CHAPITRE IV
Des appareils faradiques au point de vue de leur application à la physiologie, la pathologie et la thérapeutique.
Le choix d'un bon appareil est d’une grande importance dans Ja pratique de l'électrisation localisée. F4 quoi servirait-il en effet de bien posséder cet art, si l'appareil qui doit servir à son application ne répondait pas aux besoins des études physiologiques et pathologiques et de la thérapeutique?
Je me propose donc, dans ce chapitre, 4° d'examiner les propriétés que doivent posséder les appareils faradiques au point de vue de la faradisation localisée et de l'application de cette méthode à la physiologie, la pathologieret la thérapeutique ; 2° d'examiner si les appareils faradiques répandus dans la pratique réunissent l'ensemble de ces propriétés ; 3° d'exposer la description et les propriétés des appareils faradiques
que j'ai dû imaginer dans le but de poursuivre mes recherches, et qui me paraissent répondre aux besoins de l'électricité médicale.
ARTICLE PREMIER
PROPRIÉTÉS QUE DOIVENT POSSÉDER LES APPAREILS AU POINT DE VUE DE LA FARADISATION LOCALISÉE ET DE SON APPLICATION A LA PHYSIOLOGIE, A LA PATHOLOGIE ET A LA THÉRAPEUTIQUE.
$ Ier. — Le courant de premier ordre et le courant de deuxième ordre exercent une action élective, le premier sur la contractilité musculaire, le second sur la sensibilité de la peau et de la rétine, Tout appareil de faradisation qui ne possède pas ces deux courants est incomplet.
A. Dans l’état actuel de la science, on n établit physiolopiquement aucune différence entre l'électricité qui arrive aux organes par la voie du courant de premier ordre, et celle qui leur est envoyée par le courant de deuxième ordre. J'ai cependant démontré précédemment (voyez le chapitre L°, { IT) que chacun de ces courants possède des propriétés physiologiques et thérapeutiques spéciales et distinctives. On se rappelle effectivement qu'il est ressorti de mes recherches: 1° que le courant de deuxième ordre agit sur la sensibilité de la peau avec plus d'énergie que le courant de premier ordre ; 2° que ce même courant de deuxième ordre affecte plus vivement la rétine que celui de premier ordre, lorsqu'on l'applique à la face, et que cette action élective du courant du deuxième ordre sur la rétine est très développée dans les appareils magnéto-électriques.
B. Bien que j'aie déjà exposé les déductions thérapeutiques qui découlent de la connaissance de ces phénomènes, je crois devoir revenir sur ce 2 Ki surtout en raison de son importance et di sa nouveauté.
. Il ressort évidemment de ces actions différentielles des courants de premier et de deuxième ordre que l'appareil voltaélectrique ou. magnéto- électrique avec lequel on obtient des contractions musculaires énergiques, peut être trop faible, lorsqu'on l’ applique à la stimulation de la peau, si son courant ne pr ovient pas de la double induction, c'est-à-dire de l'influence d’un gros fil de cuivre, sur un autre fil fin: qui le recouvre. Get
% appareil sera donc souvent impuissant dans les cas où il est 4
indiqué d'agir vivement sur. la peau, soit comme révulsif, soit pour y rappeler la sensibilité perdue où diminuée. C'est ce que mes recherches ont confirmé. Combien de fois, en effet, n ai-je pas vu l’anesthésie cutané ce céder H'ompisnent sous l'influence d’un courant de deuxïème ordre, alors qu'un appareil qui ne possédait qu'un courant de premier ordre plus puissant que le précédent, appliqué à la contractilité musculaire, n'avait exercé aucune influence thérapeutique appréciable!
IT. La faiblesse d’action du courant de premier ordre sur la sensihilité cutanée, permet de.faradiser les muscles des sujets dont la peau est trop irritable pour supporter l'excitation musculaire par le courant de deuxième ordre. En effet, lorsqu'on agit sur le système moteur, il arrive quelquefois que l'on excite en même temps la sensibilité électro-cutanée, si lon n'a pas la précaution de mouiller suffisamment les excitateurs. Chez certains sujets, cette excitation de la peau peut occasionner des accidents qui deviendraient un obstacle à la faradisation. En voici un exemple:
OBSERVATION IX. — Un malade atteint d’une paralysie atrophique du
deltoïde et d’ane partie du trapèze, consécutivement à un rhumatisme.
musculaire inflammatoire, s'était soumis à la faradisation, après avoir subi inutilement divers traitements pendant une année entière. La paralysie était déjà considérablement modifiée par le traitement faradique , lorsqu'il survint une rougeur érysipélateuse dans la région soumise à l'excitation électrique. Get accidentasait été déterminé par l’action du courant induit dont j'avais négligé d'humecter largement les excitateurs. Ce malade m'apprit, en effet, qu’il était sujet aux éruptions de la peau , et que la cause la plus légère suffisait pour les provoquer. Après la disparition de la rougeur, qui persista plusieurs jours, le malade fut faradisé de nouveau,
mais avec le courant de premier ordre et à un degré dé force égale à celui Mn courant induit, et quoique les excitateurs fussent presque secs , l'érythèrae ne reparut pas. Dans une autre séance, la même opération fut pratiquée, mais avec le courant de deuxième ordéæ. ct l’ érythème revint
presque à l'instant. Chaque fois que je renouvelai ces expériences chez ce
malade, elles furent suivies des mêmes résultats. se
Ce fait qui me fut confirmé plus tard par d'autres faits analogues me démontra que, dans certains cas, le courant de Ma EL ordre appliqué à la faradisation musculaire , peut, si l'on n'y pr ‘end sarde , produire une inflammation de la peau. En
PROPRIÉTÉS NÉCESSAIRES AUX APPAREILS FARADIQUES. 103 conséquence, lorsque J'ai à pratiquer la faradisation musculaire, je me sers du courant de deuxième ordre dans les cas seulement où la puissance du courant de premier ordre ést insuffisante, et. alors j'ai toujours soin d'humecter incessamment la peau et de poser les excitateurs sur la peau avant de faire passer le-courant, pour éviter de l'exciter (voyez les développements dans lesquels je suis entré sur ce sujet, chapitre LE, p.57).
C. La propriété que possède le courant de deuxième ordre d'exciter plus vivement la rétine, lorsqu'on le dirige sur des organes placés sous. la dépendance de la cinquième paire, indique que, pour faradiser les muscles animés par ce nerf (les muscles de la face, de la langue), on doit donner la préférence au courant de premier ordre. Cependant il existe si peu de différence entre les courants du premier et du deuxième ordre qui émanent des appareils volta-faradiques, qu'habituellement j en tiens compte seulement dans les cas où lexcitabilité de la rétine est augmentée, quand il y a photophobie par exemple. Je n'en dirai pas autant du courant de deuxième ordre qui prend sa source dans un appareil magnéto-électrique; car, on se le rappelle, j'ai démontré que son action sur la rétine, bien que moins
grande que celle du courant, galvanique, est cependant très puissante. Aussi ne doit-on jamais appliquer ce courant de deuxième crdre de l'appareil magnéto-électrique à la faradisation des muscles de la face, puisque son courant de premier ordre peut remplir la même indication sans agir notablement sur la rétine. Enfin l'action spéciale et énergique du courant de deuxième Gilre de l'appareil magnéto- électrique est employée avec avantage dans les F1 app où il est indiqué d'exciter vivement la rétine, comme dans l'amaurose.
su
$ II. — Les intermittences lentes ou rapides des appareils de faradisation produisent des phénomènes physiologiques spéciaux qui ne peuvent se suppléer mutuellement dans la pratique.
25 Pour faire ressortir l’utilité ou la nécessité, les inconvénients ou les dangers des interinittences plus ou moins rapides ou plus où moins lentes des courants faradiques, il me suffira d'exposer rapidement les phénomènes physiologiques qu'on voit se développer sous leur influence, et d'en tirer immédiatement des
+ 10h”. DK L'ÉLECTRISATION LOCALISÉE.
déductions pratiques, déductions qui seront toujours justifiées par les faits publiés dans le cours de ce livre.
+. A. Action des intermittences rapides des courants faradiques, — I. Sur la contractilité électro-musculaire. — Le muséle qui recoit l'excitation d’une seule intermittence d’un courant d'induction, se contracte, puis retombe immédiatement dans un relâchement complet. Si cette intermittence est suivie de plusieurs autres, les contractions musculaires se succèdent, et le muscle se relâche d'autant moins pendant les intervalles des intermittences que celles-ci sont moins éloignées. I en résulte que les fibres musculaires se raccourcissent d'autant plus que le courant d'induction est plus rapide.
IL faut se garder d'en conclure qu'un courant rapide fait contracter plus énergiquement les muscles qu'un courant à rares intermittences. Ce serait une erreur, comme le prouve l'expérience suivante, Qu'on fasse contracter avec des intermittences alternativement rares et rapides un muscle paralysé dont lirritabilité est intacte, par exemple le fléchisseur des doists, et qu'on attache un poids à l'extrémité des doigts mis en mouvement par la contraction de ce muscle, et l’on verra que les inter: mittences rapides ne donnent pas à ce muscle la force de soulever Li un poids plus lourd que les intermittences rares. Si, par les ! intermittences rapides, l'étendue de la contraction musculaire | est augmentée, si alors le mouvement imprimé au doigt, quand cest un deses muscles, est plus étendu, c'est que les fibres musculaires se relâchant peu ou point dans l'intervalle des contractions, chaque excitation raccourcit de plus en plus le muscle. Pour obtenir une contraction plus énergique, il faudrait que le courant füt plus intense.
Les secousses usculaires produites par les intermittences diminuent d'autant plus que ces dernières sont plus rapides, et à une vitesse donnée de ces intermittences, les contractions sont : continues, comme si elles étaient provoquées ph ysiologiquement par un courant nerveux, c'est-à-dire par la volonté; mais il faut pour cela que les intermittences se fassent avec une rapidité extrême, car, dans le cas contraire, les mouvements seraient compliqués d’une sorte de tremblement.
IT. Sur la sensibilité musculaire. — Je viens d'établir que l'intensité de la contraction musculaire n'est pas augmentée par la
PROPRIÉTÉS NÉCESSAIRES AUX APPAREILS FARADIQUES. 105 rapidité plus srande des intermittences. Il n'en est pas de mème de la sensation produite par l'excitation électro-musculaire, sensation musculaire qui est en effet d'autant plus grande, que les intermittences se succèdent plus rapidement; cette sensation devient des plus douloureuses, presque tétanique, et s'accompagne de crampes au delà d'une certaine vitesse.
HE. Sur la tonicité musculaire. —W me parait démontré par mes recherches que les intermittences rapides augmentent la puissance tonique des muscles, non seulement lorsque cette puissance est diminuée comme on l’observe dans certaines affections musculaires, mais aussi lorsque les muscles sont dans leur état normal. Gette action spéciale des intermittences rapides, lorsqu'elle est longtemps prolongée, peut aller jusqu'à produire la contracture. Les faits desquels ressortent les propositions que je viens de formuler seront exposés dans la quatrième partie de
ce livre. On verra comment j'ai été conduit à l'observation de ces phénomènes ;on verra que, pour les développer, les courants d'induction doivent marcher avec une extrême rapidité.
IV. Sur la nutrition musculaire. — La nutrition musculaire se
développe infiniment plus sous l'influence des courants à inter- … mittences rapides. Les faits nombreux d'atrophie musculaire ou de paralysies atrophiques, dans lesquels j'ai employé comparativement les courants lents et rapides ne perinettent pas le moindre doute à cet égard.
V. Sur la sensibilité électro-cutanée. — I] suffit d'expérimenter sur soi-même pour être convaincu que l'excitation'électro-cutanée augmente autant en raison directe de la rapidité du courant qu'en raison de son intensité.
B. /ndications et contre-indications des intermittences rapides. — La connaissance des faits que je viens d'exposer faitentrevoir les indications ou les contre-indications nombreuses que les intermittences rapides des courants faradiques doivent souvent rencontrer. Je vais faire connaitre ce qu'une expérience longue et journalière m'a appris sur ce sujet.
I. Cas dans lesquels l'emploi des intermittences rapides est indiqué.— a. La propriété que possèdent les intermittences rapides de produire des contractions artificielles imitant parfaitement les mouvements volontaires, permet d’en faire l'application à l'étude de l’action individuelle des muscles. Mais on concoit que
m6 CTRISATION LOCALISÉE,
Ji fe genre æ UE Ce l'emploi d’un courant d’une grande
4 - vitesse, surtout pour les muscles de la face. Ainsi les appareils ” magnéto- électriques dont les intermittences sont à peine assez
ie rapides pour produire sur les membres et le tronc des con:tractions musculaires sans tremblement, n'ont pu me servir à l'étude des fonctions musculaires à la face. Les frémissements continuels dont sont agités les muscles de cette région par les courants des appareils magnéto-électriques empêchent d'observer exactement | influence que l'action individuelle des muscles exerce sur l'expression du visage.
.b. L étude de l'action physiologique des intermittences rapides ou lentes à démontré qu'on peut agir avec plus ou moins d'énergie sur la contractilité où la serai musculaire, Ainsi, bien que
toute excitation électrique d'un muscle pr oduise nécessairement
“+ | la fois une sensation et une contraction, on diminue à volonté N'la force des contractions et l'on augmente la sensation, en combi-#
nant un courant peu intense avec vip intermittences rapides, et L » vice versä.
… Cette faculté de réveiller énergiquement la sensibilité uso
Rire à l'aide des intermittences rapides peut trouver de trè heureuses applications dans les cas où les muscles ont Du $ leur sensibilité, et ces cas sont assez fréquents, comme j'ai eu PFoccasion de le constater. Je vais en citer plusieurs exemples : Jai trouvé fréquemment des muscles qui, privés ou non. de mouvements volontaires, étaient complétement insensibles à. l'excitation électrique. Ainsi Je pouvais dans ces cas provoquer les contractions les plus énergiques et avec les courants les plus rapides, sans que les malades en eussent la conscience. Tantôt aussi la peau qui recouvrait ces muscles était frappée d’anesthésie; tantôt elle jouissait. de sa sensibilité normale.
Les sujets privés seulement de la sensibilité de la peau (anesthésiques ou analgésiques) conservent encore la conscience des mouvements qu'ils exécutent ou qu'on imprime à leurs membres, ils ressentent les coups qu'ils reçoivent et qui atteionent les tissus profonds; quand leurs pieds reposent sur, le a ils leur semblent placés sur un corps mou,sur un tapis, par exemple. C'est pourquoi on leur voit frapper fortement le sol en marchant, comme pour mieux le sentir. Sont-ils à la fois privés de sensibilité cutanée et de sensibilité musculaire, comme dans ces der- |
? 0 SO à k; Re “ ù PROPRIÉTÉS NÉCESSAIRES AUX APPA Re 407.
niers cas les os sont aussi privés de sensibilité(ce que l'on con:
state par l'excitation électrique des surfaces osseuses), ‘ils. ne perçoivent pas les coups les plus violents, ils n'ont plus la conscience de leurs mouvements ; ils ne peuvent se tenir dans la station verticale Sans regarder le sol qu'ils ne sentent pas, quoi qu'ils fassent ; au lit, ils ne retrouvent pas leurs membres silsne les voient pas.
es à
© OBSERVATION X. —- J'ai observé à la Charité, salle Sainte-Marthe, n° 28, une malade complétement anesihésique qui se croyait coinme suspendue dans l'air quand elle ne voyait pas le litsur lequelelle reposait. Cela lui occasionnait des terreurs continuelles au moment du réveil; ne sentant pas son lit, elle se croyait menacée d’une chate et n’était bien rassurée que lorsqu’ le avait constaté par la vue qu'elle reposait sur un lit solide.
Eh bien! lese Conrants faradiques les plus Make seraient impuissants contre.ces anesthésies profondes, si leurs réophores “ne marchaient pas à grande vitesse. La malade dont il vient
d'être question. et quiétait frappée d'anesthésie générale depuis plusieu rs semaines , fut.très vite guérie, grâce aux courants à intermittences rapides dont j'opérais là recom position dans ses muscles, ses nerfs et ses os. Je dois dire que je l'avais vainement faradiséenar ec des intermittences brares , l'appareil étant au maximum.
Ces expériences sont D vel journellement depuis plusieurs années et faites publiquement dans le service de M. Briquet, quim ‘a puissamment secondé dans mes Lec herches. € est surtout dies l'anesthésie cutanée, affection si commune, que les intermittences rapides sont nécessaires à l'influence électrothérapeutique qu'on veut exercer avec les courants d'induction. Sans elles, on échouerait presque toujours, malgré emploi des courants de deuxième ordre gradués au maximum.
cc. J'ai utilisé en thérapeutique la propriété singulière que possèdent les courants d’induction rapides, d'augmenter la puis sance de la tonicité musculaire, cette force qui ne sommeille jamais, qui, dans l'absence des contractions volontaires, constitue |a physionomie à à la face, maintient les membres dans leur attitude naturelle , et que l'on peut comparer à la force d un ressort qui, si elle venait à diminuer ou augmenter, dérangerait le mécanisme le mieux combiné. C’est ce qui arrive, en effet,
108 | pr L'ÉLEGTRISATION LOCALISÉE.
en patholosiie musculaire. On voit des muscles se contracter ou perdre plus ou moins leur force tonique. Ce sont les ressorts qui se tendent ou se relächent, qu'on me pardonne cette com paraison triviale, mais juste, Alors on voit la physionomie perdre son cachet individuel, les membres prendre des attitudes vicieuses, etc. C’est don ces circonstances que, pour rétablir l'harmonie des traits du visage, ou pour combattre certaines difformités ,@n me verra tendre, pour ainsi dire, les ressorts musculaires , tantôt en agissant sur les muscles relâchés, tantôt en opposarit une contracture artificielle des muscles antagonistes à la contracture morbide, et cela au moyen de courants d'induction d'une extrême rapidité. Ce sujet important et entièrement nouveau sera traité avec soin dans le cours de ce livre.
d. Enfin l'expérience m'a démontré que l'emploi des courants à intermittences rapides est nécessaire au traitement des atro-phies musculaires, qu'elles soient ou non compliquées de pa: ralysies.
IF. Cas dans lesquels les intermittences rapides sont contre-indiquées. — L’atilité et méme la nécessité des courants d'induction rapides me paraissent parfaitement établies par les considérations précédentes. Malheureusement toutes les médailles ont leurrevers ; on va voir que les propriétés mêmes de ces courants rapides en rendent, dans certains cas, l'emploi dangereux ou difficile.
a. Il existe une époque à laquelle les paralysies de cause cérébrale peuvent être avantageusement traitées par la faradisation localisée, c'est lorsque la lésion primitive est disparue ou diminuée. L'épanchement sanguin, par exemple, est résorbé en tout ou en grande partie après six mois, un an. Il peut ne rester dans le cerveau qu'une cicatrice ou kyste peu volumineux. L'influence cérébrale arrive librement où moins difficilement aux muscles ; mais ceux-ci ne réagissent plus. Dans ce cas, la paralysie est localisée dans les muscles, et alors la faradisation localisée leur rend leur aptitude motrice, c'est ce que Je démontrerai dans la quatrième partie.
Mais comment diagnostiquer exactement l'état du cerveau? Est-il jamais possible d'affirmer à coup sûr qu'il n'existe plus autour du kyste cérébral un reste de travail inflammatoire résofuuif, qu'une étincelle pourrait rallumer?Ne sait-on pas d'ailleurs
Se ®
qu'une première hémorrbagie cérébrale prédispose à une seconde, et que touteexcitation générale trop forte peut retentir sur le centre nerveux, provoquer des accidents du même ordre? Un appareil dont les intermittences sont rapides n’en est que plus dangereux à appliquer dans le traitement’ des paralÿsies céré- He Je dois avouer que j'emai fait la triste cxpéT AR au coMmencement de mes recherches.
De tout ceci il ressort que, pour les paralysies cérébrales, on doit être très circonspect dans Skie po de là faradisation localisée et quil faut éviter d'exciter ‘trop vivement alors Ja sensibilité vénérale, sous peine d'exposer le malade aux plus graves accidents. Or, on le sait, da faradisation par les intermittences rapides provoque vivement la sensibilité.
De ce que les courants à intermittences rapides sont danpereux où inapplicables dans le traitement des paralysies cérébrales, il ne faudrait pas en conclure que ces paralysies ne doivent pas être soumises à la faradisation localisée. Qu'on se rappelle, en effet, qu'ilest possible de provoquer par la faradisation localisée les contractions les plus énergiques, sans produire des sensations douloureuses, pourvu queles intermittences soientsuffisamment éloïsnéesles unes des autres (une ou deux par seconde par exemple). Pratiquée ainsi avec de rares intermittences, la faradisation localisée ne fait courir aucun danger au malade, et ele peut lui être d'une grande utilité.
La faradisation musculaire rapide est nécessaire seulement lorsque les muscles ont plus ou moins perdu leur sensibilité ou lorsqu'ils sont menacés dans leur nutrition. Or la sensibilité des finsees est rarement atteinte dans la paralysie cérébrale, et quant à leur nutrition, j'établirai plus tard que la fibre musculaire reste intacte dans cette affection; car on ne peut pas considérer comme une atrophie ou une lésion de nutrition, l'amaigrissement qui se traduit quelquefois alors à la longue et uniquement par défaut d'exercice.
b. Quand bien même l'état des centres nerveux ne contre: indiquerait pas l'emploidesintermittences rapides, il n'est jamais indifférent de pratiquer la faradisation musculaire avec ou sans douleur, car il estdes sujets qui, soit par défaut d'énergie, soit en raison de leur excitabilité nerveuse, ne peuvent la supporter. Je citerai comme exemple les femmes et les enfants.
-duire souvent leur'c rdpeutique, d'un autre côté, elle peut occasionner de er ands
du: à . “A . 6 . z
-Si d'un côté la propriété ÿ° possèdent les intermittences ra-
pides d’ augmenter la r auiss nce tonique des muscles et de pro-
dirictüre , est quelquefois uülisée en thé-
désordres. Ainsi ] l'établirai HS des faits qu appliquée à la face, elle occasionne dans certains Cas des contractures qui entraînent après elles des difformités incurables. :
c. Enfin il est une foule de circonstances où les besoins thérapeutiques he demandent que l'application d'un très petit nombre d'intermittences isolées, comme lorsqu'il s’agit d'exciter la membräne dutympan d dans 18° traitement. de la FUN etc. Ces considérationstdémontrent surabondamment que la faradisation à intermittences rapides trouve de nombreuses et uules applications en physiologie et en thérapeutique, mais que dans certains cas où on l'applique à l'excitation musculaire, elle est dangereuse ou inapplicable, à SU des accidents ou des diffor-
mités quelle peut occasionner et qu'alors elle est remplacée avantageusement par la faradisation à rares intermittences.
$ III. — Dans un grand nombre de cas les appareils faradiques ne sauraient
être trop puissants.
Que doit-on entendre par puissance d'un appareil d'induction ? Comment mesurer cette puissance@Ces questions si simples en apparence sontcependant difficiles à résoudre, onle verra bientôt.
A, Un appareil est puissant, si ses courants sont intenses; s’il provoque non seulement de fortes contractions musculaires, mais encore. si, en pénétrant profondément l'épaisseur des muscles, il en fait contracter à la fois toutes les fibres. On dit
Cù
aussi qu'il est puissant s'il excite très vivement la sensibilité des :
muscles et la sensibilité de la peau’ ste: } di
Mais le degré de puissance qu'un appareil d° induction exerce sur la Édinctioh des phénomènes électro- -physiologiques, ne saurait donner une idée exacte de l'intensité de son courant comme le prouvent les expériences suivantes : Étant donné
deux appareils faradiques d'inégale intensité, et avec lesquels
on localise alternativement l'action électrique dans un muscle, celui dont le courant est moins intense, excitera cependant beaucoup plus vivement la serisibilité musculaire que l'autre, si
ses intermittences sont beaucoup plus rapides que celles de l’autre appareil qui, par exemple, ne donnera qu une intermit-
tence par seconde. Que l'on règle ces deux appareils de manière.
que leurs intermittences soient également éloignées (d'une seconde par exemple), et l'on verra que l'appareil en apparence si puissant lorsque ses intermittences se succèdent avec une grande pidité, devient tout à coup impuissant sur la sensibilité et sur Ja contractilité des muscles, qu'il ne peut même arriver jusqu à ces derniers, quand ils sont recouverts par un tissu un peu abondant ou infiltrés. Cet affaiblissement subit dans cet appareil est d'autant plus frappant que l'autre appareil continue à produire des contractions profondes, malgré la résistance qu'oppose à son courant la couche épaisse de tissus sus-jacents aux muscles. Supposez ces deux appareils d’une égale intensité et marchant avec la même rapidité, l'un d'eux pourra exciter plus vivement
la sensibilité dela peau, quoiqu'il ne provoque pas plus énergiquement que l'autre la contractilité musculaire. La différence des phénomènes observés dans lun et l'autre cas dépend de la différence d'ordre des deux courants, qui se dégagent dechaque appareil.
Je pourrais citer encore l’action de certains courants d'induction sur la rétine, action beaucoup plus puissante que celle d'autres courants qui sont cependant infiniment plus intenses et dév eloppent avec plus d'énergie les autres phénomènes élees tro- «physiologiques.
Si J'avais à m'occuper dans ce livre des applications de F RFA tricité à la thérapeutique chirurgicale, c'est-à-dire à la résolution ou à la cautérisation des t de ucé à la coagulation du sang dans les anévrismes , il me resterait encore à examiner quelles conditions on doittrouver réunies dans les appareils oalvaniques pour obtenir des effets calorifiques ou chimiques puissants.
L'exactitude de ces faits a été démontrée précédemment (chapitre [”); je les ai rappelés seulement pour faire bien établir quel est l'ensemble des conditions qui constituent un appareil puissant, au point de vue de sôn REA aux sciences médicales et à la thérapeutique.
B. Quelle doit donc être la manière de comparer la puissance de-plusieurs appareils ? Il est évident qu'il faut examiner tour à tour chacune de leurs propriétés. Il faut en outre qu'ils soient
Fr,
de €
LA
placés dans les mêmes conditions, de manière à n'avoir à COM-
parer entre cux que des, courants du même ordre et dont les intermitteñces sont également rapides ou lentes et faites avec le méme arrachement (j'aurai plüs tard à traiter ce sujet impor tant). Il ne faut enfin comparer entre eux que des courants d'intensité égale. | | |
Voici un procédé très simple ettrès sûr pour mesurer COMparativement l'intensité des courants de plusieursappareils. On les gradue au maximum, puis on met en rapport avec un des réophores de l'appareil un tube de verre rempli d’eau (j'en ferai la description plus loin.— Voy. F, fig. 15). Ge tube est construit de: telle sorte que le courant ait à traverser une couche de liquide plus ou moins épaisse avant d'arriver aux excitateurs. Or,comme la résistance opposée par l'eau aux courants est en raison directe du carré des distances, il est évident que celui des deux appareils dont le courant pourra traverser la couche de liquide Ja plus épaisse, possédera le courant plus-intense. Je me sers du même tube pour apprécier la différence de puissance des appareils sur la sensibilité musculaire ou cutanée. Il faut être prévenu, dans ces sortes de recherches, qu'au delà d'un certain degré, il est fort difficile de comparer centre elles les sensations douloureuses. Lors donc que les sensations produites par chacun des appareils sont trop douloureuses pour être comparées, on peut, au moyen de ce tube que j'appellerai modérateur, diminuer à volonté l'intensité des courants ét examiner si ces appareils gradués au maximum, excitent encore avec la même puissance Ja sensation musculaire ou cutanée.
Après ces considérations, que Je crois des plus importantes au point de vue de l'examen comparatif des appareils d'induction, je n'ai pas besoin de démontrer combien est insuffisant et même trompeur le procédé généralement adopté pour mesurer la puissance des appareils, procédé qui consiste à prendre dans chaque main les cylindressexcitateurs d'un appareil d'induction pendant qu'on le met er action.
C. Maintenant que j'ai exposé les conditions qu'on doit trouver réunies dans un appareil d'induction pour constater si cet” appareil est puissant, Je vais prouver rapidement la vérité de cette proposition écrite en tête de ce paragraphe : Dans cerlains cas les appareils d'induetion ne sauratent étre trop p uissants.
{. J'ai démontré, dans le chapitre IF, que lorsqu'on localise”
l'excitation électrique dans les tissus ou. dans les organes placés sous la peau, la recomposition des courants se fait d'autant plus profondément que ces derniers sont plus intenses. Il en résulte qu'un courant dont l'intensité est trop faible ne peut pénétrer jusqu'aux muscles, si la couche cellulaire sous-cutanée offre une trop grande épaisseur, soit par suite de l'abondance de la graisse ou d'uneinfiltration séreuse. Eh bien, les cas dans lesquels le tissu cellulaire sous-cutané oppose par son épaisseur une orande résistance aux couran!s ne sont pas rares, surtout aux membres inférieurs. Il m'est même arrivé, dans certains cas où l'intensité de mon plus puissant appareil faradique ne pouvait vaincre la résistance que lui opposait épaisseur des tissus souscutanés pour arriver aux muscles, de me voir forcé de recourir à la tension plus pénétrante de la bouteille de Leyde. C'est en présence de cas semblables,qu'on peut dire qu’un appareil faradique ne saurait être trop puissant. On sait d'ailleurs que, quelque soit le degré de son intensité, on pourra toujours en faire l'application sans produire trop de douleurs, pourvu qu'on ait le soin d’éloigner suffisamment les intermittences.
Il. Il est aussi quelques états pathologiques contre lesquels les appareils faradiques ne sauraient être trop puissants. Parmi les paralysies consécutives aux lésions traumatiques des nerfs, il en est un certain nombre qui enlèvent aux muscles toutes leurs propriétés ; ceux-ci perdent complétement alors leur contractilité et leur sensibilité; la peau et même les os sont aussi frappés d'insensibilité; enfin les membres paralysés se
dessèchent et semblent frappés de mort. Dans les cas de ce.
genre que j'ai observés en assez grand nombre et quiont fait l'objet d’un travail spécial (voyez le chapitre 1”, 4° partie), il m'a fallu recourir à un appareil faradique d'une intensité énorme, et J'ai eu quelquefois à regretter de n'avoir pas à ma disposition un appareil plus puissant. C'est seulement lorsque j'ai commencé à rappeler un peu de vie dans les membres, que jai pu diminuer l'intensité des courants et qu'un appareil de force moyenne est devenu suffisant.
Il existe encore d’autres affections musculaires d’une.autre nature, dont il sera question dans le cours de ce livre, qui exigent l'emploi des appareils Les plus puissants.
XP
III. Les anesthésies cutanées hystériques peuvent guérir, en général, avec un appareil de force ordinaire, pourvu que ses intermittences marchent avec une grande rapidité; mais j en ai rencontré parmi Ces dernières et parmi les anesthésies cutanées d’une autre nature un assez grand nombre qui, rebelles aux courants d'une intensité moyenne, n’ont cédé qu'aux appareils qui agissaient le plus puissamment sur la sensibilité cutanée, c'est-à-dire aux appareils qui joignaient l'intensité à la rapidité extrême des intermittences.
$ IV.— Tout appareil de faradisation doit posséder un mode de graduation qui permette de mesurer les doses électriques exactement et proportionpellement au degré d’excitabilité des organes, variable dans l’état de santé
et de maladie.
Les considérations dans lesquelles je suis entré dans Île deuxième chapitre , pour ce qui a trait au degré d’excitabilité spéciale dont jouissent chacun de nos organes, chacun des muscles et des nerfs, chacune des régions de la peau, excitabilité qui varie encore suivant l'état de santé et de maladie; ces considérations, dis-je, devraient suffire pour démontrer l'importance et l'exactitude de la proposition que je viens de formuler.
A. Comment, en effet, limiter la puissance électrique dans les organes, si l'appareil n'est pas construit de manière à pouvoir distribuer à chacun de ces organes la dose qui lui convient. Pour me faire mieux comprendre, Je citerai encore quelques exemples. A l’état normal, le col de l'utérus, la vessie, le rectum, n'ont rien à craindre de l'excitation des courants les plus puissants; tandis que les courants les plus faibles excitent énergiquement | la contraction et la sensibilité des muscles de la face. Entre ces extrêmes, il existe des degrés d'excitabilité intermédiaires propres aux autres organes. Pour s'en convaincre, que l’on compare seulement les différences d'excitabilité qui existent entre les muscles de la face dont le moins excitable l'est encore infiniment plus que les muscles des autres régions, et l'on verra que chacun d'eux est doué d’un degré d'excitabilité spéciale qui exige une dose électrique au delà de laquelle on ne doit pas aller, si l'on veut obtenir des contractions partielles ou ne pas provoquer de trop vives douleurs. Je ne reviendrai pas sur ce que J'ai déjà dit dans le chapitre I du degré d'excitabilité de chacun des
PROPRIÉTÉS NÉCESSAIRES AUX APPAREILS FARADIQUES. 145 muscles de la face. Qu'on se rappelle enfin quele degré d’excitabilité de la sensibilité varie dans chacune des régions et même dans chacun des points de la face. Si ensuite, en outre de ces différences d'excitabilité des organes, on considèreles différences qui existent dans l'état anatomique des tissus sur lesquels on agit (la plus ou moins grande épaisseur de la couche cellulograisseuse sous-cutanée à traverser, ou de la couche musculaire dans laquelle on veut localiser l'excitation), état anatomique qu'il faut connaître pour opérer à coup sûr les recompositions électriques à telle ou telle profondeur, on comprendra la nécessité absolue de donner aux appareils faradiques une graduation exacte et qui se fasse sur une échelle d'une étendue suffisante.
B. Mais pour qu'une graduation soit exacte, il faut, selon moi, qu'il y ait proportionnalité arithmétique entre les divisions du sraduateur et la force progressive de l'appareil; il faut encore, si c’est un appareil volta-électrique, que la force initiale de la pile agisse au même degré d'intensité, ou du moins qu'elle soit connue de l'opérateur. On sait, en effet, que la pile qui anime les appareils volta-faradiques est plus ou moins intense, suivant que ses acides sont plus ou moins concentrés, suivant qu'elle s’'épuise plus ou moins vite, ou qu'elle s’engorge plus ou moins de sels cristallisés et mauvais conducteurs , lorsqu'on se sert de la pile de Bunsen, par exemple, comme source initiale. On concoit qu'avec de telles variations dans la force initiale, la mesure des doses électriques devient illusoire, et en conséquence qu'il est impossible de formuler les doses électriques qu'il con- vient d'administrer à chacun des organes. |
Enfin la graduation s'opère sur une échelle d'une étendue suffisante, quand elle mesure tous les degrés d'intensité des courants, proportionnellement au degré d'excitabilité de chacun des organes, ou, en d’autres termes, quand l'appareil’ faradique peut également distribuer ses courants à des doses très fortes ou à des doses très faibles, ou à toutes les doses intermédiaires entre ces deux extrêmes.
Telles sont les propriétés principales qu'on doit trouver réudes dans tout appareil faradique destiné à l'étude des sciences médicales et à la thérapeutique.
Il est d'autres conditions encore qu'il est très important de trouver réunies dans les appareils faradiques. Ainsi ils doivent
être portatifs, d’un maniement facile et d'un prix modéré.Comme ces questions n'ont rien de scientifique, je n'ai pas Jugé opportun de les discuter dans cet article, me réservant d'y revenir par la suite. Ces questions, quoique secondaires, intéressent au plus haut desré la vulgarisation de l'électricité médicale.
ARTICLE IL
EXAMEN CRITIQUE DES APPAREILS FAGADIQUES ACTUELLEMENT EN USAGE DANS LA PRATIQUE MÉDICALE,
L'article précédent me dispensera d'entrer dans de longs développements pour établir que les appareils électro-médicaux en usage dans la pratique ne réunissent pas l'ensemble des conditions nécessaires à la faradisation localisée ou à son application aux sciences médicales.
$ Ier, — Appareils magnéto-électriques.
A. Les appareils magnéto-électriques sont souvent insuffisants ou émpuissants quand on les applique à l'excitation de la sensibilité cutanée. Cette proposition se trouve justifiée par cette seule considération, que les appareils magnéto-électriques ne possèdent qu'un courant de premier ordre. On sait , en effet, que le courant de premier ordre agit moins puissamment sur la sensibilité cutanée que le courant de deuxième ordre.
Ne possédant qu un courant de premier ordre, ces appareils ne compromettent pas, il est vrai, la vue quand on les applique à la faradisation des muscles de la face; mais l'absence d’un courant de deuxième ordre prive ces appareils d’un excellent moyen d'action sur la rétine, dans le cas où il est indiqué de l’exciter vivement, comme dans l’amaurose.
Leur puissance sur la contractilité musculaire est-elle du moins suffisante ? C'est à peine si les appareils de Clark et de Dujardin possèdent le degré de force nécessaire quand les muscles sont recouverts d'un tissu cellulaire un peu abondant ou infiltré, quand la contractilité et la sensibilité musculaires, affaiblies ou diminuées dans certains états pathologiques, ont besoin d'une stimulation énergique. Que dirai-je donc de l'appareil électro-médical de MM. Breton frères, dont la puissance
est infiniment inférieure à celle des appareils de Clark et de Dujardin ? | |
B. La rapidité des intermittences, sans laquelle l'induction est nulle ou faible dans les appareils électro-magnétiques, développe spécialement des sensations musculaires vives, et peut, dans certains cas, empécher de pratiquer cette opération à un degré d'intensité suffisant, ou le rendre inapplicable. Enfin elle expose quelquefois le malade à des accidents plus ou moins graves que j'ai déjà signalés dans l'article précédent. On m'objectera sans doute qu'en imprimant au fer doux des appareils magnéto-électriques un mouvement de rotation moins rapide, les intermittences deviennent plus éloignées et la faradisation musculaire plus supportable. ILest exact de dire qu'alors la sensation diminue; mais ainsi que je l'ai démontré (page 13), l'intensité du courant d’induction s'affaiblit en raison de la lenteur du mouvement du fer doux, au point de suffire à peine à la production des contractions musculaires.
C. Le plus. grand défaut des appareils magnéto-faradiques , celui qui ne m'a pas permis de les appliquer à la faradisation localisée, et qui, dans certains cas, les rend trés dangereux, alors même qu'ils sont plus puissants, c'est l'absence de graduation. Les appareils de Pixii, de Clark, de Dujardin ,en sont complétement dépourvus. L'appareil magnéto-électrique des frères Breton, qui n'est que Ja copie de celui de M. Dujardin, comme je le prouverai plus tard, est le premier auquel la graduation ait été appliquée. Ces habiles fabricants ont compris que, sans la possibilité de doser l'électricité, le meilleur appareil ne saurait être employé dans la pratique médicale. L'importante modification (la graduation) qu’ils ont essayé d'ajouter à l'appareil de Dujardin les excuse, à mes yeux, de s'être approprié l'invention de cet ingénieux physicien.
J'ajouterai qu'ils en ont simplifié la fabrication et en ont fait un appareil très portatif. De cette manière, et en mettant leur appareil à la portée de toutes les fortunes, ils ont puissamment contribué à vulgariser l'emploi de la faradisation. Malheureusement leurs essais, dont il serait injuste de ne pas reconnaître le mérite, n’ont pas complétement réussi. Je regrette d'avoir à dire que leur appareil magnéto-électrique n’est plus au niveau des progrès de la science. La graduation des frères Breton est, en
effet, illusoire et n’est pas applicable à la faradisation localisée. Je vais le démontrer.
Le mode de graduation employé par ces fabricants consiste à approcher ou à éloigner l'aimant du fer doux à l'aide d'une vis de rappel. L'intensité du courant d’induction croît en raison du rapprochement de l’aimant, et vice vers. Voilà sur quel principe repose Ja graduation de leur appareil magnéto-électrique. Le mécanisme qui produit cette graduation est des plus simples et d’une application facile ; mais il n’existe aucune proportionnalité entre les divisions du graduateur et l'augmentation d'intensité du courant, lorsqu'on approche ou qu'on éloigne le fer doux. Le graduateur est une petite tige métallique qui sert à éloigner ou à rapprocher l’aimant du {fer doux. Ce graduateur a …n centimètre et demi de longueur, et son action ne devient sensible que dans la seconde moitié, parce que, dans sa première moitié, le fer doux n’exerce sur l’aimant aucune influence physiologiquement appréciable chez l’homme. A partir de la seconde moïtié à peu près du graduateur, le courant va croissant dans des proportions énormes, dans des proportions gécmétriques (presque en raison du carré des distances). Or, je le demande, est-il possible de doser exactement la puissance faradiquesurunsystème de graduationaussiirrégulier.La progression du graduateur et l'accroissement de la force du courant d’induction fussent-ils dans des rapports exacts, ou , en d’autres termes, l'augmentation ou la diminution de l'intensité du courant fussent-elles dans des proportions arithmétiques, ce système de graduation n'en serait pas plus applicable à la faradisation localisée, ni à son application à la physiologie ou à la pathologie, ou même à la thérapeutique, parce qu'elle ne se fait pas sur une échelle d'une assez grande étendue.
Les considérations que j'ai exposées précédemment sur les différences d’excitabilité des organes suivant les régions diverses et suivant l'état de santé ou de maladie, justifient pleinement cette critique.
Si l'on considère,en outre, que l'appareil de MM. Breton frères a tous les défauts communs aux appareils magnéto-électriques que j'ai déjà signalés, c'est-à-dire qu’il ne possède qu’un courant d'induction par un seul fil, qu'il ne peut agir sans intermittences rapides, et qu'il est plus faible que les autres appareils de la
même classe, on conclura qu'il n'agit pas assez énergiquement sur la sensibilité cutanée, qu'ilest souvent trop faible, même pour produire des contractions musculaires ; que nonobstant sa faiblesse, il est quelquefois dangereux, et enfin quil laisse beaucoup à désirer pour la faradisation localisée ainsi que pour ses diverses applications.
Je me suis attaché à signaler les imperfections de l'appareil de MM. Breton frères, avec lequel la faradisation est difficile, sinon impossible, parce qu'il jouit à tort, selon moi, d'un grande considération en France, et quil se trouve dans tous les hôpitaux de Paris. C’est une tâche que je remplis à regret, à cause des services incontestables que ses inventeurs ont rendus à la pratique médicale. Je ne doute pas, et c'est mon espoir, que ces habiles fabricants ne réussissent bientôt à faire disparaître les imperfections que je viens de critiquer et à donner à leur appareil les propriétés qui leur manquent.
On à construit, surtout en Allemagne, un grand nombre d'autres appareils magnéto-faradiques. Je ne crois pas devoir en exposer l'étude critique, parce qu'ils ne sont que des imitations ou des modifications sans importance pratique des appareils de Clark ou des frères Breton. Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'ils ont les mêmes défauts.Cependant je dois dire que quelques uns d'entre eux se sraduent au moyen d'un tube rempli d'eau à travers lequel on fait passer le courant. En augmentant ou en diminuant plus ou moins l'épaisseur de la couche d'eau que le courant doit traverser avant d'arriver aux excitateurs, on diminue ou l'on en augmente l'intensité. Je me propose d'exposer, dans l’article suivant, les vices de ce mode de graduation ; mais je puis dire à l'avance qu'il est tout aussi inapplicable à la faradisation localisée que celui qui a été imaginé par les frères
Breton.
$ II. — Appareils volta-faradiques.
Les appareils volta-faradiques ne remplissent pas plus les conditions nécessaires à la faradisation localisée et à certaines applications thérapeutiques et physiologiques, que les appareils magnéto-électriques. |
A. Les uns ne possèdent, onle sait, qu'un courant d'induction
par un seul fil (un courant de premier ordre); lés autres, en petit nombre, jouissent de la double induction.
Les premiers ont peu d'action dans la faradisation cutanée ; les seconds sont plus puissants sur la sensibilité de la peau que les appareils à un seul courant, mais la longueur et la grosseur de leur fil inducteur sont si mal combinées, que le courant de ce dernier (le courant de premier ordre) ne peut être utilisé. D'ailleurs les physiologistes et les médecins ignorant les propriétés spéciales de ce courant, les fabricants n'ont pas songé jusqu’à présent à l'utiliser dans les appareils à double induction.
B. J'ai établi que les intermittences devaient être éloignées ou rapprochées au gré du médecin; que si, par exemple, il était indiqué de ne donner qu'une ou deux intermittences par seconde, un Courant à intermittences rapides devenait aussi Souvent indispensable.
Or ces conditions ne se trouvent réunies dans aucun appareil volta-électrique.La #rande roue de Masson donne, ilest vrai, un courant très rapide; mais au delà d’une certaine vitesse l'intensité s’affaiblit au point de disparaître (1). Il est donc impossible d'obtenir avec cette roue un courant assez rapide pour faire contracter les muscles de la face d'une manière continue, sans produire un frémissement'qui gêne l'étude des fonctions musculaires de cette région.
MM. Breton frères ont eu l’idée de faire marcher la roue den: telée d'un petit appareil volta-électrique, qu'ils ont construit en 1840 ,au moyen d'un ressort d'horlogerie «ont ils modèrent la marche à l'aide d’une vis de pression. Ce système moteur a les mêmes inconvénients que la roue de Masson, car il ne produit pas un courant assez rapide pour servir à l'étude des fonctions musculaires, et ne peut jamais être assez ralenti pour être applicable, dans tous les cas, à la faradisation localisée.
En Allemagne et en Angleterre, on construit des appareils volta-électriques, dont les intermittences sont dues aux batte-
(1) Ce phénomène bizarre a longtemps embarrassé les physiciens, qui en ont conclu qu'au delà d’une certaine vitesse, l'induction ne pouvait plus se produire. Ce phénomène trouve son explication dans le vice de construction des lames de contact dont les vibrations sont telles, sous l'influence d’un mouvement ra-
pide de la roue, qu'elles restentsoulevées et ne sont plus en contact aussi parfait avec les dents’ de cette roue,
ments extrêmement rapides d'un petit fer doux, mis en mouvement par l'aimantation temporaire du fer doux de la bobine. Voici la description de ce réophore, que j’appellerai trembleur, tel qu'ilest construit par M. Keller de Wurzbourg: Le trembleur des appareils construits en Angleterre diffère peu du premier, dont il est une imitation (1).
Le trembleur est placé sur la partie supérieure de la bobine, qui est posée verticalement dans, la boîte. Il se compose d'une lame métallique qui supporte une petite plaque de fer doux (fer doux du trembleur) et qui est fixée par une de ses extrémités à un bouton sur lequel est soudé un des fils de la bobine. L'extrémité libre de cette lame. forme le contact avec une autre lame qui lui est superposée, et qui, au moyen d’une vis, s’en éloigne ou s'en rapproche: Lorsque la lame communique avec l’un des pôles de la pile, et que l’autre pôle est mis en communication avec le bouton auquel est soudé l’autre bout du fil enroulé sur la bobine, le fer doux placé au centre de la bobine s'aimante et attire le fer doux du commutateur fixé à la lame. A l'instant, la solution du courant de la pile ayant lieu, l’aimantation du fer central de la bobine cesse, et la force d’élasticité de la lame ramène le fer doux à sa position première. Alors nouveau contact, nouvelle aimantation, et nouvelle interruption du courant. Ces phénomènes se succèdent avec une telle rapidité, que le courant d'induction est presque continu, quant à ses effets physiologiques.
Le nombre d'intermittences obtenues dans l’espace de quelques secondes par ce commutateur est incalculable; son action physiologique et thérapeutique est des plus précieuses dans certains cas. On sait maintenant tout le parti qu'on peut tirer de l'emploi du trembleur, soit qu'on veuille étudier les fonctions musculaires, soit qu'on veuille agir énergiquement sur la sensibilité, sur la tonicité musculaire (2); et j'ai démontré (p.108)
(1) Je crois que M. De la Rive est l’inventeur de cet ingénieux réophore ; c'est du moins lui qui le premier la appliqué à la décomposition de l'eau, dans le but de séparer les gaz oxygène et hydrogène sans aücun mélange,
(2) L'intensité d'action physiologique du courant, qui croit en raison de Ja rapidité des intermittences au moyen du trembleur, démontre que les physiciens ont eu tort de dire qu’au delà d'une certaine vitesse l'induction ne pouvait plus avoir lieu ou s’affaiblissait. Cette erreur était née d’une expérience mal faite par la roue de Masson, comme je Pai dit plus haut.
qu'en raison même de cette action spéciale et des sensations douloureuses, presque tétaniques , qu'il développe pendant la faradisation musculaire, le trembleur est souvent dangereux ou inapplicable. Il en résulte que les appareils volta-électriques, dont les intermittences sont opérées seulement par ce système moteur, sont encore plus dangereux que les appareils magnéto-électriques dont les intermittences sont moins rapides.
C. Les différents modes de graduation adaptés aux appareils volta-électriques ne mesurent pas tous d'une manière exacte les doses électriques.
Les uns s’obtiennent au moyen de fers doux qu'on enfonce plus ou moins dans la bobine, et qui, on le sait, concourent aux phénomènes de l'induction par leur aimantation temporaire. M. Masson place au centre de Ja bobine de son appareil des fils de fer doux d'un millimètre de diamètre en plus ou moins grande quantité, selon le degré d'intensité qu'il veut produire. Ce système de graduation est long et inapplicable à la faradisation localisée. Lorsque tous les fils de fer sont retirés de la bobine, il reste encore la force d'induction par l'influence des spires qui ne peut être graduée.
D'autres fabricants ont adopté un mode de graduation très insénieux et préférable au précédent, mais qui manque aussi de précision et d'exactitude. Ce système de graduation se compose (voyez fig. 15) d’un tube de verre F d'un centimètre de diamètre et de 10 à 12 centimètres de longueur, terminé à son extrémité inférieure par un petit fond-de cuivre I que l'on met en rapport avec un des conducteurs des excitateurs , et à son extrémité supérieure par un bouchon à travers lequel une tige métallique pénètre dans l'intérieur du tube rempli d'eau. A l'extrémité supérieure du tube existe une virole métallique K qui communique avec la tige J et est mise en rapport avec une des piles de l'appareil au moyen d’un crochet de cuivre.
On comprend que, lorsque l'extrémité de la tige J vient à toucher le fond métallique I du tube, le courant faradique passe sans obstacle, comme s’il n'avait à traverser qu'un conducteur métallique ; mais que, sitôt que le contact cesse, ce courant doit traverser la couche liquide qui sépare l'extrémité de la tige métallique du tube liquidequi conduit moins que les métaux. Il suffira
donc d’enfoncer plus ou moins la tige dans le tube de verre pour augmenter plus ou moins l'épaisseur de la couche d’eau que le courant devra traverser, c'est-à-dire pour augmenter ou diminuer l'intensité du courant.
Ge système de graduation repose, on le voit, sur la mauvaise conductibilité de l’eau. Mais il n’existe pas de proportion arithmétique entre la force croissante ou décroissante du courant et la progression ou le retrait de la tige métallique, qui s'enfonce plus ou moins dans le tube rempli d’eau ; car il est reconnu que ce liquide oppose au courant une résistance qui croît en raison du carré des distances. En conséquence, les divisions de la tige qui sert de graduateur ne représentent pas une mesure exacte et qui puisse servir à doser les courants suivant les indications diverses. |
En outre, cette graduation est incomplète. En effet, ne sait-on pas que l’eau conduit des milliers de fois moins bien l'électricité que les métaux? Il en résulte donc que la force de l'appareil diminue dans une proportion considérable à l'instant où la tige métallique abandonne le fond métallique du tube, quelque mince que soit la couche de liquide que le courant doit traverser pour passer de ce fond dans la tige. Il en résulte aussi qu'à l'instant où la tige arrive en contact avec le fond du tube, la force de l'appareil passe subitement à son maximum. Dans les appareils allemands.que j'ai eu l’occasion d'examiner, le tube graduateur est tenu dans la main, de sorte que le moindre mouvement change le niveau du liquide et occasionne des irrégularités dans l'intensité du courant. C’est sans doute pour remédier à ce grave inconvénient que les fabricants anglais ont fixé ce tube graduateur à leurs appareils.
Le meilleur mode de graduation, le seul de tous ceux qu'on a inventés qui puisse étreappliqué à mesurer exactement les doses électriques, est sans contredit celui qui s'obtient au moyen de la double induction. C’est à notre confrère M. Rognetta qu'appartient l'honneur de l'avoir appliqué le preinier aux appareils volta-électriques (c'est le docteur Rognéetta qui m'a fourni luimême ce renseignement).
Comprenant la nécessité de doser l'électricité dans les applications thérapeutiques, ce qui jusque-là avait été négligé, ce médecin, adoptant le système d’induction par deux fils de
cuivre superposés, eut l'idée de graduer le courant par l'action mutuelle des deux fils. Ces deux fils sont enroulés sur deux bobines, dont l'interne, composée du plus grand fil et d'un fer doux, est appelée bobine inductrice. Celle-ci, s’enfonçant sous la forme d'un tiroir dans Ja bobine externe, influence un plus ou moins grand nombre de ses spires, et mesure en même temps l'intensité de son courant d'une manière mathématique.
Tel estle système de graduation inventé par M. le docteur Rognetta, et.exécuté en 1840 avec beaucoup d'intelligence par MM. Breton frères. Le petit appareil auquel il a été appliqué est connu dans le commerce sous le nom de ces habiles fabricants. Il est àmegretter que l'appareil volta-faradique des frères Breton n'ait pas le degré de force nécessaire, suivant moi, pour l'objet en vue duquel il a été construit; que le courant de deuxième
ordre soit le seul applicable ; que les intermittences ne soient ni assez rapides ni assez lentes pour Répo Que aux nombreuses indications de la faradisation.
«D. Espérant sans doute diminuer les inconvénients de la pile de Bunsen, MM. Breton frères ont adopté pour leur appareil le système de la pile de Daniel, et ont donné au récipient qui contient le zinc et le cuivre la forme d’une petite auge de porcelaine qui s'applique contre l'appareil. La force de cette pile diminue rapidement par le dépôt métallique qui forme une crasse épaisse à la surface du cuivre et du zinc (j'ai constaté qu'en moins de: dix minutes elle perd jusqu'à la moitié de sa puissance). Il faut alorsdanettoyer et renouveler les solutions de sulfate de cuivre et de sel marin. On sait combien cette opération est sale et longue. Aussi, dans les hôpitaux où J'ai trouvé cet appareil, a-t-on renoncé pour ce motif à son emploi.
Les préparations ét l'entretien. que nécessite l'usage de la pile de Bunsen, les acides qui entrent dans sa composition, rendent l'application des appareils volta-faradiques difficile dans la pratique civile, et plus encore dans la pratique des hôpitaux. À l'époque où J'étais forcé de mé servir de cette pile comme courant initial des appareils d’induction , il me fallait plusieurs aides pour transporter d’un lit à un autre les différentes parties de l'appareil, et je perdais un temps considérable à interrompre où à rétablir les communications entre la pile et l'appareil faradique.
EXAMEN CRITIQUE DES APPAREILS FARADIQUES. 425 J'ai dit dans le paragraphe précédent, à l’occasion de l’examen critique des appareils magnéto-faradiques, que les appareils allemands de ce genre sont la copie des appareils anglais et français (de Clark, de Dujardin, de Breton). Mais il n'en est pas de même pour les appareils volta-faradiques. Ainsi M. Neef- Wagner est, je crois, le premier qui ait adapté aux appareils électro-médicaux le trembleur de M. De la Rive, réotome dont jai fait ressortir les avantages. Cette heureuse innovation fut bientôt adoptée pour un grand nombre d’autres appareils qui apparurent sous des noms différents (appareil de Gentsch, de Keapfer, de Goldberger, de Keller, etc.).
De tous ces appareils, celui qui ma paru le plus ingénieux et qui présentait, des modifications importantes, cest celui de M. Keller de Wurzbourg, que Jai fait venir d'Allemagne en 1847 ,et dont j'ai fait un long usageau commencement de mes recherches. Il se compose d'une bobine, d’une petite pile de Bunsen modifiée, d’un trembleur, et d’un tube à eau graduateur. Le tout est renfermé dans une petite boîte à double compartiment. Dans un compartiment se trouvent la bobine et le trembleur disposés comme je l'ai décrit plus haut (page 121). Le second compartiment renferme la pile, le tube graduateur dont j'ai donné la description (page 122),et les excitateurs avec leurs conducteurs, La pile de ce petit appareil mérite une mention particulière. Elle se compose d’un charbon cylindrique, d'un zinc placé à l'extérieur et séparé du charbon par un intervalle de 2 à 3 millimètres sous vase poreux, et d'un verre ordinaire qui sert de récipient. Le charbon, de 4 centimètres de diamètre et de8 centimètres de hauteur, est creusé au centre dans les deux tiers de sa hauteur. Cette cavité, d’un centimètre et demi de diamètre, est remplie par une poudre de grès.On verse de l'acide nitrique dans le centre du charbon jusqu'à ce qu'il en soit bien pénétré. Dans cet état, de l'eau salée, et méme de l'eau simple, versée dans le verre et dans laquelle plongent le charbon et le zinc, renouvelée chaque fois qu'on fait usage de l'appareil, suffit pour fournir un courant galvanique intense pendant un temps assez long (M. Bouvier m'a dit avoir fait marcher un gros appareil d'induction avec cette petite pile pendant cinq à six semaines, sans qu'il ait été obligé d'en renouveler l'acide). Lorsqu on s aperçoit que le courant s’affaiblit, on verse sur la poudre
de grès de l'acide nitrique qui pénètre de nouveau le charbon par endosmose. Enfin les pôles de la pile sont mis en commu- | nication avec la bobine par un mécanisme très simple, sans qu'il soit nécessaire de la retirer de son compartiment. Tout le monde saisit les avantages pratiques de cette petite pile, qui n'a plus les inconvénients des piles de Bunsen ordinaires, si désagréables à cause de l'usage continue] de l'acide nitrique liquide qu'elles nécessitent (1).
L'appareil de M. Keller, dont l'hélice était peu volumineuse, fournissait cependant un courant assez intense, et agissait très puissamment sur la sensibilité, grâce aux vibrations de la lame de son trembleur(je dirai plus tard ce que c’est qu'un trembleur à vibration, et j'en exposerai les propriétés spéciales comme lés inconvénients). Cet appareil très simple, d'un prix modéré (il m'avait coûté, y compris le port, 50 francs), très portatif et d'un usage facile, avait les défauts suivants : 4° il ne fournissait que des intermittences rapides; 2° sa graduation était faite par le tube à eau, dont j'ai démontré Finsuffisance ; 3° son intensité était trop faible pour répondre à toutes les indications. C'est pourquoi j'ai dû renoncer à l'employer,
Telles sont les observations critiques qui m'ont été inspirées par une longue pratique des appareils les plus usités. Mais J'ai pensé qu'un nouveau devoir m'était imposé par la sévérité même de cette critique, celui d'essayer de faire mieux. C'est pourquoi je me suis livré avec ardeur à un nouveau genre de recherches peu en harmonie avec mes habitudes, et qui m'eussent été bien pénibles, si je n'avais eu quelque aptitude et quelque goût pour la mécanique, et surtout si je n'avais eu constamment présente à l'esprit la réalisation d’une idée, la localisation de la puissance électrique dans les organes et son application aux sciences médicales.
Je me mis donc à fréquenter les ateliers où j'appris bientôt les secrets de la fabrication, et après bien des essais Je pus produire des appareils construits de mes propres mains,
(t) Je ne sais à qui l'on doit cette heureuse modification de la pile. Mais je ferai remarquer qu’en Allemagne on avait placé le charbon à l'intérieur du zinc (en sens inverse de la pile ordinaire de Bunsen), longtemps avant que M. Archerau, qui s’en est dit l'inventeur, eût adopté ce système pour ses piles galvaniques.
APPAREIL VOLTA-FARADIQUE. 427
bien qu'auparavant Je n'eusse jamais manié la lime ni le marteau.
C’est d'après ces appareils que j'ai tracé le plan des appareils volta-faradiques et magnéto-faradiques dont je vais donner la description , et qui ont été exécutés avec taient par MM. Char- g rière et Deleuil. |
ARTICLE II
Mon appareil volta:faradique à double courant était assez compliqué à son origine; il a subi le sort de tout appareil nouveau. La multiplicité de ses courants en rendait la description difficile à comprendre, bien que sa mise en action füt très simple, et il était en outre sujet à de fréquents dérangements, L'usage de cet appareil primitif m'a bientôt fait comprendre ses défauts.
Je lui ai fait subir successivement des modifications importantes qui l'ont ramené à une grande simplicité, et conséquemment ont diminué de beaucoup la fréquence des accidents qui pouvaient en arrêter la marche ou en affaiblir la force.
De plus, l'appareil modifié offre aujourd'hui un système de graduation plus parfait, des moyens plus variés de produire des intermittences plus ou moins rapides.
Pour que l'on COMPFERRE mieux l'importance de ces modifications progressives, | ai fait représenter dans les figures 14 et15 l'appareil primitif et l'appareil perfectionné. Ces fetes en faciliteront la description.
$ Ier. — Description.
A. Le premier modèle de l'appareil volta-électrique (fig. 14) se composait : d'une pile plate O ; de deux bobines superposées; d’un graduateur formé par la bobine externe mobile, et que l’on faisait marcher sur la bobine interne au moyen dela petite planche renfermée dans le tiroir U, qui, lorsqu'on voulait
s'en servir, pouvait être relevée comme dans la figure 14 ; d'un
trembleur A.
Ari