‹ De l'électrisation localisée et de son application à la physiologie, à la pathologie et à la thérapeutiqueChapitre 133 sur 140 · CONTRACTURE RHUMATISMALE · texte numérisé non relu

CONTRACTURE RHUMATISMALE

$S IV, — Contracture rhumatismale,

A. Traitement de cette contracture dans la période d'acuité par la faradisation cutanée. — La contracture accompagne quelquefois Je rhumatisme musculaire. J'ai vu la faradisation cutanée, pratiquée loco dolenii, faire disparaitre cette contracture en même temps que la douleur. Aussi conseillerai-je son application dans les torticolis par cause rhumatismale, même pendant la période d'acuité. Mais c'est surtout lorsque la contracture se présente avec un caractère ambulant, etpeutmenacer la vie en se portant sur des organes essentiels à la vie, que la faradisation cutanée, énergiquement pratiquée, peut rendre de grands services. Ainsi, dans le cas observé par M. Valette, et dont j'ai exposé l'observation, page 489, la contracture s'était jetée sur le diaphragme, après s être promenée sur diverses régions du corps. On sait qu'une asphyxie prompte a été la conséquence de cette contracture. Eh bien ! dans un cas pareil, la faradisation cutanée, qui, en quelques secondes, enlève au moins pour un certan temps le rhumatisme musculaire, sauverait probablement le malade, si elle était pratiquée énergiquement à l’épigastre et sur la base de la poitrine.

B. Traitement de la contracture de certains muscles du cou et de l'épaule dans la période de chronicité par la faradisation de leurs muscles antagonistes, — Forsque la contracture d'un muscle est arrivée à une période moyenne entre l'état aigu et l'état chronique, c'est-à-dire, lorsque le muscle n’est pas encore rétracté, on peut espérer d'en obtenir la guérison, en plaçant ses antagonistes dans un état de contracture artificielle, au moyen de la faradisation localisée pratiquée avec des intermittences rapides. C'est dans le torticolis de l'épaule et du cou que J'ai appliqué ce traitement avec succés.

On se rappelle que dans un cas de contracture de la face rapporté précédemment (obs. CLXXXI, p. 805), j'ai rétabli lharmonie entre les deux côtés du visage en contracturant les muscles du côté sain au même degré que du côté malade. La possibilité d'obtenir la contracture artificielle d'un musele sain par la faradisation, démontrée par cette expérience, fit naître dans mon

esprit l'idée d’opposer, dans le torticolis, la contracture artificielle obtenue par le même moyen à la contracture pathologique, et

890 APPLICATION DE LA FARADISATION A LA THÉPRAPEUTIQUE, de faire disparaître les difformités produites par la contracture en rétablissant l'équilibre des muscles qui meuvent l'épaule.

Cette idée fut appliquée pour la première fois chez la jeune fille affectée de contracture des muscles rhomboïde et angulaire dont j'ai rapporté l'observation , page 433. (La figure 106, dans laquelle on voit l'attitude vicieuse du scapulum produite par la contracture du rhomboïde, rappellera ce fait et la question de diagnostic différentiel auquel il a donné lieu.)

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Fig. 106 (avant le traitement). Fig. 407 (apres le traitement).

Voici comment je fis cette expérience en présence de M. Bouvier. Me proposant de ramener l’angle inférieur D, figure 106, au niveau de celui du côté sain, je dirigeai le courant d’induction sur le faisceau radié du grand dentelé, muscle antagoniste du rhomboïde, et bientôt le scapulum reprit son attitude normale.

Alors nous vimes, M. Bouvier et moi, disparaître la tumeur B, qui siégeait en dedans et au-dessus du bord spinal de cet os ; le toucher n’y sentait plus aucune dureté. La séance dura huit à dix minutes. Sitôt que j'interrompis le courant, la difformité reparut sans avoir été modifiée. Je renouvelai pendant un mois, trois fois par semaine, cette excitation localisée dans le grand dentelé, sans obtenir le moindre résultat. j'allais renoncer à ce traitement, quand il me vint à la pensée de changer le mode d'application auquel j'avais eu recours jusqu'alors. En effet, pour éviter à

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la petite malade des sensations douloureuses, j'avais excité son grand dentelé avec un courant à intermittences assez éloignées (une ou deux intermiltences par seconde), tandis que c'était avec un courant très rapide, comme je lai déjà dit, que j'avais réussi antérieurement à produire la contracture artificielle d’un muscle, Je dirigeai donc un courant d'induction très rapide sur le grand dentelé d’Aglaé; cette opération fut très douloureuse; mais après la séance, qui fut très courte (quatre ou cinq minutes), une amélioration sensible se manifesta ; l'angle inférieur du scapulum , qui avait été ramené à sa position normale , remonta moins vivement , et resta environ 2 centimètres plus bas que précédemment,

Le lendemain, l'amélioration obtenue la veille s'était soutenue, et après une nouvelle excitation plus longue , avec un courant aussi rapide et aussi intense, l’omoplate descendit encore d’un demi-centimètre.

Ces résultats ont été si rapides et si imprévus, que j'en ai été presque contrarié ; car je voulais présenter cette inalade à la Société de médecine avec sa difformité complète (1).

La figure 107, dessinée d’après nature immédiatement après le traitement, représente l'attitude des épaules d’Aglaé : on voit que la guérison a été complète, Cette jeune fille m'a été présentée par sa mère adoptive, le 24 août 1854 ; j'ai constaté que la guérison s’est parfaitement maintenue,

Ce fait me démontre de la manière la plus complète que l'on peut euérir la contracture d’un muscle en lui opposant la contracture artificielle de son antagoniste, produite à l'aide d’un courant à intermittences rapides dirigé sur son tissu. Le muscle dont on a

(1) Cette jeune fille offrait aussi depuis une année un chapelet de ganglions légérement engorgés dans la région cervicale. Je les fis disparaître à l'aide de fa faradisation cutanée pratiquée sur cette région, En 1851,je préconisais déjà, comme excellent moyen de faciliter la résorption de certaines adénites rebelles, ce made de traitement que j'avais expérimenté avec succès. Je citai même plusieurs cas d'engorgements sous-maxillaires rebelles, assez volumineux, que j'avais guéris par l'excitation électro-cutanée. J'avais fait ces expériences dans les services de MM, Andral et Martin-Solon (Archives générales de médecine, 1. XXV, p. 304). Pour pratiquer cette faradisation cutanée, je recomposais les courants à la surface de l’épiderme au moyen d'excitateurs métalliques secs, où à surface plane, ou terminés en pointes, ou sous forme de fils, Dans ces divers procédés, les courants qui se recomposent entre l’excitateur et l'épiderme sont dérivés en plus ou moins grand nombre, et plus ils sont divisés, par exemple comme avec les excitateurs métalliques à larges surfaces, moins ils sont douloureux. Les recherches que M. Boulu a faites sur ce sujet dans ces derniers temps, et dont il a communiqué les résultats aux Académies des sciences et de médecine, ne sont que la confirmation des faits que j'ai annoncés en 185r. (Je me réserve de revenir sur ce sujet quand je traiterai spécialement, dans un autre ouvrage, de l'application de la faradisation et de la galvanisation au traitement des affections qui sont du ressort de la pathologie externe.)

augmenté ainsi artificiellement la puissance tonique agit à la maniere d'un appareil orthopédique que l'on placerait au membre inférieur pour s'opposer à une déformation occasionnée par une contraction musculaire. On conçoit que chez notre jeune malade, aucun appareil n'aurait pu ramener le scapulum à son atutude normale.

Voici, en résumé, la relation d'une seconde expérience que je fis dans un nouveau cas de contracture du rhomboïde, et qui se termina aussi par une guérison rapide. (J'ai communiqué ce fait à la Société de médecine de Paris, en octobre 1852.)

OBSERVATION CCXIV. — Contracture du rhomboïde occasionnant une athitude vicieuse du scapulum. — Guérison par la faradisation à intermittences rapides du faisceau radié du grand dentelé.

Louise Henrv, âgée de treize ans, d’une bonne constitution, n’a eu aucune maladie grave dans son enfance. Jamais elle n’a éprouvé de douleurs, ni dans le cou, ni dans le dos. Cependant un médecin qui, en 1850, l’a soignée pour une bronchite, remarqua, d’après le dire de la mère, que l'épaule droite ne présentait pas une conformation normale, ct prédit que, si l’on n’y prenait garde, la jeune fille resterait difforme. La mère n’y fit aucune attention, et ce n’est que vers le mois d'octobre 1852 que, voyant la difformité beaucoup plus prononcée, elle commença à s'en inquiéter et conduisit sa fille à l'hôpital des Enfants. M. Guersant conseilla de recourir à l’emploi de la gymnastique, qui fut appliquée pendant un mois sous Ja direction de M. Lainé. La mère, ne voyant aucune amélioration se produire sous l'influence de ce traitement, alla consulter M. Bouvier, qui reconnut une difformité semblable à celle du cas précédent, produite également par la coutracture du rhomboïde. Cet honorable confrère,en m'adressant cette jeune malade, me fournit l’occasion de mettre à l'épreuve la nouvelle méthode de traitement qu'il avait vu si bien réussir, Je retrouvai alors chez elle les phénomènes qui caractérisent la contracture du rhomboïde et la disyinguent de la paralysie du grand dentelé, phénomènes qui étaient exactement les mêmes que ceux que j'avais observés chez la jeune Aglaé (voyez leur description et la discussion du diagnostic différentiel de cette difformité, de la page 433 à la page 438). L'attitude de son scapulum était à peu près la même que dans la figure 106, seulement l'angle inférieur était un peu moins élevé.

Je dirigeai un courant à intermittences rapides sur le faisceau radié du grand dentelé, et l'omoplate reprit immédiatement sa position normale.

Pendant tout Ie temps que durait l'excitation du muscle grand dentelé, le toucher constatait la disparition des saillies dues à la contracture du rhomboïde et de l’angulaire ; on sentait distinctement, à travers l'épaisseur de la peau, que la fibre de ces muscles était relàchée. L'opération dura de

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huit à dix minutes, après lesquelles l’omoplate reprit son ancienne attitude, avec cette différence, toutefois, que l'angle inférieur dévié remonta à 1 centimètre moins haut qu'avant Ja faradisation ; cette séance avait lieu le 20 décembre. Le lendemain, cette amélioration s'était maintenue, et, après une seconde opération, l’angle inférieur descendit encore de 1 centimètre; enfin, après une troisième séance , qui eut lieu le 22, l’omoplate avait repris son attitude normale. Ainsi, trois jours ont encore suffi pour amener la guérison dans ce nouveau cas.

La jeune fille a été revue plusieurs fois depuis lors, et la guérison s’est maintenue, ainsi que chez la première malade dont j'ai publié l'observation.

On a compris sans doute que ce n'est pas comme un exemple de contracture consécutive à un rhumatisme musculaire que j'ai rapporté cette observation, puisque la cause de la contracture est restée inconnue. Je l'ai rapprochée de la précédente, seulement pour mieux établir la valeur de la nouvelle méthode de traitement qui consiste à faradiser les muscles antagonistes

des muscles contracturés.

Enfin une troisième expérience, faite dans un cas de torticolis de la portion claviculaire du trapèze, représenté dans la figure 408, et dont j'ai relaté l’histoire et discuté le diagnostic page 440, vient démontrer l’excellence de cette méthode de traitement.

J'ai démoniré, on se lé rappelle, que, dans ce cas, l'attitude vicieuse de la tête et l'impossibilité de la faire tourner de gauche à droite dépendaient de la contracture de la portion claviculaire du trapèze dont on voyait la corde tendue et dont on sentait la résistance.

En présence de cet état local, alors que tous les moyens si variés avaient échoué jusquelà, j'essayai de mettre le faisceau musculaire antagoniste de Ja portion claviculaire contrac turée dans un état de contracture artificielle, en dirigeant sur lui un courant d'induction Leg

à intermittences rapides. Ce vhs Ce mas LA n’était certainement pas le NN

sterno-cléido-mastoïdien gau- NN Pic. 408

che qui pouvait vaincre la ré- NS AHTAY

sistance de la portion claviculaire du trapèze droit. On sait, d'ailleurs, que le père de la jeune fille

l'avait vainement excité, et qu’il n'avait obtenu de cette tentative qu’un peu plus de flexion en avant. Je dirigeai alors un courant à dose modérée sur le faisceau claviculaire du trapèze sain, c’est-à-dire du côté gauche, et j’obtins à l’instant un mouvement de rotation assez considérable de la tête de gauche à droite. L’attitude plus normale de la tête, qui résulta de cette opération, ne se maintint pas ; néanmoins ses mouvements de latéralité furent possibles dès les premiers jours, et, après quelques nouvelles excitations électriques, dirigées de la même manière , les mouvements de rotation de la tête devinrent de plus en plus étendus, el son attitude fut plus satisfaisante. Aujourd’hui , la verticale de la tête se rapproche davantage de celle du tronc. On comprend que cette verticale ne pourra reprendre sa direction normale qu’avec le temps; car le corps des vertèbres a dû éprouver une certaine dépression latéralement et dans le sens de l’inflexion de la portion cervicale.

C’est en 1852 que j'ai communiqué ce fait à la Société de médecine de Paris, et aujourd'hui (en 1854), mademoiselle X... est à peu près guérie, bien que le traitement ait été abandonné depuis longtemps.

De l'ensemble des faits que je viens d'exposer, je crois pouvoir conclure que le torticolis produit par la contracture rhumatismale du rhomboïde ou des muscles rotateurs de la tête peut être combattu avantageusement par la faradisation à courant rapide des antagonistes des muscles contracturés.

ARTICLE III

ARTHRALGIE.

Il n'est pas ici question de ces douleurs qu'on observe dans le rhumatisme articulaire aigu, ni de l'arthraloie saturnine. Je ne veux parler que de ces douleurs articulaires dont la nature se rapproche du rhumatisme musculaire, et qui souvent le compliquent ou se déclarent isolément soit sous l'influence des causes qui produisent le rhumatisme musculaire ou le rhumatisme articulaire, soit par suite de l'immobilité absolue et trop prolongée des membres.

Dans cette espèce d'arthralgie, j'ai presque toujours vu’ la faradisation cutanée produire d'excellents résultats. En voici plusieurs exemples :

OBSERVATION CCXV.-—— Madame B..., trente-sept ans, de Saint-Cloud, d’une forte constitution, d’une bonne santé habituelle, fut prise , en septeibre 1852, d’un rhumatisme articulaire général avec fièvre. Elle fut

ARTHBRALGIE. 895

traitée par le sulfate de quinine à haute dose (18",50 chaque jour en deux heures) pendant huit à dix jours, et reprit, un mois plus tard, la même dose pendant trois ou quatre Jours. On fit en même temps des frictions sur les jointures avec une huile camphrée et ammoniacale, on appliqua des cataplasmes laudanisés, et l’on prescrivit la diète ; trois mois plus tard, bains de vapeurs et purgatifs. Le rhumatisme articulaire disparut peu à peu en trois mois. Mais madame B.. ressentit des douleurs au-dessous de la nuque et du côté gauche pendant les mouvements de latéralité et de flexion de la tête en avant ou en arrière, douleurs n’augmentant pas à la pression, paraissant siéger dans les articulations des premières vertèbres cervicales, et s’irradiant quelquefois à gauche à la partie antérieure et supérieure de la poitrine et de l'épaule. On a employé les moyens suivants : 30 sangsues en deux fois, et à un mois d'intervalle ; 47 petits vésicatoires promenés sur les parties douloureuses et pansés à la morphine; 4 ou 5 ventouses scarifiées; cautérisation profonde sur le derme dénudé avec le nitrate d'argent; assa fœtida en lavements. Ces moyens divers ne soulagèrent madame B... que pendant quelques heures, mais la douleur est toujours revenue, et, depuis le début de cette arthralgie cervicale, c’est-à-dire depuis sept mois, madame B... est forcée de maintenir sa tête dans l’immobilité la plus absolue. Non-seulement elle ne peut essayer de la mouvoir sans éprouver la plus vive douleur dans le point indiqué ci-dessus, mais le plus petit mouvement qu’on imprime à la tête, le plus léger contre-coup arrache des cris à madame B... Le sommeil est sans cesse interrompu par la fatigue et les douleurs qu’elle éprouve à la partie postérieure du cou, quelque soin que l’on prenne pour bien lappuyer sur l’oreiller. Madame B... est forcée de changer de position, et alors elle se retourne tout d’une pièce et avec de grandes souffrances. = Tel était l’état de madame B... quand elle me fut présentée, le 24 juin 4853, par son médecin, mon honorable collègue de la Société de médecine de Paris, M. Legras. J'ajouterai que l'attitude de la tête était normale ; seulement un peu fléchie sur la poitrine et dans une immobilité complète.

Traitement. — L'excitation électro-cutanée fut pratiquée immédiatement loco dolenti pendant deux ou trois minutes, à une dose aussi élevée que possible. L'opération était à peine terminée que madame B... pouvait mouvoir la tête en tous sens, sans éprouver la moindre douleur, ce qu’elle n'avait pu faire depuis sept mois. Mais les mouvements étaient roides et peu étendus, en raison de la longue immobilité dans laquelle la tête avait dû être maintenue. Le lendemain j'appris que la douleur était revenue quelques heures après la séance, mais supportable et passagère, et que Ja nuit avail été très bonne; madame B... pouvait mouvoir encore la tête, et ces mouvements étaient plus étendus. Chaque jour je fis une nouvelle excitation électro-cutanée, et après le septième jour de traitement madame B... se considérait comme guérie et retournait dans son pays. J'ai appris de son médecin, en octobre 1854, que la guérison s’est bien maintenue.

Je sais bien que la nature névralsique de cette douleur, qui trois mois après un rhumatisme articulaire général est venue se fixer tout à coup dans les articulations cervicales, pourrait être contestée, On aurait pu, avant que l’on füt même éclairé par le résultat de la faradisation électro-cutanée, croire à l'existence d'une arthrite chronique chez M. B... Telle avait été, en effet, ma première impression, et j'avoue que j'ävais jugé l'excitation électro-cutanée inopportune dans ce cas. Je ne l'ai employée qu'en cédant à l’insistance de mon confrère qui me disait étre au bout de son rouleau, et voulait faire une tentative désespérée. Qu'on juge si ma surprise et sa joie ont été grandes en vovant un succès aussi immédiat et aussi inattendu.

. Il me semble que ce n'est pas une inflammation chronique de ces articulations qui aurait pu disparaître après une excitation électro -cutanée. Ici l'axiome : Naturam morborum ostendit curatio, me paraît parfaitement Juste.

Eu somme, l'affection de madame LB... était une arthralgie rhumatismale. La faradisation cutanée pratiquée loco dolenti la enlevée rapidement, après quelle s'était montrée pendant sept mois rebelle aux autres médications.

OBSERVATION COX VI. — En 1859, J.-B. Baillard, âgé de soixante el un ans, éclusier au canal Saint-Maur, se présente un jeudi, jour d’expérimentation, se plaignant d’une douleur dans l'articulation du genou, qui, depuis six mois, l'empêche de marcher facilement et de rester dans la station. Cette douleur n’est pas continuelle, mais elle revient très vive lorsque son pied heurte contre le sol, Cependant on n’y voyait aucune tuméfaction, on n’y sentait aucune chaleur : la pression n’y provoquait point de douleur, Le malade ne savait à quelle cause attribuer la douleur de son genou ; néanmoins il raconte qu'elle avait été précédée de huit à dix jours de fièvre et de douleurs vives qui avaient occupé plusieurs articulatious. Il n'avait pas été traité alors. L’auscultation ne me fit rien découvrir du côté ducœur. Il me parut, ainsi qu'à M. Fontan, qui ce jour-là assistait à mes expériences, que cette douleur pouvait être la queue d’un rhumatisme articulaire général, et à un degré moyen au début, et qui paraît avoir laissé une articulation plus douloureuse, comme on l'observe quelquefois. Il me restait cependant des doutes sur la nature de cette affection. M. Fontan me fit observer que les eaux sulfureuses triomphaient habituellement en quinze jours ou trois semaines de ces espèces de douleurs arUculaires. J'appliquai, séance tenante, une fustigation électrique vigoureuse, et après quelques secondes le malade marchait solidement sans ses béquilles, et frappait

ARTHRALGIE. 897 fortement le pied contre le sol, sans pouvoir rappeler la douleur du genou. Quelques jours après cette première séance , il revint m’apprendre qu'il avait bien marché depuis lors, mais que de temps à autre son genou était sensible quand il faisait un faux pas. Je lai fis encore, à quelques jours d'intervalle, trois applications faradiques semblables à la première, et sa guérison se consolida. Depuis lors, cet homme a repris son état d’éclusier auquel il avait dû renoncer depuis six mois.

J'ai observé des rhumatiswes articulaires de l'épaule compliqués parfois d'arthralgie. Dans ce cas, la faradisation cutanée triomphe à la fois de la douleur articulaire et de la douleur musculaire. Un des plus grands avantages qui en résultent pour le malade, c'est de pouvoir imprimer des mouvements volontaires ou mécaniques au membre après les opérations. On voit souvent, en effet, se former à la longue, par le fait de l'immobilitéabsolue du membre, des ankyloses, des contractures qui occasionnent des difformités difficiles à guérir et quelquefois incurables. Ainsi Jai constaté, chez la plupart des malades qui avaient dû maintepir les bras immobiles pendant quelques semaines ou quelques mois, à-cause de la douleur que provoquaient les mouvements ; j'ai vu, dis-je, chez ces malades, une ankylose ou la contracture du grand rond et du grand pectoral limitant le mouvement d'élévation, lors même que la douleur rhumatismale ou arthralsique avait été dissipée’par la faradisation cutanée. Alors il devenait nécessaire, après avoir guéri le rhumatisme ou l'arthralsie, de vaincre graduellement les obstacles physiques aux mouvements de l’humérus sur le scapulum à l'aide de mouvements mécaniques imprimés au membre.Ces manœuvres ne sont pas sans danger, car on conçoit que ces ankyloses plus ou moins complètes, et qui sont occasionnées, sans doute, par des brides formées entre les surfaces articulaires , ne peuvent être vaincues brusquement, sans quil en résulte une inflammation articulaire. Puisque ces ankyloses ou contractures constituent à elles seules une affection grave, il serait sage de les prévenir en imprimant chaque jour des mouvements mécaniques en tous sens aux articulations où siége le rhumatisme ou l'arthralgie. Ges mouvements communiqués ne sont pas douloureux comme les mouvements volontaires, quand on a le soin de les pratiquer lentement et sans brusquerie.

ARTICLE IV

Ier. — Névraloie sciatique.

La névralgie sciatique a été, dans ces dernières années, à l’ordre du jour dans le monde médical; on l’a dû à l'intrusion dans la thérapeutique d’une méthode empruntée à la médecine vétérinaire, cest à-dire à la cautérisation de l'hélix comme traitement de la sciatique. |

La cautérisation auriculaire, comme traitement de la sciatique, est aujourd'hui universellement condamnée. Ce n’est point ici le lieu de rappeler les considérants de ce Jugement; mais 1l ressort de la discussion que cette opération a soulevée un fait capital, c'est qu'une douleur vive et subite, développée sur un point quelconque de l'enveloppe cutanee, jouit de la propriété de modifier profondément certaines névralqies sciatiques.

Quel est le moyen de produire cette douleur ihistanitanée? Je ne connais pas d'agent qui répondé mieux à cette indication Spéciale que le faradisme appliqué à l'excitation de la peau. La cautérisation cutanée par le fer rouge approche un peu de son action thérapeutique par l'instantanéité de son action ; inais elle désorgahise les tissus, et la douleur qu'elle produit ne peut être graduée comme la faradisation, selon le degré d’excitabilité du sujet où de l'organe soumis à son action. De plus, cette cäutérisation doit étre pratiquée rapidement, sous peine d'étendre profondément son action désorganisatrice, et la vive douleur qu'elle produit cesse à l'instant où l’eschare est foriiée. La faradisation cutanée, au contraire, respectant les tissus, peut être fréquemment renouvelée et pratiquée indifféreminent dans toutes les régions, même à la face; enfin ellé peut étre prolongée longtemps Sans que jamais son intéfisité diminue.

Il est très pen de névräloies sciatiques qui n'éprouvent l'influence immédiate de l'excitation électro-cutaänée, quel que soit le point du Corps où on la pratique ; mais, pour que cette influence salutaire se fasse sentir, il fautque l'impression qu'elle occäsiontie soit vive et subite: Il n'est pas rare de rencontrer des sujets peu irritables chez lesquels le coürant le plus intense ne produit qu'une faible sensation ; chez eux, la médication élec-

trocutanée reste sans influence sur la névralgie sciatique, il faut porter l'excitation sur un organe doué d'une grande sensibilité. C’est ainsi qu'ayant placé l’excitateur sur la racine de lhélix de plusieurs malades, sans pouvoir produire une vive sensation, et conséquemment sans modifier la névralgie sciatique, Jai vu celle-ci disparaître immédiatement par la faradisation de la sous-cloison nasale. (Rien n'est comparable à la douleur produite par l'excitation de cette région; aussi doiton la pratiquer avec circonspection et seulement dans les cas extrêmes.)

On comprend qu'il ne peut être ici question que des névralgles sciatiques qui prennent leur source dans un trouble purement dynamique, et non de ces douleurs sciatiques qui sont d'une nature inflammatoire, où symptomatiques d'une lésion matérielle du nerf, comme la dégénérescence cancéreuse, la compression du nerf par une tumeur, etc. Ces dernières affections ne peuvent se ranger, parmi les névraloies, et il serait absurde alors d'attendre un effet curatif de la faradisation de la peau.

J'ai publié en 1851 (1) un fait extrêmement intéressant, qui permet d'espérer une influence anesthésique de la douleur artificielle, alors même que la douleur sciatique est symptomatique d'une lésion centrale.

Il n'existe aucune région spécialede l'enveloppe cutanée dont l'excitation jouisse du privilége exclusif de modifier fa névralgie sciatique. Cette opinion ressort de mes recherches électro-thérapeutiques ; cependant il me paraît qu'en général il vaut mieux agir loco dolenti. K faut alors avoir bien soin d'opérer à sec, c'est-à-dire de dessécher préalablement la peau avec une poudre absorbante ; car si l’excitation électrique pénètre profondément, la névralgie peut s'aggraver au lieu de se calmer. Je pourrai rapporter un grand nombre de faits à l'appui de cette opinion si opposée à celle de M. Magendie, qui recommande, àu contraire, de conduire l'excitant électrique jusque dans le nerf malade à l'aide de l'électro-puncture (2). Voici, d'une manière générale,

(1) Exposition d'une nouvelle méthode d’électrisation localisée (Archives gén. de médecine,wars 1851, p.212).

. » » 4 , ; à » OÙ (2) J'ai démontré, dans la première partie, combien peu cette méthode est praticable, surtout lorsque les nerfs sont parfaitement sains.

les phénomènes généraux qu'on observe pendant la fustisation électrique pratiquée à sec dans la névraloie sciatique. Les papilles nerveuses se soulèvent, puis rougissent dans le point excité, et si l'épiderme est fin, la peau se couvre de larges plaques érythémateuses (jai vu quelquefois ce phénomène se produire seule ment plusieurs minutes après l'application des fils métalliques

excitateurs et se prolonger d'une heure à vingt-quatre heures)"

Habituellement l'opération ne peut être supportée au delà de quelques secondes, et à l'instant où la fustisation est suspendue, toute sensation cesse, et le malade cherche en vain à provoquer la douleur sciatique par des mouvements de toute espèce. Rien nest curieux comme l'étonnement du malade, qui passe

subitement de la souffrance la plus vive au calme le plus!

parfait ; rien n'est plus agréable au médecin que la vive expression de sa reconnaissance.

Mais l'influence anesthésique de la douleur électro-cutanée sur la sciatique n'est pas toujours aussi grande; quelquefois la douleur névralgique est seulement calmée ou déplacée.

Il est infiniment rare d'obtenir la guérison radicale de la névralgie sciatique en une seule séance. Je comprends difficilement qu'on ait avancé que la cautérisation auriculaire guérit le tiers des sciatiques. Un certain nombre de ces névralgies ne peuvent guérir, quelle que soit la méthode employée. Mais, en admettant qu'on ait voulu parler seulement des névralgies simples, purement rkumatismales, il est évident, pour tous ceux

qui ont suivi ces expériences, quon à pris des guérisons tem=

poraires pour des guérisons définitives.

L'effet anesthésique de la douleur perturbatrice, quelle que soit la méthode employée, n’est donc généralement que temporaire. Ainsi, quand on a pratiqué la fustigation électrique, la douleur reparait après un espace de temps plus ou moins long, qui varie d’une à huit, dix, douze heures : mais alors cette

douleur est habituellement déplacée ou modifiée; on voit re-

venir le sommeil perdu depuis longtemps, et la marche devient plus facile, Quand la fustigation électrique n'est pas renouvelée,

la névralpie revient bientôt aussi intense qu'auparavant, Si lon

voyait dans cette influence fugace de l'excitation électro-cutanée une cause d'impuissance pour la cure radicale de la névralgie sciatique, il faudrait aussi accuser d'impuissance une fouie de

NÉVRALGIES ET NÉVROSES. 901 médicaments dont la valeur thérapeutique est le mieux établie, bien que leur action ne soit que momentanée ou temporaire. Le sulfate de quinine, par exemple, peut couper la fièvre en une seule dose ; mais souvent ce résultatne s'obtient qu'en enréitérant l'administration. Il en est de même de l'excitation électrocutanée, qui possède en outre le précieux avantage de soulager immédiatement le malade, en attendant une guérison définitive.

Est-il besoin de dire ce qu'il faut faire pour obtenir cette guérison définitive ? N'est-il pas évident qu'en persistant dans l'application de ce puissant agent modificateur, ainsi qu'on le pratique pour l'emploi de tous les agents thérapeutiques, on aura la chance de triompher des névralgies les plus rebelles ? C'est, en effet, le résultat que j'ai obtenu en renouvelant la fustigation électrique quatre, six ou huit fois,et à des intervalles assez rapprochés. La névralgie sciatique, ainsi pourchassée, disparaît enfin définitivement.

Les malades et les médecins ne réclament en général l'intervention thérapeutique de l'électricité pour la névraloie sciatique, comme pour un grand nombre d’autres affections nerveuses ou musculaires que j'ai passées en revue, que lorsqu'ils ont épuisé sans succès toutes les ressources ordinaires de la thérapeutique. Dans les recherches expérimentales auxquelles je me suis livré dans les hôpitaux, j'ai choisi, d'accord en cela avec les chefs de service qui m'ont aidé de leurs conseils, les casles plus rebelles, afin de mieux juger la valeur de la médication faradique. Eh bien! malgré ces conditions désavantageuses dans lesquelles l'excitation électro-cutanée s'est trouvée placée vis-à-vis de la névralgie sciatique, j'ai obtenu les résultats thérapeutiques que je viens d'exposer. |

Tel est le résumé des faits qui réssortent des expériences très nombreuses que J'ai faites depuis près de dix ans sur l'influence thérapeutique de la faradisation cutanée dans la névralgie sciatique. J'ai eu aussi de fréquentes occasions de faire des expériences analogues dans les autres espèces de névralgies. Comme les résultats que j'ai obtenus dans ces dernières sont à peu près identiques avec ceux qu'on observe dans la névralgie sciatique, je n'aurais pu traiter spécialement de la thérapeutique électrique de chacune de ces névralgies, sans m'exposer à des redites. Je dois donc me borner à dire que les con-

sidérations électro-thérapeutiques queje viens d'exposer sur la névralgie sciatique, la plus fréquente de toutes, leur sont parfaitement applicables.

$ II. — Angine de poitrine.

A. Depuis quun médecin français, nommé Rougnon, a pur blié, il y a près d’un siècle, la première observation d'angime de poitrine (1), et qu Heberden, médecin anglais, lui a donné lé nom qu'elle porte encore aujourd'hui (2), les nombreux auteurs qui ont traité de cette maladie se sont principalement préoccupés de sa nature et du siége qu'elle occupe.

Ainsi ils ont fait naître généralement l’angine de poitrine ! 1° en Angleterre, d'une lésion oreanique du cœur et principalement de l'ossification des artères coronaires (Jenner, Black, Parry), ou d'une lésion de la crosse de l'aorte (Corrigan) (3); 2° en Allemagne, d'un principe rhumatismal ou goutteux (Butler, Schæœffer, Hesse, Bergius, ete.); 3e en Italie, d’une hypertrophie du foie, par suite de laquelle l’action du cœur se trouve sénée ou paralysée; 4° enfin, en France (Desportes, Jurine, Larugue, etc.), d'une névraloie ou du pneumogastrique, ou du plexus cardiaque, ou du nerf diaphragmatique, ces derniers au: teurs ne différant d'opinion que sur le siége de Ja névraloie. Aujourd'hui chaque pays défend encore opiniâtrément les opinions née dans son sein. |

Malheureusement, il faut bien le reconnaître, les Jongues et savantes discussions qui se sont élevées sur la nature et sur le siége de l'angine de poitrine n’ont pas fait faire un pas à la thérapeutique de cette affection.

L'angine de poitrine est cependant la maladie la plus terrible

(1) Lettre à Lorry sur les causes de la maladie et de la mort de M. Charles, février 1768.

(2) Voici les diverses dénominations qui ont été successivement données à cette maladie : @ngina pectoris, Heberden > 1768; asthma convulsivum, Elsner, 1778; diaphragmatic goutt, Butler, 1791; asthma arthriticum, Schidh, 1703; syncopé anginosa, Parrÿ, 1799; asthma dolorificum, Darwin, 1981; sternalque, Baumes, 1806 ; sternocardie, Brera, 1810; pueumo-gastralgie, Téallier, 1826.

(3) M. Gintrac est le seul médecin qui, en France , ait défendu l'opinion des: pathologistes anglais. Cet excellent observateur admet cependant que dans quelques cas l’angine peut être essentiellement nerveuse. (Journal de la Société de médecine de Bordeaux, 1835.)

. . . , qui puisse menacer la vie de l'homme, car elle le tue presque toujours infailliblement, après l'avoir torturé pendant un temps plus où moins long. Combien est pénible la position du médecin

en présence d'un malade en proie à un accès d'angine, alors

qu'il n'existe aucun moyen thérapeutique capable de Pire cesser à l'instant ces horribles souffrances, alors que la mort menace de terminer cet accès qu'il ne saurait empêcher!

Ce n'est pas que l'on ait négligé de rechercher les moyens de combattre cette maladie ; le nombre des agents thérapeutiques mis en usage est, au contraire, très grand, chaque médecin agissant suivant l'idée particulière qu'il se faisait de sa nature et du siége qu'elle occupe. Ces médications diverses ont quelquefois, quoique rarement, produit une amélioration et même la guérison de cette affection. Mais il ressort des faits publiés jusqu'à ce jour, que la thérapeutique est à peu près impuissante contré l'accès lui-méme, et il me paraît incontestable que c'est cet accès qui tue presque toujours, que l’angine soit ou non compliquée de lésion organique du cœur ou de l'aorte.

Ce court exposé suffit, Je crois, pour démontrer combien il importe de chercher le moyen: 1° d'arréter les accès d'angine de poitrine, puisqu'un seul peut être suivi d'une mort foudroyante; 2° d'empêcher le retour de ces accès ou d’enrayer la marche de la maladie.

B. C’est dans l'espoir d'atteindre ce résultat que j'ai commencé une série d'expériences. Je vais exposer ces premiers essais.

OBSERVATION CCXVI. — Angine de poitrine essentielle, datant de six mois. — Influence thérapeutique de l'excitation électrique du mamelon et de la peau.

Pérone, cinquante ans, corroyeur, demeurant à Belleville, rue de Tourtil, n° 25, d’une forte constitution, d'un tempérament sanguin, d’un certain embonpoint, et ayant le cou court, n’a jamais eu de maladie grave. Il a seulement éprouvé, il y a deux ans, une douleur rhumatismale dans l'épaule droite, qui l'a forcé d'interrompre son travail pendant un mois, bien qu’il n'ait pas eu de fièvre. Il n’a pas habituellement l'haleine courte ; il n’est pas sujet aux palpitations ; son habitation est saine ; il n'est pas exposé à l'humidité.

Le 29 novembre 1852, à neuf heures du matin, étant à jeun, il éprouva tout à coup, sans cause connue, un sentiment de brûlure profonde au niveau de la partie supérieure et moyenne de la poitrine, et une douleur quis s’étendait dans le membre supérieur gauche. |

Il se joignait à ces symptômes des fourmillements et des picotements qui allaient en augmentant du coude à l'extrémité des doigts. Pendant l'accès, le cœur battait avec force et rapidité ; la tête était lourde, un peu douloureuse ; la phonation était difficile par défaut de respiration suffisante, et augmentait la douleur. Le malade était forcé de se courber en avant, de s'arrêter ou de s’asscoir, la douleur augmentant par l'extension du tronc ; son anxiété était extrême; il était frappé de terreur et croyait à sa fin prochaine. Ce premier accès n’a commencé à diminuer un peu que dix-huit heures après le début, après une saignée copieuse. Des bains de pieds sinapisés, des potions calmantes et un bain entier avaient été employés antérieurement sans aucun résultat. Cette amélioration n’était pas très grande, car le malade ne conservait ce faible soulagement qu'à la condition de rester dans le repos le plus absolu, dans la station assise, la position horizontale provoquant toujours une nouvelle crise. Les accès revenaient sous l'influence de la cause la plus légère; un éternument, un bâillement, une émotion, quelque légère qu’elle fût, suffisaient pour les provoquer. Dans la journée , le calme parfait arrivait, mais il était interrompu par des accès toujours aussi forts , qui duraient huit à dix minutes, et étaient toujours provoqués par un mouvement ou une impression, Le sommeil n’était pas possible, Peu à peu les accès devinrent moins fréquents, quoique toujours aussi forts et terrifiant, chaque fois, le malade et les personnes qui l’entouraient. L’appétitet les digestions n’ont pas été troublés ; pas un seul instant de fièvre pendant tout le cours de la maladie. Quinze jours après l'invasion du mal, frictions stibiées sur la partie antérieure et supérieure du thorax : purgations tous les quatre jours : vingt sangsues à l'anus. Malgré ce traitement, les accidents n’ont pas cessé de revenir sous l'influence du moindre exercice, de telle sorte que le malade était condamné à un repos absolu. M. le docteur Mongeal, son médecin, voyant cet état se prolonger, se décida à m'adresser ce malade, croyant que la contracture du diaphragme pouvait n’être pas étrangère à son aflection qu’il diagnostiquait justement angine de poitrine, dans la lettre qu'il m'écrivit à ce sujet.

Voici les phénomènes que. je constatai chez Pérone, le 28 avril 1853, jour où il se présenta à ma consultation :

Pour venir de Belleville à mon cabinet, Pérone a dû prendre une voiture ; il n’a pu monter les deux étages qui conduisent à mon appartement, sans s'arrêter à chaque marche, éprouvant un serrement de la poitrine et les troubles que j'ai exposés plus haut. Après un quart d'heure de repos, il était rentré dans un calme parfait ; l’auscultation et la percussion ne décelaient rien d'anormal ni dans les bronches, ni dans les poumons, ni dans le cœur, ni dans les gros vaisseaux: le pouls était normal. La pression exercée sur tous les points de la poitrine n’occasionnait aucune sensation douloureuse.

Alors j’engageai le malade à provoquer un accès d’angine ; il lui suffit,

NÉVRALGIES ET NÉVROSES. 905 pour cela, de se baisser comme pour ramasser un objet. Voici la série de phénomènes qui se développèrent simultanément : Douleur très vive, profonde , brûlante, avec sentiment de resserrement , au niveau de la partie supérieure du sternum , s’irradiant dans le membre supérieur gauche, en suivant la partie postérieure du bras, la face externe de l’avant-bras et se terminant dans l'index; engourdissement et fourmillement dans tout le membre. Le malade tient constamment les deux mains croisées sur la partie supérieure de la poitrine qu'il comprime, comme pour soulager ses souffrances. Sa tête est fléchie en avant, ses épaules sont portées en haut et en avant par la contraction du grand pectoral et d’une portion du trapèze ; lorsqu'il veut se redresser ou effacer ses épaules, la douleur s’accroît. Je l’engage à marcher ; mais il n’a pas fait deux pas, qu'il se voit forcé de: s'arrêter et de s’asseoir à cause de l'augmentation de sa douleur sternale. Sa respiration est courte, agitée ; les battements de son cœur sont violents ; son pouls est fréquent, sa face rouge, injectée ; ses yeux sont largement ouverts; son corps est couvert d’une sueur abondante et visqueuse ; sa physionomie exprime une anxiété extrême. Cependant les bruits respiratoires sont parfaitement purs et les claquements valvulaires bien frappés ; le cœur a un volume normal, et la percussion pratiquée sur les parois thoraciques ne décèle aucune matité anormale.

Quand le malade veut parler, les mots sont entrecoupés, el la phonation, difficile et affaiblie, augmente la douleur.

ILexiste un isochronisme parfait entre les mouvements des parois thoraciques et abdominales pendant les mouvements respiratoires; point de douleurs à la base du thorax; enfin point de paralysie des mouvements volontaires ; seulement engourdissement du bras et de la main gauche, dont les mouvements sont affaiblis.

Après huit ou dix minutes de repos, tout était rentré dans J’ordre, mais

la douleur et le resserrement de la poitrine n’avaient disparu que graduellement.

Le fait dont je viens d'exposer la relation me paraît être un type d’angine de poitrine désagée de toute espèce de lésion organique. Cette douleur brûlante, sous-sternale, accompagnée d'une sensation de compression, de resserrement, qui Jetait le malade dans la plus grande angoisse; cette douleur s'irradiant dans le membre supérieur sauche, suivant la direction du nerf radial, avec engourdissement et affaiblissement de ce membre, et surtout de la main; ces accès provoqués par le mouvement ou une impression morale, ne laissant aucun trouble apparent dans leur intervalle : tous ces signes, dis-je, suffisent pour justifier mon diagnostic. L'auscultation et la percussion, pratiquées avec le plus grand soin et par plusieurs observateurs, ont, en outre,

parfaitement établi qu'il n’y avait là ni lésion du cœur ou de la crosse de l’acrte à laquelle on eût pu rapporter l'anpine de poitrine. Enfin, cette affection n’offrait même aucun des phénomènes quon observe dans l'asthme, avec lequel l'angine pourrait être confondue dans certains cas. Ainsi, ce malade n'éprouvait pas d'étouffements, pas de besoin de faire de grandes inspirations ; seulement il rendait sa respiration aussi courte que possible, afin de diminuer sa douleur sternale, augmentée par les mouvements respiratoires. Il existait encore d’autres symptômes sur lesquels il serait superflu d'insister, et qui établissaient une distinction bien tranchée entre l'asthme et l’angine de poitrine chez ce malade.

Quel était le siége de cette angine de poitrine? Fallait-il le placer dans le pneumogastrique, le plexns cardiaque ou le nerf phrénique ? Je craindrais de sortir des limites que je me suis imposées, en discutant ici cette question, quelque importante qu'elle soit; je dois dire cependant que, contrairement aux prévisions que j'ai exprimées en 1853 sur la possibilité d’une contracture du diaphragme, le malade n'offrait aucun des signes qui caractérisent cette dernière affection, et en conséquence que le nerf phrénique était étranger, dans ce cas par iculier, à cette affection nerveuse.

Le diagnostic bien établi, j'arrive aux expériences électro: thérapeutiques faites dans le but d'arrêter les accès d’angine et d'entraver consécutivement la marche de l'affection.

Relation des expériences et de leurs résultats. — Je provoquai un second accès en faisant marcher Pérone, et j'appliquai sur son mamelon l'extrémité de deux fils métalliques excitateurs qui communiquaient avec les conducteurs de mor appareil d’induction gradué au maximum et marchant avec des intermittences très rapides. A l’instant où l'excitation du mamelon fut produite, il jeta un si grand cri, que je dus interrompre le courant. La douleur avait été atroce, mais seulement instantanée, et, à ma grande surprise, avec la douleur artificielle que j'avais provoquée, avait aussi disparu complétement la douleur de l’angine, ainsi que l’engourdissement et les fourmillements du membre supérieur gauche qui l’accompa gnaient ; la respiration était devenue calme ; en un mot, le malade se

trouvait opt à coup dans son état normal.

Gette transition subite était-elle le résultat d’ane simple coïncidence, owdevais-je plutôt la rapporter à la perturbation énorme et instantanée produite par l'excitation électrique du mamelon ? Pour juger définitive-

ment cette question importante, je recommencçai mon expérience, c’est-àdire que je fis naître un nouvel accès d’angine. Mais ce ne fut plus chose aussi facile qu'auparavant, car le malade dut se livrer à toutes sortes de mouvements pendant quatre ou cinq minutes pour obtenir le retour de son accès, tandis qu'avant l'opération il lui suffisait, pour cela, de se baisser.

La seconde expérience réussit tout aussi rapidement que la première ; mais au lieu d’exciter le mamelon, je m'étais contenté de provoquer l’excitation électro-cutanée /oco dolenti {au niveau de la partie supérieure du sternum). Prenant une sorte de plaisir à dominer ainsi ce mal réputé indomptable pendant l'accès, je renouvelai plusieurs fois de suite cette expérience avec le même succès, et j'observai que plus je l’avais répétée, plus le malade avait de peine à rappeler son accès d’angine , à ce point que la dernière fois il lui fallut monter rapidement les deux étages de la maison que j'habite, pour y parvenir.

Le lendemain, Pérone n'’apprit qu’il avait pu retourner à Belleville, où il habite, sans éprouver la moindre gêne et sans devoir s'arrêter ; que pour la première fois, depuis le début de sa maladie, il avait pu dormir ; que dans la matinée seulement, il avait éprouvé un serrement, sans douleur, limité à la partie supérieure de la poitrine ; qu’il arrivait de Belleville à pied, qu'il avait pu monter mon escalier sans s’arrêter ni éprouver de gêne ; enfin cet homme se croyait guéri.

Je lui proposai encore de rappeler son angine, afin d’agir comme la veille au moment de l'accès. Il se mit donc à l’œuvre, et ce ne fut qu’après un quart d'heure, à peu près, de grands efforts, semblables à ceux qu'il fait habituellement quand il prépare ses peaux, qu’il réussit à provoquer un accès presque aussi violent que les premiers. Maîtriser complétement ce nouvel accès par l’excitation électro-cutanée du thorax fut l'affaire de deux à trois secondes.

À dater de ce jour, la douleur sous-sternale, les fourmillements et l’engourdissement du membre supérieur gauche ne revinrent plus, quoi qu’on fit pour les rappeler. Il restait seulement, quand il était provoqué, un sentiment d’oppression, une sorte de compression dans le point de la poitrine où jadis siégeait la douleur. Quatre ou cinq excitations électro-cutanées, pratiquées à des intervalles assez“éloignés, enlevèrent le reste de l’angine, et quinze jours après le commencement du traitement, j'ai pu permettre à Pérone de reprendre son état de corroyeur.

Depuis -plus d’un an qu’il se livre à ses rudes travaux habituels, son angine n’a plus reparu.

Deux résultats thérapeutiques importants me paraissent ressortir des expériences que je viens d'exposer. D'une part, à l’aide de l'excitation électrique de la sensibilité du mamelon ou de la peau, pratiquée loco dolenti, il est possible: 4° de faire cesser complétement et à l'instant méme un accès d'angine de poitrine ;

20 d'enrayer la marche de cette maladie, et peut-être même de la ouérir définitivement.

Le premier fait est incontestable, car toutes les expériences tentées sur ce malade, au moment de ses accès, soit à leur début, soit pendant leur cours , ont toutes donné des résultats absolument identiques, c’est-à-dire qu'elles l'ont chaque fois fait passer subitement d'un état de souffrance et d'angoisse inexprimables au calme le plus parfait.

Ce fait a d'autant plus de valeur que, depuis près de six mois, les médications les plus variées n'avaient eu aucune prise sur les accès, et qu on a vu Jusqu à présent, dans tous les cas rapportés par les auteurs, la thérapeutique rester à peu près impuissante contre cette affection.

Le mode de traitement que je signale à l'attention de mes confrères n'eût-il prise que sur l'accès lui-même, sans modifier en rien la marche ultérieure de la maladie, que la thérapeutique de l'angine de poitrine y gagnerait encore, puisque le médecin pourrait espérer désormais non-seulement débarrasser les malades de leurs horribles souffrances, mais prévenir peutêtreune mort foudroyante qui termine encore quelquefois l'accès, et de cette façon se donner le temps de combattre la maladie par les moyens rationnels dont l’action-est nécessairement lente ou moins immédiate.

Mais là ne s'arrête pas l’action thérapeutique de l'excitation électrique de la peau ou du mamelon. On a vu, en effet, dans l'observation précédente, les accès se modifier rapidement dans leur forme et leur intensité, sous l'influence de ces expériences réitérées, puis s'éloigner de plus en plus, et enfin disparaître entièrement, quelque effort que l’on fit, ou quelque moyen qu'on employât pour les rappeler, alors que pendant dix mois il avait suffi de la moindre impression, du moindre mouvement pour les développer dans toute leur violence.

Pérone a repris ses rudes travaux de corroyeur depuis plus d'un an,et n’a plus eu de nouvel accès. Est-ce à dire pour cela qu'il soit guéri? Tout le monde connaît la tendance de l’angine de poitrine-à se reproduire. Aussi, dois-je faire mes réserves pour ce malade, avant de croire à sa guérison définitive; le temps seul peut juger cette question. Mais il ne m'en paraît pas moins établi que la médication que j'ai expérimentée sur

lui a puissamment enrayé la marche de son angine de poitrine, et je suis fondé à en espérer la guérison.

Le moment choisi pour produire ces excitations électriques de la peau et du mamelon, et ces appels réitérés des [accès tout aussitôt réprimés, me paraissent avoir exercé secondairement une influence heureuse sur la marche de l'anpine. Voici sur quelles idées repose ma manière d'agir dans cette circonstance.

Une longue expérience m'avait appris que la perturbation jetée par l'excitation électro-cutanée dans l'état d'une névrose ou d'une névralgie avait d'autant plus de chance de succès, qu'elle intervenait au moment de l'accès ou du paroxysme de la douleur. J'avais observé , en outre, que la guérison d'une névralgie était d'autant plus solide que les accès avaient été plus souvent troublés dans leur modalité et dans leur cours habituel.

Appliquant ces remarques à l'angine de poitrine qui, à mon sens, n'est autre chose qu'une névralgie, jeus la pensée de provoquer chez Pérone un nouvel accès immédiatement après avoir dissipé le premier, afin d'avoir une nouvelle occasion de Jeter le désordre dans le développement de cet accès. Je fus d'abord arrêté par la pensée que cette expérience n'était pas sans danger, puisque personne ne peut répondre de la manière dont se terminera un accès d’angine; mais la facilité avec laquelle javais triomphé du précédent m'encouragea à poursuivre. On sait ce qui est arrivé : maîtriser les accès que je rappelai coup sur coup, ne fut qu'un jeu pour moi. On a vu que mes prévisions ont été justifiées par l'événement, car plus souvent les accès avaient .été entravés dans leur développement, plus il a été difficile au malade d’en obtenir le retour.

C'est par l'énorme perturbation qu’elle porte dans l'innervation, avec la rapidité de l'éclair, qu'il faut expliquer l'influence vraiment saisissante de l'excitation électro-cutanée sur l'angine de poitrine. Y a-t-il, en outre, une action spéciale de l'agent élec- DATE sur l'état LA RAloù ique du système nerveux? Personne n'oserait assurément l'affirmer, bien que cela soit possible.

S'il n'y avait la qu'une révulsion puissante, le feu posséderait Ja méme vertu que l'électricité. Ce dernier ne pourrait cependant pas remplacer la faradisation cutanée, qui, ne désorganisant pas les tissus, peut être promenée impunément dans toutes

les régions, prolongée et renouvelée autant que cela est nécessaire.

Un nouveau fait vient donner plus de valeur aux considérations précédentes, j'en dois l'observation à l'obligeance de M. le docteur Aran. Je n'en relaterai que les traits principaux :

OBSERVATION CCX VII — Madame X..., trente-deux ans, d’une constitution moyenne, dit être tombée, il y a dix ans, dans une sorte de léthargie qui dura sept jours, à la suite d’un vif chagrin qu’elle éprouva de la perte d’un de ses enfants. (Pendant le temps qu'elle resta ‘dans cet état, où düt s'assurer qu'elle respirait encore en lui plaçant une glace devant la bouche.)

Cette crise se termina par des larmes abondantes ; mais elle fut suivie pendant sept mois de palpitations de cœur avec angoisse extrême, essoufflement et troubles de l'intelligence.

L'état de la malade s'était amélioré malgré la persistance des palpitations de cœur, lorsqu'il y a deux ans (en 1851), un profond chagrin, causé par un revers de fortune, produisit une nouvellé série de phénomènes morbides, différents des précédents par leur caractère, par leur marche et par leur intensité. Ainsi l’affection se présentait sous forme d'accès plus ou moins fréquents et ne laissait rien d’apparent dans l’intervalle de ces derniers.

Voici les principaux symptômes qu’on observait pendant chacun de ces accès : Douleur précordiale vive, comparée par la malade à une chaleur brûlante; constriction très grande sous le sternum, avec douleur s’irradiant dans le bras gauche et y produisant un engourdissement qui persistait quelque temps après l’accès etle paralysait complétement ; anxiété extrême avec expression de terreur pendant l'accès. Les muscles pectoraux et les fléchisseurs de la tête en avant sont contractés; tout mouvement pour redresser la tête et porter les épaules en arrière exaspère les douleurs; pas d’étouflement comme dans l'asthme, seulement la respiration est courte et fréquente. Ces accès ne sont pas accompagnés de phénomènes hystériques : ainsi, pas de constriction à la gorge: pas de larmes, seulement il est facile de les provoquer en lui parlant de l'enfant qu’elle à perdu, et alors sa raison s’égare. J’ajouterai enfin que l’auscultation et la percussion ne décèlent aucune lésion ni dans les poumons, ni dans les sis ni dans le cœur, ni dans les gros vaisseaux artériels.

Tel était l’état de Ja malade, contre lequel M. Aran luttait vainement depuis longtemps, lorsque je l’entretins du fait thérapeutique important que j'ai précédemment exposé. On comprend qu’un thérapeutiste aussi distingué que M. Aran n’a pas dû laisser échapper l’occasion de contrôler la valeur d’une médication qui avait si bien réussi daris un cas analogue, surtout alors que la vie de sa malade était dans un danger croissant, Elle fut, en effet, soumise à l'excitation électro-cutanée au moment des accès,

NÉVRALGIES ET NÉVROSES, g11

et en obtint un résultat aussi heureux et non moins immédiat que chez le sujet de l'observation précédente. Aujourd’hui elle se trouve presque entièrement délivrée de son angine de poitrine et a pu reprendre ses occupations ordinaires.

En résumé, cette malade a éprouvé, sous l'influence de profonds chagrins, une série d'accidents hystériques dans la première et longue période de sa maladie, Depuis un an, elle a été prise de nouveaux phénomènes d’une extrême gravité, qu'on n’observe pas dans l’hystérie et qu'on ne peut rapporter qu'à l'angine de poitrine.

Ce cas était donc moins simple que le précédent, et il était à craindre qu'en raison du fond hystérique sur lequel reposait cette angine de poitrine, l'excitation électro-cutanée n'aggravât les accidents, loin d’en arrêter les accès. Ces appréhensions ont été heureusement trompées, puisqu'on a vu le mode de traitement employé réussir dans ce cas à peu prés aussi bien que | dans le précédent. |

Cette médication aurait-elle produit le même résultat chez les deux malades, si l’angine de poitrine eût été compliquée chez eux d'une lésion organique du cœur ou de la crosse de l'aorte? L'expérimentation pourra seule décider cette question ; mais il est, selon moi, permis d'en attendre, sinon la guérison complète de la maladie, au mois un amendement.

En cela, je me fonde sur l'opimion que je me suis faite de la nature de l’angine de poitrine, d'après les deux faits précédents et par la lecture des observations rapportées par les auteurs. Tout le monde admet, en effet, que l’angine de poitrine peut exister à l’état de névrose simple. Les deux faits que j'ai rapportés viennent s'ajouter à ceux de même nature qui se trouvaient déjà dans la science. Eh bien! lorsqu'on rapproche ces cas d’angine essentielle de ceux avec lesquels coïncidait une lésion organique du cœur et des gros vaisseaux, on est frappé de la similitude parfaite des phénomènes qui se déclarent pendant les accès. Si, d’un autre côté, on compare la rareté de l’angine de poitrine à la fréquence des lésions organiques du cœur et de la crosse de l'aorte, on est fondé à conclure que l’angine de poitrine est une affection indépendante de ces lésions organiques, bien que celles-ci puissent favoriser son développe-

» ment ou la rendre plus tenace.

912 APPLICATION DE LA FARADISATION A LA THÉRAPEUTIQUE. Peut-être mobjectera-t-on que je n'ai établi l'heureuse influence thérapeutique de l'excitation électro-cutanée sur l’angine de poitrine que sur deux faits. Fidèle aux principes qui m'ont toujours dirigé dans mes recherches, j'aurais attendu, sans. doute, pour les publier, que letemps et de nouvellesexpériences leur eussent donné plus de valeur, si l'angine de poitrine n'était une de ces affections qu'on n’a que rarement l'occasion d'observer. En outre, la raison qui a eu la plus grande influence sur ma détermination dans cette circonstance, c'est l'impuissance de la thérapeutique en présence des horribles souffrances occasionnées par un accès d'angine et de l'imminence du danger.

J'ai fait aussi quelques recherches sur l'influence thérapeutique de la faradisation cutanée dans l'asthme nerveux, dans les viscéralgies, et dans une espèce de dermalgie lancinante qui apparaît irrégulièrement, tantôt dans un point, tantôt dans un autre. J'ai vu, dans ces cas, la faradisation cutanée appliquée /oco dolenti, au moment de la douleur, pendant la crise ou l'exacerbation , agir comme dans l'angine de poitrine, et triompher alors qu'on avait épuisé toutes les autres médications. Je ne relate pas ces faits, quelque intéressants quils soient, parce que ce ne sont que des cas isolés, qui m'engagent à poursuivre mes expériences, mais trop peu nombreux pour que je me permette d'en tirer des conclusions.

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