ÉLECTRICITÉ GALVANIQUE. — THÉRAPEUTIQUE
ces cas, c'est l’action calorifique du galvanisme qui détruit les tissus.
En raison de la propriété qu'il possède d’exciter vivement la rétine, le galvanisme doit être appliqué à la face avec circonspection. La flamme qu'il produit est tellement éblouissante, qu'elle pourrait compromettre la vue, si l'opération était trop prolongée, les intermittences du courant trop rapides, et le courant trop intense. En voici un exemple :
OBSERVATION I.— Depuis un mois environ, j'électrisais à l’aide de mon appareil électro-dynamique (appareil d’induction marchant avec la pile), un malade affecté de paralysie d’un côté des muscles de la face. De l’amélioration se produisait graduellement; chaque jour les excitateurs étaient mis en contact avec les muscles paralysés, sans inconvénient, quoique l'appareil fonctionnât à un degré assez élevé de puissance. La vue n’en avait éprouvé aucun effet appréciable ; le malade ne percevait aucune sensation lumineuse pendant les opérations. Un jour, l'inventeur d’un nouvel appareil galvanique vint me prier de vouloir bien expérimenter sa machine. N'ayant à ma connaissance aucun fait qui donnût lieu de craindre ce qui allait arriver, je dirigeai le courant de cet appareil à un degré moindre sur les muscles paralvsés de mon malade qui se contractèrent, mais beaucoup plus faiblement que sous l'influence ordinaire de l'appareil d’induction, A l'instant même, le malade vit une flamme considérable dans l'œil du côté correspondant. Il s’écria : Je vois votre appartement tout en feu ! et me pria de suspendre toute application. Lorsqu'il revint de son éblouissement, il se plaignit d’un trouble considérable de la vue et s’aperçut qu'il ne voyait plus de cet œil-là. L’œil du côté opposé ne paraissait pas avoir souffert. Je lui fis prendre immédiatement un bain de pieds ; dès qu'il fut rentré chez lui, une saignée lui fut pratiquée. La vue ne s’améliora pas; malgré l’emploi d’une série de moyens excitants et un traitement rationnel, on ne put obtenir qu’un léger amendement ; la vue est
adressa sur ce sujet un mémoire à l'Académie de médecine de Paris. M. Nélaton a fait aussi en 1850 des applications très heureuses de cette propriété calorifique du galvanisme, et il a été secondé dans ses opérations par M. Regnauld , pharmacien en chef de la Clinique, qui a imaginé une batterie galvanique d'un petit volume, d’un usage facile et dont la puissance calorifique est très grande. M. Nélaton pense que ce mode de cautérisation peut être employé avec avantage dans les cas où le point à cautériser est situé profondément , dans le pharyÿnx, par exemple, Il l'a aussi employé avec succès pour détruire des tumeurs érectiles en conservant la peau. (Je laisse à cet habile chirurgien le soin d'entrer dans les détails de ces ingénieuses applications du galvanisme.) Après M. Nélaton, M. Alph. Amussat, et en Allemagne, M. Middeldorf, de Breslau, a employé, dans des cas analogues et avec non moins de bonheur que M. Nélaton, la puissance cautérisante des courants salvaniques.
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restée considérablement affaiblie. C’est à cet accident que je dois la découverte de cette action spéciale du galvanisme sur la rétine , découverte qui m'a conduit, à son tour, à faire des recherches sur les propriétés différentielles des diverses sources électriques pour la production du phosphène. |
Ce fait malheureux, d’ailleurs impossible à prévoir, ne devait pas être perdu pour la science. Au contraire, il en devait résulter des applications thérapeutiques éminemment utiles aux malades, car il démontrait d’une part que l'électricité d’induction, fournie par l'appareil électro-dynamique, même avec une grande puissance , n’agit pas sensiblement sur la rétine ; d'autre part, que l'électricité de contact (galvanisme}, à dose très faible , a au contraire une action très énergique sur cet organe. On était donc en droit d’espérer que l'emploi bien réglé de l'électricité dé contact produirait des modifications thérapeutiques utiles dans les affections purement nerveuses de l’œil. J’en tirai ces conclusions théoriques , mais il me restait à en expérimenter la valeur, L'occasion ne se fit pas longtemps attendre ; voici dans quelles circonstances :
OBSERVATION IT. — M. Chatillon, cordonnier, rue de la Verrerie, 65, âgé maintenant de quarante-huit ans , habituellement d’une bonne santé, d’une bonne constitution , a été affecté en 1834 d’une amygdalite du côté gauche, à la suite de laquelle s’est produit un abcès à l'extérieur, dont la trace existe encore vers l'angle de la mâchoire à gauche. Ces maladies furent de courte durée. En 1838 , ayant fait des injections avec un collyre au nitrate d'argent dans les yeux d’une de ses nièces, affectée d’ophthalmie, il lui en jaillit quelques gouttes dans les yeux, dont il souffrit pendant deux mois, au bout desquels le repos et des soins lui rendirent la vue aussi bonne qu'auparavant, Au mois de mars 1850 , il se coucha un soir en parfaite santé ; le lendemain matin, en se réveillant , il voit double ; il essaie de se lever, tout est confus autour de lui, il se heurte contre ies meubles, on est obligé de l'aider à retrouver son lit. Dès lors, un oculiste fort connu lui fait subir un traitement énergique : saignées répétées , applications de sangsues, purgatifs, frictions ammoniacales sur la tête, vésicatoires aux tempes. Au bout de trois mois de traitement , le malade, n'obtenant aucun résultat, se décourage et va consulter un autre ophthalmologiste qui le soumet à un traitement à peu près identique, sans plus de succès. Il demande les avis d'un troisième médecin, qui n'obtient rien de plus. Cédant enfin à une dure nécessité, il abandonne tout traitement. IL perd jusqu’à l'espoir de pouvoir jamais reprendre son travail, La tête était un peu embarrassée, mais la parole restait complétement libre. Il y avait un sentiment de pesanteur vers le front et plus encore au sommet de la tête. Les membres inférieurs étaient faibles, la démarche était pleine d’hésitation ; mais il faut noter que cela paraissait tenir principalement, sinon tout à fait exclusivement, à une illusion conti-