‹ De l'électrisation localisée et de son application à la physiologie, à la pathologie et à la thérapeutiqueChapitre 59 sur 140 · EXPOSÉ HISTORIQUE · texte numérisé non relu

EXPOSÉ HISTORIQUE

Les anatomistes de l'antiquité ne reconnaissaient qu'un seul muscle respirateur, le diaphragme; ils lui attribuaient en conséquence exclusivement le pouvoir d'élever et de porter les côtes en dehors.

Mais Galien fut conduit, par ses nombreuses et ingénieuses vivisections, à admettre l'existence d'autres muscles respirateurs que le diaphragme, qu'il a appelés respirateurs extraordinaires, et à restreindre l'action du diaphragme aux côtes inférieures, qui, selon ce prince des anatomistes, sont portées en haut et en dehors (sursum et leviter prorsum) (1).

. (1) Voici le passage dans lequel Galien décrit cette action du diaphragme et que j'ai extrait de la traduction francaise des Administrations anatomiques de C. Galien, par Daleschamp : « Mais tout le mouvement d'icelle (de la poitrine)

Ce n’est pas ici le lieu de rapporter les expériences curieuses au moyen desquelles Galien parvint à établir l'existence d'autres muscles respirateurs que le diaphragme, et à déterminer la part qui revient à chacun d'eux dans l'acte de la respiration.

Je me bornerai à rappeler l'expérience qui a trait aux fonctions respiratrices du diaphragme. |

Pour obtenir la contraction isolée du diaphragme , Galien paralysait sur un animal vivant tous les autres muscles respirateurs, en liant les nerfs intercostaux et ceux des dentelés, des pectoraux , etc., ete., ou en coupant ces derniers muscles (4). Certain, dès lors, qu'aucun autre muscle que le diaphragme ne pouvait se contracter pendant l'inspiration, il constatait les mouvements d'expansion des parois thoraciques, qui étaient limités, ainsi que je l'ai dit, à la partie inférieure.

Cette belle expérience de Galien a'été oubliée (2) ou ne paraît pas avoir été prise au sérieux par la plapart des physiologistes, qui n en ont pas mére fait mention, etqui ont remis en question, comme on le verra bientôt, un phénomène qui paraissait si bien établi, c’est-à-dire l'agrandissement de la base du thorax sous l'influence de la contraction isolée du diaphragme, alors quil a conservé ses rapports naturels avec les organes voisins. . Au xvr° siècle, l'opinion de Galien sur l’action du diaphragme, comme muscle inspirateur, résnait encore dans la science, puisque Vésale, qui ne laissait échapper aucune occasion d’attaquer l'autorité de ce maître , jusqu'alors respectée, reconnaissait le fait physiologique découvert par ce grand anatomiste. En effet, Vésale écrit: « qu'il (le septum transversum) écarte les côtes inférieures , les sixième et septième côtes thoraciques aux cartilages desquelles il s'insère également, et que c’est à cause de

» est manifestement fait en l'inférieure partie, par le diaphragme, quise tendant » et se lâchant alternativement, dilate et serre l’extrémité d’icelle, qui lui est pro- » chaine. Le diaphragme aussi, par le moyen de l’écusson de l’estomac , tire » contre bas le brichet: contrement et en devant les côtes fausses tout douce- » ment. » (Chap. xxu du livre VII, p. 192.)

(1) Galien entre dans des détails minutieux sur la manière intéressante de pratiquer ces opérations, qu'il dit avoir faites un grand nombre de fois en présence de ses disciples. (4dm. anat., livre VIII, chap. 11, 1v, v, vi, VII et vu.)

(2) J'aurais tort de dire qu’elle a été complétement oubliée, car M. Daremberg, si yersé, comme on le sait, dans l'étude des anciens , la rapporte tout entière dans sa thèse inaugurale pour le doctorat.

cela qu'il dilate et augmente la capacité du thorax. » (Livre IF, chap. xxxv.) Mais comme s'il voulait expliquer le mécanisme de ce mouvement des côtes, il ajoute que « le diaphragme, en se contractant pendant l'inspiration, remonte dans la cavité thoracique et entraîne conséquemment en dehors et en haut les côtes auxquelles il s'insère.

Qu'on ne croie pas que ce soit par inadvertance ou par défaut d'observation, qu'un anatomiste aussi éminent que Vésale a professé de telles erreurs sur les mouvements propres du dia: phragme; car il dit dans le même chapitre qu'il s'est livré à de nombreuses vivisections pour démontrer la réalité de ces phé: nomènes. « Je nisnore pas, dit-il, que quelques grands anatomistes de ce siècle, assistant à mes expériences , prétendent que Je mouvement propre du diaphragme se fait vers le bas; il ma fallu leur prouver le contraire. » Pour ne laisser aucun doute sur sa conviction à cet égard , il ajoute un peu plus loin : « Le mouvement d'élévation et de dilatation du diaphragme pendant que le thorax s'agrandit et augmente, est si évident dans. les vivisections, que ce muscle entraîne dans la cavité du thorax et soulève après lui le foie et l'estomac. »

Il ressort de ce qui précède , que bien que Vésale ait reconnu comme Galien le mouvement d'expansion des côtes inférieures, produit par la contraction du diaphragme, cet anatomiste s’est complétement mépris sur le mécanisme de ce mouvement, puisqu'il attribuait à l'élévation de ce muscle le résultat de sa contraction.

Malgré l'autorité de son nom, Vésale ne parvint pas à faire triompher ses idées sur les fonctions du diaphragme, car Co lombus, l'un de ses disciples les plus célèbres, professa, cont trairement à son maitre, que le diaphragme s’abaisse pendant l'inspiration, mais qu alors il est dans le relâchement, de telle sorte qu'en sélevant sous l'influence de la contraction, il tire les côtes inférieures en dedans, et qu'en S'abaissant illeur permet; grâce à son relâchement, de se porter en dehors pendant l'in spiration (1).

On trouve les mêmes opinions contradictoires, les mémes erreurs sur l'action propre du diaphragme dans les auteurs de

(1) Colombus, De re anatomica ; liv, V, chap. xx, p, 257, édit. de Francfort, 1593. In-80,

cette époque et du siècle suivant. Il est vrai que Jean Riolan a écrit (Ænatomia corporis humant) que le diaphragme se contracte et s'abaïsse pendant l'inspiration, et resserre en même temps la base de la poitrine ; mais ce n'est qu'une assertion sans preuves , qui n'a pas le mérite de s'appuyer, comme chez tous les anatomistes précédents, sur l'expérimentation.

Il faut arriver à Borelli, moins anatomiste que profond mécanicien, pour avoir la démonstration réelle du mouvement propre du diaphragme et de l'agrandissement du diamètre vertical de la poitrine par la contraction de ce muscle pendant l'inspiration. Mais après avoir prouvé aussi qu'en raison de sa structure et de ses points d'attache , le diaphragme doit nécessairement resserrer la base du thorax , Borelli nie absolument que la respiration par ce muscle puisse se faire sans le concours des intercostaux (1).

Winslow (2), Haller (3), et après eux toute l'école physiolopique moderne, ont professé la même doctrine, la même théorie que Borelli sur la respiration diaphragmatique (4).

Depuis plusieurs siècles , on le voit, les idées de Galien sur Paction respiratrice du diaphragme étaient abandonnées et même oubliées, quand , en 1833, M. Magendie annonça qu'aux mus-

(1) « Attamen nego , spontaneam inspirationem fieri absque auxilio et actione » musculorum intercostalium, nam in nobis ipsis, et in dormientibus oculis et digitis » observamus costas dilatari et stérnum elevari versus jugulum.Talis autem motus » thoracis a contractione fibrarum diaphragmatis fieri non potest,quia cum contra- » huntur, perimeter ejusdem diaphragmatis minuitur et trahitur versus centrum ; » et proinde costæ mendosæ, appendices verarum et sternum trahuntur a diaphrag- » mate deorsum : ergo tantum abest , ut elevationem costarum producant , quod » éam impediant et stringant perimetrum thoracis; et ideo inspiratio fieri non » posset. Igitur ad quamlibet inspirationem efficiendam , necessario diaphragma , »” una cum intercostalibus, communi actione concurrere debent, » (Alphonsi Borelli. De motu animalium pars secunda , proposition Lxxx1v.)

(2) Sur les mouvements de la respiration, mémoire à l'Académie des sciences, en 1753.

(3) Élém. physiol., tome TT, liv. vur, p. 85. Haller dit en note, à la même page : « Habet etiam Vesalius et ipse Galenus. » —L'historique que je viens de faire prouve que Haller prétait aussi à Galien et à Vésale des idées absolument contraires à celles que ces anatomistes ont professées sur le diaphragme. La probité scientifique d'Haller est trop bien établie pour qu'on accuse ici sa bonne foi, Ces erreurs, trop fréquentes dans ses écrits, retombent sur ceux dont il se faisait aider dans ses recherches et qui interprétaient aussi infidèlement les auteurs.

(4) Sabatier et Boyer ont cependant fait intervenir les petits dentelés inférieurs et postérieurs comme élévateurs des côtes dans la respiration diaphragmatique , au lieu des intercostaux,

cles élévateurs des côtes, il faut encore ajouter un muscleauquel, disaitil, on n'avait pas encore attribué cet usage (A), le dia: phragme. Voici comment ce physiologiste explique le mécanisme de ce mouvement. « Quand le diaphragme se contracte, il refoule en bas les viscères; mais, pour cela, le sternum et les côtes doivent présenter une résistance suffisante à l'effort qu'il fait pour les tirer en haut. Or, la résistance ne peut qu'être impar faite , péisque toutes ces parties sont mobiles; c’est pourquoi chaque fois que le diaphragme se contracte, il doit toujours élever plus ou moins le thorax. En pénéral ; l'étendue de l'éléva: tion sera en raison directe de la résistance des viscères abdomi: naux et de la mobilité des côtes. » (Précis de physiologie, t. A, p. 380). Malheureusement, il manquait à cette théorie la démonstration expérimentale, et il en résulta que le savant phy: siologiste ne convertit personne aux idées de Galien et à sa théorie aussi neuve qu'ingénieuse. Les expériences que ] aurai bientôt à rapporter me permettront, j'espère, d'en apprécier la valeur.

Dix ans après (en 1843), MM. Beau et Maissiat, s'appuyant cette fois sur des’ vivisections, essayèrent aussi de réhabiliter, dans un travail remarquable (2), l'opinion de Galien sur l’action du diaphragme comme élévateur des côtes.

Après avoir coupé sur un chien les grands dentelés, les pecto= raux et les scalènes, ils pratiquèrent de chaque côté l'incision des six derniers espaces intercostaux, depuis le sternum jusqu à la colonne vertébrale, de manière à séparer transversalement les parois thoraciques en deux portions, et alors ils observèrent encore quelques mouvements inspiratoires dans la portion infé: rieure, malgré l'étendue de cette plaie, et malgré surtout l'af faissement des poumons qui eut lieu immédiatement. Après avoir ensuite exurpé rapidement le diaphragme, le segment ‘inférieur resta immobile.

MM. Beau ét Maissiat ont conclu de leurs expériences que le diaphragme, par son action propre, élève les côtes diaphragmatiques en haut et les porte en dehors. Mais ils n'ont pas admis la nécessité du point d'appui sur les viscères abdominaux,

(1) Je regrette d’avoir à faire remarquer que la découverte que M. Magendie s'attribue appartient à Galien et a été connue pendant de longs siècles.

(2) Archives de médecine, 4° série, t. I, p. 224.

imaginée par M. Magendie pour expliquer le mécanisme de cette action du diaphragme sur les côtes inférieures, croyant que la résistance offerte à ce muscle par le péricarde, qu’ils ont nommé le tendon creux du diaphragme, était suffisante pour produire ces phénomènes. Je démontrerai bientôt combien cette dernière opinion de MM. Beau et Maissiat est peu fondée.

Les expériences de MM. Beau et Maissiat ont été répétées par M. Debrou avec des résultats tout à fait contraires : aussi cet observateur distingué s'est-il hâté de protester contre les conclusions de MM. Beau et Maissiat (1). Il en est résulté que le plus grand doute règne encore dans la science sur l’action réelle du diaphragme , comme dilatateur de la base du thorax, et sur le mécanisme de cette action.

Pour arriver à la solution de ce problème scientifique, solution nécessaire à l'explication des phénomènes morbides non encore décrits que j'aurai à déduire de ce travail, je me livre depuis plusieurs années à une série d'expériences électro-physiologiques sur l'homme et sur les animaux.

Ces expériences, qui me paraissent décisives , ét que je vais rapporter, me dispenseront de discuter les opinions différentes dont Je viens de faire l'exposé historique.

ARTICLE Il.

RÉCHERCHES EXPÉRIMENTALES.

Je me propose de démontrer : 1° les mouvéments imprimés aux côtes par le diaphragme, alors que ce muscle a conservé ses rapports naturels avec les viscères abdominaux ; 2° les mouvements imprimés aux côtes par le diaphragme,quand ses rapports naturels de contiguité avec les viscères abdominaux n'existent plus ; 3° enfin, le mécanisme des mouvements des côtes dans l'un et l’autre cas.

$ Ier, — Mouvements imprimés aux côtés par le diaphragme, dans ses rapports naturels avec les viscères abdominaux.

A. Expérience sur l'homme vivant. — C'est la pathologie qui ma offert la première occasion de provoquer la contraction

(1) Note sur l’action des muscles intercostaux, par M. T. Debrou (Gazette mé dicale, année 1843, p. 344).

isolée du diaphragme, au moyen de la faradisation localisée chez J'honime vivant.

Pour produire cette excitation du diaphragme, je dirigea le courant de mon appareil d'induction sur le nerf phrénique, en plaçant les réophores sur le point où ce nerf croise le scalène antérieur avant de pénétrer dans la poitrine. Je décrirai plus tard (chapitre 11, 3° partie) avec quelques détails, le procédé opératoire quil convient d'employer, quand on veut localiser l'excitation électrique dans le diaphragme. Voici, en résumé, la série de phénomènes électro-physiologiques qui se manifestèrent pendant cette expérience :

À l'instant où je fis arriver le courant d’induction sur le nerf phrénique, les côtes diaphragmatiques du côté excité s’élevèrent en se portant en dehors. Ces côtes firent un relief d’autant plus apparent, que la peau s’enfonçait dans les espaces intercostaux qui étaient évidemment déprimés; ce qui porte à croire que les muscles intercostaux de ces espaces n'étaient. pas alors en contraction. (Je me réserve de démontrer dans un autre tra= vail l’action des intercostaux.)

Cette expérience, répétée sur le nerf phrénique du côté opposé, donne les mêmes résultats. Enfin la faradisation simultanée des deux phréniques produisit la même expansion des deux côtés à la fois.

Pendant que le diamètre transversal était agrandi, le diamètre antéropostérieur augmentait aussi, mais d’une manière à peine appréciable.

Au moment où le mouvement d'expansion de la base du thorax fut ainsi produit artificiellement, l’air pénétra avec force dans les voies aériennes, malgré la volonté du malade à qui j'avais recommandé de suspendre sa respiration. Le bruit que faisait l'air en passant dans le larynx et la trachée ressemblait à un long soupir. Pour examiner si, dans ce cas, la dilatation des poumons par l’air est nécessaire au mouvement d'expansion des côtes inférieures qui se produit pendant l’excitation du nerf phrénique, j'empêchai l'air d'arriver dans les voies aériennes, après l'avoir fait expirer, en maintenant fermées la bouche et les narines du malade. Alors je vis le développement de la moitié inférieure de la poitrine et le soulèvement des hypochondres se faire aussi bien que si l’air pénétrait dans les poumons. Mais le malade ressentit alors une très vive douleur au niveau de la base du thorax et du côté excité (1).

J'ai répété ces expériences un grand nombre de fois, sur ce sujet et sur d'autres malades, en présence de nombreux témoins,

(1) La douleur accusée par le malade est peut-être occasionnée par la séparation des feuillets de la plèvre toujours accolés, même pendant les mouvements respiratoires,

dont plusieurs sont très haut placés dans la science (1), afin de ne pas me laisser entraîner par mes propres illusions, et toujours J'ai observé les phénomènes que Je viens d'exposer.

J'ai passé sous silence d'autres phénomènes intéressants, parce qu'ils ont moins directement trait au sujet de ce chapitre. Cependant je dois dire que la phonation était impossible pendant la contraction artificielle du diaphragme, et que l’excitation de ce muscle produite par un courant à intermittences rapides ne peut être pratiquée, même pendant un temps très court, sans causer une suffocation immédiate.

L’excitation du nerf phrénique ne peut produire que la contraction du diaphragme ; il est donc permis de rapporter à l'action de ce muscle tous les phénomènes observés pendant les expériences précédentes.

Mais pourrait-on affirmer que la contraction artificielle du diaphragme, obtenue par l'intermédiaire du nerf phrénique, ne provoque pas la contraction synergique d'autres muscles inspirateurs? L'expérience ma appris qu'on est sûr d'isoler par la faradisation localisée la contraction musculaire, etje suis certain, pour mon compte, que dans toutes les expériences précédentes le diaphragme entrait seul en contraction. Cependant j'en vais fournir la preuve acquise en répétant ces mêmes expériences

sur le cadavre humain.

B. Expérience sur un cadavre humain dont l'irritabilité n'était pas éteinte. — J'ai dirigé un courant d'induction très intense et à intermittences rapides dans le nerf phrénique d’un sujet qui était mort depuis quelques minutes à l'hôpital de la Charité, en agissant alternativement sur les nerfs phréniques droit et gauche, ou sur ces deux nerfs à la fois ; j'ai observé alors exactement les phénomènes décrits précédemment, c’està-dire que les côtes diaphragmatiques se sont portées en haut et°en dehors, et que les hypochondres et l’épigastre se sont soulevés, pendant que le cadavre faisait une inspiration assez distincte,

Cette expérience dissipe tous les doutes qui pouvaient encore subsister dans certains esprits sur la réalité de la contraction isolée du diaphragme, provoquée , dans les expériences précédentes, chez l'homme vivant.

(1) Ces expériences ont été répétées dans une des lecons de M. le professeur

Bérard.

On à remarqué, sans doute, la grande analogie qui existe entre l'expérience que j'ai faite sur le cadavre humain et la belle expérience de Galien que j'ai rappelée dans les considérations historiques. On à vu que chez l'animal vivant, ce prince des anatomistes et des physiologisteslaissaitarr iver la force nerveuse à un seul muscle inspirateur, le diaphragme, et paralysait les autres inspirateurs en liantou coupant leurs nerfs respectifs; au contraire, dans mon expérience faite sur le cadavre humain , je substitue la puissance électrique à à l'influx nerveux, et je la dirige sur le diaphragme, que j anime momentanément.

Ces deux expériences se contrôlent donc mutuellement, et démontrent, ce qui était d’ailleurs bien prouvé depuis dix-H siècles, quoique nié par la plupart des physiologistes, que chez he: à l’état normal , la contraction isolée du diaphragme produit un mouvement d' élévation et d'expansion des côtes auxquelles ce muscle s ‘insère.

Pour que la démonstr ation scientifique de cette proposition fût complète, il faudrait, ainsi que l'a très judicieusement remars qué M. le professeur Bérard (1), que l'excitation électrique fût appliquée directement sur le nerf phrénique dénudé. Mais une telle expérience est impr “aticable chez l'homme ; c'est ce qui m'a décidé à faire sur les animaux une série d'expériences que je vais exposer rapidement (2).

C. Expériences sur les animaux vivants et sur les animaux morts dont le nerf phrénique a été dénude.

A Æxcitation du nerf phrénique dénudé chez l'animal vivant. = L'animal étant maintenu couché sur le dos, le nerf phrénique fut mis à nu par M. Leblanc, avec une perte de she très légère ; alors je plaçai sur chaque nerf phrénique les réophores de mon appareil d'inducuion qui dégageait un courant très intensé (au maximum) et à intermittences rapides. La voix de l'animal , qui jusqu'alors avait poussé de longs hurles ments, s’éteignit tout à coup, et les côtes de la moitié inférieure du thorax s'élevèrent en se portant en dehors. L'agrandissement de la base dela

(1) Cours de physiologie fait à l'École de médecine. Paris, 1849; t. IT, p. 729:

(2) Depuis plusieurs années j'attendais, pour faire ces expériences , une octa= sion favorable. M. Leblanc, membre de l’Académie de médecine, toujours prêt a aider aux recherches scientifiques , m'a offert pénéreusement son concours ef son habitude des vivisections. C’est ce qui m’a permis de terminer mes recherches sur le diaphragme.

poitrine augmenta alors dans des proportions considérables (le diamètre transversal de la base de la poitrine nous parut à peu près une fois plus grand). Pendant tout le temps que le courant passa dans les nerfs phréniques , les muscles de l’abdomen se contractèrent violemment d’une manière continue, et les hypochondres se soulevèrent modérément. Les muscles inspirateurs supérieurs (les scalènes, les grands pectoraux, les dentelés, les trapèzes , et aussi les interosseux de la moitié supérieure de la poitrine) se contractaient avec une force extrême, mais ils se relâchaient brusquement pour produire les mouvements alternatifs de la respiration (llinspiration et l'expiration) dans la moitié supérieure de la poitrine, mouvements devenus impossibles dans la moitié inférieure, Bien que la poitrine se dilatât évidemment et assez largement dans cette moitié supérieure par cet effort suprême de l'animal, la respiration supérieure se ra lentit et s’affaiblit progressivement , et les signes de l’asphyxie se montrèrent rapidement en moins d’une minute. Ainsi, les lèvres étaient violettes, l'animal laissait pendre sa langue également violacée par sa gueule larges ment ouverte, ses yeux étaient saillants, etc. En moins de trois minutes de cette contraction continue et artificielle du diaphragme, l’asphyxie paraissait très avancée, Comme je destinais cet animal à d’autres expériences , j'interrompis le courant , et ce ne fut qu’assez longtemps après que l’animal put respirer et faire des mouvements.

L'excitation électrique d’un seul nerf phrénique, pratiquée avec le même courant, ne put produire l’asphyxie. Du côté excité, les côtes inférieures étaient , il est vrai, écartées; mais la respiration, qui exigeait de plus grands efforts, et qui évidemment s’exécutait librement du côté opposé, paraissait suffisante pour l’hématose,

Les expériences précédentes, répétées sur un cheval vivant, produisirent des phénomènes analogues, quant à l'expansion des côtes diaphragmatiques. Mais comme il est difficile d’atteindre le phrénique sur le cheval, sans couper le muscle trachélo-huméral , ce que nous avions négligé de faire, l'excitation ne fut pas limitée exactement dans les deux phréniques à la fois, et l'asphyxie complète ne fut pas obtenue.

2 Faradisation du nerf phrénique chez l'animal mort dont l'excitabilèté n'est pas éteinte. — Un courant d’induction intense et rapide fut dirigé sur les deux phréniques dénudés d’un chien qu'on venait d’assommer, et qui avait servi dans l’expérience décrite plus haut; alors on vit l'expansion des côtes diaphragmatiques se produire comme lorsque l’ani- Mal était vivant: mais ce mouvement était beaucoup plus limité, tandis que les parois abdominales se soulevaient davantage. Pendant cet agrandissement de la poitrine, l'air pénétra avec force dans les voies aériennes etoccasionna un bruit semblable à une grande inspiration.

J'ai répété cette même expérience sur plusieurs chevaux que M. Le: blanc avait eu !l’obligeance de faire abattre pour mes recherches, et sur lesquels il dénuda lui-même les nerfs phréniques.

La peau de ces animaux fut aussi enlevée rapidement, de telle sorte que nous pûmes voir et toucher tous les muscles inspirateurs pendant les expériences que nous avions à faire.

Deux gros nerfs croisaient obliquement le scalène antérieur ; je les tou= chai alternativement avec les réophores , et je vis que le nerf placé en dehors provoquait seulement la contraction de quelques muscles de épaule, et que le nerf le plus interne , que M. Leblanc m'avait indiqué comme le nerf phrénique , agissait uniquement sur le thorax et développait les phé= nomènes que je vais exposer, qu'il fut ou non en rapport avec la moelle (je mentionne ces détails pour prévenir certaines objections qui pourraient m'être faites). Ce nerf était donc bien le nerf phrénique, ce dont nous nous sommes assurés d’ailleurs en examinant son origine et son passage dans la poitrine.

Eh bien, voici ce que j’observai alors avec M. Leblanc et M. Debout, rédacteur en chef du Zulletin de thérapeutique, qui assistait aussi à ces expériences. Dès que j'excitai les deux phréniques à la fois, l'animal, mort depuis quelques minutes, fit une inspiration bruyante, ses côtes diaphrag= matiques s’élevèrent de chaque côté en se portant en dehors, et les paroïs abdominales se soulevèrent. |

Cet état de dilatation de la poitrine et de l’abdomen persista aussi long= temps que le courant rapide et intense de mon appareil continua de passer dans les nerfs phréniques. Si l’excitation était dirigée sur un seul nerf, les côtes inférieures et l’abdomen étaient mis en mouvement seulement du côté excité. Pendant cette expansion artificielle de la base du thorax, on put constater par le toucher que les intércostaux dénudés étaient dans un complet relâchement, et alors, si je plaçais sur ces mêmes intercostaux les réophores d’un autre appareil, on les sentait se gonfler et durcir.

En résumé, dans toutes ces expériences faites sur les animaux morts ou vivants, et dont les parois abdominales avaient été conservées intactes, la faradisation localisée dans les nerfs phré: niques dénudés a produit l'élévation des côtes diaphragmatiques, et leurs mouvements en haut ou en dehors.

Je dois dire cependant que, dans certains cas exceptionnels, le mouvement excentrique des côtes inférieures se propage aux côtes supérieures. C'est en effet ce que J'ai constaté sur un des cinq chevaux qui ont étésacrifiés pour mes expériences.L'animal était couché sur le côté opposé à celui dont le nerf phrénique était excité, et chaque fois que le courant faisait contracter son diaphragme, la paroi thoracique du côté excité s'élevait en

s'écartant dans toute son étendue. Mais ce mouvement était beaucoup plus prononcé dans les côtes diaphragmatiques. On se rappelle que sur les autres chevaux, comme sur le chien, l’expansion de la poitrine a été parfaitement limitée aux dernières côtes.

A quoi faut-il attribuer cette différence d'action du diaphragme dans l’un ou l'autre cas? Ne se pourrait-il pas que les cartilages des fausses côtes du premier cheval étant moins flexibles que chez les autres chevaux, le mouvement de la moitié inférieure de la poitrine eût éié communiqué à la moitié supérieure? Ou bien ce phénomène doit-il être attribué à ce que l'animal était couché sur le côté pendant l'expérience, tandis que les autres étaient maintenus couchés sur le dos ?

Quelle que soit la valeur de ces hypothèses, cette expérience en établit pas moins que, dans certains cas, le mouvement des côtes inférieures, sous l'influence de la contraction du diaphragme , peut être communiqué aux côtes supérieures.

. Il ne saurait exister aucun doute sur la contraction du diaphragme , dans toutes les expériences précédentes, puisqu'on nous a vu constater, par le toucher, que les autres muscles inspirateurs (les intercostaux, les dentelés, etc.) étaient dans le rélâchement.

Je ne pourrais préciser exactement le degré d'expansion 1mprimé aux côtes inférieures par le diaphragme à son summum de contraction. Je crois pouvoir affirmer, cependant, que cette éxpansion est alors assez considérable. Ainsi, j'ai vu que chez les chevaux morts, le thorax s’est dilaté de chaque côté de 4 à 5 centimètres; que sur le chien mort, le diamètre transversal stest agrandi d’un tiers; et enfin que, sur l'animal vivant, l'écartement des côtes inférieures était encore plus grand.

J'essaierai de démontrer la cause de cette différence d'expansion de la poitrine entre l'animal vivant et l'animal mort, quand les expériences que j'exposerai bientôt m auront permis d'en expliquer le mécanisme.

Dans toutes ces expériences, le diamètre antéro-postérieur du thorax s’est aussi agrandi, mais dans de très faibles proportions. Il faut même prêter une grande attention pour observer ce phénomène.

L'influence exercéé par la contraction continue du diaphragine

sur la respiration et la phonation est très curieuse et importante à étudier. J'en tirerai plus tard des déductions applicables à la patholosie du diaphragme.

$ II. — Mouvements imprimés aux côtes par le diaphragme, qui n’est plus dans ses rapports de contiguité avec les viscères abdominaux.

Les animaux qu'on venait d’abattre, et sur lesquels ont été faites les exe périences que je viens de relater, ont été éventrés et leurs viscères abaissés ; puis j'ai dirigé de nouveau, sur leurs nerfs phréniques dénudés, un cou rant intense et à intermittences rapides. A l'instant où le diaphragme s’est contracté, les côtes auxquelles il s’insère ont été attirées en dedans, au lieu de se porter en dehors, comme dans les expériences précédentes.

Ge mouvement concentrique des côtes diaphragmatiques est beaucoup moins étendu que le mouvement excentrique qu’on leur voit faire, quand les parois abdominales sont intactes. Ainsi, par exemple, chez le cheval mort et éventré, l’excitation du diaphragme resserre la base du thoraxà peu près de 2 centimètres de chaque côté, tandis que si le diaphragme a conservé ses rapports naturels avec les viscères abdominaux , la même excitation écarte les côtes de chaque côté de 5 à 6 centimètres. La différence entre Ces deux mouvements est donc de 7 à 8 centimètres de chaque côté du thorax.

Aussi longtemps que le courant passe dans les nerfs phréniques, la base de la poitrine est maintenue resserrée ; mais quand le courant est inter= rompu, les côtes inférieures s’écartent en vertu de leur élasticité, pour reprendre la position qu’elles occupent pendant l'absence d’action musculaire,

Le diaphragme, abandonné à ses propres forces quandil a perdu ses rapports de contiguïté avec les viscères abdominaux, est donc expirateur, quant aux mouvements qu'il imprime aux côtes inférieures, mais il n’en agrandit pas moins alors, en s'abaissant, le diamètre vertical de la poitrine.

Voici les changements que j'ai observés dans le plan du diaphragme chez le cheval mort et éventré pendant l’abaissement artificiel de ce muscle, Au moment où les réophores sont appli qués sur les deux nerts phréniques , Les fibres musculaires qui aboutissent au centre phrénique deviennent rectilignes et impriwent à la partie la plus externe leur direction oblique de dehors en dedans et de bas en haut; tandis que la partie du centre phrénique qui est liée au péricarde s’abaisse en conservant son plan horizontal, Mais cet abaissement du diaphragme s'arrête

bientôt, et quelque intense que soit le courant, on ne peut faire descendre ce muscle au niveau de ses attaches costales et sternales. Il en résulte qu'à son maximum de contraction, le diaphragme prend à peu près la forme d'un cône tronqué dont là base répond à la partie inférieure de la poitrine.

On voit qu'il y a loin de là à la forme convexe du côté de l'abdomen que prendraitle diaphragme pendant ses plus grandes contractions, d'après certains expérimentateurs, entre autres Haller. J'ai varié vainement mes expériences pour produire ce phénomène. Ainsi, jai excité alternativement les côtés du diaphragme, soit en concentrant le courant dans chacun des nerfs phréniques , soit en plaçant les excitateurs directement sur les fibres musculaires du diaphragme , jamais je n'ai pu produire la convexité en bas de ces fibres musculaires. Que ces dernières se contractent toutes ensemble ou partiellement, on les voit toujours devenir rectilignes de courbes qu'elles étaient, et conserver une direction oblique de bas en haut et de dehors en dedans.

Ce n'est pas que la contraction du diaphragme soit trop faible, quand l'abdomen est ouvert, pour produire un plus grand abaissement; car M. Leblanc et moi n'avons pas pu empêcher la descente du diaphragme en plaçant le poing au centre de ce muscle, pendant sa contraction sous l'influence d'un courant faradique à intermittences rapides. Il nous a fallu employer toute notre force pour en diminuer un peu l'abaissement.

On n'a pas oublié que l'animal mort, dont le diaphragme a conservé tous ses rapports naturels, fait une inspiration bruyante au moment où l'on provoque la contraction de ce muscle. Eh bien! ce phénomène n a plus lieu si les viscères abdominaux sont abaissés après son éventration. C'est ce qui prouve que, dans ce dernier cas , l'air passe en moindre quantité et avec moins de force dans les voies respiratoires. On se rend parfaitement compte de ces phénomènes différents en se rappelant que dans la première expérience, la capacité de la moitié inférieure s'agrandissait en tous sens, tandis que dans la seconde, elle diminue dans le sens du diamètre transversal.

$ III, — Mécanisme des mouvements de la partie inférieure de la poitrine pendant la contraction du diaphragme.

Comment expliquer que pendant plusieurs siècles les anato: mistes les plus illustres aient pu méconnaiître le mouvement d'abaissement du diaphragme par le fait de sa contraction, phénomène des plus patents, et qui n'est aujourd'hui contesté par personne? Il faut que ces anatomistes aient été trompés par les apparences, dans les vivisections qu'ils pratiquaient journellement. On sait qu'en effet, à cette époque, l'anatomie vivante (les vivisections) constituait la partie essentielle de l'étude de l'anatomie , et qu'on sv préparait par des dissections faites sur le cadavre (l'anatomie morte). Ainsi, Vésale, qui, à mon sens, ne peut pas avoir négligé de répéter cette curieuse expérience dans laquelle Galien paralysait tous les inspirateurs à l'exception du diaphragme; Vésale, dis-je, a vu sans doute, comme dans mes expériences électro-physiologiques , la poitrine se resserrer au moment de l’abaissement du diaphragme, si les viscères abdominaux de l'animal éventré n'étaient plus alors en rapport avec ce muscle. Or, comme il avait dû observer que dans cette même expérience la poitrine exécute un mouvement contraire à celui qu’elle fait pendant l'inspiration, alors que les parois abdominales du même animal sont dans leur état normal, n’a-t-1l pas pu se croire autorisé à en conclure que le diaphragme s'élève pen: dant l'inspiration, et que cette élévation est le résultat dela contraction de ce muscle? Une erreur aussi étrange, partagée par tant d’autres anatomistes non moins célèbres, ne peut s'expliquer que de cette manière.

Mais si ces expérimentateurs avaient pu, comme on me l'avu faire, maintenir le diaphragme en contraction continue pendant plusieurs minutes, en dirigeant sur lui un courant faradique, cet agent analogue à la force nerveuse, une telle erreur n'eût pas été possible de leur part, et ils auraient cherché alors la cause des mouvements contraires que le diaphragme imprime aux côtes , suivant que ce muscle a conservé ou-perdu ses rapports naturelsavec les viscères abdominaux; ils auraient enfin cherché à expliquer le mécanisme de ces divers mouvements.

C'est le problème que je vais m'efforcer de résoudre.

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