‹ De l'électrisation localisée et de son application à la physiologie, à la pathologie et à la thérapeutiqueChapitre 128 sur 140 · ARTICLE PREMIER, HYPERESTHÉSIE ET ANESTHÉSIE CUTANÉES · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER, HYPERESTHÉSIE ET ANESTHÉSIE CUTANÉES

$S Icr. — Hyperesthésie cutanée, .

L’exaltation de la sensibilité cutanée qui ne reconnait pas pour cause une inflammation de la peau est tantôt symptomatique d'une lésion des cordons postérieurs de la moelle ou de leurs membranes, et tantôt ne saurait s'expliquer que par un

HYPERESTHÉSIE CUTANÉE. 873 état pathologique sans doute névralgique des houppes nerveuses. Ilest évident que la faradisation cutanée ne peut être appliquée indifféremment à toutes ces hyperesthésies.

J'ai observé, dans le service de M. Cruveilhier, une malade qui, après avoir soulevé un lourd fardeau, éprouva tout à coup une douleur très vive dans la portion lombaire du rachis, une fièvre intense, et une exaltation générale de la sensibilité cutanée. Les hyperesthésies suite d'inflammations spontanées des centres nerveux sont assez cominunes. Dans ces cas, l’excitation électro-cutanée échouerait, à Coup sûr, si même elle n’aggravait pas les accidents. Le seul traitement rationnel est évidemiment, dans ce cas, le traitement antiphlogistique.

C'est principalement dans l'hyperesthésie qu'on observe chez les femmes, surtout chez les hystériques, que j'ai expérimenté l'influence thérapeutique de la faradisation cutanée. M. Briquet, qui depuis plusieurs années se livre à d'intéressantes recherches sur lhystérie, m'a fréquemment fourni l’occasion d'appliquer ce mode de traitement aux hyperesthésies rebelles.

Voici comment jai agi. La peau étant sèche, iantôt une fustigation électrique énergique a été pratiquée, tantôt les excitateurs métalliques pleins ont été promenés sur la région douloureuse pendant que l'appareil marchait avec les intermittences les plus rapides. L'intensité du courant était proportionnée au degré d'énergie et d’excitabilité du sujet. L'opération durait de deux à cinq minutes.

L'hyperesthésie cutanée a été souvent enlevée ou diminuée de cette manière; la peau n'était plus sensible au frottement, et les malades disaient ressentir une sorte d'engourdissement, de bien-être dans le point fustigé et jadis douloureux. Dans certains cas, l’hyperesthésie cutanée ne reparaissait plus; mais plus fréquemment elle revenait plusieurs heures après l'opération. Alors tantôt elle était modifiée ou plus supportable, et guérissait après quelques séances ; tantôt elle se montrait aussi intense qu'après l'opération. Je dois à la vérité de dire que la moitié, pour le moins, des malades soumis à ce mode de traitement, n'ont trouvé dans la faradisation cutarée qu'un soulagement momentané. Mais, ici encore, ce mode de traitement était placé dans les circonstances les plus défavorables, puisque la plupart des hyperesthésies cutanées soumises à son action étaient anciennes

et avaient résisté à toutes les ressources de la thérapeutique. Dès lors n’est-on pas en droit d'espérer que la faradisation cutanée, mise en usage dans les conditions convenables, devra ouérir le‘ plus ordinairement l'hyperesthésie cutanée des hystériques.

$ IT. — Anesthésie cutanée,

Le même moyen qui combat avec succès l'hyperesthésie cutanée peut rendre à la peau sa sensibilité normale, lorsqu'elle est abolie, diminuée ou pervertie. Il est rare que la faradisation cutanée ne triomphe pas de l'anesthésie.

A. La faradisation par la main électrique (voyez pour la manière de pratiquer cette opération, A, page 59) n'exerce d'action thérapeutique appréciable qu'à la face, où elle m'a paru suffire généralement à la guérison des anesthésies cutanées qui affectent cette région. J'ai cependant rencontré des cas dans lesquels son influence était impuissante, et qui réclamaient l'application des deux autres modes de faradisation cutanée,

OBSERVATION CCIT. — Charité, salle Sainte-Marthe, n° 34 (service de M. Briquet. — Marie, âgée de vingt-quatre ans, hystérique et aménorrhéique, avait perdu, depuis huit ou dix ans, la sensibilité dans plusieurs régions de la moitié gauche du corps ; du même côté, la face était affectée d’anesthésie; la vue, le goût, l’ouïe et le sens du toucher étaient très notablement altérés. Les soins qu’elle avait reçus dans plusieurs hôpitaux de Paris n’avaient pas modifié son état. Lorsqu'elle entra à la Charité, l’insensibilité de la face était si profonde du côté gauche , qu’on n’y pouvait réveiller aucune sensation, ni par les piqûres, ni par l'application des corps chauds ou froids. La faradisation cutanée par la main électrique et par les excitateurs métalliques pleins fut plusieurs fois pratiquée sans aucun résultat appréciable. Je dus alors recourir aux fils métalliques, qui ne produisirent aucune sensation , bien que l'appareil fût à son maximum, et que les intermittences fussent très rapides. L’excitateur fut alors maintenu en place pendant quatre ou cinq minutes, après lesquelles la malade accusa un léger chatouillement, suivi bientôt d’une sensation de chaleur et de brûlure. Je dus diminuer l'intensité du courant, et remplacer les fils métalliques. Chacun des points de la face fut ensuite successivement faradisé de la même manière, et après plusieurs séances, je réussis enfin à lui rendre et même à fixer la sensibilité de la face. La faradisation rétablit aussi les sens de l’odorat et du goût (1).

(4) J'ai dit, page 73, comment il faut agir contre la paralysie de ces sens,

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