on ne peut provoquer des contractions intermittentes dans aucun point de sa couche musculeuse, quelle que soit l'intensité du courant. L'intestin se resserre en tous sens et se réduit à un très petit volume par une sorte de mouvement vermiculaire. Ainsi, J'ai vu le gros intestin du cheval se réduire, dans le point excité, à 5 ou 4 centimètres de diamètre dans l'espace de quelques secondes. L'intestin ne commence à se contracter que trois ou quatre secondes après qu'il a été excité, il reste dans cet état pendant plusieurs minutes et revient très lentement à son volume primitif. On conçoit donc que si l'on pouvait agir aussi directement sur le point de l'intestin où existe l’étranglement, on lèverait facilement l'obstacle au cours des matières fécales. Malheureusement, il est impossible de localiser ainsi l'excitation électrique dans l'intestin à travers la paroi abdominale; mais on provoque facilement des contractions analogues dans toute la masse imtestinale, par une sorte d'action réflexe de la moelle, en plaçant, comme je l'ai déjà dit dans la première partie (page 71), un excitateur dans le rectum, et l'autre sur un autre point plus ou moins éloigné, sur l'abdomen ou à l'orifice cardiaque, à l'aide de la sonde œsophagienne. |
OBSERVATION CLVIIT. — En 1851, j'ai appliqué ce procédé avec succès à un cas d'étranglement interne qui avait résisté pendant trois jours à tous les moyens employés en pareil cas. (L'observation de ce fait , que j'avais recueilli avec détail, a été égarée. Le malade se nommait M. Gondret, passementier en or, demeurant rue Saint-Denis, n° 293, — C’est par les conseils de M. Chomel que la faradisation intestinale avait été pratiquée dans ce cas, comme moyen extrême.)
Ce beau résultat obtenu par la faradisation localisée a été tellement immédiat, qu'il me paraît impossible de le contester. Ainsi, le malade fut soulagé aussitôt après l'application ; le hoquet, qui durait depuis deux jours, disparut ; un peu plus tard des gaz furent rendus avec quelques matières, et les vomissements, qui avaient l’odeur de matières stercorales, furent arrêtés ; une heure après, une seconde selle eut lieu un peu plus abondante, et quand les médecins et chirurgiens consultants arrivèrent pour opérer le malade, dans le cas où les accidents de l’étranglement auraient persisté, le malade était guéri.
Je ne saurais dire exactement par quel mécanisme ici l'étran: plement interne à cessé d'exister, bien que Je le soupçonne, mais l'essentiel c'est que le moyen employé ait réussi, A cé succès j ai malheureusement à opposer deux insuccès.
OBSERVATION CLIX. — En 18592, j'ai été appelé par mon confrère, M. Vigny, à essayer ce même procédé chez un de ses malades, demeurant rue Caumartin, n° 44, et qui, depuis plusieurs jours, éprouvait tous les symptômes d’un étranglement interne. Les purgatifs en lavements et en potions, les bains, la morphine pour calmer les coliques atroces du malade, les douches froides ascendantes par le rectum , tout avait été tenté vainement. La faradisation des parois abdominales et de l'intestin par le procédé que j'ai décrit produisit immédiatement un grand soulagement. Le hoquet et les vomissements ne reparurent plus pendant vingt-quatre heures une selle eut lieu quelques heures après l'opération. On croyait le malade guéri, quand le surlendemain apparurent de nouveau et plus graves que jamais les symptômes de l’étranglement interne, Une seconde application de la faradisation localisée ne produisit qu’un soulagement momentané, et deux jours après le malade succomba.— J'ai oublié de dire que ce malade n'avait pas de hernie à laquelle on pût rapporter l'étranglement ; mais il. souffrait depuis longtemps d’un grand trouble dans les fonctions digestives, que son médecin rapportait à un état carcinomateux (il était sujet à une constipation qui allait en s’aggravant). On sentait ,un peu au-dessous du flanc droit , une tumeur inégale et douloureuse au toucher. L’autopsie n'a point été faite, mais on est en droit de supposer qu’il s’est fait une coarctation dans le point carcinomateux de l'intestin, etque c’est ce qui a produit l’étranglement interne.
OBSERVATION CLX. — En 1849, j'avais été appelé par M. Leroy d'Étiolles à appliquer ce même procédé chez M. X..., demeurant boulevard Montmartre, n° 40, et chez lequel on avait épuisé vainement tous les môyens de réduire une hernie inguinale étranglée depuis quarante-huit heures. La faradisation ne produisit aucun résultat.
Voilà les seuls cas d’étranglement dans lesquels j'ai essavé l'influence thérapeutique de la faradisation localisée. On a vu, en résumé, que dans un cas (obs. GLIX) le succès a été aussi COMplet que possible et a sauvé le malade d’une opération sanglante ; que dans un autre cas (obs. CLX), l'opération n'a produit
qu'un soulagement passager, etque dans un troisième (obs.CLXI)
elle n'a eu aucun résultat. Il me paraît juste de faire remarquer que ‘dans le cas où la faradisation localisée avait dissipé tous les accidents d’étranglement pendant vingt-quatre heures (obs. CLX), la guérison se serait peut-être maintenue, sil n'avait existé une lésion organique de l'intestin.
Quoi qu'il en soit, toutes choses égales d’ailleurs , n'aurais-je obtenu qu'une guérison sur trois Cas par l'application dela faradisation localisée, ce seul fait heureux me paraît démontrer que ce mode de traitement est un des meilleurs qu'on puisse opposer à
cette grave maladie.
$ IV. — Chute du rectum par atonie du sphincter de l’anus.
Les faits et les considérations que j'ai à exposer dans ce para: graphe ne s'appliquent qu'à la chute du rectum, qui se produit à la suite d’une longue constipation et de la dysentérie, ou chez les enfants cachectiques. Je ferai abstraction de la chute du rectum produite par une cause chirurgicale
Si l’on enfonce un doist dans l'anus d'un sujet affecté de chute du rectum, on sent quil pénètre avec une grande facilité, et que le sphincter se laisse distendre sans opposer la moindre résistance, à tel point que l’on peut introduire successivement dans l'anus trois ou quatre doigts rangés en ligne droite sans éprouver la moindre résistance. Le sphincter n'est pas paralysé dans ce cas, car on voit que le sujet peut le resserrer ; et puis, les selles seraient alors involontaires, ce quina pas lieu, on le sait, dans la chute du rectum; mais 1l semble que ce relàchement du sphincter de l'anus soit produit par le
défaut de puissance tonique de ce muscle.
Ce fait, que J'avais observé depuis longtemps, me donna à penser que cette atonie du sphincter de l'anus pouvait bien être la principale cause du prolapsus de la muqueuse rectale, détachée préalablement des autres tuniques du rectum (1).
Si cette opinion était exacte, la faradisation du sphincter de l'anus, pratiquée avec un courant à intermittences rapides, procédé qui, ainsi que je l'ai déjà dit et comme je le démontrerai encore par la suite, possède la propriété de rendre aux muscles la force tonique qu'ils ont perdue et même de les contracter au besoin, la faradisation ainsi pratiquée, devait rendre au sphincter la force tonique nécessaire pour contenir la muqueuse rectale et empêcher son prolapsus. td,
Voici la relation d’un premier cas de chute du rectum, dans lequel la justesse de mes prévisions a été démontrée par l'expérimentation.
OBSERVATION CLXI. — Chute du rectum chez un homme âgé de trentecinq ans, el aggravée par la dysentérie. — Perte de l’atonie du sphincter de l'anus avant la farad isation localisée.— Retour de la force tonique de ce muscle aprés cette opération, et d isSparition de La chute du rectum. |
Dans le courant du mois de juillet 4853, M. Ph. Boyer m’engagea à essayer l'influence thérapeutique de la faradisation localisée dans un ca$ de chute du rectum, dont était affecté un malade de son service (Hôtel- Dieu , salle Saint-Jean , n° 16). Ge malade âgé de trente-cinq ans, avait peu souffert de cette infirmité qui datait de son enfance, lorsqu'une dysentérie , qu’il contracta en Afrique en 1852, lui rendit sa chute du rectum très douloureuse. I dut alors revenir en France, et entra à l'Hôtel- Dieu pour s’en faire traiter, et surtout pour se débarrasser d’un flux de sang rebelle. M. Boyer le guérit assez rapidement de sa dysentérie et de son hémorrhagie intestinale, mais la chute du rectum persista, lui occasionnant des souffrances assez vives. Le sphincter de l'anus était complétement relâché, de telle sorte qu’une portion du rectum faisait un bourrelet continuel à l'extérieur, et qu'il lui suffisait du moindre effort, comme d’aller à la garderobe ou de tousser, pour en faire sortir une plus grande por-
(1) Je sais que des anatomo-patholosistes, M. Cruveilhier entre autres , sOuüennent que le sphincter ne se détache pas dans la chute du rectum, et que ce professeur la considère comme une véritable invagination du rectum consécutive à ui état pathologique que je n’ai point à exposer ici, et qu’on observe quelquefois dans certaines constipations et dysentéries prolongées, ou chez des enfants cachectiques ou affaiblis par de longues maladies,
tion. Le sphincter était relâché au point qu’on pouvait facilement introduire trois ou quatre doigts dans l'anus. C’est dans ces conditions que je tentai la faradisation localisée, dans le but de produire un spasme du sphincter de l'anus. Je plaçai un excitateur olivaire dans l’anneau rectal, et un second excitateur humide (une éponge enfoncée dans un excitateur cylindrique) sur le périnée. Je fis ensuite passer un courant à intermittences rapides de mon appareil gradué au maximum pendant huit à dix minutes.— Après cette opération, le rectum ne sortit plus quelque effort que fit le malade pour obtenir ce résultat. Dans la journée, il se présenta même plusieurs fois sur le siége, et non-seulement son. rectum ne sortit pas , mais le malade ne put aller à la garderobe, ce qu'il attribua à une résistance qu'il ressentait dans le point occupé par le sphincter. Quelques : jours après cette première opération, je revis ce malade et j’appris que chaque matin on avait excité son anus, ainsi que je l'avais fait moi-même, et que son rectum ne sortait plus. — J'introduisis un doigt dans cet anus, etje le sentis fortement serré par son sphincter. — L'influence de l'excitation électrique sur la contractilité tonique du sphincter avait été immédiate et avait persisté dans l'intervalle des opérations. Ce premier essai paraissait devoir être couronné de succès, lorsque le malade, rappelé chez lui par des affaires de famille , demanda sa sortie. — Pendant jes huit où dix jours que j'ai pu l’observer, j'appris de lui que son anus ne sortait plus.
Le fait que je viens de rapporter est la démonstration la plus complète de la justesse de mes prévisions. En effet, dans cette chute du rectum, très ancienne (datant de l'enfance et agsravée par une dysentérie), on constate un relâchement considérable du sphincter de l'anus, qui, après la faradisation convenablewent appliquée, se resserre immédiatement au point de permettre à peine à un seul doigt de pénétrer dans lerectum, quand auparavant quatre où cinq doigts y entraient facilement; puis À dater de ce moment, le rectum ne sort plus au dehors, même lorsque le malade se livre à de grands et longs efforts pour aller à la garderobe, tandis qu'auparavant il lui suffisait de tousser pour que le prolapsus eût lieu.
On ne saurait méconnaître, dans ce cas, la parfaite corrélation de ces phénomènes, savoir : d'une part, relâchement du sphincter et chute.du rectum; de l’autre (après l'opération), constriction du sphincter et disparition du prolapsus.
En résumé, il me paraît ressortir de ce fait que l'atonie du sphincter de l'anus est la cause réelle du prolapsus du rectum, préalablement détaché des parties voisines sous l'influence d'un état patho-
logique quelconque, et qu'on empêche le prolapsus en rétablissant la tonicité de ce sphincter. |
Quelques mois après l'observation de ce fait, que j'avais communiqué à M. Debout pour être publié dans le Bulletin de thérapeutique, un interne distingué de l'Hôtel-Dieu, M. Duchaussoy, soutenait dans un excellent travail (1), la proposition que je viens de formuler, s'appuyant sur un autre ordre de faits qu'il avait observés dans le service de M. Guersant. On sait que cet habile chirurgien des enfants traite la chute du rectum en appliquant quatre boutons de feu disposés en croix sur l'anus, au point où la muqueuse et la peau viennent se confondre. M. Duchaussoy dit que sur onze enfants ainsi cautérisés, M. Guersant en a guéri dix. Ce praticien (2) dit qu'en agissant ainsi, son but est de provoquer une légère inflamma: tion qui modifie le tissu cellulaire sous-muqueux , le resserre et retient ainsi l'intestin disposé à s'échapper. Mais M. Du: chaussoy interprète ces guérisons autrement que M. Guersant : « Que Île cautère, dit-il, agisse ainsi sur le tissu cellulaire, cela est assez vraisemblable; mais cette action ne doit pas s'étendre beaucoup au delà des points cautérisés, et cette légère inflammation doit être un bien faible obstacle à la sortie d’une portion d'intestin longue de 5 à 10 centimètres, surtout si l’on songe qu'il lui faut parfois résister à des efforts tellement puissants, que la main d’un homme vigoureux ne peut les vaincre pour réduire l'intestin.
» Mais ce que l’on peut constater avec certitude, au contraire, après cette cautérisation, le voici :
» Aussitôt que l'intestin a cessé de sortir, Ce Qui peut arriver immédiatement après l'opération, Le doigt, introduit dans l'anus! du malade, éprouve de la part du sphincter une constriction dont il n'y avait pas de mañtifestation avant l'application du cauière. » (M. Duchaussoy avait constaté qu'auparavant, le sphincter était relâché au point de permettre l'entrée facile de trois ou quatre doigts dans le rectum, tandis qu à l’état normal, l'introduction d’un seul doigt est difficile et arrache des cris aux enfants.)
(1) De la cause immédiate et du traitement de la chute du rectum chez les enfants (Archives générales de médecine, numéro de septembre 1850). (2) Union médicale, 11 septembre 1852,
Ces faits viennent donc à l'appui de ceux qui ressortent de mes expériences, ou plutôt ces dernières rendent vraisemblable l'explication donnée par M. Duchaussoy du mécanisme de la guérison de la chute du rectum par la cautérisation.
Comme corollaire de linterprétation des faits observés chez M. Guersant, M. Duchaussoy formule la proposition suivante : « Tout procédé qui parviendra à faire cesser la paralysie du sphincter, soit en simplifiant la cautérisation, soit même en lui substituant d’autres excitants du système musculaire plus puissants, ou moins désagréables, pourra être regardé comme un progrès dans le traitement de la chute du rectum. »
Puis, après avoir démontré les inconvénients de la cautérisation par le procédé de M. Guersant qui, bien que si légère, produit quelques accidents chez les enfants opérés, M. Duchaussoy éonseille le traitement par la faradisation ; car il est très présumable, ajoute-t-il, que l'électricité pourrait rétablir la contractilité dans un muscle accessible comme le sphincter de l'anus. Si cet observateur avait eu connaissance de l'expérience que j'ai rapportée plus haut (obs. CLXI) et des inductions qui m'avaient conduit à la faire, il ne s’en serait pas tenu à de simples présomptions, puisque dans cette expérience on a vu que la faradisation à intermittences rapides empêche la chute du rectum, en restituant au sphincter de l'anus la force tonique qu'il avait perdue.
Deux faits nouveaux sont venus confirmer l'efficacité de la faradisation du sphincter de l'anus dans le traitement de la chute du rectum.
OBSERVATION CLXIT.—En 1853, un homme âgé de soixante à soixantedeux ans, était entré dans la salle Sainte-Marthe pour s’y faire traiter d'un catarrhe vésical. Depuis de longues années, il était affecté d’un prolapsus du rectum qui était devenu très incommode et même douloureux depuis quelque temps. Le sphincter de l’anus était tellement relâché qu'on pouvait introduire facilement les quatre doigts placés de champ dans son anus. M. Roux m’engagea à essayer dans ce cas l'influence de la faradisation localisée. Je plaçai un excitateur métallique dans l'anus, et un second excitateur humide sur le périnée, et fis passer un courant rapide. Le malade ressentit une très vive épreinte, et après l’opération, on constata que le rectum était maintenu par le sphincter qui se resserrait fortement quand on introduisait le doigt dans l'anus. Ces applications furent
continuées par M. Duchaussoy, interne du service, qui m’apprit que ce malade était sorti guéri de son prolapsus. (Je n'avais pas pris de note sur ce malade, car M. Duchaussoy m'avait fait connaître.son intention d'en publier observation. J'ai dû faire appel à mes souvenirs pour exposer la relation de ce fait.)
OBSERVATION CLXIIT. — L'autre fait m'a été communiqué par M. Demarquay, qui en 1854 eut à débarrasser une dame d’un prolapsus du rectum dont elle était affligée depuis l’enfance, et qui, dans ies dernières années, lui causait de vives douleurs. Avant tenté sans succès de maintenir l'intestin, en pratiquant, selon l’ancienne méthode, l’excision d’une portion de sa circonférence, il songea à l’électrisation du sphincter de l'anus qui fut pratiquée avec un plein succès. La malade est débarrassée depuis lors de son infirmité.
Les faits que j'ai rapportés ne sont pas assez nombreux pour établir d'une manière absolue la supériorité de la faradisation du sphincter de l'anus sur les autres traitements employés contre la chute du rectum; mais ils démontrent quon doit l'employer de préférence aux opérations sanglantes, qui ne sont pas toujours,comme elle, d’une parfaite innocuité, et auxquelles, d'ailleurs, il sera toujours temps de recourir si elle venait à échouer.
ARTICLE. NL.