CHAPITRE V
Paralysies hystériques.
Depuis le commencement de mes recherches, il s’est passé peu de jours sans que j'aie eu à expérimenter l'influence théra: peutique exercée par la faradisation localisée sur la paralysie hystérique. Je pourrais publier sur ce sujet plus d’une centaine d'observations, dans lesquelles on compte un assez orand nombre de guérisons, dont quelques-unes étaient inespirées ou ont été obtenues avec une rapidité vraiment surprenante, après avoir résisté longtemps à des médications variées et rationuelles. Ces faits sont certainement satisfaisants, purs ils prouvent que la faradisation localisée est une médication qu'on peut souvent opposer avec succès à la paralysie hystérique, mais je suis forcé d'avouer que tout est imprévu dans cette action thérapeutique de la faradisation localisée sur cette affection; car j'ai vu trop souvent échouer dans telle paralysie de ce genre, le procédé de faradisation qui avait triomphé dans des cus en apparence absolument identiques, et ce même moyen suérir quand il semblait irrationnel d'en espérer la moindre influence.
Quelles règles déduire alors de ces faits dans lesquels on ne peut prévoir ce qui doit arriver sous l'influence de cette médication ? fncapable de tirer de mes recherches sur la paralysie hystérique aucune règle, aucun principe sur lesquels on püt s'appuyer pour annoncer où prévoir le résultat de la fara-
disation localisée, je ne ferai pas un vain étalage des suérisons obtenues par ce moyen, en relatant les nombreuses observations que j'ai recueillies. Je crois qu'il suffira seulement d'en rapporter quelques-unes comme exemples, et qu'il sera plus utile de rapprocher les succès des insuccès, pour démontrer que s'il est incontestable que la faradisation localisée est une excellente médication à essayer contre la paralysie hystérique, il faut cependant se garder de se laisser entraîner à une confiance trop exclusive dans son emploi.
On doit, en général, dans la paralysie hystérique, porter l’exci. tation électrique dans chacun des organes affectés, et continuer le traitement quelque temps après le retour des mouverents, afin de fixer pour ainsi dire la quérison. Cette proposition est déduite d'un grand nombre de faits. Je n'en rapporterai qu'un exemple,
OBSERVATION CXLVIIT. — Charité, salle Saint-Marthe , n° 31, service de M. Briquet.— /ystérie, paraplégie incomplète et affaiblissement musculaire dans le membre supérieur gauche ; anesthésie cutanée, musculaire et osseuse ; perte de la sensibilité de la congonctive, de la muqueuse nasale, buccale et linguale du côté gauche ; perte des sens du toucher, de l'odorat et du goût, du même côté ; aménorrhée.—(ruérison par la faradisation localisée.
Marie Roussel, trente-deux ans, marchande des quatre saisons, née d'une mère qui avait de fréquentes attaques d’hystérie, fut prise brusquement, à l’occasion d’une contestation qu’elle eut avec ses maitres, d’un accès hystérique très fort, avec convulsions, grincement de dents et perte de connaissance. Depuis ce moment, elle est devenue sujette à ces accès, qui ont lieu tous les deux ou trois mois. — Entrée à la Charité le 23 septembre 1848.
État actuel.— Céphalalgie pulsative et lancinante, même dans l’état de repos ; sentiment presque coutinu de strangulation à la gorge ; douleurs à la région épigastrique, à la partie moyenne des dernières fausses côtes gauches; douleur à la pression des parois abdominales du côté gauche, des muscles de la région sus-pubienne, du rachis de la sixième à la douzième vertèbre dorsale ; douleur à la pression dans la région scapulaire et dans le haut de la portion lombaire de la gouttière vertébrale gauche ; insensibilité presque complète de la peau du côté gauche du dos depuis le haut jusqu’en bas ; l’insensibilité de la peau s’étend au côté gauche de la face, de la tête et des membres. La malade dit qu'avant l’anesthésie la peau était très sensible au toucher dans les mêmes régions, et qu’en même temps elle éprou- Vait des douleurs profondes dans les membres ; insensibilité de la muqueuse Conjonctivale, nasale et buccale du côté gauche; du même côté, léger
trouble dans la vue, perte de l’odorat et du goût; perte du sens du tou= cher de la main gauche, perte de la sensibilité de la plante du pied gauche ; affaiblissement musculaire dans le membre supérieur gauche et dans les membres inférieurs, datant de six à sept mots ; la paraplégie est arrivée au point de rendre la marche presque impossible sans l'aide d’un bras : la malade traîne les membres inférieurs, sans pouvoir les lever.
Après l'emploi des divers moyens usités, l’état de la malade ne changeant pas, M. Briquet me permet d'étudier l'influence thérapeutique de la faradisation, que j’applique pour la première fois le 11 octobre 1848.
Le 20. En une seule séance de cinq minutes, la sensibilité de la face est revenue sous l'influence de l'excitation cutanée par Ja mair électrique. En deux séances, les sens de l’odorat et du goût ont reparu au moyen des procédés de faradisation que j'ai exposés dans la première partie (page 73
Excitation électro-cutanée du membre supérieur. — Les balais métal liques excitateurs placés sur la peau, n’éveillent aucune sensation pendant les premières minutes, l'appareil étant au maximum et marchant avec des intermittences rapides ; mais bientôt après apparaissent, dans les points qui sont en rapport avec les excitateurs, les phénomènes suivants : rougeur, chaleur ; léger chatouillement rapidement suivi d’une sensation de brûlure, de piqûre intolérable, qui me force de remplacer les balais métalliques par les excitateurs métalliques pleins, et de diminuer l'intensité du courant de moitié. Dans le point où l’excitateur est placé, la sensibilité de la peau est revenue, mais linsensibilité persiste dans les autres points. Toute la surface cutanée du membre supérieur, excitée par Le même procédé, recouvre ainsi sa sensibilité normale.
Faradisation de la pulpe des doigts, des nerfs collatéraux de la main gauche, et de La peau de la main. -— L'épiderme de la main étant épais et sec, les excitateurs n’ont aucune action physiologique, même avec un cod: rant des plus intenses. La peau est alors légèrement humectée, et l’excita= tion électrique devient à l’instant très vive lorsqu'on promène les balais métalliques excitateurs sur la face dorsale de la main, surtout sur la pulpe des doigts. Ên dix minutes, le sens du toucher est presque normal Ma malade distingue les différentes parties d’un crayon , la tête d’une épingle qu'elle attache à son mouchoir, ce qu’elle n’a pu faire depnis longtemps.
Le 12. Retour de la menstruation, absente depuis trois mois. Les muscles sont faradisés au maximum de l'appareil, et bien que les excitateurs soient très énergiques, la malade n’en a pas la conscience dans les points où existe l’anesthésie. Si l'excitation électro-musculaire est prolongée dans un muscle et que les intermittences soient un peu rapprochées , la sensibilité électro-musculaire reparaît, et la malade ne peut supporter un courant, même très modéré. Quoique le muscle ait recouvré sa sensibilité normale ,' la peau qui le recouvre reste insensible. Si l'excitation électrocutanée rappelle la sensibilité dans un point de la peau, le muscle subjacent devient sensible lui-même, Ces expériences, répétées à plusieurs
reprises sur différents points du corps, ont toujours donné les mêmes résultats. |
La faradisation a été suspendue pendant plusieurs jours, et cependant les résultats acquis précédemment ont été conservés.
Excitation électro-cutanée du pied gauche. — Retour rapide de la sensibilité. Après l’opération, la malade sent la résistance du sol, mais elle pe peut marcher seule ; il lui semble que ses jambes pèsent énormément ; elle ne peut soulever le membre inférieur gauche.
La veille, deux accès hystériques très forts ont été suivis d’un engourdissement et d’un fourmillement dans tout le côté gauche. Ce matin, tous les points du corps auxquels la sensibilité avait été rendue sont de nouveau frappés d’anesthésie, à l'exception de la peau du pied, qui a été faradisée la veille. Il suffit de passer rapidement les excitateurs pleins, et à un degré élevé au graduateur, pour rappeler la sensibilité perdue. Depuis l'accès hystérique, douleurs vives dans la tête et à l’épigastre.
La douleur frontale a persisté depuis le dernier accès, et comme elle devient intolérable, j'essaie de l'enlever par la faradisation cutanée, au moyen de la main électrique ; ce moyen a réussi complétement. (Pour être certain que l'imagination seule n’avait pas influencé la céphalalgie, j'avais longtemps frictionné le front sans fermer le courant, et je n'avais pas modifié là céphalalgie.) Les douleurs épigastriques ont été enlevées par la fustigation électrique pratiquée sur l’épigastre.
Le 1° novembre. Faradisation musculaire pendant cinq à dix minutes, Pour fixer la sensibilité dans les points autrefois anesthésiés, l’excitation électro-cutanée est pratiquée de temps en temps.
Le 10. Plusieurs accès hystériques ont eu lieu, et n’ont pas fait disparaître la sensibilité dans les lieux où la faradisation à été souvent appliquée ; mais l’anesthésie reparaît là où l'excitation électro-cutanée a été appliquée une seule fois.
Le 24. Sensibilité de la peau partout normale. La force musculaire est complétement revenue depuis longtemps dans le membre supérieur. Dans le membre inférieur, la motilité n’a reparu que progressivement, et aujourd’hui la marche et la force musculaire paraissent intactes, La menstruation a reparu une seconde fois, mais peu abondante. L’excitateur utérin (voyez sa description page 67), appliqué sur le col de l'utérus, ne donne lieu à une sensation spéciale qu’à un courant très intense. Cette sensation consiste en une douleur sourde dans l’hypogastre et dans les reins. D'abord légère, elle devient assez forte, si l'opération est prolongée. Elle a été suivie de coliques utérines qui ont duré plusieurs jours. L’écoulement menstruel , arrêté depuis deux jours, a reparu immédiatement, mais peu äbondant et pour quelques heures. Cet écoulement à été suivi d’un peu de leucorrhée, qui a disparu complétement aujourd'hui. Plus de céphalalgie, de douleurs intercostales, abdominales et des fausses côtes ; plus de douleurs dans les membres, Malgré cette amélioration, les attaques hysté-
riques ont eu lieu comme de coutume et sans cause appréciable, seulement elles sont moins fortes que d'habitude. Peu de jours après, la malade est sortie complétement guérie de sa paralysie musculaire et cutanée. Deux mois après sa sortie, j'ai revu cette femme, dont la guérison paraissait s0= lidement établie, malgré plusieurs accès d’hystérie.
J'ai rapporté cette observation avec détails, parce qu'elle offre un ensemble assez complet de phénomènes hystériques et paralytiques affectant la sensibilité et les sens, comme les mouvements, et que ces troubles qui avaient résisté jusqu alors aux autres médications, ont été successivement combattus avec succès par chacun des procédés spéciaux de la faradisation iocalisée.
Il m'a fallu porter l'excitation sur chacun des organes dont la fonction était troublée, et partout on a vu que l'action de Ja faradisation a été immédiate. Mais pour que l'effet thérapeus tique obtenu fût conservé, les excitations faradiques ont dû étre renouvelées, car on connaît ce fait important, mis en lumière par M. Gendrin, à savoir, que les accès hystériques tendent à faire retomber les malades dans leur état de paralysie ou d'anes thésie. L'expérience ma démontré.que les organes ainsi mes nacés d'une rechute résistaient d'autant mieux qu'ils avaient été plus souvent faradisés. Aussi, m'a-t-on souvent entendu dire au Jit des malades, qu'il fallait continuer le traitement faræ dique après le retour des mouvements ou de la sensibilité pour fixer la guérison. C’est souvent ainsi que j'ai dû agir dans les cas de paralysies hystériques où j'ai expérimenté l'influence de la faradisation lacahiséel | ' |
Cependant il n'a quelquefois suffi d'une seule excitation électril cutanée pour quérir la paralysie hystérique. En voici un exemple bien remarquable.
OBSERVATION CXLIX. — Paralysie hystérique datant de deux ans avea anesthésie cutanée. — (Guérison par une seule excitation électros culanée.
Marie Picard , âgée de quarante-deux ans, chapelière, rue Grande, n° A9. Entréc à la Charité, salle Sainte-Marthe, n° 22, le 23 mai 1854.
D'une bonne santé et d’un caractère calme, non sujette à des accidents nerveux ; bien portante jusque il y a quatre ans.
À celte époque, elle à eu de fortes préoccupations d'esprit (jalousie) qui
PARALYSIES HYSTÉRIQUES. 7h
ont duré un an. C’est à la suite de ces contrariétés qu’elle a eu sa première attaque. Celle-ci a commencé ainsi queles suivantes par un roidissement des doigts des pieds qui se mettaient dans une forte extension ; la ma- Jade avait le temps d’en percevoir la sensation, mais aussitôt elle perdait connaissance. Il y avait des mouvements convulsifs; la perte de connaissance durait près de vingt minutes à une demi-heure, et était suivie d’un sommeil profond qui durait trois ou quatre heures ; au réveil , elle n'avait plus de malaise.
Dans les premiers temps, les attaques avaient lieu trois ou quatre fois par jour ; il en fut de même pendant cinq à six mois , puis peu à peu elles se sont éloignées, et actuellement il n’y en a plus guère que deux ou trois fois par an.
Ily a dix-huit mois environ qu’elle a ressenti de la douleur dans les reins, puis peu à.peu des fourmillements à la plante des pieds, et des roidissements dans les membres inférieurs ; vers la même époque, elle a éprouvé dela difficulté à aller à la garderobe, et une paralysie dans la vessie,
Il y avait déjà quelque temps que la paralysie s'était montrée aux mem- Dres inférieurs, quand les supérieurs sont devenus lourds, avec impossibilité de mouvements. Cette paralysie à duré cinq ou six mois. La para- Jysie a été bien plus forte du côté gauche que du côté droit. Il paraît y avoir eu une forte anesthésie de tout le côté gauche du corps ; la sensibilité était en partie conservée, mais un peu obtuse dans le côté droit. Depuis dix mois, les membres supérieurs ont repris leurs mouvements. — Depuis cinq mois, la paralysie a diminué un peu dans les membres inférieurs. — En un mot, la santé de cette malade allait en s’améliorant, quand depuis six semaines à deux mois, l’affaiblissement des membres inférieurs à augmenté de nouveau: il y a une quinzaine de jours qu’elle a eu sa dernière attaque.
État actuel. — À son entrée à la Charité, coloration assez animée de la face ; un peu d’agitation d'esprit, point de céphalalgie. Diminution notable de la vue de l'œil gauche ; diminution de la sensibilité de la conjonctive et de la peau de toute la face à gauche, ainsi que de la main gauche; perte de l’odorat à gauche; perte du goût et de la sensibilité tactile dans la bouche et dans le côté gauche de la langue ; diminution très notable de l’ouïe du même côté, mais sans bourdonnement d’oreille ; insensibilité complète du côté gauche du corps (tronc et muscles). L’anesthésie paraît d'atteindre que la peau ; elle est bornée exactement par la ligne médiane. Faible diminution dans la force musculaire du membre supérieur gauche. Un peu d’affaiblissement du membre inférieur droit beaucoup plus prononcé au membre inférieur gauche, Point de douleur à la région précordiale ; douleur en arc au contour du bassin en avant. Point de douleur au côté gauche ; douleur du rachis entre les deux épaules.
Au moment de l'entrée, on a constaté que le membre inférieur droit était faible et ne supportait le poids dn corps qu’en tremblant. Le membre
inférieur gauche était beaucoup plus faible; la malade ne pouvait marcher que lentement et en s'appuyant aux objets environnants. La paralysie a dû être assez prononcée avant son entrée à la Charité, puisqu’à la maison de santé du faubourg Saint-Denis, on lui a fait appliquer deux cautères sur les côtés du rachis, et des vésicatoires dans la région lombaire. Elle a, à celte époque, gardé le lit pendant cinq mois, sans éprouver d’autres symptômes morbides que la faiblesse des membres inférieurs. Elle est sortie de la maison de santé sans être améliorée.
Le 9 juin, j'ai faradisé une seule fois la peau du membre supérieur et de l’inférieur, Au bout de quelques secondes, la malade a senti vivement l'électricité. Un instant après, elle a marché on ne peut mieux , comme s’il n’y avait plus de paralysie. Quelques instants auparavant, j'avais con- Staté que les muscles se contractaient vigoureusement sous l'influence de l'électricité, et il est remarquable qu’il n’y avait pas eu d’amendement produit dans la paralysie par cette excitation électro-musculaire, Le 10 juin, la sensibilité est presque normale partout, peut-être un peu moins vive à gauche qu’à droite; les mouvements se sont conservés comme la veille. — 14 juin. La malade est sortie. La marche s’exécutait très bien:
J'ai observé à la Charité, dans le service de M. Briquet, un assez grand nombre d'hystériques dont les membres du côté gauche étaient plus ou moins anesthésiés, et surtout le membre supérieur, Ordinairement cette anesthésie était accompagnée d'affaiblissement musculaire. Il me suffisait presque toujours, dans ces cas, de rappeler la sensibilité cutanée pour voir reparaître la force musculaire normale.
OBSERVATION CL. — J'ai observé tout récemment (en mai 1854) un cas semblable chez une jeune fille hystérique couchée au n° 5 de Ja salle Sainte-Marthe (service de M. Briquet). Depuis quatre mois, sa sensi: bilité et sa force musculaire étaient très notablement diminuées dans les membres supérieur et inférieur gauche. Elle ne marchait que difficilement et lentement, et traînait la jambe, Quand on lui faisait serrer la main, on sentait que sa force était diminuée de moitié au moins. Elle pouvait difficilement soulever son verre avec la main gauche et le laissait tomber quand elle ne regardait pas sa main qui était insensible. Elle sentait à peine quand on la piquait ou qu’on la pinçait. En deux séances, je lui rendis complétement avec la sensibilité toute sa force musculaire, bien que je n’eusse excité que la sensibilité électro-cutanée.
Cest sans doute en allant exciter les centres nerveux par une sorte d'action réflexe que la faradisation cutanée rappelle les mouvements dans ces paralysies hystériques. 11 est même des cas où elle semble mieux réussir que la faradisation musculaire.
OBSERVATION CLI. — J'ai vu en consultation avec M. Marchal (de Calvi) une dame atteinte d’une paralysie hystérique du membre inférieur gauche, et d’un peu d’affaiblissement du membre supérieur du même côté. Les mouvements du pied sur la jambe et des orteils étaient complétement abolis. Pendant plusieurs séances, je n'avais rien obtenu de l'excitation musculaire pratiquée énergiquement mais sans douleur (à rares intermittences). J’essayai alors l’excitation électro-cutanée de la jambe gauche, et à l'instant la malade, qui ne pouvait faire de mouvements volontaires, remua involontairement son pied et ses orteils, et: fléchit fortement la jambe sur la cuisse. La vive excitation de la sensibilité cutanée avait évidemment agi sur le centre nerveux et provoqué ces mouvements involontaires auxquels on a donné le nom de mouvements réflexes. Immédiatement après cette excitation électro-cutanée que je promenai sur toute la surface du membre paralysé, la malade put exécuter quelques mouvements volontaires. Elle fléchissait le pied sur la jambe, elle remuait un peu la jambe, et les mouvements de la cuisse étaient plus étendus. Je renouvelai ces excitations électro-cutanées pendant plusieurs jours, et je vis après chaque séance les mouvements volontaires gagner en force et en étendue.
Les faits que j'ai recuerllis ne n'ont pas permis de reconnaitre les signes qui annoncent si la faradisation quérira ou non la paralysie hystérique. Quand on a été témoin de ces guérisons obtenues par la faradisation localisée chez des hystériques dont la paralysie à résisté jusqu'alors, et quelquefois depuis longtemps aux médications les plus énergiques, on se sent pris d'une sorte d'admiration pour la puissance thérapeutique de l'électricité. Ainsi, dans un des cas précédents (obs. CXLIX), on a vu une paralysie évidemment hystérique résister à toutes les médications. La malade qui possède une certaine aisance, s'est fait longtemps soigner par un médecin habile, sans obtenir d'amélioration. Elle s'était fait ensuite transporter dans la maison de santé de la rue Saint-Denis, où elle avait été traitée énergiquement pendant cinq mois, par M. Vigla (par des cautères placés de chaque côté du rachis, la strychnine, etc.), et d'où elle était sortie exactement, disait-elle, dans le même état qu'avant son entrée. Elle $e fait alors transporter à la Charité, où on lui avait dit qu'elle trouverait des soins spéciaux. Je la soumets une seule fois à la faradisation localisée, et la voilà qui guérit de cette paralysie si rebelle jusqu'alors ! Ici point de doute sur la réalité des phénomènes accusés par la malade, car elle n'avait évidemment aucun intérêt à simuler comme le font quelques hystériques ;
elle avait fait des sacrifices d'argent pour obtenir sa guérison, et elle est sortie avec une grande joie de lhôpital aussitôt qu'elle a été guérie.
Ce fait et d'autres semblables ont vivement impressionné les personnes qui les ont observés. Si le hasard ne leur faisait rencontrer que des cas semblables, on conçoit qu'il v aurait de quoi leur inspirer une foi bien grande dans cette médica: tion. Mais la confiance qui peut naître de pareils faits diminue singulièrement quand on voit cette même médication échouer complétement dans des paralysies analogues à celle dont on vient de la voir triompher si facilement.
OBSERVATION CLIL — En 41852, je vis, en consultation avec MM. Blache et Rayer, une jeune personne demeurant rue Joubert, à Paris, et qui, depuis une année, était entièrement privée des mouvements des membres inférieurs. Sa paralvsie était survenue à la suite d’un salsissement, et était compliquée de phénomènes hystériques. On avait eu recours à des moyens très variés et très énergiques qui n'avaient point amélioré son état. On lui avait même appliqué des moxas sur le trajet de la colonne vertébrale, d’après le conseil d’un médecin qui attribuait la paralysie à une myélite. Lorsque je fus appelé par M. Blache à essayer l'influence thérapeutique de la faradisation localisée, je constatai que les muscles paralysés possédaient leur contractilité électrique normale, et que les excitations les plus fortes de la peau et des muscles n’occasionnaient pas la plus légère sensation. Il existait de plus une hyperesthésie au niveau des gouttières vertébrales. Il était impossible, en présence. de ces symptômes joints à l’histoire de la maladie de méconnaître l'existence d’une paraplégie hystérique. J’espérais que cette paralysie guérirait facilement, m’appuyant sur des faits semblables où la guérison avait été obtenue par la faradisation localisée. Eh bien, cette médication, appliquée pendant un mois, n'exerça pas la moindre influence sur l’état de la paralysie ; l'excitation électro-cutanée avait seulement rappelé légèrement la sensibilité de la peau, La résistance opposée par cette paralysie à toutes les médications semblait justifier le diagnostic de myélite porté par l’un des médecins appelés à donner des soins à cette demoiselle, lorsque l’obstacle à l’action nerveuse motrice que n'avait pu vaincre la faradisation localisée disparut tout à coup et complétement, bien qu’on n’eût rien fait de nouveau pour combattre
la maladie. Depuis lors, cette guérison spontanée s’est parfaitement maintenue.
OBSERVATION CLIIT. — A côté de cet insuccès de la faradisation lo= calisée, j'en pourrais placer un autre parfaitement identique , et que j'ai observé chez une demoiselle (mademoiselle F...) atteinte de paralysie hys-
térique depuis un an, et qui m'avait été adressée par M. Ricord. Des cautères placés sur la colonne vertébrale, la strychnine, etc., avaient été employés sans résultats; trente séances de faradisation non localisée
n'avaient pas modifié la paralysie, qui, peu de temps après, guérit spontanément et complétement,
Dans le premier des deux faits que je viens de rapporter (obs. CLI), la guérison eut lieu peu de temps après l’application de la faradisation, de sorte qu'on pourrait à la rigueur faire honneur de cette guérison à l'influence tardive de la faradisation , de même qu'on attribue souvent à l'influence des eaux minérales des guérisons qui n'ont lieu que quelques mois après quon les a prises. Il serait intéressant d'examiner si réellement les effets thérapeutiques de certaines médications qui n'impriment aucune modification à la maladie pendant qu'on les applique, ne se manifestent que tardivement. Quant à moi, affirme avoir vu des névroses et des névraloies longtemps rebelles à tous les remèdes, disparaître seulement quinze jours à un mois après l'application de la faradisation localisée, bien quelles n'eussent subi aucune modification appréciable pendant le traitement.
Cependant, les deux cas cités ci-dessus sont pour moi des insuccès ; s'ils étaient interprétés autrement par quelques personnes, je pourrais rapporter d’autres faits de paralysies hystériques qui ont persisté plusieurs années, bien que je les eusse traitées par la faradisation localisée,
La paralysie hystérique quérit fréquemment par la faradisation localisée. La forme paraplégique est celle dans laquelle les chances de succès paraissent le moins grandes.
Sur une centaine de paralysies hvstériques que j'ai traitées par la faradisation localisée, J'ai obtenue la guérison dans Ja moitié des cas; mais j'observerai que souvent je n'ai été appelé à agir que dans les circonstances les plus défavorables, c'est-àdire lorsque les autres médications avaient échoué. On sait, en effet, qu'on ne songe en général à recourir au traitement électrique que comme dernière ressource. Il est donc permis d'espérer que la proportion des guérisons augmentera quand la faradisation sera placée dans les mêmes conditions que toutes
les autres médications, et qu'on ne lui livrera plus seulement les cas difficiles.
On sait que la paralysie hystérique revêt des formes variées, M. Briquet a démontré par des faits, que la plupart de ses ma nifestations morbides, les paralysies du mouvement, les hyperesthésies ou anesthésies cutanées, les paralysies des sens, de la vue, de l'ouïe, de l'odorat, du goût, siégent presque toujours du côté gauche. Cette loi, qui a été formulée dans les thèses publiées par ses élèves, découle des nombreuses recherches de ce savant observateur sur l'hystérie, J'ai vu, en effet, ces phénomèênes souvent limités dans le côté gauche, aux membres, au tronc et à la face, et quelquefois dans le membre supérieur gauche. Tantôt la paralysie se généralise, et tantôt elle se fixe dans les membres inférieurs. (Quand dans ces derniers cas, elle prédomine dans un côté, c'est presque toujours dans le côté gauche. Je signale ce fait en passant, car il peut éclairer certains cas de diagnostic difficile.) Eh bien, il ressort des faits que j'ai observés que c’est le plus ordinairement lorsque la paralysie hystérique s’est fixée dans les membres inférieurs que la faradisation localisée a échoué.
Comment doit-on pratiquer la faradisation quand on l'applique au traitement de la paralysie hystérique ? La sensation provoquée par l'excitation électrique, alors même qu'elle n'est pas douloureuse, est tellement étrange, anormale, qu'elle peut provoquer une attaque d'hystérie chez les personnes qui n'y sont pas habituées. Cette sensation les impressionne d'autant plus que leur imagination leur fait redouter presque toujours ces applica: uons. Dans les premiers temps de mes recherches, il m'arrivait fréquemment de provoquer des accès hystériques que. j'attribuais uniquement à l'influence de l’électrisation, et qui ne faisaient qu'augmenter les préventions que les malades et même les personnes qui les entouraient avaient conçues déjà contre son application. Ayant eu le soin d'habituer graduellement les malades à la sensation électrique, en commençant par des doses très faibles , et en dissipant ainsi leurs préventions , Je n’ai plus vu survenir ces crises nerveuses produites évidemment par une influence morale, Je conseille donc de consacrer la première séance à habituer ainsi les hystériques aux sensations électriques. En- agissant de la sorte, on ne tarde pas à pouvoir administrer les doses les plus intenses,
La diminution de la sensibilité musculaire qui complique la
paralysie hystérique, indique l'emploi des intermittences rapides qui agissent sur la sensibilité, en même temps qu'elles provoquent le retour des mouvements ; mais ce mode de faradisation musculaire n’est pas toujours applicable chez les hystériques. Ainsi, j'en ai vu un bon nombre qui pouvaient supporter les excitations musculaires les plus fortes, les plus douloureuses, pourvu que les intermittences du courant fussent assez éloignées les unes des autres, et chez lesquelles les contractions produites par un courant rapide ne manquaient jamais de produire une attaque d'hystérie. Ce n'était pas que ces malades trouvassent ce mode de faradisation musculaire plus douloureux, car j'avais le soin d'agir avec un courant peu intense ;
Mais la sensation toute spéciale qu'il produisait, occasionnait des tournoiements, des éblouissements, un malaise général bientôt suivi d'une crise nerveuse. Je n’en ai pas moins continué d'em ployer ce mode de faradisation chez quelques-unes de ces malades, qui, loin de s’y habituer, en conservaient une impression si désagréable, que l'idée qu'elles allaient être faradisées de la même manière, suffisait pour les faire tomber en convulsions. Mais à l'instant où je recommençais à faire contracter leurs muscles avec un courant à intermittences éloignées, les accès d'hystérie cessaient de se reproduire pendant l'opération. Je signalerai encore un phénomène curieux chez ces mêmes malades, que la faradisation musculaire à courant rapide faisait tomber en spasme nerveux: je pouvais produire les sensations cutanées les plus douloureuses par la faradisation de la peau à un courant rapide, sans provoquer le moindre accès nerveux. En résumé, bien que la faradisation musculaire à intermittences rapides soit le meilleur mode d’électrisation qu'il convienne d'appliquer au traitement de la paralysie hystérique, il ressort des considérations précédentes, qu'on doit y renoncer quand il provoque des crises nerveuses, et le remplacer par la faradisation musculaire à rares intermittences.
Il faut en général diriger l'excitation musculaire sur chacun des muscies paralysés, sans négliger de stimuler les troncs nerveux. J'ai dit, et j'en ai donné la preuve dans les faits que j'ai rapportés, qu'il suffit quelquefois d'exciter la sensibilité cutanée pour guérir la paralysie hystérique ; c'est ce qu'on aura plus de chance d'obtenir quand la sensibilité cutanée sera considéra-
blement diminuée dans la paralysie hystérique qu'on a à traiter. On devra donc ne pratiquer dans ce cas que la faradisation électro-musculaire pendant les deux ou trois premières séances, afin de juger du degré d'influence que ce mode d’excitation exerce sur la paralysie musculaire. Si cette dernière était ainsi notablement améliorée, on y joindrait la faradisation musculaire localisée, en insistant moins sur celle-ci que sur la faradisation cutanée. Mais, si l’on n’obtenait aucun amendement dans l'état de la paralysie, on ne pratiquerait plus l'excitation électrocutanée qu'autant que cela serait nécessaire au rétablissement de la sensibilité de la peau, et l'on aurait recours seulement à là faradisation musculaire localisée.
Le traitement est beaucoup plus douloureux par l'excitation électro-cutanée : aussi rencontre-t-on quelques’ malades qui refusent de s'y soumettre. Je n'ai pas besoin de dire que dans ce cas, on doit essayer de guérir la paralysie par la faradisation musculaire à rares intermittences, et ne recourir à l'excitation électro-cutanée qu'après avoir vu échouer le premier mode d'excitation.