‹ De l'électrisation localisée et de son application à la physiologie, à la pathologie et à la thérapeutiqueChapitre 9 sur 140 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Propriétés physiologiques et thérapeutiques de l'électricité de frottement, de l'électricité de contact et de l'électricité d’induction.

Pour l'usage médical , on se sert de l'électricité de frottement, de l'électricité de contact et de l'électricité d'induction. La première est aussi appelée électricité statique; les deux dernières sont confondues sous le nom d'électricité dynamique.

Dans les applications à l'étude de la physiologie ou de la patholosie et à la thérapeutique, et alors qu'il s’agit d'en limiter l'action dans les organes, est-il différent de recourir à telle ou telle source électrique?

En d’autres termes, les propriétés physiologiques et thérapeutiques des différentes espèces d'électricité sont-elles identiques ? à

lelles sont les premières questions qui se sont offertes à mon esprit, questions qu'il suffit d'énoncer pour en faire comprendre toute l'importance.

Mon intention n'est pas d'exposer les opinions fort diverses qui ont régné sur ce sujet. Ce serait entrer dans la question historique, que je désire, autant que possible, laisser de côté dans ce livre. Mais je dois dire que certains médecins qui ont fait une étude spéciale de l'électricité appliquée à la thérapeutique ont cru remarquer quelques différences entre les propriétés thérapeutiques de l'électricité statique et de l'électricité dynamique. Fabré Palaprat, par exemple, enseignait que l'électricité de tension était principalement applicable aux paralysies du sentiment et à l'excitation des muscles de la vie de relation, tandis qu'au contraire l'électricité de contact (le galvanisme) convenait seulement à l'excitation des muscles de la vie organique ou des organes délicats, tels que l'œil, Poreille, etc.

Ces préceptes ont été reproduits dans quelques traités spéclaux, bien qu'ils ne reposent sur aucune recherche sérieuse, et de plus, ils sont en désaccord avec les propriétés physiologiques des différentes espèces d'électricité, propriétés qui, sans aucun doute, n'étaient pas connues de ceux qui les ont formulées, comme je le démontrerai bientôt. Il n'est donc pas étonnant

ÉLECTRICITÉ STATIQUE. —— PHYSIOLOGIE. 3 qu’on n’en ait tenu aucun compte us la pratique ; on aurait tort toutefois de penser que l’action thérapeutique de l'électricité est toujours la même, quelle qu'en soit la source. Sans avoir la prétention de résoudre complétement cette question difficile, j'espère, du moins, l'éclairer par mes recherches, et démontrer que l'électricité de frottement, l'électricité de contact et l’électricité d'induction jouissent de propriétés physiologiques et thérapeutiques spéciales, et que chacune d'elles répond à des indications particulières.

ARTICLE PREMIER. — PROPRIÈTÉS PHYSIOLOGIQUES DE L ÉLECTRICITÉ STATIQUE.

Les principaux Sr ebés en usage pour l'administration de l'électricité statique sont, on le sait, l'électrisation par simple contact, qu'on appelle bam éshte l'électrisation par étincelles, enfin l’électrisation par la bouteille de Leyde. Les autres procédés ne me paraissent pas dignes d'être discutés.

$ Ier, — Bain électro-positif et négatif.

Le bain électrique a été longtemps considéré comme un des agents thérapeutiques les plus précieux. -

Voici, selon Giacomini, d’après l'auteur d'un article récent sur Pélectricité (1), comment se comporte le bain électro-positif : « On isole le patient, et on le met en communication avec le conducteur de l'appareil. Toute la surface du corps se trouve ainsi électrisée, tandis que l'air qui entoure le corps est, par induction, rendu électro-négatif. L'électricité positive qui charge l'organisme est limitée, probablement accumulée, à la surface du derme, en vertu de la loi que nous avons indiquée plus haut, car elle n'affecte aucunement les organes intérieurs; ni le pouls, ni les sécrétions, ni les fonctions intellectuelles, ni la respiration, n'en éprouvent aucun changement notable, et cette électricité accumulée qui constitue le bain, s'échappe par tous les points épidermiques, cheveux, poils, ongles. »

Giacomini attribue une influence hyposthénisante au bain électro-négatif, qui consiste à soustraire du corps une dose plus

(1) Bibliothèque dü médecin praticien, Paris, 1850, t, XIV, p, 90.

‘Ni DE L'ÉLECTRISATION LOCALISÉE.

ou moins considérable de l'électricité naturelle. Voici comment on l'administre : On isole le patient, et l'on met son corps ou plutôt la région malade en rapport avec le coussinet ou le frottoir de la machine, à l’aide d’un conducteur; et en même temps qu'on fait manœuvrer le disque, on décharge l'électricité vitrée, à mesure qu'elle s’accumule, Il est évident, selon Giacomini, que l'électricité fournie par le coussinet est soutirée par les nerfs du patient, au lieu de l'être par le sol, comme dans le bain électro-positif.

Ce n'est certainement pas sur l'expérimentation que repose cette théorie électro-physiologique; car si, dans l'état de santé, on se soumet à l'influence d'un bain électrique positif ou négatif, on n’éprouve aucun des symptômes qui annoncent un effet excitant ou hyposthénisant appréciable.

$ II. — Électrisation par étincelles et par la bouteille de Leyde.

Quelle que soit la forme de l'excitateur mis en rapport avec le conducteur de la machine électrique, quelle que soit la distance qui le sépare de la peau, l'électricité par la machine mise en activité se recompose avec celle du corps à la surface de l'épiderme avec une tension plus ou moins forte. L'excitateur terminé en pointe laisse échapper facilement l'électricité; avec l'excitateur sphérique, la tension est plus forte, et les étincelles sont plus rares; mais l'un et l'autre ne donnent jamais qu'une étincelle par décharge, tandis que l'excitateur à surface plane en laisse échapper plusieurs à la fois (deux à cinq), quand il est à une petite distance de la peau.

La brosse métallique agit absolument de la même manière que l'excitateur à surface plane, c’est-à-dire qu'elle ne fournit jamais plus de deux ou trois étincelles à la fois, quel que soit le nombre des fils qui la composent (1).

L'électricité statique, appliquée par les excitateurs dont je viens d'exposer l'action spéciale, donne toujours lieu aux mêmes

(1) On a aussi employé, comme excitateur, une brosse de blaireau, qui, étant mise en rapport avec la machine électrique et placée à une petite distance de la surface cutanée , donne une sensation de fraîcheur et de picotement très léger, Cette brosse, mauvais conducteur, se chargeunt cependant d'électricité positive, laisse échapper, par l'extrémité de ses poils, l'excès de cette électricité , qui se recompose avec l'électricité de l'air ambiant. 1] en résulte de petites recompo-

sensations, lesquelles ne diffèrent entre elles que par le degré d'intensité. Cette sensation, comparable à celle que produirait le choc d'un petit corps dur qui viendrait frapper la peau, est toujours désagréable, quelque faible que soit la tension électrique. Cette sensation n'est Jamais très forte, et ne ressemble pas à celle de la brûlure ou de la piqûre, quelle que soit la forme de l’excitateur employé; toutefois la peau peut à la longue roupir et devenir plus sensible. Pour la rendre plus douloureuse, il faudrait recourir à une tension électrique qu'on ne peut obtenir qu'avec la bouteille de Leyde; mais alors l'excitation ne serait plus limitée à la peau, etil se développerait des phénomènes que j'exposerai bientôt. À faible tension, l'action de l'électricité peut toujours être limitée dans la peau.

Telle est la tension qu'on obtient par la machine électrique, qui est à peine assez puissante pour faire contracter les muscles superficiels, surtout si le tissu cellulaire est un peu abondant; et encore ces contractions sont-elles fibrillaires et incomplètes.

S'il est possible de limiter dans la peau l'électricité statique, il n'enest plus de même quand on veut concentrer sa puissance dans letissu musculaire ou dans les nerfs sous-cutanés. En effet, l'action superficielle de cette électricité est inséparable de son action profonde. Dans ce dernier cas, la recomposition électrique s'effectue à la surface de l’épiderme, et il en résulte une sensation cutanée qui masque la sensation musculaire.

La tension électrique qu'on obtientavec la bouteille de Leyde permet au courant de vaincre la résistance d'une grande épaisseur de tissus. Aussi l'électrisation par la bouteille de Leyde permet-elle de faire contracter énergiquement les muscles; mais quelque faible que soit alors la tension électrique, qu'on peut du reste graduer au moyen de l'électromètre de zane, elle produit toujours une commotion, c'est-à-dire une sensation qui s'étend au delà du point excité, et qui retentit plus vivement dans Îles centres nerveux.

sitions successives et rapides, qui déterminent un courant d'air à la surface de la brosse. C'est ce courant d'air, analogue à celui qui se forme à la surface du plateau de la machine électrique en mouvement, qui est la cause de la sensation de fraicheur produite par le voisinage d’une brosse de blaireau. Il est évident que ce mode d’électrisation est illusoire, car l'électricité naturelle du corps n'en éprouve qu'une bien faible influence.

Si l'excitateur est placé au niveau d'un tronc nerveux, la sensation locale est celle que produit la forte contusion du perf, et cette sensation est suivie d’un engourdissement qui s'étend presque jusque dans ses dernières ramifications. À une tension assez grande, qu'on agisse sur le nerf ou sur le tissu musculaire, la secousse est tellement forte que le membre entier et quelquefois tout le corps en sont comme foudroyés.

Dans le point où l'on vient de décharger une bouteille de Leyde, la peau se décolore graduellement dans un rayon de 2 à 3 centimètres, et arrive au blanc mat en quelques secondes, Des papilles nerveuses s’érigent sur la surface décolorée, qui offre en outre un léger abaissement de température. Le sujet sur lequel on expérimente y éprouve quelquefois un engourdissement. Des phénomènes analogues paraissent se produire dans le tissu musculaire placé sous le point de la peau exposé à l’action de la bouteille de Levde. Ayant eu l'occasion de décharger une bouteille de Leyde sur la surface d’un muscle dénudé, je lai vu se décolorer lésèrement dans une petite étendue pendant quelque temps. Ces phénomènes locaux cutanés durent en général vingt à trente minutes; une fois, je les ai observés chez un sujet délicat pendant près de trois quarts d'heure.

Ce temps écoulé, le point décoloré passe en quelques minutes du blanc mat à une rougeur érythémateuse et devient le siége d'une élévation de température appréciable au thermomètre et dont le sujet a quelquefois lui-même Ja conscience.

Les phénomènes organiques que je viens de décrire me semblent établir : 1° que la décharge de la bouteille de Leyde produit d'abord localement une stupeur profonde, en suspendant pendant un temps assez long la circulation capillaire et en diminuant la calorification dans les tissus sur lesquels elle agit ; 2° que l'excitation qui résulte de cette espèce d'électrisation n’a lieu que par une sorte de réaction, comme le prouve l'apparition d'une rougeur érythémateuse et d’une augmentation de température dans le point jadis décoloré ; 3° enfin que cette réaction se fait avec plus ou moins de facilité.

ART, Il. — PROPRIÉTÉS PHYSIOLOGIQUES DE L'ÉLECTRICITÉ DYNAMIQUE,

On a donné le nom d'électricité Gynariqué, cest-à-dire d'électricité à l’état de mouvement et de courant, à l'électricité de contact et à l'électricité d'induction. Cette électricité, dégagée par les piles voltaïques ou par les appareils électro-dynamiques ou magnétiques, possède des propriétés physiologiques essentiellement différentes de celles qui appartiennent à l'électricité statique.

La propriété la plus importante de l'électricité dynamique, cest de pouvoir être dirigée et limitée dans presque tous les organes. Il ressort, en effet , de mes expériences, que l’on arrête à volonté cet agent dans la peau, ou que, sans incision ni piqûre, on peut traverser celle-ci et limiter l’action électrique dans les organes qu'elle recouvre, c'est-à-dire dans les nerfs, dans les muscles et même dans les os. C'est ce que je démontrerai par la suite.

L'intensité de la. sensation cutanée développée par l'électricité dynamique est proportionnelle à l'intensité du courant; elle peut aller du simple chatouillement à la douleur la plus aiguë, ou passer par tous les degrés intermédiaires à ces deux extrêmes. L'excitation de cette sensation peut toujours être concentrée dans l'enveloppe cutanée à l'aide de moyens spéciaux, sans dépasser les limites de la peau, quelle que soit l'intensité du courant.

Cette même forceélectro-dynamique, dirigée dans un muscle, dans un tronc nerveux, peut provoquer les contractions les plus énergiques, sans produire ces phénomènes de commotion qui caractérisent l’action de l'électricité stage, et qui en contre-indiquent souvent l'emploi.

Tels sont les effets principaux que l'on peut tirer de l'électricité dynamique, qui comprend l'électricité de contact et l'électricité d’induction. A

Mais chacune de ces sources électriques possède, en outre, des propriétés physiques, chimiques et physiologiques spéciales, qui ne permettent pas de les appliquer indifféremment à la thérapeutique; leurs propriétés spéciales peuvent même ré-

pondre à des indications déterminées : il est donc nécessaire de les étudier séparément.

S Ier. — Électricité de contact (galvanisme).

A quantité et à tension égales, tous les appareils quidésagent l'électricité de contact jouissent des mêmes propriétés physiologiques (1), quelle que soit la nature des éléments qui entrent dans leur composition.

On peut construire des appareils galvaniques qui fournissent ou plus d'électricité de quantité, ou plus d'électricité de tension, selon les effets que l'on veut obtenir ; mais quoi qu'on fasse, ces différents effets se produisent toujours simultanément, et ne peuvent être isolés les uns des autres.

L'électricité galvanique peut être appliquée par courants continus ou par courants interrompus.

Les courants continus, limités dans la peau, y excitent, outre les phénomènes de sensibilité décrits plus haut, un travail organique plus ou moins considérable, depuis le simple érythème jusqu'à l'escarrification. Ce travail organique, dû à l’action calorifique du galvanisme, s'opère assez lentement, à moins qu'on ne se serve d'une batterie galvanique très puissante.

Le courant continu le plus intense, dirigé dans le tissu d’un muscle, n'y produit que des contractions fibrillaires, faibles eu irrégulières. C'est, du moins, le résultat d’une expérience que j'ai faite sur moi-même avec une batterie de 120 piles de Bunsen. Ce courant continu produit en outre des phénomènes de calorification dans les profondeurs de l’organisme. En effet, la sensation que j'éprouvai pendant cette expérience était analogue à celle qu'aurait pu occasionner un liquide très chaud circulant dans le membre soumis à l’expérimentation. Aprèsun certain temps, ces courants continus , profonds, développèrent une sensation de chaleur insupportable dans le membre galvanisé. Il ne m'a pas paru alors que ce membre ait augmenté de température. En diminuant le nombre des éléments, les phénomènes que je viens d'exposer allèrent en décroissant ; et à 15 ou 20 éléments ils furent inappréciables.

(1) La quantité d'électricité qu’une pile peut fournir dépend de la surface des éléments ; elle est proportionnelle à l'étendue de cette surface. La tension galvanique dépend du nombre des éléments qui composent une batterie galvanique.

Les courants continus sont-ils réellement des hyposthénisants de la force nerveuse ? Si l’on conclut des vivisections à l'homme, la réponse doit être affirmative. On sait, en effet, qu'un courant continu, prolongé un certain temps dans les nerfs ou dans les membres d'un animal, non seulement en diminue l'irritabilité, mais encore qu'il en produit la paralysie. Je démontrerai bientôt expérimentalement que cette action hyposthénisante n'est pas appréciable chez l'homme. (Voy. chap. IV.)

Les courants galvaniques intermittents exercent une triple action physiologique à chaque intermittence, l'une à l'entrée du courant, l'autre à la sortie, et la troisième dans l'intervalle de ces deux temps. L'action physiologique qui se produit à l'instant où l'on interrompt le courant est tellement faible, qu'elle n'est appréciable que sous l'influence d'une batterie assez puissante. Ainsi, avec une batterie de 30 couples de Bunsen, on n'éveille pas la contractilité musculaire chez l'homme, quand on applique des excitateurs humides sur un point de la peau correspondant à la surface d'un muscle ; tandis que, par le même procédé, ce phénomène électro-physiologique est déjà très manifeste à l'entrée du courant. Mais la puissance de l'interruption du courant s'accroit proportionnellement à l'augmentation du nombre des éléments qui composent la batterie galvanique. Il m'a paru que 120 piles de Bunsen donnaient, à l'instant de l'interruption, une contraction à peu près égale à celle qui était produite par l’entrée du courant de 20 couples.

L'action physiologique intermédiaire entre l'entrée etla sortie du courant est d'autant plus manifeste que l'intervalle qui sépare les deux autres temps est plus prolongé.

La sensibilité de la peau est plus vivement excitée par le courant galvanique intermittent que par le courant continu, C'est tout l'opposé pour l’action organique exercée par ces courants. Ainsi, la sensation cutanée est plus douloureusement réveillée par un courant intermittent rapide que par un courant continu. Celui-ci, au contraire, produit plus rapidement l'érythème, la vésication, ou la destruction de la peau. Il résulte de mes recherches que l'action désorganisatrice qu'éprouvent les tissus doit être rapportée à l'influence du courant continu, et que l'entréeet la sortie de ce courant n y contribuent que très faiblement. C'est pour cette raison, selon moi, que le courant intermittent

rapide désorganise beaucoup moins la peau que le courant con tinu. Mais, comme on ne peut éviter, ainsi que je l'ai démontré plus haut, l’action continue qui se trouve entre le commencement et la fin de chaque intermittence, il ne sera jamais possible d'exciter la peau par le palvanisme, sans y produire un travail organique plus ou moins considérable.

De toutes les espèces d'électricité, c'est l'électricité galvanique qui agit le plus vivement sur la rétine, lorsqu'on l'applique à la face avec des excitateurs humides. Les courants galvaniques dirigés sur les nerfs de la cinquième paire et même sur leurs dernières ramifications exercent une action spéciale sur la rétine en produisant trois sensations lumineuses (le phosphène) à chaque intermittence. Ces sensations se manifestent : l'une, très forte, à la fermeture du courant; l’autre, beaucoup moins forte, à l'ouverture de ce courant; et la troisième, tellement faible, qu'elle n'est appréciable que dans l'obscurité, dans l'intervalle des deux précédentes. Cette propriété spéciale du galvanisme, que l'on ne retrouve qu'à un degré infiniment moins développé dans les autres espèces d'électricité, n a pas encore été signalée; sa connaissance est de la plus haute importance pour le médecin, comme on le verra par la suite. Dans quelque pointde la face ou du cuir chevelu qu'on applique les excitateurs galvaniques humides, on produit toujours une succession de sensations lumineuses très éblouissantes, même avec un courant très faible, pourvu que la région excitée se trouve animée par la cinquième paire. La flamme quise produit alorsn'impressionne la rétine que du côté où a lieu l'excitation galvanique ; elle est d'autant plus grandeet plus étincelante que les excitateurs sont plus rapprochés de la ligne médiane ; enfin, cette flamme est perçue de chaque côté, quand les excitateurs galvaniques sont placés tout à fait sur la ligne médiane, c'est-à-dire dans les points où les ramifications de la cinquième paire de chaque côté semblent se confondre.

C'est surtout sur la contractilité musculaire que le courant intermittent galvanique manifeste une puissance physiologique infiniment plus grande que celle du courant continu.

$ IL. — Électricité d’induction.

Bien qu'il ne convienne pas d'exposer ici les principes qui président au développement des phénomènes de l'induction, je

consacrerai quelques considérations générales à l'étude de ces phénomènes, qui doivent toujours être présents à l'esprit de celui qui s'occupe d'électricité médicale.

Les courants des appareils d'induction prennent leur source, on le sait, soit dans une pile, soit dans un aimant. Ces appareils sont connus, dans la science, les premiers sous la dénomination d'appareils volta-électriques (électro-dynamiques), les seconds sous celle d'appareils électro-magnétiques. Les uns et les autres se composent d’un fil de cuivre rouge, recouvert de soie, d'un diamètre et d'une longueur variables, et enroulée en spires serrées de manière à former une bobine, au centre de laquelle on place ou un fer doux ou un aimant. Dans quelques appareils voltaélectriques, un second fil de cuivre, plus fin et plus long , est enroulé sur le premier. Les appareils magnéto-électriques n'ont jamais qu'un seul fil, enroulé sur l’électro-aimant ou sur chaque bras de l'aimant (1). }

Pour mettre enaction un appareil volta-électrique, on met les extrémités de son fil de cuivre en contact avec les pôles d'une pile. A l'instant où le cercle est fermé, il s'opère une modification électrique dans l’état du fil et du fer doux central : le pre: mier est traversé par le courant de la pile, et le second s aimante temporairement. Si ensuite le cercle est ouvert, il en résulte une nouvelle modification électrique, car le fer doux perd son aimantation, et l'électricité naturelle du filreprend son état normal. C'est seulement au moment où ces modifications sont produites, que se manifestent les phénomènes d'induction, par l'influence mutuelle des spires et de l’aimant temporaire sur les spires ellesmêmes, tandis qu’on n'observe aucun phénomène physique ou physiologique dans leur intervalle. En effet, place-t-on dans le cercle du courant un organe contractile vivant, un muscle de grenouille par exemple, à l'instant où le cercle est fermé, le muscle se contracte; ensuite le muscle reste en repos. Vient-on alors à ouvrir le courant, le muscle entre encore en contractiqn; mais, dans ce dernier cas, la contraction est beaucoup plus forte que la première. On observe les mêmes phénomènes électro-physiologiques avec le courant provenant du fil fin

(1) Les appareils magnéto-électriques dont le fil est enroulé sur l’électro-aimant sont les appareils de Pixii et de Clark ; ceux dont le fil est enroulé sur l’aimant sont connus sous le nom d'appareils de Duiïardin et de Breton frères.

enroulé sur la première bobine; de plus, si, au lieu d'un muscle, on place un galvanomètre dans le cercle du fil fin, on voit l'aiguille du galvanomètre se dévier du méridien magnétique à l'entrée et à la sortie du courant, mais chaque fois en sens contraire.

Le courant qui se développe dans le premier fil est appelé courant de premier ordre; celui du fil qui lui est superposé est connu sous le nom de courant de second ordre.

Chaque intermittence du courant se compose donc de deux phénomènes d'induction : l'un au moment où le contact a lieu, et l'autre quand il cesse.

Examinons maintenant ce qui se passe quand on met en action un appareil magnéto-électrique. Un fer doux est placé à une petite distance des pôles de l'aimant, de manière à s'en éloigner ou à s'en rapprocher par un mouvement rotatoire. Mettons ce fer doux en croix avec l’aimant, et fermons le cercle formé par le fil enroulé, ou sur le fer doux (comme dans l'appareil de Pixüi ou de Clark), ou sur laimant (comme dans l'appareil de Dujardin ou de Breton), en plaçant entre les extrémités libres de ce fil ou un galvanomètre ou un muscle vivant de grenouille, Si alors on imprime un mouvement de rotation au fer doux, de manière qu’il se trouve en face des pôles de l'aimant, l'aiguille s'éloigne du méridien, ou le muscle se contracte; puis l'aiguille reprend sa position normale, ou le muscle reste en repos. Si un nouveau mouvement rotatoire est imprimé au fer doux, de telle sorte que ses extrémités s'éloignent del'aimant pour se placer en croix, une nouvelle déviation a lieu dans l'aiguille du galvanomètre, mais cette déviation a lieu dans un sens contraire à la première, et l’on observera une nouvelle contraction musculaire aussi forte que la première.

Ces phénomènes d’induction se produisent dans les appareils magnéto-électriques de la même manière que dans les appareils volta-électriques, c'est-à-dire en vertu d’une modification apportée dans l’état de l’aimant et de son fer doux, et dans celui du fil de cuivre enroulé sur le fer doux ou sur l’aimant (1).

(1) En voici la théorie : Quand le fer doux est mis en rapport avec l’aimant, l'électricité naturelle du fer doux est décomposée par le premier, et les pôles contraires s’attirent et se recomposent ; il en résulte une neutralisation de l’aimant artificiel, et une modification dans l'électricité du fil de cuivre, qui est in-

Si, en même temps que ces modifications électriques ont lieu, on interrompt le cercle formé par le fil de cuivre, la puissance de l'induction augmente dans des proportions considérables. Presque tous les appareils magnéto-électriques sont disposés de manière que les solutions de continuité ne s’opèrent qu'au moment où le fer doux arrive en face de l'aimant. Il en résulte qu'ils produisent, par révolution du fer doux , une action inductrice faible, inappréciable chez l’homme, et une autre forte : la première à lieu quand le fer doux est placé en croix ; la seconde, quand il est mis en rapport avec l'aimant.

Dans les appareils magnéto-électriques les interruptions du courant s'opèrent à l’aide d’une petite bobine ( commutateur ), placée sur l'axe du fer doux (armature). Celui-ci est mis en mouvement par un mécanisme particulier, composé d'une petite roue à pivots , engrenée dans une grande roue dentelée, de telle sorte que le mouvement rotatoire du fer doux peut être exécuté avec une grande rapidité.

Cette rapidité du mouvement rotatoire est une condition essentielle de force et même de vie pour les appareils magnétoélectriques. Nous allons essayer de le démontrer.

Lorsqu'on ouvre le courant d'un appareil volta-électrique , l'induction et l’aimantation du fer doux cessent brusquement avec leur cause productrice et le passage d'une grande intensité magnétique à zéro se fait subitement et sans transition dans le fer doux central de la bobine. Telle est la cause de la puissance de l'induction dans les électro-aimants. Mais les choses se passent différemment dans les appareils nagnéto-électriques. Supposez le courant magnétique établi par la juxtaposition du fer doux contre les pôles de l’aimant, l'ouverture de ce courant n'aura lieu qu'au moment où le fer doux se trouvera en croix avec les extrémités de l'aimant. Si Je fer doux décrit lentement un arc de cercle pour se placer perpendiculairement à l'aimant, le courant magnétique établi entre l'aimant et le fer doux diminue msensiblement jusqu’à ce qu'il arrive à zéro.

duit, et alors les spires s'influencent mutuellement ; quand le fer doux est éloigné de l’aimant par un mouvement de rotatiun, le fluide magnétique de cet aimant reprend sa liberté et s’accumule à chacune de ses extrémités ; l'électricité naturelle du fer doux se recompose, et celle du fil de cuivre éprouve une nouvelle induction,

La DE L'ÉLECTRISATION LOCALISÉE.

Mais si le fer doux tourne avec rapidité, le passage du courant magnétique du maximum à zéro est opéré dans un temps si court, que ce passage équivaut à une interruption brusque du courant, comme dans les appareils volta-électriques, et il en résulte une induction puissante. On conçoit, dès lors, que la force de l'induction dans les appareils magnéto - électriques devra être d'autant plus grande, que la rotation du fer doux sera plus rapide. Comment se fait-il alors que dans l’appareil de Elark l'intensité du courant diminue au delà d'une certaine vitesse des intermittences, comme cela arrive aussi dans les appareils volta-électriques avec la roue de Masson? Le phénomène qui a longtemps tourmenté les physiciens est produit par une cause mécanique et dépend d'un vice de construction, ainsi que je le démontrerai plus tard.

En résumé, les considérations précédentes démontrent que non seulement l'électricité d'induction ne peut fournir de courant continu , puisqu'elle est essentiellement intermittente ou temporaire, mais encore que chaque intermittence se compose de deux courants en sens contraire. Il est établi aussi que le courant qui se produit à la fin de chaque intermittence'est le seul qui exerce une action physiologique chez l'homme, le premier étant tellement faible qu'il n'est appréciable que sur un muscle de grenouille, quelque puissant que soit l'appareil. En conséquence, l'électricité d'induction développée par les appareils n’exerçant chez l’homme qu'une action physiologique par intermittence, l'électrisation par induction peut être appliquée sur lui sans que les courants changent de direction. Enfin, dans leur état actuel, les appareils magnéto-électriques ne peuvent fonctionner qu'avec des intermittences rapides, tandis que les appareils électro-dynamiques fournissent des courants à intermittences lentes et rapides à volonté.

L'excitation de la peau par l'électricité d'induction , quelque longue que soit l'opération, quelque intense que soit le courant, ne produit pas d'autre action organique que l'érection des papilles ou un peu d'érythème. 1} faut savoir cependant qu'il est des sujets chez lesquels la peau s’enflamme sous l'influence de la cause la plus légère, et qu'il suffit de l'électrisation cutanée par le courant de deuxième ordre qui exerce une action élective sur Ja sensibilité de la peau ; comme on le verra plus loin, pour

provoquer des érythèmes qui peuvent durer plusieurs jours.

Dans l’état actuel de la science, on n’établit physiologique ment aucune différence entre l'électricité qui arrive aux organes par la voie du courant d'induction du premier ordre, et celle qui leur est envoyée par le courant d'induction du second ordre. Voici cependant des faits qui prouvent, d'une manière incontestable, que chacun de ses courants jouit de propriétés physiologiques spéciales.

10 L'électricité provenant de l'induction par deux fils superposés (du courant de deuxième ordre) excite plus vivement la rétine que celle qui émane de l'induction par un seul fil (du courant de premier ordre), lorsqu'on applique cette électricité à la face ou sur le globe oculaire par l'intermédiaire des excitateurs humides. Mais cette propriété spéciale du courant de deuxième ordre, de produire des sensations plus lumineuses que le courant de premier ordre, est infiniment plus développée dans l'appareil magnéto-électrique que dans l'appareil voltaélectrique. Ainsi tous les points de la face excités par le courant de deuxième ordre de l'appareil magnéto-électrique réagissent puissamment sur la rétine, même à des doses très faibles; tandis que le courant de deuxième ordre de l’appareil volta-électrique ne peut produire de sensation lumineuse que sous l'influence d’un courant assez intense, et cela seulement lorsque les excitateurs sont placés à l'émergence des nerfs de la cinquième paire ou sur le globe oculaire. La flamme qu'on perçoit alors est plus pâle que celle qu'on obtient avec le courant de deuxième ordre de l'appareil magnéto-électrique, et impressionne moins vivement la rétine. Le courant de premier ordre de l'appareil magnéto-électrique ne produit pas plus d'impression lumineuse que celui de l'appareil volta-électrique. Enfin, la sensation lumineuse qui est due à l'action du courant de deuxième ordre de l'appareil magnéto-électrique est loin d’être aussi forte que celle qu'on excite par le galvanisme.

2° Le courant de premier ordre et le courant de second ordre exercent une action élective, le premier sur la contractilité musculaire, le second sur la sensibilité cutanée. Voici l'expérience par laquelle on constate ce phénomène. Elle se fait à l’aide de deux appareils volta-électriques ou masnéto-électriques, dont lun fournit un courant du premier ordre, et l'autre un courant

du second ordre. Ces appareils étant en activité, on les gradue de telle sorte que tous deux agissent sur la contractilité musculaire à force égale. Si alors on exite la sensibilité cutanée alternativement avec chacun de ces appareils, on observe que la sensation est moins forte sous l'influence du courant de premier ordre que sous celle du courant de second ordre.

La sensation qui accompagne la contraction musculaire est moins vive par l'électricité d'induction que par le galvanisme, sans doute parce que la première n'exerce qu'une action phy-

siologique par intermittence, tandis que la seconde donne à

chaque i intermittence trois actions physiologiques successives et rapides.

ART. LIT. — DÉDUCTIONS THÉRAPEUTIQUES TIRÉES DES ÉTUDES, ÉLECTRO-PHYSIOLOGIQUES PRÉCÉDENTES.

$ Ier, — Propriétés thérapeutiques de l'électricité statique.

Le bain électro-positif, employé jadis comme excitant général de la surface du corps, est aujourd'hui généralement abandonné, sa vertu thérapeutique étant aussi nulle que son action physio- Jogique.

Il n'en est pas de même, dit-on, du bain électro-négatif, qui est rangé par l'école italienne au nombre de ses plus précieux agents hyposthénisants. Selon M. Giacomini, le patient soumis à l'influence du bain électro-négatif est désélectrisé, privé par conséquent d'une plus ou moins grande quantité de stimulants analogues au calorique, et subit un effet hyposthénisant réel : les tissus érysipélateux blanchissent à vue d'œil, et les phlogoses Chroniques éprouvent un mieux incontestable. Des céphalaloies, des douleurs névralgiques, ont été dissipées sur-le-champ par cette espèce de sargnée électrique, comme par l'action de la glace qui soutire le calorique et peut-être aussi l'électricité en même: temps; telle est la vertu attribuée par l'école italienne au bain électro-négatif.

Ces saignées électriques peuvent flatter l'imagination ; mais il est fort à craindre que leur effet hyposthénisant soit tout aussi hypothétique que la propriété excitante attribuée au bain électro-positif. Cependant il serait injuste de condamner un moyen thérapeutique seulement à cause de la nullité de son

ÉLECTRICITÉ GALVANIQUE, -— THÉRAPEUTIQUE. 17 action physiologique, surtout quand il s'étaie sur une autorité aussi grande que celle de Giacomini. Il est donc nécessaire d'étudier, par de nouvelles expérimentations, la valeur réelle du bain électro-négatif.

L'électrisation par étincelles produit une sensation cutanée analogue à celle de la fustigation, et convient principalement dans les cas où il est nécessaire de stimuler légèrement la peau ; mais elle devient insuffisante, s'il est besoin d'une excitation très vive. En effet, pour obtenir cette vive excitation, il faudrait recourir à l'électricité statique à forte tension, c'est-à-dire à la bouteille de Leyde, et il en résulterait des actions musculaires et des effets de commotion qui compliqueraient l'excitation cutanée, et en contre-indiqueraient l'emploi. Ainsi l’électrisation par étincelles est impuissante contre les anesthésies profondes et rebelles, et quand il est indiqué de produire instantanément une révulsion ou perturbation semblable à celle qui résulte de l'application du fer rouge sur la peau.

L'électrisation par les étincelles, même par celles qui proviennent de la machine électrique la plus forte et de l'emploi des excitateurs sphériques, ne réussit qu'à faire contracter seulement quelques muscles superficiels ou très excitables, comme les peauciers, la moitié supérieure des sterno-mastoïdiens, le bord du trapèze et quelques muscles de la face. Pour que l'électricité statique atteigne les muscles en général, surtout quand ils sont protégés par un tissu cellulaire abondant, il est nécessaire d'agir à forte tension, au moyen de la bouteille de Leyde. Mais alors la commotion qui en résulte et qui peut étendre son action sur les centres nerveux, rend souvent cette opération dangereuse, sinon impraticable.

La connaissance des phénomènes organiques lei produits par la décharge de la bouteille de Leyde permet d'apprécier son mode d'action thérapeutique. On sait qu'un organe soumis à l'électrisation par la bouteille de Leyde ne peut arriver à la période d’excitation qu'après avoir subi quelquefois pendant un temps assez long tons les effets de la stupeur. On conçoit trés bien alors que si cet organe est exposé à des décharges trop répétées et trop fortes, ou si sa vitalité est déjà très affaiblie, cette stupeur électrique pourra se prolonger indéfiniment.

Quelque favorables que soient les conditions dans lesquelles

on pratique l'électrisation musculaire par la bouteille de Leyde, il serait toujours imprudent d'exposer le sujet à un grand nombre de décharges. Il s'ensuit qu'il est impossible d'électriser tous les muscles quand la paralysie atteint un ou plusieurs membres.

Enfin, cette opération est toujours douloureuse, car l'excitation cutanée, inséparable de l'électrisation statique, croît en raison de l'augmentation de la tension électrique.

En ‘somme, l'excitation musculaire par l'électricité statique doit en général être exclue, selon moi, de la pratique, d'autant plus qu'elle peut être remplacée par un autre agent électrique, qui excite plus énergiquement et plus efficacement la contractilité musculaire, sans offrir aucun des inconvénients que je viens de signaler. Je me réserve d'indiquer par la suite les cas dans lesquels son intervention peut être utile et même nécessaire.

Il est cependant incontestable que l'électricité statique, qui, pendant de longues années, a été presque exclusivement en usage dans la pratique médicale, a produit quelques succès tenant presque du merveilleux. Ces résultats prouvent seulement que certaines paralysies guérissent toujours sous l'influence de l'électricité, de quelque manière et sous quelque forme qu'on l'administre. Malheureusement ces guérisons rapides ont été tellement rares, que ce mode d'administration de lélectricité n'a pu supporter l'épreuve du temps, et qu'elle a été plusieurs fois abandonnée par la généralité des médecins après avoir été de leur part l'objet d'une sorte d’ensouement.

6 II. — Propriétés thérapeutiques de l'électricité dynamique,

L'électricité dynamique qui, ainsi que je l'établirai plus loin (chapitre ILE, première partie), peut limiter sa puissance dans la peau, dans chacun des muscles, dans les nerfs, dans les os, ou. l’étendre jusqu'aux organes les plus éloignés, est un des agents les plus précieux de la thérapeutique. Grâce, en effet, à ces propriétés spéciales, il est maintenant permis au médecin de diriger l'excitation électrique sur les organes malades, sans compromettre en même temps les oroanes sains.

Comme l'électricité de contact et l'électricité d'induction, confondues sous ce nom d'électricité dynamique, jouissent de

ÉLECTRICITÉ GALVANIQUE. — THÉRAPEUTIQUE. 19 propriétés essentiellement différentes, il est nécessaire d'étudier séparément l’action thérapeutique de chacune d'elles.

A. Electricité de contact (galvanisme). L'excitation galvanique qui est limitée dans la peau et qui peut y produire, outre une sensation très vive, un travail organique plus considérable, soit l’érythème, soit la vésication, soit même l'escarrification, répond à certaines indications spéciales. Elle convient, par exemple, dans les cas où il est nécessaire d'obtenir à la fois une vive perturbation instantanée et une action durable, analogue à celle du moxa ou de la cautérisation par le fer rouge.

M. Matteucci (1}, tirant des déductions thérapeutiques de ses vivisections, a conseillé l'emploi d’un courant continu, comme hyposthénisant du système nerveux dans le tétanos. 11 dit qu'il est naturel de penser que le passage d'un courant électrique continu dans un membre tétanisé détruit cet état, en amenant la paralysie. A l'appui de sa théorie, le célèbre physicien cite un cas de guérison de tétanos sous l'influence d'un courant continu. Le fait est important, mais il a besoin d'être confirmé par de nouvelles expériences. J'établirai par la suite ce qu'il faut penser de l'action hyposthénisante des courants continus chez l’homme.

Les propriétés chimiques de l'électricité de contact peuvent être avantageusement appliquées à la thérapeutique.

On sait, en effet, quel heureux parti la chirurgie peut tirer de l'action coagulante du galvanisme sur le sang dans le traitement des anévrysmes (2). |

M. Becquerel croit, en outre, que cette force chimique pourrait être employée dans certains cas chirurgicaux comme agent modificateur. Voici comment il s'exprime à ce sujet : |

(1) Traité des phénomènes électro-physiologiques des animaux, p. 250.

(2) Bien que cette application de l'électricité galvanique au traitement des anévrysmes soit abandonnée depuis quelque temps pour l’action bien plus puissamment coagulante du perchlorure de fer, il n'est pas impossible qu’elle soit un jour reprise avec plus de succès. Je crois qu'il faut avant tout rechercher dans quelles proportions doivent être combinés la grandeur des surfaces et le nümbre des éléments, pour obtenir plus d'action: chimique, en,diminuant le plus possible l’action calorifique. C'est ce que je me propose d'étudier.

Le pôle positif de la pile exerce une action coagulante, le pôle négatif possède at contraire une propriété dissolvante, On a eu l’idée d'appliquer cette propriété toute spéciale du pôle positif au traitement de certains dépôts de matières fibroplastiques qui se reposent entre Les lames de la cornée et qui sont connues sous

« L'électricité, agissant comme force chimique, a encore été peu employée, et cependant il est permis de croire que son action, dans certaines circonstances, doit être des plus énergiques. On a remarqué quil se produit en général dans les parties sur lesquelles sont appliqués les électrodes , une inflammation suivie quelquefois de suppuration. Ces effets peuvent être attribués soit à l'excitation résultant de la circulation du courant, soit à l’action décomposante du courant, car du côté positif il se dépose des acides; du côté négatif, des alcalis, qui doivent réagir sur les matières organiques avec d'autant plus d'energie, que les éléments transportés sont plus corrosifs ; néanmoins on peut tirer un parti avantageux des réactions produites, pour dénaturer des plaies, comme on Île fait en employant la cautérisalion.

» S'il s'agit d'un ulcère rebelle sécrétant des matières alcalines, pour faire changer cet état de choses, il faut appliquer sur la plaie l'électrode positif, afin de la rendre électro-positive, et d'y faire arriver continuellement des éléments acides. Si cet état est maintenu pendant un temps suffisant, on finit par forcer l'organe à sécréter des humeurs d’une nature entièrement opposée à celles produites dans l’état pathologique ; il est possible de faire rentrer ainsi cet organe dans l’état normal (1). »

Cette vertu thérapeutique de l'action chimique des courants galvaniques est encore à l’état de théorie.

L'action calorifique du galvanisme peut étre aussi employée quelquefois avec avantage à la destruction de certaines tumeurs, à la cautérisation de certaines plaies; mais on aurait tort d'y voir une action spéciale. Le galvanisme n'agit pas alors autrement que le feu (2). Il ne me parait pas douteux que, dans

le nom de cornée. Les premiers essais faits dans cette voie paraissent avoir été couronnés de succès.

Il serait aussi très important d'examiner si dans toutes les applications des courants galvaniques soit comme coagulants, soit comme dissolvants, l'excitation produite par l'agent électrique nc joue pas le plus grand rèle.

(1) Becquerel, Traité de physique considérée dans ses rapports avec les arts et ies sciences naturelles, t. Il, p. 63.

(2) C'est en France que l’action calorifique du galvanisme a été appliquée pour la première fois, comme moyen de cautérisation. (Récamier et Pravaz ont essayé de détruire les cancers du col de l'utérus , à l’aide d’un courant galvanique , en 1841.) Cette application du galvanisme était abandonnée depuis longtemps, lorsqu'elle fut reprise par le docteur Crusel, de Saint-Pétersbourg, qui. en 1842.

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