ANESTHÉSIE CUTANÉE
OPSERVATION CCIIT. —- Anesthésie de la peau de la face et des dents du câté droit, consécutive à une névralgie dentaire droite.— Guérison par l'excitation électrique.
M. M..., chanoine de Nancy, quarante-sept ans, d’une bonne santé habituelle, En 1851, il perdit l’ouïe du côté droit, En janvier 1853, il éprouva des douleurs sourdes continues dans les dents supérieures et inférieures du côté droit pendant trois semaines. Une dent arrachée de ce côté, à laquelle le malade attribuait son affection, n'a point changé la nature et l’intensité des douleurs. Celles-ci ont disparu entièrement après trois semaines de durée. Point de douleurs appréciables dans la face de ce côté. Depuis la disparition des douleurs dentaires, insensibilité complète du côté droit, ce qui l'empêche de mâcher de ce côté; diminution de la sensibilité générale de la moitié droite de la muqueuse buccale et palatine, de la langue, des lèvres, et surtout de la lèvre inférieure ; enfin, l’anesthésie règne à des degrés différents sur la peau de la joue, elle est complète dans quelques points. La faradisation cutanée par les fils métalliques dut être appliquée une quinzaine de fois à la face avant d’y ramener la sensibilité à son état normal. Les dents du côté droit étaient tellement insensibles, que le courant le plus intense n'y était pas senti (à l’état normal, la plus légère excitation électrique provoque une sensation très douloureuse). Après quinze jours de faradisation , la sensibilité revint assez dans les dents malades, pour que M. M... pût exercer la mastication de ce côté (1).
B. Sur le cou, le tronc et les membres, les excitateurs métalliques pleins peuvent, en général, ramener la sensibilité cutanée, quand l’anesthésie est incomplète. Mais, si la peau a perdu sa sensibilité, les fils métalliques, par leur action profonde, triompheront de la paralysie, là où les excitateurs métalliques auront échoué. Voici comment il faut alors procéder. L'appareil est au maximum et marche avec des intermittences rapides; les fils excitateurs sont placés sur le point de la peau
(1) Ossenvarion CCIV. — J'ai recueilli un fait d'insensibilité des dents analogue à celui-ci, chez madame Rapin, d'Orléans. Cette dame, de même que M, M.., ne pouvait pratiquer la mastication du côté insensible, Elle l'attribuait à une faiblesse des muscles qui rapprochent les mâchoires, Elle ne pouvait, disait-elle, mâcher de ce côté même de la mie de pain. Ayant eu l'imprudence de placer mon doigt entre les dents insensibles, je fus mordu profondément sans que la malade en eût la conscience. La faradisation dentaire ramena assez vite, en quatre ou cinq séances, la sensibilité de ces dents qui purent exercer la mastication aussi bien que de l’autre côté. Cette anesthésie durait depuis deux ans,
L'utilité de la sensibilité des dents est démontrée par ces deux faits patholo-
giques. |
frappé d’anesthésie, et ils sont maintenus en place jusquà ce qu'il y ait un commencement d'action organique, de la rouseur, etc. Si l'action thérapeutique est immédiate, et c'est le cas le plus ordinaire, en quelques minutes le malade éprouve dans le point excité un chatouillement, suivi d'une légère sensation de brülure, qui va croissant rapidement, et devient bientôt intolérable. On commence la même opération sur les parties voisines, jusqu'à ce qu'on ait ainsi modifié la paralysie de Ja peau dans une certaine étendue. Alors on remplace les fils métalliques, devenus insupportables pour le malade, par des excitateurs métalliques pleins, promenés pendant un certain temps sur la partie déjà faradisée, ayant soin de diminuer lintensité du courant au fur et à mesure que la sensibilité reparait.
C’est à l'aide de ce procédé que j'ai souvent rendu en quelques minutes la sensibilité à un membre entier. En voici un exemple:
OBSERVATION CCV. — Charité, salle Saint-Louis, n° 5 (service de M. Briquet). Un peintre était entré dans ce service pour se faire traiter d’une colique saturnine. Il n’en fut pas plutôt guéri, qu’il éprouva des douleurs dans tous les membres, et principalement dans les membres supérieurs. La peau, d’abord sensible au toucher et au frottement de la chemise, perdit d’abord sa sensibilité générale et tactile. On pouvait lui pincer la peau, la traverser avec des épingles, appliquer sur sa surface des corps chauds et froids, sans qu’il en eût la conscience. Les mains avaient aussi perdu le sens du toucher. Get état durait depuis quelques semaines, malgré l'emploi des bains sulfureux, lorsque M. Briquet me permit de le soumettre à la faradisation cutanée. J’appliquai d’abord, sans aucun résultat, des excitateurs métalliques pleins sur un des membres, pendant un temps assez long, l’appareil étant gradué à son maximum. J’excitai ensuite le membre opposé avec des fils métalliques tenus en place, ct en quelques minutes la sensation fut si forte, que je dus les remplacer par des excitateurs métalliques pleins, comme je l'ai indiqué plus haut. En une seule séance de dix minutes, ce membre recouvra la sensibilité normale. Pour le sens du toucher, j'excitai les nerfs collatéraux en mouillant les doigts sur lesquels je plaçai les excitateurs. Deux jours après, le malade avait conservé la sensibilité, qui lui avait été rendue par la faradisation à l’aide de fils métalliques, tandis qu’elle n’était point revenue dans le membre qui avait été faradisé par les excitateurs métalliques pleins. Ce dérnier fut faradisé, à son tour, par les fils métalliques, et le malade put Sortir, quelques jours après, entièrement guéri de son anesthésie.
C. Dans les anesthésies de la peau, l'action thérapeutique de la
ANESTHÉSIE CUTANÉE, 8717 faradisalion cutanée est presque toujours limitée aux points qui sont mis en contact avec les excitateurs. I suffit quelquefois de stuimuler plus ou moins vivement un point limité du corps, pour que la sensibilité revienne complétement dans toute l'étendue de la surface cutanée où règne l’anesthésie. Ainsi des sujets anesthésiques, dont j'avais excité une petite surface cutanée, ont recouvré, le lendemain de l'opération, la sensibilité, tantôt dans un membre entier, tantôt dans tous les points du corps frappés d'anesthésie. Cependant il s'en faut que toutes les anesthésies cèdent aussi facilement à l'excitation électro-cutanée. Dans le plus grand nombre de cas, non-seulement la faradisation doit ètre pratiquée avec énergie, mais elle doitencore être suCCeSssIvement portée sur chacun des points de la surface privée de sensibilité, comme on l’a vu dans les deux observations précédentes. |
Si l'on n'agissait pas ainsi, l’action thérapeutique de la faradisation de la peau serait parfaitement limitée aux points qui auraient été en contact avec les excitateurs. Bien souvent jai démontré l'exactitude de cette proposition, en faisant l'expérience suivante : Ayant ramené la sensibilité, à l'aide de la faradisation, dans un point très circonscrit de la surface cutanée paralysée, puis ayant abandonné la maladie à elle-même, j'ai observé quelquefois, quinze Jours après l'opération , que cette sensibilité ne s'étendait pas au delà des limites que j'avais tracées à l'avance. J'ai quelquefois fait cette inéme expérience sur deux points éloignés seulement de quelques centimètres, ct souvent la peau restait insensible dans leur intervalle.
La sensibilité de la peau, rétablie par la faradisation, peut disparaître sous l'influence d'une nouvelle cause morbide. Ainsi des malades dont l’anesthésie était parfaitement guérie étaient frappées d'anesthésie de nouveau et dans les mêmes résions du corps, après un accès d'hystérie. Mais ces rechutes sont d'autant moins faciles, que la faradisation de la peau a été plus souvent pratiquée. Voici sur quels faits je mappuie. Chez plusieurs hystériques atteintes d’anesthésie assez étendue, j'ai ramené la sensibilité dans plusieurs points limités. Dans l’un de ces points , la faradisation avait été pratiquée une fois avant le retour de la sensibilité; dans un autre, deux fois ; enfin dans un troisième, quatre ou cinq fois. L'attaque d’hystérie ayant eu lieu
après ces différentes opérations, J'ai observé, le lendemain de l'accès, que, dans le premier point, la sensibilité avait disparu, qu'elle avait diminué dans le deuxième, et qu’elle était conservée intacte dans le troisième. Cette expérience à été répétée assez souvent en présence d'un grand nombre de témoins, pour que je me croie autorisé à dire qu'à la suite du traitement des anesthésies par la faradisation , la sensibilité est d'autant mieux fitée; en d'autres terines, que l'anesthésie cutanée est d'autant plus sûrement guérie, que l'opération a été renouvelée un plus grand nombre de fois.
D. L'anesthésie cutanée n’occasionne des troubles réels que lorsqu'elle siége à la main et aux pieds; sur les autres régions du corps, c'est à peine si les malades s’en aperçoivent. La main est-elle privée de sensibilité, on ne peut s’en servir sans l'aide de la vue, et encore est-elle très maladroite, Généralement elle la recouvre en quelques séances par l'excitation électrocutanée et par Ja faradisation des nerfs collatéraux. On en trouve un exemple dans les observations que j'ai rapportées précédemiment,
L'anesthésie de la plante des pieds est plus grave encore, car elle suffit à elle seule pour rendre la marche impossible et la station incertaine dans l'obscurité, ou lorsque les malades ne regardent pas le sol où ils veulent poser le pied.
Je ne connais pas de remède plus héroïque que l'excitation électro-cutanée et l'excitation des nerfs collatéraux pour guérir l'anesthésie de la plante des pieds. En voici un exemple :
OBSERVATION CCVI. — Anesthésie de la plante des pieds datant d’un an ct'empêchant la marche. — Guérison par l'excitation électro-cutanée de la plante des pieds et des jambes.
M. le baron de B..., âgé de cinquante et un ans, demeurant à Moulins, d'une constitution nervosa-bilieuse, habituellement bien portant, à éprouvé en 1848, à la suite de grands chagrins, un dérangement dans les fonctions digestives (diarrhée provoquée ou entretenue par l'alimentation pendant trois ans), Des douleurs s'étaient en même temps déclarées dans les meinbres inférieurs, revenant à intervalles éloignés (tous les huit à dix jours), durant habituellement douze heures et s’exaspérant la nuit. Depuis lors, rien n’a pu faire disparaître ces douleurs. Depuis 1852, époque à laquelle M. de B... prenait les eaux de Bourbon-l’Archambault pour combattre ces douleurs, des fourmillements se sont fait sentir dans les pieds, puis de