RECHERCHES EXPÉRIMENTALES
MM. Beau et Maissiat ont écrit, dans Île travail remarquable qu'ils ont publié dans les Archives générales de médecine (1), que le péricarde s'oppose assez énergiquement à l'abaissement du diaphragme pour lui offrir un point fixe, à l’aide duquel ce muscle élève les côtes auxquelles il s'insère et les porte en dehors. Ces observateurs seront, sans aucun doute, frappés de l'évidence des faits que j'ai exposés et ils reconuaitront qu'ils se sont trompés dans l'interprétation des phénomènes observés dans leurs vivisections. Mes expériences sont tellement concluantes, qu'elles me dispensent d'entrer en discussion sur ce point avec ces habiles expérimentateurs. Il me suffit de rappeler que, chez tous les animaux morts dont J'ai excité Les phréniques, les viscères abdominaux étant abaissés, le péricarde était intact, et que cependant ce tendon creux du diaphragme, comme ils . lont appelé,na pas empêché ce muscle de resserrer la base dela poitrine. |
Il ressort aussi de ces expériences que c'est bien réellement grâce à la résistance opposée à son abaissement par les viscères abdominaux, que le diaphragme possède le pouvoir d'imprimer un mouvement d'expansion à la moitié inférieure de la poitrine.
ILest donc bien établi par mes recherches que l'action propre du diaphragme, malgré la résistance que le péricarde peut opposer à son abaissement, est de porter les côtes diaphragmatiques en dedans, c'est-à-dire de faire le contraire de la fonction physiologique quil est appelé à remplir quand il se contracte dans ses rapports naturels avec les viscères abdominaux.
Dans ce mouvement des côtes en sens contraire, Suivant que le diaphragme a conservé ou non ses rapports avec les viscères abdominaux, n'y at-il qu'une question de point d'appui, comme le professe théoriquement le savant physiologiste M. Magendie? Cest pour élucider cette question , que J'ai essayé d'empêcher l'abaissement du diaphragme chez les chevaux morts, en plaçant mon poiny au centre de ce muscle, pendant que Je le faisais contracter par l'excitation du nerf phrénique. J'ai déjà dit précédemment que le diaphragme s'est abaissé alors, malgré toute la résistance que je pouvais lui opposer, mais que ce mouve-
(1) Recherches sur le mécanisme de la respiration (Arch. génér. de méd.,. 1843, 4° série, t. 11, 3° art.) 2!
ment d'abaissement à été beaucoup plus limité que lorsqué le diaphragme était libre dans son action: Certainement cette force de résistance l'abaissement du diaphragme doit être égale, sinon supérieure, à celle qui lui est opposée par les viscères abdominaux ; et cependant, lorsque M. Leblanc et moi noùs employânies toute notre force musculaire pour donner un point d'appui au diaphragme, les côtes qui lui servent d'attache inférieure ne se portèrent pas en dehors, comme lorsque ce muscle trouvait un point fixe sur les viscères abdoitinaux$ nous réussimes seulement à empêcher les côtes inférieures de se porter en dedans. (M. Leblanc et M. Debout témoins de cette expérience, crurent voir, il est vrai, un léger écartement des côtes; pour moi, j'avoue que c'était fort contestable.)
Cette expérience démontre que plus le diaphragme est main: tenu dans l'élévation pendant sa contraction , plus il a de tendance à élever les côtes diaphragmatiques et à les porter en dehors ; mais il établit aussi de la manière la plus évidente qu'il lui faut quelque chose de plus, pour que ce mouvement excén: trique des côtes soit franchement et complétement produits …
Ce quelque chose doit étre, selon moi, la plus grande surfacé: du point d'appui offerte au diaphragme par les viscères abdominaux. Voici quel serait alors le mécanisme de l'élévation des côtes, et, consécutivement, de leur écartement. |
Il est nécessaire de rappeler ici les changements décrits plus haut, que l’on voit survenir dans le plan du diaphragme chez les animaux dont les viscères abdominaux sont abaissés par l'ex: citation de leurs nerfs phréniques. J'ai dit précédemment que le diaphragme prend alors la formée d’un cône tronqué ; dont les. côtés sont formés par des fibres musculaires et une partie du centre phrénique. Les fibres musculaires, par leur direction oblique de dehors en dedans et de bas en haut, s'éloignent trop de la verticale par le fait de l'abaissement de leur attaché supérieure au centre phrénique, pour élever les côtes diaphrag: matiques qui, en conséquence, doivent obéir seulement à la force quides attire en dedans.
Les viscères abdominaux ont-ils conservé leurs rapports na. turels avec le diaphragme, ils se laissent, il est vrai, déprimer en masse par sa Contraction ; mais ils lui offrent, comme point d'appui, leur surface en partie solide, dont la convexité s'adapte
RECHERCHES EXPÉRIMENTALES. 371 merveilleusement à la concavité de sa face inférieure, ét s'oppose ainsi au redressement de ses fibres musculaires. Il en résulte qu'en raison de la forme toute particulière du point d'appui offert par les viscères abdominaux, les fibres musculaires con- Servent en partie leur courbure naturelle qui leur permet d'agir sur les côtes diaphragmatiques dans une direction presque verticale, et en conséquence de les attirer en haut. Or, toute cote qui s'élève, se porte nécessairement en dehors , ainsi que l'a fort bien démontré Borelli.
… [l ressort aussi de mes expériences que l'expansion du thorax par la contraction artificielle du diaphragme est plus grande théz l'animal vivant. Ce phénoinène vient de ce que les parois abdominales opposent à la descente des viscères plus de résis tance pendant là vie qu'après la mort. On n'â pas oublié cetté Curieuse expériénce dans laquelle on a vu,chez üñ chien vivant, lé dianètre transvérsal de la basé du thorax presque doublé pendant l'excitation électrique des nerfs phréniques, tandis qu'après Sa mort l'éxpansion de cette partie de la poitrine avait à peine augmenté d'un tiers sous l'influence de la même excita: tion. Dans le prémier cas, l'animal mainténait ses muscles abdominaux contractés avec la plus grande énergie. Aussi l'épigastre etles hypochonüres étaient-ils alors à peine soulevés. Dans le second cas, les parois abdominales, restées flasques, s'étaient Jaissé distendre par les viscères. Je ne crois päs qüe le diamètre transversal du thorax ait pu être doublé par le seul fait de la contraction du diaphragiie. Les viscères comprimés alors entre lé diaphragme et les parois abdoïtiinalés violemment contracturés , sont refoulés vers les parois thoraciques qu'ils refoulent à leur tour en dehors, et augmentent ainsi mécaniquement l'expañsion du thorax déjà produite par la contraction du diaphragme.
Quelle qu'en soit l'explication , ce phénomène démontre évidemiment que l'écartemént des côtes inférieures, par la contracture du diaphragme, augmente en raison directe dé la résistance dés viscères ou des parois abdominales. Cetté résistance, en s'opposant à l'abaissement du diaphragme, empéthe ou entrave l'agrandissement du diamètre vertical dé la cavité thoracique ; mais l'expansion transvérsale plus grande que la poitrine y gagne alors , est une sorte de competisation. Si l’on réfléchit aux
causes nombreuses qui peuvent aussi mettre obstacle à l'abaissement du diaphragme , et conséquemment gêner la respiration, on voit, comme aurait dit Galien, le profond auteur de l'Usage des parties , combien la nature a été sage et prévoyante en donnant au diaphragme la faculté de rendre alors en largeur à la cavité thoracique , à peu près ce qu'elle perd en hauteur.
Résumé général des principaux faits exposés dans ce chapitre.
I. Il ressort de toutes les expériences exposées dans ce cha: pitre, que la contraction du diaphragme, provoquée par la faras disation localisée dans le nerf phrénique communiquant ou non avec l'arbre nerveux, produit l'élévation des côtes diaphragmati ques etleur soulèvement en dehors, quandiles parois abdominales sont intactes. On voit aussi dans ces expériences le diamètre antéro-postérieur de la base du thorax s'agrandir, mais d'une manière à peine sensible.
Dans certains cas, le mouvement excentrique des côtes inférieures est communiqué aux Côtes supérieures.
IT. Mais, quand l'animal est éventré et que les viscères ont été abaissés, la contraction isolée du diaphragme, produite par la faradisation localisée, porte les côtes diaphragmatiques dans une direction opposée, c'est-à-dire en dedans.
III. Bien que le diaphragme devienne expirateur, quant aux mouvements quil imprime aux côtes inférieures, alors qu'ila perdu ses rapports de contiguité avec les viscères abdominaux, il n'en agrandit pas moins encore le diamètre vertical de la pois trine , en s’abaissant.
IV. Le mouvement concentrique de la partie inférieure de la poitrine, après l'ouverture de l'abdomen et l'abaissement des viscères, prouve, contrairement à l'opinion de MM. Beau et Mais siat, que le péricarde n'offre pas un point d'appui suffisant aû, diaphragme pour lui faire produire l'expansion des côtes aux=. quelles il s'insère.
V. Les mouvements en sens contraire de la base de la pois trine, suivantque les viscères abdominaux sont ou non abais: sés pendant la contraction du diaphragme, démontrent, comme l'avait pressenti M. Magendie, que l'expansion des côtes infés rieures par la contraction physiologique du diaphragme, est dus