CHAPITRE IL
Quelques considérations critiques sur plusieurs méthodes d’électrisation,
Si je professe autant de préférence pour la faradisation localisée, ce n'est pas sans avoir expérimenté longuement et comparativement les autres méthodes d’électrisation qui l'ont précédée. Ce sont les résultats de mes recherches sur ces diverses méthodes que je me propose d'exposer rapidement dans ce chapitre.
ARTICLE PREMIER
ÉLECTRO-PUNCTURE.
L'application de l’électro-puncture au traitement des paraly= sies a constitué un véritable progrès à l’époque où Sarlandière l'introduisit dans la pratique. Pour bien apprécier l'importance des services rendus par cette méthode à la thérapeutique il faut se rappeler quel était alors l'état de l’électricité médicale.
On sait quel enthousiasme cet agent thérapeutique excita dès son origine, c'est-à-dire à l'époque de l'invention de la machine électrique (1). On trouve en effet des observations de guérison incontestable, due à l'électricité de tension, dans les auteurs de cette époque qui se sont occupés d' cet cé médicale. Kruger, . professeur à Helimstadt, est le premier qui l’aitemployée,au com-
mencement de 1744, comme agent thérapeutique. Deux cos nées plus tard, en 1746, quand on fut familiarisé avec les eflets de la bouteille de Leyde, dont les fortes décharges avaient d'abord inspiré une grande terreur, Jacob Herman Klyn guérit, avec le secours de cet appareil, une femme qui était paralysée depuis deux ans. Après eux, viennent l'abbé Nollet, Privata de Venise, Sauvages, de Montpellier? Zindult, médecin nette qui lt dans le traitement de la Lol en 1753, etc. L'électricité médicale, injustement abandonnée quelques années
(1) On pourrait certainement faire remonter l'origine de l'électricité médicale aux temps les plus reculés, car on sait que l'électricité de la torpille fut employée dès l'antiquité, bien avant Galien, comme remède contre un certain nombre de maladies,
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après sa naissance, fut reprise avec une nouvelle ardeur. Mauduyt fut nommé rapporteur d'une commission par la Société royale de médecine, à l'effet de déterminer la valeur réelle de l'électricité employée contre la paralysie. Malgré le brillant rapport de ce savant physicien, fait en 1773 et dans lequel la guérison des paralysies par cet agent électrique était présentée comme étant la règle; malgré les travaux de l'abbé Bertholon, en 1779, de Cavailo en 1780, de James Larry, en 1800, et un grand nombre d'écrits qui furent publiés sur ce sujet en France, en Angleterre, en Allemagne, etc., etc., l'électricité ne put supporter l'épreuve du temps. Les résultats n'ayant pas paru en rapport avec les espérances qu'en avaient conçues quelques esprits ardents , il S'ensuivit une sorte de déconsidération pour cet agent thérapeutique.
Cependant la découverte de Galvani, qui date de 1789, et bientôt après la pile de Volta offraient à la médecine une nouvelle source d'électricité bien précieuse pour la thérapeutique. Mais, soit qu'on n'en sût pas tirer parti, soit que les appareils alors en usage fussent insuffisants, d'une action trop irrégulière, ou d’une application trop difficile. et trop incommode, l'électricité dynamique ne fut employée que dans certains cas exceptionnels, et ne put sauver l'électricité médicale d'une‘indifférence générale.
el était l'état de l'électricité médicale à l'époque où Sarlandière (1)eut l'ingénieuse idée de faire servir l'acupuncture à dirigeret à limiter la puissance électrique dans la profondeur des organes. Cette méthode, qui supplée à la faiblesse des appareils en augmentant la puissance de l’action physiologique de lélectricité sans exposer les malades aux effets foudroyants de la bouteille de Leyde, remplaça bientôt les procédés anciens, et donna une nouvelle vie à l'électricité médicale. M. Magendie contribus püuissamment, par son talent et par l'autorité de son nom, à ja vulgariser (2).
à (1) Mémoires sur lélectro-puncture. Paris, 1825.
(2) Dans ce court aperçu sur les progrès de Pélectricité médicale depuis sa naissance jusqu à l’emploi de l’électro-puncture, je n'ai pas eu l'intention de faire l’histoire complète de l'électricité médicale, c’est-à-dire l'historique de son application à la thérapeutique, à la physiologie. J'ai déclaré précédemment que je me réservais de faire ce travail par la suite au point de vue critique.
Sh DE I ÉLECTRISATION LOCALISÉE.
Je vais essayer, cependant, de démontrer que l’électro-puncture est loin d'atteindre le but que s'étaient proposé Sarlandiere et M. Magendie.
6 Ier. — L'électro-puncture ne localise pas exactement l'excitation électrique dans les organes.
J'espère fournir la preuve de cette proposition en analysant successivement les phénomènes de sensibilité électro-cutanée et les phénomènes de contractilité et de sensibilité électro-musculaires, qui se développent sous l'influence de lélectropuncture. «
Chez les sujets maigres, ou chez ceux dont le tissu cellulaire sous-cutané est peu abondant, des aiguilles enfoncées dans la peau de manière à ne pas aller au delà de l'épaisseur du derme, produisent, même sous l'influence d'un courant assez faible, l'excitation simultanée de la peau et des muscles ou des nerfs, si ces aiguilles sont placées au niveau ou deces muscles ou de ces nerfs. Pour que l'excitation électrique soit arrêtée dans la peau , il faut que le tissu cellulaire soit abondant ou infiltré de sérosité, et que le courant soit très faible.
L'électro-pancture ne peut provoquer la contraction musculaire sans exciter en même temps la sensibilité de la peau. Pour empêcher l’action des aiguilles sur la sensibilité cutanée , M, Pétrequin à fait recouvrir le corps de ces aiguilles d'une couche de caoutchouc, ne laissant libres que leurs extrémités dans l'étendue de 1 ou 2 millimètres, à partir de 1 millimètre de. la pointe, Mais l’enduit de caoutchouc qui n’est pas assez épais s humecte et se ramoilit quand l'aiguille plonge dans les tissus et se laisse traverser par le courant, qui excite la peau presque aussi vivement que si l'aiguille agissait à nu. Les malades sur lesquels j'ai fait l’essai comparatif de ces aiguilles et des aiguilles, ordinaires n’ont observé aucune différence dans l'influence qu'elles exercent sur la sensibilité de la peau.
La sensation cutanée développée par l'électro-puncture masque la sensation musculaire produite par l'excitation directe du muscle dans lequel l’aisuille est enfoncée. On pourrait penser que ces deux sensations sont les mêmes et se confondent. Il n’en est pas ainsi, comme on le verra dans les expériences suivantes. Chez des blessés, J'ai enfoncé des aiguilles dans des parties de
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muscles dénudées, et dans des points où ces muscles étaient recouverts par la peau intacte ; puis je les ai électrisées successivement. Dans la première expérience, la sensation fut sourde comme est la sensation spéciale à l'excitation musculaire ; elle fut semblable à celle qui se produit ordinairement sous l'influence d'excitateurs humides, placés sur la peau intacte ; dans la seconde expérience, la sensation fut très vive et eut le caractère propre à l'excitation électro-cutanée par les aiguilles ou par des fils métalliques excitateurs posés sur la peau sèche.
» Peut-on produire à volonté la contraction d'un muscle ou d’un faisceau musculaire, ou seulement de quelques fibres musculaires ? Bien que j aie eu le soin de placer les aiguilles loin des troncs nerveux, les contractions musculaires que j'ai observées dans mes expériences ont presque toujours été irréoulières et imprévues. Tantôt, en effet, elles étaient fibrillaires et limitées dans un certain rayon de l'aiguille, tantôt elles s'étendaient au muscle entier, et quelquefois à plusieurs muscles à la fois. Il est évident que dans ces différents cas, les effets ont varié suivant que l'aiguille a rencontré des filets nerveux qui s'étendaient à un ou plusieurs muscles, ou qu'elle n'était en rapport qu'avec la fibre musculaire. On voit donc que, dans l'électrisation muscu- Jairepar l'électro-puncture, le hasard seul préside à la production des phénomènes et domine la volonté de l'opérateur.
Sarlandière prescrivait de placer les aiguilles loin des troncs nerveux et professait que l'influence thérapeutique de l'électropuncture était plus grande en agissant sur les extrémités ner veuses. Contrairement à ces principes, M. Magendie eut la hardiesse de pratiquer l’électro-puncture en traversant les troncs nerveux avec des aiguilles. Avec quelques connaissances anatomiques, cette opération paraît très facile ; mais elle n’est pas aussi simple quon pourrait se Fimaginer quand on ne l'a pas essayée. S'il est vrai que l’on peut atteindre quelquefois le médian, le cubital , le crural, il n’en est pas de même du radial, du sciatique et des poplités. A la face, il est possible de planter des aiguilles dans les nerfs sous-orbitaire et mentonnier. Mais qui prétendrait piquer à coup sûre tronc de la septième paire où les filets de ce nerf! Cette méthode me paraît presque tou- Jours impraticable. D'ailleurs , elle ne permet pas de limiter Vaction électrique dans les nerfs ; car on ne peut arriver à ces
derniers sans traverser la peau, qui est inévitablement excitée,
6 II.— Dans les anesthésies cutanées ou dans les lésions de la sensibilité tactile, l’électro-puncture est insuffisante ou inapplicable,
J'établirai par la suite qu'en général, dans l’anesthésie, la faradisation cutanée rappelle la sensibilité seulement dans Îles points qui sont en rapport avec les excitateurs. Il en résulte donc que, pour obtenir la guérison des anesthésies cutanées par l'électro-puneture , il faudrait couvrir d'un grand nombre d’aiguilles toute la surface de la peau dépourvue de sensibilité. On conçoit qu'une pareille opération serait impraticable , Surtout si elle devait être souvent renouvelée. Dans certains cas lévers, il suffit d'une excitation faite par un très petit nombre d’aiguilles pour rappeler la sensibilité ; mais ces cas sont exceptionnels.
L'électro-puncture ne peut servir à rappeler la sensibilité tactile ni de la main ni de la plante du pied ; ear on ne peut planter des aiguilles dans les doigts ou dans les téguments de la plante du pied, sans s'exposer à produire des panaris où une inflammation. |
$ III. — L’électro-puncture, appliquée au traitement des paralysies du mouvement, ne paraît pas produire les résultats qu’on obtient par l'électrisation… localisée de chacun des muscles à l’aide des réocphores humides, placés sur la ”
peau.
Des succès nombreux et incontestables attestent la Puissant thérapeutique de l’électro-puncture dans le traitement des paralysies. Elle a produit, je le répète, beaucoup plus que les méthodes qui l'ont précédée. Cependant elle doit céder le pas à la faradisation localisée, pratiquée, on le sait, à l'aide des réophores humides placés sur la peau intacte, méthode dont j'établirai plus tard par des faits l'importance au point de vue théra: peutique.
Il n'existe aucune règle pour la pratique de l’électro-puncture dans le traitement des paralysies. Dans quels points des membres paralysés doivent être placées les aiguilles? En quel nombre faut-il les implanter? A quel degré d'intensité doit-on agir? Tout cela est abandonné à la fantaisie de chaque opérateur.
Quelques praticiens , à l'exemple de M. Magendie, ont essayé de traverser avec des aiguilles tes nerfs qui animent les muscles
ÉLECTRO-PUNCTURE. 87 paralysés. Il ressort desmes recherches que l'excitation électrique.des troncs nerveux dans le traitement des paralysies, produit des résultats peu favorables. D'ailleurs, ce mode d'excitation füt-il excellent, l'électrisation des troncs nerveux est presque toujours impraticable par lélectro-puncture, comme je l'ai dit plus haut.
Le procédé généralement adopté dans la pratique de l'électropuncture consiste à placer à la partie supérieure et inférieure du membre des aiguilles, qu'on met en rapport avec les pôles d'un appareil galvanique ou faradique. Par ce procédé, l'excita-
tion électrique est faite d'une manière fort mégale, et ne profite qu'à un petit nombre de muscles. Ceux de ces derniers qui n'ont pas reçu directement la stimulation électrique doivent rester le plus souvent paralysés.
Pour que l'excitation fût complète dans le traitement des paralysies par l'électro-puncture, il faudrait que des aiguilles fussent implantées dans chacun des muscles paralysés. De plus, comme il me paraît démontré par des faits nombreux que l'action thérapeutique est limitée, en général, aux points qui sont en contact avec les excitateurs, ou du moins qu'elle se répand seulement dans un petit rayon, il faudrait encore que le nombre
» d’aiguilles destinées à exciter chacun des muscles fût proportionné à la longueur et à la largeur de ces derniers. Une telle
- opération serait un véritable supplice auquel les malades ne vou-
-draient jamais se soumettre, surtout lorsqu'il s'agirait de paralysies de quelque étendue, à cause de la durée de cette CPÉAUeN et des souffrances inévitables qu’elle produirait.
Combien est simple et rapide, au contraire, la faradisation localisée dans chacun des muscles paralysés par les réophores humides appliqués sur la peau intacte.
Dans l'électro-puncture, l'aiguille traverse l'épaisseur du muscle, tandis que dans la faradisation localisée, les excitateurs humides n’agissent que sur la surface. On pourrait en induire que l'électro-puncture possède pins de puissance thérapeutique que la faradisation localisée par les réophores humides. Cette Opinion ne serait pas exacte; car j'ai établi qu'en appliquant un réophore humide (une éponge mouillée) sur la surface d'un muscle, l'excitation électrique traverse ce dernier d'autant plus profondément, que les courants sont plus intenses. On pent
donc, avec les réophores humides, traverser un muscle dans le sens de son épaisseur, aussi bien qu'avec les aiguilles. De plus, en promenant ces réophores sur toute la surface des muscles, on les pénètre, pour ainsi dire, d'électricité en tous sens, ce qu'on ne pourrait jamais obtenir avec l'électro-puncture.
J'ai vu plusieurs paralysies heureusement modifiées sous l'influence de la faradisation localisée par les réophores humides, et contre lesquelles l'électro-puncture avait cependant complétement échoué. Je neles rapporte pas pour ne pas donner trop d'extension à ce travail.
L'électro-puncture füt-elle aussi efficace, aussi praticable que la faradisation musculaire, les douleurs qui sont inséparables de son action devraient lui faire toujours préférer cette dernière méthode. J'établirai par la suite que l'électrisation douloureuse est dangereuse dans certaines paralysies, dans la paralysie cérébrale, par exemple. L'électro-puncture est donc contre-indiquée dans ces cas, ainsi que dans tous ceux qui exigeraient de nombreuses séances. (On verra, en effet, que la guérison de certaines paralysies demande jusqu'à soixante à quatre-vingts séances.)
C'est surtout chez les enfants qu'il importe de: pratiquer l'électrisation sans douleur. Combien de parents, et même combien de médecins n'osent infliger aux Jeunes paralytiques le
supplice de l’électro-puncture, qui est toujours douloureuse,
quelque faible que soit l'intensité du courant! Et cependant, je crois que l'électricité est appelée à rendre les plus grands services, non seulement dans le traitement, mais encore dans le diagnostic et le pronostic de la paralysie de ces enfants.
OBSERVATIONS VI ET VII.—-Deux enfants atteints de paralvsie m'ont été présentés dernièrement. Chez l’un, âgé de deux ans et demi, la paralysie était consécutive à une convulsion, et datait d’un an ; chez l’autre , âgé de douze ans, la paralysie était congénitale. Dans le premier cas, le membre paraissait moins atrophié que dans le second. Les médecins consultés avant moi avaient déclaré que le premier était parfaitement curable, mais quele second était au-dessus des ressources de la médecine. Je partageai aussi celte opinion avant d'employer la faradisation localisée comme moyen de diagnostic et de pronostic. Le plus jeune de ces petits malades avant été électro-puncturé, avait une terreur extrême de toute espèce d'opération. Pour l'enfant de douze ans (c'était une petite fille des plus irritables), les parents redoutaient l'électrisation qu'on leur avait dit être douloureuse,
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et que les médecins avaient unanimement désapprouvée. Cependant je réussis à vaincre ces répugnances, et je pus pratiquer cette opération chez mes jeunes malades sans occasionner de sensation douloureuse. Le résultat fut des plus inattendus et des plus importants. Dans la paralysie consécutive à une convulsion, les muscles avaient complétement perdu la contractilité et la sensibilité électriques. La substitution graisseuse ou fibreuse était sans aucun doute très avancée et ne laissait aucun espoir de guérison. Dans la paralysie congénitale {paralysie du membre supérieur), j'eus la satisfaction de pouvoir faire contracter chacun des muscles paralysés, aussi bien que du côté sain, même les interosseux et les muscles de la région thénar et hypothénar. Tous ces muscles, qui étaient parfaitement sains, malgré l’absence absolue de mouvement depuis la naissance, et qui entraient pour la première fois en contraction, pourraient donc un jour réagir sous l'influence de la volonté. C’est du moins ce qu'il était dès lors permis d'espérer. Je continuai, en effet, de faradiser la jeune malade pour laquelle l’opération était une sorte d’amusement, et après six séances, elle exécutait déjà quelques mouvements volontaires.
On voit combien il est heureux qu'on puisse pratiquer l'électrisation musculaire sans douleur à l'aide de la faradisation, alors que par l'électro-puncture, cette opération serait inapplicable chez les enfants.
Il est encore d'autres inconvénients qui s’attachent à l'électropuncture, et qui ne sont point à craindre dans la faradisation localisée. Je veux parler de la désorganisation des tissus qui sont en contact avec les aiguilles, de leur inflammation, des petits abcès dont ils sont le siége. Je n'insisterai pas sur ces accidents qui. ont été signalés par tous les observateurs qui pratiquent l'électro-puncture.
Enfin, l'électro-puncture développe souvent des névralgies graves et opiniâtres. En voici, un exemple : Un des élèves d'un maître célèbre consentit un jour à se prêter à une expérience électro-physiologique, et se laissa pratiquer l’électro-puncture sur la face. Sa complaisance ou plutôt sa curiosité lui coûta bien cher ; car l'opération fut suivie d’une névralgie faciale qui le fit souffrir cruellement pendant cinq à six mois. L'élève auquel nous faisons allusion devint un des plus brillants professeurs de l'école de Paris; malheureusement il fut trop tôt enlevé à la science.
Dans aucun cas, enfin, l'électro-puncture n’a pu me servir
pour mes recherches électro o-physiologiques et pathologiques que j exposerai bientôt.
Des considérations critiques que jesviens d'exposer, faut-il conclure que l’électro-puncture doit être exclue de la pratique ? Loin de moi une telle pensée! Sans doute, l'usage médical doit en être de plus en plus restreint, mais je suis convaincu que dans certains cas cette méthode peut être un auxiliaire puissant de la faradisation localisée (1).
ARTICLE II
Au début de mes recherches, l'excitation électrique des troncs nerveux me paraissait le meilleur procédé d'électrisation applicable aux paralvsies en général. En effet, les découvertes de Galvani, de Volta, de Valli, de Humbolt et de Lehot, et depuis 1827, les belles recherches de Nobili, de Marianini, de MM. Matteucci et Longet, ont appris que chez les animaux on peut anéantir ou diminuer l'excitabilité d'un nerf, et en même temps paralyser un membre placé sous sa dépendance, en prolongeant pendant un certain temps le passage d’un courant continu d'une certaine intensité dans ce nerf ; que par un courant intermittent centrifuge ou centripète, dirigé sur ce nerf ainsi modifié dans son excitabilité par le courant continu, on peut apir sur la contractilité où sur la sensibilité ; qu'on peut enfin rétablir l’excitabilité de ces mêmes nerfs en les faisant traverser par des courants en sens contraire.
De ces faits principaux établis par une série d'expériences faites sur les animaux, M: Matteucci a cru pouvoir tirer des déductions électro-thérapeutiques. Je n’en citerai que les plus importantes. En parlant de l'application des divers courants galvaniques au traitement des paralysies, cet habile observateur
(r) L’électro-puncture est appelée à rendre encore bien des services, surtout dans son application à la chirurgie, en conduisant directement les courants galvaniques dans les tissus, soit pour aider à la résolution de certaines tumeurs ganglionnaires, soit pour coaguler le sang dans le traitement des anévrysmes. Récemment M. Jobert de Lamballe a fait disparaître des goîtres par l'électropuncture.
(2) On produit un courant centripète en plaçant les réophores sur le trajet d'un nerf, à une distance de 1 centimètre l’un de l’autre, le pôle positif étant rapproché des terminaisons nerveuses, et le pôle négatif étant plus près des centres nerveux. Pour le courant centrifuge les pôles sont intervertis.
dit : « Nous pouvons admettre que dans quelques cas de para- » Iysies les nerfs du membre sont altérés d'une manière analo- » gue à celle qui y serait produite par le passage continu d'un » courant électrique. Nous avons Yu que pour rendre à un nerf » qui a perdu, par le passage du courant, son excitabilité par » ce courant, il faut agir sur lui avec un courant dirigé en sens » contraire. De même, pour faire cesser la paralysie, on devra » faire passer un courant en sens contraire à celui qui aurait pu » le produire. On voit par là que nous supposons que la para- » lysie qu'on doit soumettre au traitement électrique est de » mouvement ou de sensibilité séparément. Ainsi, pour la para- » lysie du mouvement c'est le courant inverse qui sera appliqué, » tandis que pour la paralysie du sentiment on devra appliquer » le courant direct. Dans le cas de paralysie complète, il n’y a » plus aucune raison pour se décider à appliquer le courant » plutôt direct qu inverse (1). »
Ces déductions thérapeutiques ont été acceptées sans contrôle par tous les auteurs qui ont écrit sur ce sujet.
6 Ier, — Action physiologique des courants centripète ou centrifuge, dirigés dans la continuité des nerfs de l’homme sur la sensibilité ou sur la contractilité musculaire,
Avant de conclure des expériences faites sur les animaux, à l'action thérapeutique des courants sur l’homme malade, il m'a paru qu'il était plus rationnel d'examiner si les phénomènes électro-physiologiques observés dans les vivisections se produisent chez l'homme sain. Mais comment diriger un courant dans un nerf sans le mettre à nu? Personne n'oserait tenter assurément une pareille opération chez l'homme, dans le but unique de se livrer à des recherches scientifiques. L'électro-puncture traversant des organes de nature différente et produisant des phénomènes complexes, ainsi que je l'ai établi précédemment, ne peut servir à l'étude de l’action des courants sur les troncs nerveux. il est aujourd'hui parfaitement établi, d'après mes recherches, que sans piquer ni inciser la peau, on peut limiter à volonté l'action électrique, ou dans la peau, ou dans les organes souscutanés, que par certains procédés l'excitation électrique peut arriver dans un nerf, sans agir sur la peau qu’elle traverse.
(1) Traité des phénomènes électro-physiologiques , p. 266.
Certain dés lors de limiter l'action électrique dans les prineipaux troncs nerveux, J'ai étudié sur un assez grand nombre de sujets l'influence des courants sur la contractilité et sur la sensibilité. J'ai agi principalement sur les nerfs médian ou poplités interne et externe, en variant les expériences. Tantôt les réophores étaient placés sur le trajet de ces nerfs dans les points où ils sont sous-cutanés, à 2 ou 3 centimètres de distance l'un del'autre, et tantôt ils étaient aussi éloignés que possible, en inettant par exemple l’un sur le plexus brachial ou sur le plexus sacré, à travers la paroi postérieure du rectum, et l'autre sur la continuité des nerfs. Les excitateurs étaient placés de manière à ne se trouver en rapport qu'avec la surface des nerfs.
Il est établi par de nombreuses expériences faites sur des animaux, qu'un courant manifeste son influence spéciale sur la contractilité ou sur la sensibilité, selon la direction dans laquelle il parcourt un nerf dans le sens longitudinal, lorsque l'excitabilité du nerf a été diminuée antérieurement par l'action plus ou moins prolongée d'un courant continu.
Pour déterminer l'influence des courants chez l’homme sain, 1 faut donc que l'excitabilité de ses nerfs ait été modifiée par un courant continu. Dans ce but, je me suis d'abord servi d'une pile de Cruikshank, composée de soixante couples, et j'ai fait passer dans les nerfs, pendant vingt à trente minutes, les courants qui en provenaient. Cet essai n'ayant produit aucun résultat, jai pensé qu'un courant plus puissant pourrait diminuer l'excitabilité des nerfs de l'homme, et j'ai employé une batterie composée de trente piles de Bunsen. Après vingt à trente minutes d'action continue d’un courant soit centrifuge, soit centripète, Je n'ai pas remarqué que l'excitabilité des nerfs eût diminué. En effet, les contractions des muscles animés par ces nerfs étaient aussi énergiques sous l'influence du courant intermittent après qu'avant l'expérience. Les sensations étaient. toujours aussi fortes et les mouvements volontaires étaient restés intacts.
Dans toutes ces expériences pratiquées sur l’homme sain, je n'ai jamais obtenu de contractions sans sensations, et vice versä.
Depuis bientôt dix ans, je pratique chez l'homme la faradisation avec des courants intenses et des intermittences rapides, tantôt sur des nerfs, tantôt sur des muscles, et jamais je n'ai di-
minué l'excitabilité de ces nerfs ou de ces organes, bien que souvent je n'aie pas Interverti les pôles; jamais je n'ai affaibli les mouvements volontaires, pas plus que les contractions musculaires électriques.
Si je n'ai pu diminuer artificiellemeut l’excitabilité des nerfs de l’homme, j'ai eu du moins l’occasion d'observer certames paralysies dans lesquelles les nerfs et même les muscles avaient perdu une partie de leur excitabilité. Dans ces cas, le courant centrifuge n'agit pas plus sur la contractilité ou la sensibilité que le courant centripète, et vice versé. En soumettant ces nerfs à l’action d'un courant continu, je n'ai pas même aboli leur excitabilité. Si je dirigeais sur ces mêmes nerfs un courant intermittent rapide, la paralysie des mouvements volontaires ne paraissait pas augmentée.
En résumé, chez l'homme à l'état normal : 14° un courant continu et intense, prolongé dans un nerf pendant vingt à trente minutes, ne peut diminuer son excitabilité; 2° si l'on dirige un courant intermittent, centrifuge ou centripète, dans un nerf dont l’excitabilité est normale ou dont l'excitabilité est diminuée sous l'influence de certaines paralysies, on observe toujours les mêmes phénomènes, savoir : des contractions et des sensations. Jamais l’un ou l’autre de ces deux courants centripèteou centrifuge n agit d'une manière spéciale sur la sensibilité ou sur la contractilité (1).
Je ne chercherai pas à expliquer la différence des résultats obtenus dans les vivisections et dans mes recherches sur l'homme à l'état normal. Les faits que J'ai observés tendent à démontrer, ou que l’excitabilité ou que la vitalité des nerfs n'est pas la même chez l'homme et chez les animaux, ou quon ne peut conclure des animaux mutilés à l'homme sain et dans les conditions normales.
Ces résultats m'ont causé, je l'avoue, un véritable désappointement, Car je m'attendais à observer chez l'homme les phénomènes signalés par Nobili, Marianini et Matteucci, dont les expériences me paraissaient des plus concluantes.
(1) J'ai formulé des conclusions presque semblables dans un mémoire que j'ai présenté en 1848, à l’Académie des sciences, Mais alors je n’avais pas essayé, dans mes expériences , de diminuer l’excitabilité des nerfs en les soumettant à l'influence d’un courant continu puissant.
On dira sans doute que si j'avais dirigé sur lesnerfs de l'homme un courant continu plus intense, j'aurais pu diminuer ou anéantir leur excitabilité. Mais cette objection pourrait m être faite encore si J'avais expérimenté sans succès avec une batterie plus puissante. Eh! qui voudrait tenter une pareille expérience!
On m'objectera encore que je n’ai pas expérimenté dans les mêmes conditions et que j'aurais dû faire passer les courants dans des nerfs mis à nu. Mais j'ai démontré par des expériences faites sur les animaux (voyez chapitre IT) , que j'agis aussi sûrement à travers la peau que sur les nerfs dénudés et isolés. Je dirai plus, mon procédé me paraît préférable à celui qui a été employé par M. Matteucei et ses prédécesseurs ; car la mutilation d'un nerf et son contact avec l'air peuvent avoir une certaine influence sur sa vitalité ou son excitabilité.
$ II. — Action thérapeutique des courants galvaniques dirigés sur {a continuité des nerfs.
En présence de ces résultats négatifs, on conçoit que les déductions électro-thérapeutiques de M. Matteucci, bien qu'elles paraissent, au premier abord, très rationnelles, n'aient plus aucune valeur. Cependant j'ai voulu en acquérir la conviction, en soumettant les paralysies du mouvement à l'influence des courants centripètes, ainsi quil le conseille. Par l'observation sévère de ces principes de galvanisation musculaire, je n’ai pas modifié plus heureusement ces paralysies, que lorsque j'excitais les troncs nerveux dans leur continuité, sans m'astreindre à aucune règle sur la direction des courants.
IL est ressorti aussi de ces recherches, que le courant centrifuge est complétement impuissant contre l’anesthésie musculaire et cutanée, de même que j'ai vu ce courant n'exercer dans l'état normal aucune influence spéciale appréciable sur, la sensibilité.
Les considérations critiques que Je viens de consacrer à la prétendue action de la direction des courants sur l’homme, soit dans l'état physiologique, soit dans l’état pathologique, étaient d'autant plus nécessaires que les doctrines de M. Mattencci et des physiologistes non moins célèbres qui l'ont précédé, ont eu un grand retentissement et ont exercé une fâcheuse influence sur la pratique de l’électrisation. En effet, les médecins,
ceux surtout qui se livrent à des recherches scientifiques, attachent une grande importance, dans la galvanisation pratiquée chez l’homme, à la direction des courants dans la continuité des nerfs.
En résumé, l’action physiologique ou thérapeutique de la direction d'un courant dans la continuité d’un nerf n'est pas appréciable chez l'homme.
Faisant abstraction de la direction des courants, peut-on espérer du moins que la galvanisation musculaire, pratiquée par l'intermédiaire des troncs nerveux, modifera l’état de la paralysie ? Les recherches que J'ai faites sur ce sujet m'ont démontré qu'en général ces paralysies ne sont pas modifiées d’une manière très notable par ce mode de traitement.
J'aurai l'occasion d'en rapporter des exemples par la suite.
$ III, — Électrisation des terminaisons nerveuses,
Avant d'étudier l'influence thérapeutique de ce procédé d'électrisation, il est important de bien connaître son mode d'action physiologique.
Suivant les lois connues de la propagation du principe nerveux dans les nerfs moteurs, la force motrice s'exerce uniquement dans la direction des branches qui se rendent aux muscles, et jamais en sens inverse. Il s'ensuit que l'électrisation des terminaisons nerveuses des membres ne doit pas faire entrer en contraction les muscles qui reçoivent leurs filets nerveux de nerfs placés au-dessus du point excité.
C'est, en effet, ce qui arrive lorsqu'on localise l’excitation électrique dans les terminaisons des nerfs, en tenant les deux excitateurs d’une batterie galvanique ou d'un appareil d'induction dans une seule main, avec la précaution de ne pas les mettre en contact On ressent alors quelques contractions dans les muscles des éminences thénar et hypothénar, avec des fourmillements ou des picotements dans les doigts, produits par l'excitation des nerfs collatéraux ou de la pulpe des doigts; maës les muscles de l'avant-bras n’entrent pas en contraction.
Mais si, au lieu de tenir ces deux excitateurs dans une main et à la même hauteur, on les éloigne l’un de l’autre, soit en plaçant l'un dans la main, et l’autre sur la partie supérienre du membre, soit en tenant un excitateur dans chaque main, on voit
alors entrer en contraction les muscles de l'avant-bras ou du bras, selon le degré d'intensité du courant. Les contractions musculaires sont alors incomplètes et irrégulières, et ne sont pas en rapport avec l'intensité de la sensation qui les accompagne et qui retentit ou dans les poignets ou dans les coudes, ou enfin dans les épaules quand le courant est intense. Cette sensation, dans ce Cas, est très douloureuse, et laisse après elle un brisement dans les jointures.
Dans ces diverses expériences, l'excitation est toujours plus forte dans les points qui se trouvent en rapport avec le pôle positif.
De ces deux expériences, je tire les déductions suivantes : 1° L'électrisation localisée dans les terminaisons nerveuses d’un membre, ne produit que des phénomènes locaux en rapport avec les fonctions de l'organe excité, c'est-à-dire des sensations limitées au point excité. 2° Pour développer des contractions dans les muscles placés au-dessus des terminaisons nerveuses, il faut éloigner les excitateurs l’un de l’autre, de manière à faire passer les courants des terminaisons nerveuses dans les troncs nerveux; c'est l'électrisation par une sorte d'action réflexe. 3° Enfin l'électrisation par action réflexe agit spécialement sur la sensibilité qui retentit sur les cordons postérieurs, affecte les cordons antérieurs de la moelle, et produit ainsi dans les muscles qui dépendent des nerfs dont les terminaisons ont été excitées, des contractions irrégulières et peu en rapport avec l'intensité des sensations.
L’électrisation des extrémités nerveuses (par action réflexe) se pratique en général en plongeant les extrémités du sujet dans deux bassins remplis d'eau, et mis en rapport avec les réophores d’un appareil. On varie cette opération en mettant dans chaque bassin ou les mains ou les pieds à la fois, et les mains ou les pieds seulement. Ce mode opératoire jouit d'une grande faveur parmi les médecins, à cause de su simplicité, et surtout à cause de l'énergie de son action. Enfin son application n'exige pas l'emploi d'un appareil d'une grande perfection et d'une
srande puissance (1).
(1) On verra dans le cours de ce livre (troisième partie) que M, Marshall Hall a eu recours à ce procédé d’électrisation croyant étudier ainsi l’état de l'irritabilité musculaire dans les paralysies,
Il est quelquefois indiqué d'exciter les centres nerveux. C'est dans ce cas qu'on a recours ordinairement à la noix vomique ou à des préparations diverses qui possèdent, on le sait, la propriété spéciale de provoquer des contractions musculaires, en stimulant l'arbre nerveux.
L'électrisation par action réflexe agit d’une manière analogue, bien qu'elle excite évidemment plus la sensibilité que la contractilité musculaire. Je l'ai donc appliquée au traitement de certaines paralysies où je pouvais sans danger porter la stimulation vers les centres nerveux.
Je n'ai malheureusement pas à me féliciter de l'emploi de ce mode d’électrisation; quelques uns des paralytiques que j'ai électrisés par ce précédé ont, il est vrai, éprouvé quelquefois une léoère amélioration; mais un plus grand nombre d'entre eux ont ressenti des douleurs profondes dans le trajet des nerfs, dont les ramifications avaient été excitées, douleurs qui ont souvent persisté sous forme de névraloies. L'excitation énergique des nombreuses ramifications nerveuses, spécialement destinées à la sensibilité, explique la fréquence de ces accidents.
L'électrisation par action réflexe expose les malades aux accidents les plus graves, lorsqu'il existe un travail inflammatoire vers leurs centres nerveux. L'expérience a confirmé ce que Ja théorie m'avait fait pressentir. Voici entre autres un fait qui met hors de doute l'exactitude de mon assertion, en même temps quil en fait ressortir l'importance. Je n'en exposerai que l'analyse.
OBSERVATION VIII -— Un étudiant en médecine, M. X.., âgé de vingt-deux ans, avait été frappé d’apoplexie en 1851. L'hémiplégie qui régnait à gauche et qui était due à une hémorrhagie cérébrale, s'était dissipée progressivement en une année. Mais les mouvements volontaires étaient gênés par la contracture continue de quelques muscles, surtout des fléchisseurs de l’avant-bras et de la main, contracture qui s’étendait à un plus grand nombre des muscles quand il voulait faire certains mouvements ou qu'il éprouvait une impression quelconque. Ces phénomènes annoncent un travail cérébral qui, peut-être, favorise la résorption du caillot sanguin, la cicatrisation, etc. ; mais qu'il faut se garder de surexciter, sous peine d'augmenter Ja contracture et même de provoquer les plus graves accidents. T'elle ne fut pas cependant la pensée du jeune étudiant qui, ayant mal interprété une de mes publications, croyait qu’on pouvait sans danger appliquer, dans tous les cas, la faradisation au traite:
ment de l’hémiplégie cérébrale, de six mois à un an après la résorption de l’hémorrhagie cérébrale. Ce jeune homme n’avait pas compris la différence qui existe entre limiter l'excitation électrique dans les muscles et produire leur contraction au moyen de l’électrisation par action réflexe. Voici ce qu’il fit dans l'espoir de hâter sa guérison. Ayant mis en action une hélice inductite, dont les intermittences mar-
chaient avec une grande rapidité (à l’aide d’un trembleur), il prit dans chaque main un cylindre métallique excitateur, de manière que le courant de l’hélice parcourût ses nerfs brachiaux des extrémités aux centres. Au moment. où le courant commença à passer, ses mains se fermèrent avec une grande force, sans qu'il pût lâcher les cylindres. Sentant alors que son membre paralysé se contractarait très doulouretsement, il eut la présence d'esprit de renverser-d’un coup de pied la pile de Bunsen. Le courant s'arrêta à l'instant, mais il étaittrop tard; son action, qui n'avait duré ‘2 quelques secondes, avait déjà occasionné les plus graves désordres ; la tête était extrêmement douloureuse, Ja Contracture avait gagné tout le côté, et une heure après, le pauvre jeune homme, qui se trouvait seul dans sa chambre, fut trouvé étendu sur le plancher, se roulant dans 1 des convulsions. Il fut transporté à la Charité dans le service de M. Piorry, où je recueillis de sa propre bouche la malheureuse histoire que je viens : de raconter. Sa vie fut pendant plusieurs jours en danger; malgré les saignées réitérées, les purgatifs et un vésicatoire à la nuque, les contractures douloureuses et comine tétaniques persistèrent plusieurs semaines, Enfin ce ne fut qu'après un assez long séjour à l'hôpital, qu'il put sortir, ayant conservé dans son côté droit des contractures beaucoup plus générales et beaucoup plus fortes qu'avant qu'il eût conçu la malheureuse idée de s’électriser par action réflexe.
Si, dans ce cas, l'excitation électrique eût été limitée aux muscles Rp malgré les conditions particulières où se trouvait le centre cérébral de ce jeune homme, conditions qui, pour moi, contre-Indiquent l'application dela faradisation même localisée, ces accidents graves, évidemmert.dus ici à une surexcitation centrale ne seraïent très probablement pas arrivés. Je puis l'affirmer, parce qu'une lonoue expérience me l'a appris. Combien de . en effet,n'ai-je pas, dans mes recherches, faradisé localement les muscles de sujets qui se trouvaient dans le même état que ce Jeune homme, sans observer le moindre inconvément. J'en suis arrivé à conclure que ces applications localisées sont alors seulement inutiles, mais non dangcreuses, quand elles sont faites avec cir conspection. Au début de mes en eiche ss il m'est quelquefois arrivé de faradiser par action réflexe les
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muscles contracturés de sujets hémiplésiques, et j'ai souvent eu lieu de m'en repentir; aussi ai-je renoncé bien vite à une méthode d'électrisation aussi dangereuse.
CONCLUSIONS GÉNÉRALES. — Éleciro-puncture. 1° Par lélectropunéture on ne peut isoler l'excitation électro-musculaire de l'excitation électro-cutanée; |
29°T, “excitationsde la sensibilité électro-cutanée étant circon scrite dans le point traversé par l'aiguille, l'électro-puncture ne remplit point | le but qu'on se propose, Surtout dans les affections où il faut agir sur une large surface ; |
3° Les contractions produites par l'électro- -pPuncture sont presque toujours irrégulières et imprévues;
h° Pour exciter toutes les parties d'un muscle, surtout lorsque ce muscle présente une large surface, il faudrait enfoncer un grand nombre d’aiguilles dans son tissu. Cette opération serait tellement longue et douloureuse que les malades refuseraient à toup sûr un Sareil traitement ;
-5° La méthode qui consiste à traverser les troncs nerveux avec l'aiguille à acupuncture est presque toujours impraticable ;
6° Bien que Pusage médical de l'électro-puncture doive être de plus en plus restreint, cette méthode est incontestablement appelée à rendre de grands services à la chirurgie, surtout dans le traitement de certains anévrysmes, de certaines tumeurs, etc.
$ Courants centripèles ou centrifuges traversant les troncs nerveux. — 4° Chez l'homme, les courants, quelles que soient leurs directions, quel que soit le degré de vitalité des nerfs qu'ils par- ‘courent, produisent toujours les mêmes résultats, quand les Mésphore: sont placés sur la continuité des nerfs, savoir : des contractions et des sensations musculaires. |
2° Un courant prolongé pendant assez longtemps dans un nerf qui jouit de toute sa vitalité, quil soit continu ou qu'il soit pratiqué avec des interruptions assez rapprochées, n'affaiblit ni les contractions, ni les sensations, ni les mouvements volontaires et ne produit aucun phénomène dit de réflexion au-desssus du pointexcitéx# | 30 Un courant prolongé longtemps dans un uerf dont la vitalité est considérablement affaiblie, diminue très notablement l'excitabilité du nerf, sans influencer les mouvements volon-
taires. Le courant continu dirigé dans les nerfs de l'homme, :
n'est pas un hyposthénisant de la force nerveuse.
h° Les changements de direction du courant (alternatives voltianes)}, même dans les nerfs dont la vitalité est affaiblie, n’exercent sur la contractilité et sur la sensibilité musculaires de l’homme aucune influence appréciable.
Électrisation des extrémités nerveuses. — 1° L'électrisation localisée dans les terminaisons nerveuses d'un membre ne produit que des sensations limitées dans le point excité.
Les courants, quelle que soit leur direction, qui passent des extrémités nerveuses dans les centres nerveux, agissent principalement sur la sensibilité du membre et produisent, au-dessus du point excité, des contractions irrégulières et peu en rapport avec l'intensité des sensations.
2° L'action thérapeutique de ce mode d’électrisation (électrisation par action réflexe) est peu efficace dans le traitement des paralysies. L'électrisation par action réflexe occasionne quelquefois des névralgies dans le membre excité.