‹ De l'électrisation localisée et de son application à la physiologie, à la pathologie et à la thérapeutiqueChapitre 87 sur 140 · PARALYSIE RHUMATISMALE · texte numérisé non relu

PARALYSIE RHUMATISMALE

Dans ce groupe de paralysies, je réunis les paralysies consécutives aux névralsies, les paralysies consécutives aux rhumatismes musculaires, et certaines paralysies de Ja région postérieure de l’avant-bras, dont la nature est obscure et que je range provisoirement dans les paralysies rhumatismales.

A. Paralysies consécutives aux névralgies. — J'ai eu l'occasion d'appliquer la faradisation localisée à l'étude des propriétés musculaires dans plusieurs paralysies consécutives à des névralgies brachiales. Je rapporterai, comme exemple, un cas

de paralysie consécutive à une névralgie de quelques nerfs du bras.

OBSERVATION LXXVII — Paralysie du deltoïde consécutive à une névralgie brachiale avec arthralgie et atrophie moyenne de ce muscle.

Charité, salle Sainte-Claire, n° 42 , Service de M. Fouquier. —Candide, lingère, âgée de dix-sept ans, demeurant rue de Sèvres , N° 159, d’une bonne constitution, d’un tempérament lympbatico-sanguin , réglée à dix ans, Voyant régulièrement. Depuis l’âge de huit ans, elle éprouve, à la face interne du bras, des douleurs toujours plus aiguës au pli du bras; elle les attribue à ce qu’elle descendait souvent à la cave dans un état de moiteut. En avril 1846 (sept ans après le début de la maladie) ses douleurs deviennent plus vives et s'étendent dans l'épaule et dans l’avant-bras ; elles sont continuelles et disparaissent après quatre à cinq jours, pour faire place à une paralysie du membre entier. Elle dit avoir éprouvé alors des picotements et des fourmillements dans les doigts du côté paralysé, surtout lorsqu'elle essayait de fermer la main. Elle dit aussi avoir conservé la sensibilité de tout le membre et le sens du toucher. Sous l’influence des bains sulfureux, cette paralysie guérit en un mois, mais elle laisse après elle une faiblesse et une certaine gêne dans les mouvements de l'épaule. A cette époque, elle consulte une femme, surnommée Ja Dame Blanche, et qui exerce le métier de rebouteur. Gette femme se livre à des manœuvres tellement brutales sur le bras malade, que Candide perd connaissance pendant l'opération, et qu’on doit la porter chez elle dans un état pitovable. Depuis lors, dit-elle, elle souffre à en devenir folle , elle éprouve des paroxysmes qui durent cinq à six heures, Dans l'intervalle des paroxysmes, le deltoïde est entièrement paralysé. Six mois après la mutilation, le

PARALYSIE RHUMATISMALE. 525 47 juillet 1849, elle se trouve dans le même état et se fait admettre à la Charité, dans le service de M. le professeur Fouquier. Huit applications de ventouses scarifñiées , dix-huit vésicatoires volants sur la région scapulohumérale, la morphine et la strychnine, alternativement employées par la méthode endermique : tels sont les moyens qui ont été mis en usage à la Charité dans l’espace de trois mois. La douleur névralgique a été très notablement modifiée, mais la paralysie est toujours dans le même état. Vers la fin d'octobre, M. Fouquier désire que la faradisation soit employée comme dernière ressource thérapeutique. Je constate alors, outre les phénomènes qui ont été signalés plus haut , que la pression légère du nerf médian est très douloureuse et retentit surtout au pli du bras ; qu’une même pression légère exercée dans le creux de l’aisselle produit une vive douleur qui s’irradie dans tout le muscle deltoïde paralysé. Ce dernier n'est pas plus sensible à la pression que celui du côté sain.

Je me réserve de faire connaître par la suite les différents procédés de faradisation que j’ai mis en usage contre cette affection rebelle, et quelle fut, dans ce cas, l’influence thérapeutique du faradisme. Pour le moment, je n'ai à examiner que l’état de la contractilité et de la sensibilité électromusculaires, dans cette espèce de paralysie. Le deltoïde se contracte, sous l'influence de la faradisation, aussi énergiquement que son congénère. La sensation produite par la faradisation est une fois plus forte, surtout dans la moitié interne du deltoïde paralysé, que du côté sain.

Réflexions. — Cette observation démontre qu'un muscle paralysé consécutivement à la névralgie de son nerf peut conserver encore son aptitude aux contractions électriques. Il ne suffit donc pas de la lésion dynamique d’un nerf, il faut encore que ce dernier soit altéré plus profondément, pour que le muscle auquel il porte la vie perde sa contractilité électrique. A l’appui de cette Opinion, je renvoie aux faits de lésions traumatiques des nerfs que j'ai rapportés.

Dans les paralysies consécutives à des névralgies, j'aitoujours trouvé, comme chez Candide, la contractilité électro-musculaire à l’état normal.

Je puis conclure des faits que j'ai observés et des considérations qui précèdent , que, dans la paralysie consécutive à une névralgie, la contractilité est généralement intacte.

Enfin je signalerai un phénomène que j'ai constaté dans cette observation set qui se rencontre presque toujours dans les paralysies névralgiques; c'est l'augmentation de la sensibilité électro-musculaire dans certains points des muscles paralysés. Ce signe a d'autant plus d'importance, qu'on ne le rencontre

jamais dans les paralysies cérébrales ni dans les paralysies hys: tériques, comme je le démontrerai plus tard.

B. Paralysies consécutives à un rhumatisme musculaire. — L: paralysie produite"par le rhumatisme musculaire présente de: phénomènes absolument identiques, à savoir : l'état normal d la contractilité électro-musculaire, et l’exaltation de la sensibilité électro-musculaire dans quelques points des muscles para: lysés. Elle siége habituellement dans le deltoïde, et gagne quelquelois les autres muscles de l'épaule et du bras. J'en rapper terai des exemples dans la quatrième partie.

C. Paralysies rhumatismales de l'avant-bras. — X1 existe une espèce de paralysie qui n'a pas encore été décrite, et qui établit son siége dans les muscles placés sous la dépendance du ner! radial. Elle survient habituellement sous l'influence d’une cause rhumatismale, un courant d'air par exemple. Elle n'est pas en général accompagnée de douleur. J’ai eu l’occasion d'en obser: ver un bon nombre, dont je rapporterai plusieurs exemples à l'occasion du diagnostic et du traitement. J'ai constaté dañs tous ces cas l'intégrité de la contractilité électrique des muscles paralysés. En général, ces muscles étaient plus sensibles à la faradisation que les muscles sains.

ARTICLE VI

À l'exploration électrique, j'ai constaté que la contractilité électro-musculaire existe toujours à l’état normal dans la paralysie hystérique.Il n’en est pas de même de la sensibilité électromusculaire : en effet, pendant que lés muscles se contractent sous l'influence de la faradisation , leur sensibilité est où diminuée ou complétement abolie. En voici un exemple :

OBSERVATION LXX VIII. — Charité , service de M. Briquet. — Au numéro 4 de la salle Sainte-Marthe, j'observai, dans le mois de décembre 1848, une malade qui, depuis quelque temps, avait présenté une série d'accidents hystériques. Je n’en rapporterai pas l’histoire, qui ne peut pas servir à l'étude des phénomènes électro-pathologiques que je vais exposer. Elle était sur le point de sortir de l'hôpital , guérie de ses troubles nerveux hystériques, quand elle éprouva, sans cause connue, des douleurs

très aiguës dans les régions scapulaire et scapulo-humérale. Ces douleurs, d’abord cutanées (hypéresthésie cutanée), firent place à une insensibilité dela peau; puis des douleurs profondes se déclarèrent dans les mêmes régions (hypéresthésies musculaires), et peu à peu disparurent aussi complétement. Alors l’insensibilité fut portée au point que l’on put violemment frapper cette partie du corps, sans que la malade éprouvât la moindre sensation, Les mouvements des muscles de cette région devinrent difficiles, et la force musculaire diminua considérablement. C’est alors que la faradisation fut pratiquée , en présence de MM. Briquet et Martinet. L’appareil étant gradué au maximum, et les intermittences étant très rapprochées, j'excitai électriquement chacun des muscles de l'épaule et du scapulum, et je produisis les contractions les plus énergiques, sans que la malade eût la moindre perception des mouvements imprimés au'membre supérieur, Je comparai ensuite le degré d’excitabilité contractile des muscles malades et des muscles sains avec des courants modérés, et je constatai que la contraculité musculaire était intacte du côté paralysé. La faradisation étant pratiquée modérément sur les limites de l’anesthésie cutanée et muscu- Jaire, la malade exprima sa sensibilité par des plaintes. Au membre inférieur droit , la peau était complétement insensible dans quelques points, mais les muscles n'étaient pas paralysés. Je fis contracter ces derniers avec un courant moyen et à rares intermittences, et la sensation musculaire fut assez vive. Je limitai ensuite l'excitation électrique dans la peau qui recouvrait ces muscles, et malgré le courant le plus intense et le plus rapide, là malade n’accusa aucune sensation.

Réflexions. — Dans l'observation que je viens de relater, on nepeut attribuer à l'anesthésie cutanée l'absence de sensation musculaire observée pendant la faradisation des muscles paralysés. Chez cette même malade, on a vu, en effet, la faradisation des muscles sains produire des phénomènes de sensibilité ordinaires, bien que la peau fût complétement insensible dans ce point.

“On remarque que lanesthésie musculaire a été précédée d'anesthésie cutanée, et que ces deux anesthésies ont été précédées elles-mêmes d’hvpéresthésie de la peau et des muscles de la même région. C'est presque toujours ainsi que procède l'anesthésie musculaire hystérique. Cependant j'ai constaté, dans un cas, que les muscles avaient perdu leur sensibilité, tandis que la peau conservait sa sensibilité normale.

Enfin l'anesthésie hystérique est quelquefois si profonde, que Jai vu, dans plusieurs cas, le périoste lui-même perdre sa sen: sibilité électrique.

La lésion de la sensibilité électro-musculaire accompagne ordinairement la perte des mouvements volontaires, mais ces derniers peuvent revenir sans elle sous l'influence du temps ou! d'une médication appropriée. J'ai observé quelquefois l’anes-

thésie musculaire spontanée chez un hystérique, bien que ses mouvements fussent conservés. |

L'histoire des phénomènes électro-pathologiques qui appar tiennent à la paralysie hystérique, et que je viens d'exposer rapidement, repose sur des observations déjà nombreuses (4).

Page 1