RHUMATISME MUSCULAIRE
s'empêcher de faire pendant que je soulevais son bras. Le deltoïde ctait un peu atrophié. Les mouvements de l'avant-bras sur je bras se faisaient normalement et sans douleurs. Je pratiquai immédiatement la faradisation cutanée au maximum avec les fils métalliques, tantôt par fustigation, tantôt en les laissant en place pendant quelques secondes. J'ava.eu soin de dessécher préalablement la peau avec la poudre de lycopode. opération dura seulement trois ou quatre minutes. Le malade fut à l'instant débarrassé de ses douleurs deltoïdiennes. Quand ïl tenta d'élever le bras, il Péleva d'abord lentement et prudemment, puis s’enhardissant peu à peu, il lui fit exécuter tous les mouvements naturels, et, daus sa joie, lui imprima des mouvements de circumduction rapides, et tout cela sans provoquer la moindre douleur. (Gette scène singulière se passait én présence des confrères qui assistaient à mes expériences du jeudi.) Cet état dura quelques heures, après lesquelles la douleur revint, mais beaucoup moins forte ; et les mouvements de l’humérus sur le scapulum n’en étaient pas empêchés. Quatre ou cinq séances, chacune à quelques jours d'intervalle, enlevèrent à peu près complétement les douleurs rhumatoïdes. Judas dut retourner dans son pays pour ses affaires. Un mois après, n'étant pas entièrement ouéri, il reprit son état de corroyeur, qui exige de grands efforts musculaires et occasionne de grandes transpirations. Il travaillait au grand air ; aussi ne tarda t-il pas à faire une rechute qui le ramena dans mon cabinet. Je fis une nouvelle excitation électro-cutanée , à la suite de laquelle Judas put mouvoir immédiatement son bras du côté malade, sans la moindre douleur. Maïs il existait chez ce malade une contracture des abaisseurs du bras (le grand dorsal et le grand rond) qui s’opposait à l'élévation du bras, comme on l'observe toujours à la suite du rhumatisme du deltoïde, quand il à duré quelque temps, et je profitai de l’absence de douleurs pour imprimer des mouvements à l’humérus, de manière à allonger les muscles contracturés.
OBSERVATION CCXII. — Zhumatisme du deltoide quéri rapidement par la faradisation cutanée.
Deboissy, corroyeur, quarante-cinq ans; forte constitution, demeurant à Belleville, rue de l'Oreillon, n° 34, n’a pas eu de douleurs ni de rhumatismes antérieurs. Depuis un an, il ressentait de temps en temps des douleurs dans l'épaule droite, mais qui ne l’empêchaient pas de continuer son travail. Vers le milieu d'avril dernier, des douleurs très vives survinrent tout à coup sans cause connue, Elles augmentaient pendant les efforts qu'il faisait pour porter le bras en avant, ou en dehors, ou en arrière, et qui en rendaient l'élévation difficile. I continua cependant son travail pendant quelques jours ; des frictions avec de l’huile ammoniacale ne produisirent aucun résultat, Il se présenta à ma consultation, le 12 mai 1852. Sa douleur fut si bien enlevée en quelques secondes par l'excitation électrocutanée, qu’il se mit, comme le malade dont j'ai rapporté l'observation
ci-dessus, à imprimer à son bras des mouvements de circumduction rapides, sans faire revenir la douleur. Celle-ci reparut cependant quelques heures après l'opération, mais moins forte. En quatre séances, pratiquées à deux jours d'intervalle, cet homme fut entièrement guéri et put reprendre ses rudes travaux. Les muscles grand rond et grand dorsal étant contracturés et limitant l’élévation du bras, il failut pratiquer, après la guérison deson rhumatisme, l’élongation graduelle de ces muscles, pour obtenir toute l'étendue normale des mouvements de lhumérus sur le scapulum.
Ces malades, et plusieurs autres rhumatisants dont je ne puis rapporter l'observation, s'étaient présentés pour la première fois à ma consultation, un jour où j expérimentais en présence de confrères. Rien ne saurait peindre l'étonnement de ces derniers quand ils virent ces malades, chez lesquels le moindre mouvement volontaire imprimé au membre arrachait des cris, subitement guéris, et quelques-uns se livrant immédiatement après l'opération aux exercices les plus excentriques, sans éprouver la moindre douleur.
Il suffit quelquefois d'une seule excitation pour guérir Le rhumatisme musculaire. Ces cas sont rares; car ordinairement Ja douleur reparaît plus ou moins longtemps après l'application, mais moins vive, en général, et déplacée ou plus circonscrite. Il faut alors revenir à de nouvelles excitations électro-cutanées. Il faut de cinq à quinze séances pour triompher de l’hyperesthésie musculaire.
J'ai vu des malades qui se croyaient guéris, leurs douleurs étant considérablement diminuées, et qui reprenaient leurs travaux. Les douleurs ne tardaient pas alors à reparaître plus vives que jamais. Il faut donc insister sur la faradisation cutanée jusqu'à ce quil ne reste plus la moindre trace de douleur, même pendant les mouvements les plus violents.
Le rhumatisme musculaire est attribué, de nos jours, à une névralgie qui a son siége dans les muscles. La guérison rapide obtenue dans la période d’acuité par de simples excitations électro-cutanées prouve effectivement que cette affection n’est pas inflammatoire.
Le traitement antiphlogistique qu'on emploie généralement contre le rhumatisme musculaire ne fait quelque bien, selon moi, que parce quil est accompagné d’un repos forcé et prolongé de la partie malade. Mais il ne guérit pas aussi vite et
aussi complétement que la faradisation cutanée. Après Îles sangsues où les ventouses scarihiées, 1l faut habituellement recourir aux vésicatoires, puis maintenir la partie malade dans le repos pendant un temps plus ou moins lons. Alors Ja douleur disparait graduellement, tandis que la faradisation cutanée enlève la douleur en quelques secondes, et permet aux malades de se livrer à un exercice modéré pendant je traitement.
Bien que Île rhumatisme musculaire ne soit pas de nature inflammatoire, il provoque quelquefois au début une réaction générale, de la fièvre; alors il me paraît indiqué d'associer les antiphlogistiques locaux ou généraux à la méthode perturbatrice par la faradisation cutanée. C'est surtout lorsque le rhuma. tisme est en même temps général ou lorsqu'il présente une tendance à se déplacer qu'il est utile d'agir ainsi.
$ XII, — Paralysie rhumatismale de l’épaule.
La paralysie complique quelquefois le rhumatisme musculaire. Je l'ai observée plusieurs fois dans les muscles du bras et de l'épaule. C'est seulement lorsque la douleur a disparu, que l'on peut en établir sûrement le diagnostic, car les malades et le médecin lui-même attribuent naturellement l'impossibilité ou la difficulté de mouvoir le membre à la douleur que ces mouvements provoquent. La faradisation cutanée, qui enlève ou diminue instantanément la douleur, permet d'établir ce diagnostic de bonneheure. On voit en effet les malades exécuter facilement tous leurs mouvementsimmédiatement après l'opération.G est ce qui est arrivé chez deux sujets dont jai rapporté les observations plus haut (obs.CCXI et CCXIT). Mais lorsque le rhumatisme musculaire est compliqué de paralysie, la faradisation cutanée agit seulement sur la douleur qu'élle calme ou fait disparaître sans rétablir le mouvement. J'en rapporterai bientôt quelques exemples. Pour combattre la paralysie, il faudrait diriger aussi l'excitation électrique sur le tissu musculaire. Mais quand l'hyperesthésie musculaire existe encore, les contractions électriques sont sensibles; je les ai vues plusieurs fois rappeler les douleurs rhumatoïdes, alors que j'étais sur le point d'en triompher, Pour éviter ce danger, je combats d'abord les douleurs rhumatoïdes par l'excitation électro-cutanée, et je ne pratique la faradisation
musculaire, en vue du traitement de la paralysie, qu'après avoir entièrement maitrisé ces douleurs. Voici des faits qui prouvent l'exactitude des assertions précédentes. |
Le sujet d'une des observations précédentes {obs. CCX) ne pouvait, on se le rappelle, mouvoir son bras; il fléchissait difficilement son avant-bras sur le bras, bien que j'eusse enlevé la douleur rhumatismale par la faradisation localisée. Je dus alors diriger l'excitation électrique sur le tissu des muscles paralysés pour rappeler les mouvements qui ne revinrent entièrement qu après huit séances, Mais je ne pus commencer la faradisation musculaire que lorsque la douleur rhumatismale fut entièrement guérie.
OBSERVATION CCXIII.— M. X..., valet de chambre du ministre de la marine, contracte un rhumatisme du deltoïde, après s'être exposé à un refroidissement pendant qu’il était en moiteur. Traité au début par les ventouses scarifiées, puis par les vésicatoires, il vient réclamer mes soins un mois après avoir suivi ce traitement, sans obtenir le moindre soulagement; les douleurs qu’il éprouvait dans l'épaule étaient continues et s'exaspéraient Ja nuit. Elles l’empêchaient, disait-il, de mouvoir son bras. Je lui applique la faradisation cutanée par les fils métalliques, et la douleur disparaît complétement après la séance qui n'a duré que quelques secondes ; mais il ne peut pas plus mouvoir son bras qu'auparavant. J'excite alors le deltoïde pour rappeler le mouvement, et à l'instant la douleur revient plus vive que jamais. Je faradise de nouveau la peau de la région deltoïdienne, et à l'instant la douleur disparait une seconde fois. Le malade m'apprend le lendemain, que sa douleur de l'épaule est revenue de temps à autre, mais très faible et sans qu’elle l’empêchât de dormir comme d'habitude. Après trois ou quatre séances , il en est entièrement délivré, mais son deltoïde reste paralysé. Je pratique alors la faradisation de ce muscle avec des intermittences lentes et à un courant modéré: la douleur ne revient pas et le malade peut faire quelques mouvements d’abduction du bras. Après quelques séances de faradisation musculaire, la paralysie du deltoïde a été entièrement guérie. Il est resté seulement un peu de contracture du grand rond et du grand dorsal qui a cédé à une élongation progressive.
Dans les faits ci-dessus relatés, la paralysie rhumatismale a guéri dans un temps assez court, parce que la maladie était assez récente et que la nutrition musculaire avait peu souffert. Mais quand la paralysie rhumatismale est ancienne, les muscles sont considérablement atrophiés ; le traitement est alors nécessairement plus long.