‹ De l'électrisation localisée et de son application à la physiologie, à la pathologie et à la thérapeutiqueChapitre 86 sur 140 · PARALYSIES VÉGÉTALES · texte numérisé non relu

PARALYSIES VÉGÉTALES

phalange était conservée ; mais son extension était perdue. La flexion des doigts paraissait très affaiblie ; cependant, si l’on maintenait solidement son poignet dans l'extension, on voyait que les muscles possédaient toute leur force. Il en était de même des fléchisseurs du poignet sur l’avantbras. Les mouvements de l’avant-bras sur le bras étaient intacts, mais l'élévation du bras était perdue. Par l'exploration électro-musculaire, je constatai la perte complète de la contractilité électrique dans les radiaux, les extenseurs des doigts, les extenseurs et l'abducteur du pouce, et dans le cubital postérieur à gauche; les supinateurs avaient conservé leur contractilité électrique. Enfin, cette dernière propriété était seulement affaiblie dans les deltoïdes et le triceps brachial.

. Je pourrais faire suivre cette observation de trois autres semblables que j'ai recueilies antérieurement, et dans lesquelles j'ai constaté des phénomènes électro-pathologiques analogues. Les sujets de ces observations étaient aussi trois cuisiniers de na-

vires de commerce ou de l'État.

OBSERVATION LXXI. — Le premier était entré à la Charité en 1847, qu n° 20 de la salle Saint-Charles, service de M. Fouquier. Il arrivait de Ja Martinique, avait eu des coliques avec constipation pendant Ja traversée; puis ses bras s'étaient paralysés. J'explorai l'état de la contractilité électrique de ses muscles de l’avant-bras en présence de M. Erard, alors chef de clinique de M. Fouquier et maintenant médecin des hôpitaux. Nous constatâmes alors ensemble que la lésion des mouvements volontaires et de là contractilité électrique avait établi son siège d'élection dans les mêmes muscles que dans la paralysie saturnine.

OBSERVATION LXXII. — Le second était un marchand de journaux qui stationnait en 4849 dans le voisinage de la Charité ; il avait longtemps exercé l'état de cuisinier sur un navire marchand qui faisait le voyage des Antilles. Mais ayant été paralysé de ses deux mains àla suite de coliques qu’il essuya pendant la traversée en passant sous la ligne, il dut abandonner £a profes-

sion. Je retrouvai encore chez ce malade les signes électro-pathologiques qui sont propres à la paralysie saturnine.

OBSERVATION LXXIII. — Le troisième, enfin, était aussi un cuisinier de la marine de l’État, nommé Brebion, qui était entré en 1852, à la Charité, dans la salle Saint-Charles , n° 48. IL avait eu également des coliques en passant sous la ligne et avait été frappé consécutivement de la paralysie de certains muscles dans la région postérieure de l'avant-bras avec perte de la contractilité électrique et diminution de la sensibilité dans les muscles paralysés. On remarquait aussi chez lui le liséré des gencives qui existe chez ceux qui ont subi l’intoxication saturnine.

Je pourrais encore rapprocher des quatre faits précédents un fait de paralysie générale qui sera rapporté dans ce chapitre, survenu chez un

homme qui avait eu aussi antérieurement des coliques végétales avec un grand nombre d'hommes de l'équipage, alors qu’il passait sous la ligne. Les signes tirés de l’état de la contractilité électro-musculaire de ses muscles me firent diagnostiquer chez lui l’existence d’une paralysie saturnine ou végétale générale , ainsi qu’on le verra par la suite. '

La similitude parfaite qui existe entre les phénomènes électromusculaires observés dans les cas précédents, et ceux qui caractérisent la paralysie saturnine, est un nouvel et puissant argus ment en faveur de l'opinion de ceux qui ont fait remonter la paralysie végétale et la paralysie saturnine à une origine com mune, à l'intoxication par le plomb. (Je rappellerai, en outre, que ces malades offraient sur le collet des dents le liséré caractéristique de l'intoxication saturnine.) On sait que cette Opinion a été repoussée par la majorité des chirurgiens de la marine , et qu'elle a été combattue avec beaucoup de talent dans ces derniers temps par M. Fonsagrive, chirurgien de première classe de la marine (1). Cependant, je crois qu'il y aurait lieu. d'examiner si parmi les coliques et les paralysies végétales dues incontestablement à lémanation d’effluves paludéens, il ne s'en trouve pas un certain nombre qu'on pourrait attribuer avec juste raison à l’action du plomb. Je ferai remarquer, en effet, que les sujets de ces observations étaient des cuisiniers qui, continuellement exposés à la chaleur du foyer, doivent être plus altérés et boire une plus grande quantité d'eau. Or, l'eau qu'ils buvaient était de l’eau distillée par des appareils dont les serpentins sont de plomb, et qui était conduite de l'appareil au réservoir par un lons conduit de plomb. Comme il paraît que plus l'eau est pure, plus elle décompose facilement le plomb avec lequel elle est en contact, n'est-il pas possible que l'eau distillée à bord des navires contienne des sels de plomb dans” des proportions toxiques pour certaines personnes? C'est une question d'hygiène importante à étudier. |

Quoi qu'il en soit, on ne saurait nier, si toutes les paralysies végétales ressemblent à celles que J'ai eu l’occasion d'observer, quil existe, quant aux Symptômes, une parfaite identité entre la paralysie végétale et la paralysie saturnine.

(1) Voyez son travail intitulé : Mémoire Pour servir à l'histoire nerveuse endémique (Arch. gén. de méd., 4° série, t, XXIX).

de la colique

ARTICLE I

PARALYSIES CONSÉCUTIVES AUX LÉSIONS DE LA MOËLLE OU DES NERFS QUI EN ÉMANENT, ET DE CAUSE NON SATURNINE.

Les lésions traumatiques des nerfs ent pour conséquence inévitable la paralysie immédiate des muscles qui reçoivent leur influx nerveux par leur intermédiaire. La sensibilité musculaire également est alors plus ou moins affaiblie, et l’altération apportée dans l'état de la contractilité électro-musculaire varie suivant l'époque à laquelle on pratique la faradisation. Dans les premiers jours, la contractilité électro-musculaire n'est pas sensiblement modifiée ; mais bientôt (vers le quatrième jour) on la voit diminuer, et après deux ou trois semaines elle a entièrement disparu, quand la lésion est profonde.

La paralysie des mouvements volontaires, limitée d'abord aux muscles qui sont sous la dépendance des nerfs lésés, s'étend quelquefois peu à peu aux autres muscles du membre. Ces dermiers perdent d'abord leur force et sont bientôt paralysés à leur tour; cependant ils conservent toujours leur contractilité et leur sensibilité électriques. Enfin, la peau perd sa sensibilité dans les points où elle reçoit des filets cutanés du nerf lésé.

Tels sont les phénomènes que j'ai observés dans les lésions traumatiques des nerfs. On conçoit qu'ils doivent varier suivant Pimportance du nerf et le degré de la lésion.

A l'appui des observations précédentes, je rapporterai, comme exemple, un cas de lésion traumatique du nerf radial.

OBSERVATION LXXIV.— Paralysie consécutive à la destruction du nerf radial, avec atrophie des muscles de la région postérieure et externe de l’avant-bras.

Au n° 42 de Ja salle Saint-Charles (Charité, service de M. Fouquier) est couché un malade qui, dans les premiers jours de juin, a reçu un coup de feu à la réunion da tiers moyen avec le tiers inférieur du bras gauche. La balle a traversé lemembre de dehors en dedans, puis, pénétrant dans le côté gauche, elle est sortie par le côté gauche du tronc en glissant sur les côtes. Dans ce trajet, elle a fracturé le radius et détruit dans ce point le nerf radial. J@vois le malade pour la première fois le 25 octobre, quatre mois après la blessure, et je constate les phénomènes suivants : Diminution con-

sidérable du volume du bras gauche et surtout de l’avant-bras, atrophie et paralysie des muscles de la région postérieure de l’avant-bras et de la main. Perte de la sensibilité de la peau sur la ligne moyenne de la face postérieure de l’avant-bras et sur une partie du dos de la main.

Les excitateurs humides de mon appareil d’induction, placés sur la masse charnue des muscles de la région postérieure et externe de l’avant-bras, ne produisent ni contraction ni sensation, quelle que soit la force du courant. Les mêmes excitateurs, posés sur les points correspondants aux muscles de la région antérieure, provoquent, avec un courant de force moyenne, la contraction de ces muscles avec une sensation spéciale pro= fonde. Ces excitateurs humides, appliqués sur des surfaces osseuses sous-cutanées , produisent à la région antérieure une sensation semblable à celle que produirait le choc d’un corps solide contre ces surfacess et à la région postérieure, cette même opération, également pratiquée sur des surfaces osseuses, ne produit aucune sensation. La peau faradisée avec des excitateurs secs est sensible à la région postérieure, excepté sur la ligne médiane, comme à la région antérieure; le malade dit qu’on le brûle et qu’on le pique.

Réflexions. — S'il m'avait été donné d'examiner plus tôt l'état de la contractilité électrique des muscles qui sont sous la dépen: dance du nerf radial détruit, j'aurais pu suivre chez ce malade les différentes phases de la lésion de la contractilité de la fibre musculaire. Mais, dans d'autres cas analogues, j'ai constaté l'affaiblissement de la contractilité électro-musculaire , quatre Jours après l'interruption de la communication nerveuse des muscles avec la moelle épinière. Ce fait pathologique est loin de s accorder avec les expériences de M. Longet, qui, après avoir détruit sur des chiens tous les filets du trifacial qui pénètrent les muscle des narines et de la lèvre supérieure, ne vit l'irri tabilité musculaire diminuée que six semaines après l'opération (1).

On conçoit difficilement que les muscles de la région antérieure de l’avant-bras, qui reçoivent l’influx nerveux central par des nerfs parfaitement sains, aient été frappés d’une para-

(1) Anatomie et physiologie du système nerveux de l’homme et des animaux vertébrés, p.70. Ge savant physiologiste a vu l'irritabilité détruite consécutive ment à la destruction du nerf facial seulement après trois mois. Ici encore la pathologie s’accorde peu avec les vivisections; en effet, j'ai eu l’occasion dé faradiser les muscles de Ia face moins de Auit jours après le début de la paralysie de la septième paire, et toujours j'ai constaté le maximum de diminutfbn de là contractilité électrique dans les muscles paralysés.

lysie complète. Existerait-il entre tous les nerfs d’un membreune sorte de solidarité nécessaire à l'intégrité des fonctions musculaires ? Ou bien l’antagonisme musculaire serait-il une condition de conservation des mouvements volontaires? Quelle que soit la valeur de ces théories, on ne peut nier que le fait que je signale ne soit assez fréquent. Ne voit-on pas aussi, dans les paralysies saturnines, les muscles de la résion antérieure de Javant-bras perdre une grande partie de leur force ? Mais alors la lésion dynamique est si peu profonde dans les muscles de la réeion antérieure de l’avant-bras, qu'ils ne sont jamais atteints d'atrophie comme leurs antagonistes, et qu'ils recouvrent rapidement leurs mouvements sous l'influence de quelques excitations électriques.

La simple contusion d'un nerf peut occasionner une dimipution considérable de la contractilité et de la sensibilité électriques dans les muscles qu'il anime (1).

De la perte ou de la diminution de la contractilité et de la sensibilité électro-musculaires, peut-on toujours conclure d'une manière absolue à l'existence d’une lésion organique de la moelle ou des nerfs qui en émanent?

M. Marshal-Hall répond d’une manière affirmative. Voici, en effet, les principales propositions extraites des mémoires publiés sur ce sujet par ce savant physiologiste (2) :

Dans les paralysies des membres, la différence d'irritabilité entre le côté malade et le côté sain peut servir à établir un diaquostic différentiel entre les paralysies cérébrales et les paralysies spinales. ,

Dans les paralysies spinales, l'irritabilité diminue dans les muscles paralysés.

Dans les paralysies cérébrales, l'irritabilité augmente.

Les cas desquels M. Marshal-Hall a déduit ces importantes propositions, à savoir que, dans les paralysies spinales, l'irritabilité diminue dans les muscles paralysés, ces cas, dis-je, sont des paralysies partielles des membres dans lesquelles on ne

(1) La proposition formulée dans ce paragraphe sera développée et démon- . trée par des faits nombreux, dans le chapitre premier de la quatrième partie, consacré à l'étude spéciale des paralysies traumatiques des nerfs. (2) ) @ the condition of the muscular irritability in the paralytie limbs ; 1839-

1843, London.

LA

trouve jamais de lésion appréciable des centres nerveux où des nerfs qui en émanént. Le physiologiste anglais ne cite pas une seule observation dans laquelle la lésion de la moelle épinière ait été confirmée par l’autopsie. N’en résulte-t-il pas qu'en admettant même l'exactitude des propositions formulées par cet expérimentateur, on n'en pourrait trouver la preuve ripoureuse dans les observations qu'il a rapportées ? |

Mais c'est principalement sur le mode d'expérimentation employé par M. Marshal-Hall que doit porter la critique: Ce mode d’expérimentation est, à mon avis, tellement défectüeux, quil conduit infailliblement à des illusions; aussi né suis-je point étonné de la dissidence qui existe entre les obser: vateurs qui ont répété ses expériences. |

Dans le but de vérifier les faits énoncés par M. Marshal- Hall, j'ai répété ces expériences sur une grande échelle, sur dés paralytiques, et comparativement sur des sujets sains choisis dans différents services de la Charité, en me conformant au procédé indiqué par l’auteur. Voici ce procédé : on fait mettre les deux mains du malade dans un bassin contenant une solution de sel marin, et les deux pieds dans un second bassin contenant une solution semblable ; on fait ensuite passer le courant intermittent d'une batterie de Cruikshank (plus connue en Francé sous la dénomination de pilé à auges), en variant le nombre des plaques de quinze à vingt, et en commençant l'opération par un courant extrêmement faible. Attribuant les contractions produites pendant les premières minutes de l'opération, à des influences étrangères à l'action du courant, M. Marshal-Hall con: seille de ne pas en tenir compte dans l'expérience (1).

Des faits que J'ai recueillis, je me crois autorisé à conclure :

(1) Je me suis conformé strictement au mode d'expérimentation de M, Marshal-Hall, pour éviter le reproche qu'ila adressé injustement, selon mai, à son contradicteur M. le docteur Todd. Si ce dernier n’est pas arrivé aux mêmes résultats que lui, on doit seulement l’attribuer, dit-il, à ce que, dans ses recherches, M. Todd s’est servi d'appareils électro-dynamiques et magnétiques qui ne pos= sèdent pas les mêmes propriétés physiologiques que la batterie de Cruikshank. Cet argument, resté sans réponse, doit être enfin réfuté. Il n’a aucune valeur, car tous ces appareils, batterie de Cruikshank, appareils d’induction dynamiques ou magnétiques, produisent sur la contractilité musculaire les mêmes effets hysiologiques à l'entrée et à la sortie du courant, avec cette seule différence quÿa plus forte action physiologique se passe tantôt à l'entrée, tantôt au contraire à la sortié

1° Que par le procédé de M. Marshal-Hall on connaît seulement l’état de l’excitabilité des terminaisons nerveuses des membres, et que l'état de la contractilité électro-musculaire {qu'il appelle irritabilité musculaire) reste parfaitement inconnu, l’action galvanique n'ayant pas été portée directement sur Le tissu musculaire ; |

90 Que par ce procédé, l'excitation électrique des extrémités nerveuses exclusivement destinées à la sensibilité provoque des contractions très irrégulières dans des muscies placés audessus du point excité, c'est-à-dire dans un sens contraire à la marche de la force nerveuse motrice, par une sorte d'action réflexe, ainsi que je l'ai démontré précédemment (première partie, chap. IT, page 95); |

3° Que, dans les paralysies cérébrales soumises à ces procédés de galvanisation, les contractions musculaires sont plus développées tantôt dans les membres paralysés, tantôt au contraire dans le membre sain;

ho Que sur les sujets sains soumis à ces mêmes expériences, on observe aussi que la contractilité musculaire est inépalement

du courant. Pour la batterie de Cruikshank, c’est l'entrée du courant qui jouit de là plus srande puissance physiologique (ce que semble ignorer M. Marshal-Hall, puisqu'il dit le contraire dans ses observations). Avec une batterie de 20 à 30 couples , l’action physiologique exercée par la sortie du courant ne devient appréciable que sur un organe très sensible, sur la langué, par exemple, par une légère Sensation ; mais elle ne se manifeste pas sur les muscles, lorsqu'on veut exciter leur contraction par l'intermédiaire des extrémités nerveuses en rapport avec des bassins électriques. Il faut la réunion de 100 à 120 piles de Bunsen pour rendre puissante la sortie d’un courant dynamique. Pour les appareils d'induction (dont la force initiale se puise dans la pile), c’est à la sortie du courant que se manifeste réellement l’action physiologique. Chez l'homme, l'entrée du courant n'est jamais appréciable, quelle que soit la puissance de l'appareil. Mais le physiolopiste doit savoir que cette faible action de l'entrée du courant fait cependant contracter un muscle de grenouille. Les appareils électro-magnétiques jouissent à peu près des mêmes propriétés physiologiques que les appareils électro-dynamiques. Ainsi, en résumé , que l'on se serve d'une batterie de Cruikshank, d’une batterie de piles de Bunsen , d'appareils électro-dynamiques ou magnétiques, on observe toujours deux actions physiologiques, dont l'une est tellement faible, que chez l'homme elle est inappréciable lorsqu'on agit sur la contractilité musculaire ; peu importe que la plus forte action ait lieu À l'entrée ou à la sortie du courant. Dans cette note, je h'ai pas tenu compte de la direction des courants, Parce que je crois avoir démontré, précédemment, que leur influence est inappréciable dans la faradisation pratiquée sur l'homme.

développée dans les deux côtés du corps, et cela sans cause connue ;

5° Enfin, comme dernière conséquence des deux propositions ÉrÉcédenE os je dis que la diminution ou l'augmentation de l’excitabilité électrique des terminaisons nerveuses dans un des côtés du corps, ne peut même pas servir au diagnostic diffé: rentiel entre les paralysies spinales et les nds cérébrales.

Malgré cette critique sévère, je suis heureux de pouvoir rendre hommage au talent d'observation de M. Marshal-Hall,

En disant que, dans les lésions de la moelle épinière, l'irritas bilité diminue, le savant physiologiste annonce l'existence d’un phénomène qui se trouve être presque toujours d'une exactitude merveilleuse, si l'on examine alors l'état de la contractilité électrique en portant l'excitation sur chacun des muscles paralysés.

J'ai malheureusement à opposer à M. Marshal-Hall un fait exceptionnel, un seul, il est vrai, qui ne permet pas d'accepter comme loi la proposition qu'il a formulée. Voici l'analyse de

cette observation :

OBSERVATION LXXV. — En 1847, était couché au n° 6 de la salle Saint-Félix un homme âgé de trente-huit ans, vigneron, atteint depuis sept aus d’une chorée générale avec affaiblissement musculaire, beaucoup plus prononcé dans les membres inférieurs. Cette affection était survenue sans cause connue et avait été précédée de douleurs rachidiennes très vives Malgré le traitement le plus énergique (ventouses, cautères sur le trajet du rachis, strychnine), la maladie n’a fait qu'empirer progressivement depuis le début et l’a réduit à l’état suivant : L’amaigrissement n’est pas très considérable, les muscles offrent partout des reliefs assez prononcés; dans la position verticale , la tête et le corps sont tellement agités, que la Station est impossible; dans la position horizontale, le moindre effort musculaire soit des. membres supérieurs, soit des membres inférieurs, excite un tremblement général. Quand il veut prendre quelque chose, ses bras décrivent des arcs de cercle et se dirigent du côté opposé ; l’affaiblissement musculaire est considérable ; le malade marche à peine à l’aide d’un bras; il ne peut serrer la main avec force. La voix est saccadée par les secousses convulsives du diaphragme. Pas d’anesthésie cutanée ; état général satisfaisant.

Je n’exposerai pas ici l’heureuse influence thérapeutique que la faradisation exerça sur ce malade; je dirai seulement que j'ai constaté que, dans ce cas, la contractilité électro-musculaire a été trouvée normale dans tous les muscles. Plusieurs mois après, le malade avant succombé à une fièvre

continue, son autopsie fut faite avec le plus grand soin par M. V.-A. Racle, interne et lauréat, aujourd’hui médecin des hôpitaux. Voici l’état de la moelle décrit par M. Racle dans une note qu’il m’a communiquée. « Les membranes sont saines. Au niveau des dernières vertèbres dorsales, la moelle est amincie dans une étendue de 4 à 5 centimètres. La couleur extérieure est normale; sa consistance n’est ni augmentée ni diminuée. Coupée en travers, elle ne présente que de la substance blanche : Za substance yrise a complétement disparu dans chacune des deux moitiés de la moelle et sur la ligne médiane; la place de cette substance ne présente qu'une coloration rosée. Un canal manifeste existe dans chacune des moitiés de l'organe, et l’on peut y introduire sans effort un stylet de 2 millimètres de diamètre. »

Réflexions. — Ce fait pathologique est, à coup sûr, très malheureux pour la loi formulée par M. Marshal-Hall ; cependant il est incontestable, car il a été observé avec soin et publiquement. [Il est vrai quil est exceptionnel, et que, dans tous les autres cas où | ai pu constater à l'autopsie une altération des autres parties de la moelle , J'ai toujours noté la lésion de la contractilité électro-musculaire. Peut-être pourrait-on objecter que cette sorte d'altération anatomique de la moelle est très rare; peut-être aussi pourrait-on induire de ce cas particulier que la substance grise n’exerce aucune action sur l'état de la contractilité électro-musculaire.

Non seulement la moelle peut être lésée anatomiquement (dans sa portion grise) sans que la diminution de la contractilité électro-musculaire en soit la conséquence nécessaire; mais il se peut aussi que la contractilité électro-musculaire diminue ou s'éteigne, sans que pour cela on trouve la’ moindre lésion anatomique de la moelle. Je puis rapporter à l'appui de cette proposition des faits nombreux et incontestables. Ainsi dans certaines paralysies des membres supérieurs, survenues soit à la suite de convulsions, soit à la suite d'une fièvre grave, ou quelquefois sans cause connue, mais qui, dans aucun cas, ne pouvaient être rapportées à une influence saturnine, J'ai pu diriger les courants les plus mtenses sur les muscles, sans produire ni contraction ni sensation. Cependant ces cas, dans lesquels l'atrophie était tantôt simple, tantôt compliquée de transformation graisseuse de la fibre musculaire, n'offraient à l'autopsie aucune altération appréciable de la moelle ou des nerfs du membre paralysé.

Ge n'est pas seulement dans les paralysies partielles que l'anatomie pathologique se trouve en défaut. J'ai observé à là Charité des paralysies pénérales, avec conservation de l'intellis gence et avec absence de contractilité électro-musculaire , et dans lesquelles l’autopsie, faite avec le plus grand soin, ne révéla l'existence d'aucune lésion anatomique appréciable (1).

ARTICLE IV

La contractilité électro-musculaire est-elle augmentée dans les paralysies de cause cérébrale? Espérant résoudre ce problème, insoluble par le mode d’expérimentation mis en usage par M. Marshal-Hall, Jai étudié, à l’aide de la faradisation localisée, l'état de la contractilité électro-musculaire de chacun des muscles paralysés.

J'indique avec soin, dans le cas suivant, mon procédé d'expé: rimentation, afin que les observateurs puissent répéter mes expériences et juger la valeur des faits que je signale.

OBSERVATION LXXVI.— (Charité, salle Saint-Ferdinand, n° 17, service de M. Cruveilhier.) — Paralysie du membre supérieur, consécutive à une hémorrhagie cérébrale, datant de quatre ans, chez un homme à âgé de quarante ans, tourneur en poterie.

Quand je vois le malade pour la première fois, je constate : 1° que le membre supérieur droit est complétement paralysé, et qu'avec de grands efforts ce malade peut élever légèrement l'épaule du côté paralysé par là contraction de la moitié supérieure du trapèze ; 2° que, du même côté, les muscles de la région sous-épineuse sont seuls contracturés; qu’ils op= posent de la résistance et deviennent douloureux quand je veux écarter les bras du tronc à angle droit. |

Pour connaître l’état de la contractilité électrique des muscles , je fais l'expérience suivante :

Plaçant les excitateurs musculaires de mon appareil aussi rapprochés que possible sur un point correspondant à la masse charnue du cubital postérieur, je dirige sur lui un courant très faible à rares intermittences, et au moyen du graduateur, j'augmente l'intensité de ce courant jusqu’à ce que j'aie obtenu un commencement de contraction dans le muscle fara-

(1) J'en rapporterai plusieurs exemples dans le chapitre V, à l’occasion de l'étude des paralysies générales spinales,

disé. Au moment où ce muscle se contracte, le graduateur marque 32 deorés. Je répéte ensuite la même opération sur le cubital du côté sain, après m'être assuré, avec le réomètre de l’appareil, que le courant de la pile n’a pas diminué d'intensité. L'’aiguille du réomètre est, en effet, déviée de 50 degrés depuis le commencement de l'expérience. Alors j’observe que le cubital du côté sain se contracte à 30 degrés au graduateur. Je commence cette expérience comparative pour chacun des muscles du membre supérieur, et je vois que les deux extenseurs communs sont presqu’également contractiles , qu’il y. a seulement entre eux une différence d’excitabilité de 2 à 3 degrés. Enfin, cet examen, poussé aussi loin que possible sur les autres muscles du membre supérieur, me fournit des résultats tellement irréguliers dans les deux membres, qu’il m'est impossible de décider si le côté malade est plus ou moins excitable que le côté sain. On remarquera que la différence d’excitabilité entre les muscles sains et les muscles paralysés n’a jamais dépassé 2 ou 3 degrés, c’est-à-dire le trentième à peu près de la puissance de mon appareil, |

L'expérience que j'ai faite sur cette ancienne paralysie,.Je l'ai répétée dans d'autres paralysies hémorrhagiques de différents âges, et toujours j'ai obtenu les mêmes résultats, Dans les autres espèces de paralysies cérébrales, soit par compression, soit par ramoilissement du cerveau, j'ai toujours observé les mêmes phénomènes musculaires, sous l'influence de la faradisation localisée. |

J'ai aussi faradisé de la même manière chacun des muscles du membre supérieur chez plusieurs sujets sains, et Je suis arrivé à des résultats absolument identiques, c'est-à-dire qu'à état normal il existe entre chacun des muscles des deux côtés du corps une très légère différence dans la contractilité électromusculaire, et cela d'une maniere irrésulière et sans cause connue.

Je crois donc avoir surabondamment prouvé que la contractilité électro-musculaire se comporte dans la paralysie cérébrale comme dans l’état de santé.

Je termine ce qui a trait à cet ordre de paralysie en disant que la sensibilité électro-musculaire (la sensation qui accompagüe la contraction électrique) n'est ni augmentée ni diminuée dans les paralysies cérébrales.

ARTICLE V

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