PRÉFACE. VII
modèles ou sur mes dessins que MM. Charrière et Deleuil ont fabriqué les appareils qui ont été présentés aux Académies des sciences et de médecine de Paris. C’est à l’aide de ces appareils, mais à l’aide de ces appareils seulement, auxquels je suis par venu à donner l’ensemble des propriétés qu'exige l'usage médical, que j'ai pu faire mes recherches électro-physiologiques, pathologiques et thérapeutiques. Au pomt de vue physique, ils constituent aussi un progrès réel, sur lequel je n'ai point à m'expliquer ici. Je ne doute pas d’ailleurs qu'on ne puisse les perfectionner encore.
Il ne suffisait pas d’avoir fait des appareils supérieurs à ceux qui étaient en usage. Il me fallait aussi démontrer la supériorité de ma méthode d’électrisation localisée sur les procédés d’électrisation employés jusqu'alors; c'est ce que je me suis efforcé d'établir dans un mémoire intitulé : Examen critique de différentes méthodes d’électrisation (1).
La valeur de l'électrisation localisée, ainsi que son avenir, ne peut être Jugée que par les résultats qu’elle a déjà produits ; je vais donc essayer de résumer ces résultats dans un coup d'œil rapide. On reconnaitra, j'espère, par les faits qui seront exposés dans le cours de ce livre, que l’électrisation médicale est digne du rang élevé qu’elle occupe aujourd'hui, et dont le caprice ni la mode ne sauraient la faire descendre désormais.
A la faveur de l’électrisation localisée, j'ai pu créer une sorte d'anatomie vivante de l’homme. Portant mes investigations sur chaque partie du corps, j'ai déterminé d’une manière exacte l'action isolée et individuelle de tous les muscles. Les muscles du membre supérieur, la plupart de ceux du trone, les muscles de la face et le diaphragme, ont été notamment l'objet de recherches spéciales. Je dois ajouter que la connaissance exacte de l’action individuelle des muscles, due à l’expérimentation électro-physiologique, serait insuffisante pour l'étude de leurs fonctions; car, physiologiquement, l'action musculaire n'est jamais isolée.
Les contractions musculaires, si elles étaient isolées et indépendantes les unes des autres ne manqueraient pas de produire souvent des accidents ou des difformités : c'est ce que Je dé-
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(1) Mémoire adressé à la Société de médecine de Paris en 1852.
vil | PRÉFACE.
montrerai par l’expérimentation électro-musculaire. Il n'en est pas ainsi dans l'état physiologique ; les actions des muscles sont synerpiques, et ce nest qu'en m'aidant de la pathologie électromusculaire, qui a servi en même temps de contrôle à l'électrophysiologie, que j'ai pu étudier la part de chaque muscle dans les actions musculaires synergiques et dans les attitudes normales qui en résultent.
fl ne m'appartient pas de juger du mérite de ces recherches ; cependant je puis dire que si les faits qui en ressortent sont exacts, la physiologie musculaire aura changé de face sur un grand nombre de points. Ces faits me paraissent, pour la plupart, acquis à la science; ils ont été reproduits expérimentalement et publiquement des centaines de fois, souvent en présence des hommes les plus éminents; la plupart ont été favorablement jugés par des commissions académiques ; enfin quelques-uns ont été enseignés officiellement à l'École de médecine de Paris.
Malgré la publicité déjà donnée à certains phénomènes musculaires, et bien que leur découverte soit le résultat de recherches qui datent déjà de plusieurs années et d'expériences répétées journellement et publiquement, je n'en ferais pas mention dans ce livre, s’il restait le moindre doute dans mon esprit sur leur réalité.
Ce préambule doit faire pressentir au lecteur que j'aurai à l'entretenir de phénomènes inattendus. En effet, mes recherches sur les propriétés musculaires m'ont fait découvrir que la contractilité électro-musculaire n’est pas nécessaire à l'exercice des mouvements volontaires. De ce fait scientifique tout à fait nouveau découle la non-identité du fluide nerveux et de l’agentélectrique.
J'ai également été conduit à admettre que les mouvements volontaires ont lieu en vertu d’une propriété inconnue jusqu’à ce Jour, propriété que j'appelle conscience musculaire, et qui se perd dans certaines conditions patholosiques.
Ces faits, on le voit, s'attaquent à UEREEURS des principes fondamentaux de la vie ; ils sont de nature à modifier les idées qu'on s'en était faites Tete à présent.
J'avoue avoir longtemps reculé devant la grande responsabilité que devait faire peser sur moi l'énonciation de phénomènes aussi nouveaux. N'avais-je pas à craindre, en effet, que leur valeur ne fût compromise par leur étrangeté même; heureu-
PRÉFACE, IX sement qu'ils sont saisissants de vérité et faciles à constater. Mes recherches électro-physiologiques n'intéressent pas moins Ja pathologie; elles éclairent le diagnostic différentiel des affections musculaires , et donnent la clef du mécanisme de certaines difformités jusqu'alors inexplicables par les données de la physiologie écrite. Je leur dois la découverte d'affections non encore décrites, la paralysie et la contracture du diaphragme; et, sans l'électrisation localisée, l'histoire de l'affection musculaire la plus grave, la plus étrange, d'une maladie trop commune qui frappe indistinctement toutes les classes de la société, l'histoire de l'atrophie musculaire qgraisseuse progressive serait encore à faire. C'est en quelque sorte de mes excitateurs qu'elle est sortie; c'est l'électrisation localisée qui m'a permis de disséquer, pour ainsi dire, chacun des muscles atrophiés. Sans l'exploration M umculaire ,je n'aurais pu diagnostiquer les faits d'atrophie musculaire qui ont été l'objet du premier travail adressé par moi en 1849 à l’Académie des sciences (1), lesquels faits ont servi de base à la belle description de cette maladie écrite plus tard par M. Aran en 1851. Et comme par une sorte de réciprocité, si cette affection musculaire n'avait pas existé, mes recherches électro-physiologiques eussent été impossibles, ainsi qu'on pourra s'en convaincre par la suite.
L'électrisation localisée appliquée à l'étude de Pétat de la contractilité et de la sensibilité électro-musculaires dans les paralysies ma permis encore de publier des travaux qui intéressent au plus haut degré le diagnostic différentiel de ces affections. Les Déberches électro-pathologiques de Marshall Hall tendaient seulement à établir le diagnostic différentiel de deux grandes classes de inaladies, des paralysies cérébrales et des paralysies spinales, laissant de côté les paralysies hystériques, rhumatismales et saturnines, etc. Je suis allé plus loin, car les signes que J ai déduits de l’état de la contractlité et de la, sensibilité électro-musculaires s'appliquent au diagnostic de toutes les paralysies partielles ou générales.
Au début de mes recherches, je pensais m'en tenir aux ques+ tions purement scientifiques, éviter, autant que possible, gas
(1) Recherches électro-physiologiques sw Patrophie musculaire avec transformation graisseuse,