‹ De l'électrisation localisée et de son application à la physiologie, à la pathologie et à la thérapeutiqueChapitre 95 sur 140 · RS ST. "UT · texte numérisé non relu

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coutraculité et de la sensibilité des muscles paralysés sans inter: ! roger les malades, et c'est uniquement des signes fournis par l'état de ces propriétés musculaires que je déduis mon diagnos- !

tic. Est-il besoin de dire encore qu'on doit toujours rattacher les signes fournis par l'exploration électro-musculaire aux autres symptômes de la maladie. Si je procède autrement à la Charité, cest pour démontrer aux confrères et aux élèves, qui fréquentent les services de cet hôpital, l'utilité des signes diagnostiques tirés de l’état de la contractilité et de la sensibité électro-musculaires , et pour m édifier de plus en plus moi-même sur leur valeurréel le.

C. Le membre supérieur peut être frappé tout à coup de paralysie soit à la suite d'une hémorrhagie cérébrale, ainsi que j'en ai vu plusieurs exemples, ou consécutivement à une lésion de l'un des points de la portion cervicale de la moelle ou du plexus cervical. Comment distinguer entre elles ces deux affections différentes? L'état de la contractilité et de la sensibilité électro-: musculaires peut seul servir alors de base au diagnostic diftérentiel. J'en rapporterai deux exemples dans la quatrième partie où j aurai à traiter d'une manière spéciale les questions de diagnostic et de pronostic des paralysies traumatiques des nerfs mixtes pär l'exploration éleciro-musculaire, afin que l’on puisse mieux apprécier la valeur thérapeutique de la faradisation localisée appliquée au traitement de ces affections.

D. Ilexiste, ai-je dit dans le chapitre précédent, une espèce de paralysie qu'on peut appeler rhumatismale et qui siége tou- Jours dans les muscles de la région postérieure de l'avant-bras. Elle me paraît assez fréquente, car je l’ai observée une douzaine de fois dans l'espace de trois à quatre ans. En 1852 il s’en trou- Vait deux cas à la même époque dans le service de M. Briquet (Charité, salle Saint-Louis).

OBSERVATION LXXXITII.— L'un d'eux, artilleur, couché au n° 11, avait une paralysie de l’avant-bras gauche, il n'y éprouvait aucune douleur. Son poignet était fléchi sur son avant-bras sans qu’il pût le relever. Il avait aussi perdu les mouvements de latéralité du poignet. Les premières phalanges étaient inclinées sur les métacarpiens, et il lui était impossible d'en opérer l'extension: Les muscles long extenseur et long abducteur du pouce avaient perdu leurs mouvements et le pouce entraîné en dedans par les muscles de l’éminence thénar restait constamment dans la paume de la main ; si l’on écartait ce pouce, on voyait que les muscles de l’éminence hétaient pas paralysés, car le malade pouvait ramener volontairement et énergiquement le pouce en dedans ; lui maintenait-on les premières phalanges étendues, il étendait ou fléchissait facilement les deux dernières,

L 4 5hh APPLICATION DE LA FARADISATION A LA PATHOLOGIE.

et écartait ou rapprochait les doigts les uns des autres. Enfin, il serrait Ja ! main avec force quand on Jui soutenait le poignet dans l’extension.

Les phénomènes présentés par le second malade, couché # au u°43,et qui était cocher de fiacre, étaient absolument les: mêmes que dans le cas précédent, c'est pourquoi je ne rappor: terai pas son observation. |

OBSERVATION LXXXIV.— Un troisième malade, se trouvant à la même! époque dans la même salle (n° 4, salle Saint-Félix), avait une paralysie ! | double de l’avant-bras. Il eût été dificile d'établir la moindre différence ! entre ce cas et les deux précédents, quant à la paralysie des mouvements ! et à l'attitude du poignet. Mais comme ce malade était peintre et que sa paralysie lui était survenue après une colique de plomb, il nous était# venu naturellement à l'esprit que sa paralysie devait être saturnine ,* tandis que chez les deux autres qui, par leur profession, n'avaient: pas été exposés à l’intoxication par le plomb, et qui d’ailleurs n'avaient ! pas éprouvé de douleurs d’entrailles, avec constipation opiniâtre, la paraz ! lysie devait être attribuée à une cause rhumatismale, et cela avec d'autant à plus d'apparence de raison que ces deux malades avaient été paralysés à la | suite de l'impression d’un air froid et humide. En effet, l’artilleur avait | dormi pendant plusieurs heures sur le sol humide, et s'était réveillé para= 4 lysé justement du bras qui était resté appuyé sur le sol. Le cocher, ayant» été, d’après son dire, mouillé jusqu'aux os, avait été frappé de paralysie du côté exposé à un courant d'air. |

Mais un tel diagnostic eût été peu certain, etje me suis assuré | 1° que chez le malade du n°1 les signes électro-musculaires | étaient bien ceux qui caractérisent la paralysie saturnine, c'est! à-dire que ses muscles paralysés ne se contractaient pas parla! faradisation localisée, et que les supinateurs Jouissaient de leur& immunité contre la paralysie saturnine ; 2° que les malades des nutéros 11 et 13 possédaient leur Lomé électrique nor-! male dans les muscles paralysés, et que de plus, ces derniers | muscles étaient plus sensibles à l'excitation électrique que ceux du côté sain (ce dernier signe uni à l'intégrité de la contractilité ! électro-musculaire, appartient, on le sait, à la paralysie rhuma-! | tismale). 1

On a remarqué, sans doute, que dans les faits de paralysie | rhumatismale ci-dessus FREE la paralysie n'existait que d un! côté. C'est ce que j'ai toujours observé jusqu'à présent. En! admettant que ce phénomène soit constant, on pourrait avoir la!

pensée d'en faire un signe diaguostique différentiel de la paralysie saturnine, qui, suivant quelques auteurs, existe des deux côtés. Mais cette dernière opinion n'est pas fondée; il n'est pas rare, au contraire, de voir l'intoxication saturnine n'exercer son action que sur un seul bras. Pendant que les deux sujets dont il vient d’être question étaient à la Charité, j'observai au n° 5 de la salle Saint-Ferdinand , service de M. Cruveilhier, une paralysie limitée à l'avant-bras droit chez un jeune peintre, qui était entré à la Charité pour s'y faire traiter d'une colique de plomb. J'ai rencontré plusieurs cas semblables à la Charité, entre autres chez un nommé Doré,peintre, qui était en 1850 dans la salle Saint-Charles, service de M. Fouquier. Sa paralysie, rebelle aux vésicatoires et à la strychnine, a été guérie par la

faradisation

localisée (son histoire sera rapportée dans la

IN‘ partie, chap. il).

La localisation de la paralysie des muscles de la région

antibrachiale saurait donc

postérieure de l'avant-bras, dans un seul côté, ne être considérée comme un signe distinctif de la

paralysie rhumatismale de l’avant-bras. | L'absence de coliques, de douleurs intestinales, ne peut faire distinguer la paralysie rhumatismale de la paralysie saturnine,

car il est très qui n’ont été les fonctions

avéré qu'il existe des cas de paralysies saturnines précédés d'aucune colique ni d'aucun trouble dans de l'intestin. J'ai noté ce phénomène assez rare, il

est vrai, chez plusieurs malades.

Enfin, ce n'est pas sur la profession du malade ou sur les circonstances dans lesquelles il s'est trouvé et qui peuvent l'avoir exposé à l'intoxication saturnine, quon peut appuyer le diagnostic différentiel de la paralysie rhumatismale ou

saturnine de Je viens de

l'avant-bras. En effet, si l’un des malades dont rapporter l'observation, avait ressenti des coli-

ques de plomb antérieurement au moment où il a éprouvé Îles premières atteintes de paralysie rhumatismale de l'avant-bras, le jugement porté sur ce genre d'affection eût été certainement

différent. On

n'aurait pas manqué d'attribuer alors la paralysie

à l'intoxication saturnine. Cette erreur de diagnostic eût été inévitable, sans l'exploration électro-musculaire, car on se le rappelle, l'attitude de la main et des doigts est la inême dans la paralysie rhumatismale et dans la paralysie saturnine, tandis

que ces affections se distinguent l’une de l’autre par l’état de la contractilité et de la sensibilité électriques des muscles para: lysés. | % |

Supposons maintenant qu'une paralysie saturnine vienne à frapperles muscles dela région postérieure de l'avant-bras, chez une personne dont læ profession, la position, ou les habitudes éloignent toute idée d'intoxication saturnine possible. On prévoit ce qui arrivera infailliblement si l'exploration électro-musculaire ne met pas le médecin sur la voie de la vérité. L'intoxication sera méconnue et la paralysie sera mise surle compte d'une influence! rhumatismale. On comprend la gravité d'une telle erreur de diagnostic. |

La question de diagnostic que je soulève ici est de Ja plus haute importance; je vais le démontrer par des faits : |

OBSERVATION LXXXV.—Un charretier, dont je rapporterai l’observation dans la quatrième partie (chapitre Il), et qui avait été guéri d'une paralysie rhumatismale de l’avant-bras par la faradisation localisée, me pré: sente un jour un de ses camarades atteint, disait-il, de la même paralysie que la sienne ; et, en effet, chez cet homme le poignet tombait , les doigts | étaient fléchis sur les métacarpiens, en un mot, je reconnus que les mêmes muscles étaient paralysés. Cet homme était cultivateur, il n'avait jamais'été exposé, d'après son dire, aux causes d’intoxications saturnines, et ayant eu seulement quelques douleurs d’entrailles qui avaient été traitées comme ! une inflammation des intestins par des applications de sangsues, je crus | que sa paralysie était de même nature que celle de son camarade, c'est-àdire rhumatismale. Mais pour assurer mon diagnostic, j'examinai l’état de la contractilité et de la sensibilité électro-musculaires, et à ma grande surprise, je trouvai chez lui tous les signes pathognomoniques de la para Iysie saturnine. Le malade niait toujours qu’il eût pu être empoisonné par le plomb ; le vin des environs de Paris, le seul qu’il bût, disait-il, coûte trop peu pour être falsifié. Je n’en fus pas moins convaincu , cependant, d’après cette exploration, que sa paralysie était saturnine. Je le fis entrer à la Charité, dans le service de M. Fouquier (salle Saint-Charles, n° 15), où deux jours après son entrée il eut une colique de plomb des mieux caractérisées. Enfin , les bains sulfureux firent déposer sur sa peau une grande quantité de sulfure de plomb, | à

Malgré ces preuves irrécusables, ce malade n’a jamais cru qu'il eût été réellement empoisonné par le plomb, et je n'ai pu découvrir la voie par laquelle cet agent toxique avait pu sintroduire chez lui.

OBSERVATION LXXX VI. — En janvier 14852, j'observai, au n° 34 de la salle Saint-Michel, un nommé Kayner, jardinier à Nanterre, qui avait été traité pour une colique saturnine , et qui offrait la paralysie spéciale des avant-bras et le liséré caractéristique ; les bains sulfureux firent déposer le sulfure de plomb sur la peau ; cependant il a été impossible de savoir comment il s'était empoisonné par le plomb.

Depuis que j'ai commencé ces recherches spéciales, j'ai ren: éontré un si grand nombre de paralysies saturnines chez des personnes qui, par leur position, semblaient devoir en être à l'abri, qu'il m'est resté la conviction que nous sommes fréquement exposés à l'intoxication par le plomb. Le plus ordinairement, il m'a été impossible de retrouver le corps du délit, mais J'ai quelquefois été assez heureux pour être mis sur la voie de la cause qui avait produit la paralysie, par la connaissance de l'état de la contractilité et de la sensibilité électro-musculaires.

Voici maintenant la preuve de ce que j avance :

OSERVATION LXXX VIE. —M. X..., marchand de thés, place Vendôme, affecté d’une paralysie double des membres supérieurs depuis deux ans, me fut présenté en 1847 par son médecin pour être traité par la faradisation localisée. Sa paralysie, attribuée par les médecins qu’il avait successive ment consultés à une cause rhumatismale , avait été traitée sans succès jusqu'alors par les bains ‘sulfureux , les vésicatoires et la strychnine. Ses bras tombaient le long du corps, sans qu’il lui fût possible de les remuer ; la flexion de l’avant-bras sur le bras était impossible. Les poignets fléchis à angle droit sur l’avant-bras et les doigts fléchis dans la paume de la main he pouvaient être étendus. L'atrophie était considérable, surtout à la région postérieure de l’avant-bras ; à la vue de cette paralysie, ma première pensée fut que la cause de la maladie était une intoxication saturnine. Mais ne trouvant dans la profession de ce malade rien qui pût légitimer un tel diagnostic, et ne pouvant être éclairé d’ailleurs par l’examen de ses genrcives (il avait perdu toutes ses dents, et il portait un double ratelier), j'attribuai, comme mes confrères , la paralysie à une cause rhumatismale. Eh bien! ce diagnostic, basé seulement sur l'apparence extérieure de la paralysie et sur la recherche des causes qui avaient pu la produire , fut démontré erroné par l'exploration électro-musculaire , car je découvris que les muscles de la région postérieure de l’avant-bras étaient lésés dans leur contractilité électrique, ainsi que les deltoïdes. Je déclarai alors, que la paralysie ne pouvait être attribuée qu’à un empoisonnement saturnin ; ce qui fut repoussé par le malade, qui affirmait n'avoir jamais été exposé à un pareil empoisonnement. F’appris de lui que pendant une quinzaine d'années il avait fait dans ses moments perdus des petits sacs avec les feuilles

de plomb dont sont doublées les caisses de thés, et que la poussière métal-! lique, dont ces feuilles sont couvertes, avait pu s’introduire dans l’économie: par les voies respiratoires. Alorsil se rappela que chaque fois qu’il travaillait à ces petits sacs sa salive était sucrée, et il nyapprit qu'il avait été! traité plusieurs fois pour une gastro-entérite , dont le principal caractère! était une constipation accompagnée de coliques violentes, |

On voit donc que rien ne manquait pour Caractériser cette! paralysie saturnine, et que c'est l'exploration électro-musculaire ! qui m a mis sur la voie de la cause qui l'avait produite. J'ajouterai que ce malade guérit assez vite par lafaradisation localisée | pour reprendre la direction de sa maison de commerce. Il s'est | bien gardé depuis sa guérison de remuer les feuilles de plomb & qui garnissent les caisses de thé, et n'a plus éprouvé ces douleurs ! intestinales et ces constipations opiniâtres qui l'avaient fait tant ! souffrir pendant de longues années. On verra encore dans ! l'observation suivante que sansl'exploration électro-musculaire, la séméiologie est quelquefois impuissante dans le diagnostic de la paralysie saturnine, et que l'erreur, dans ce cas, a coûté la ! vie au malade.

OBSERVATION LXXX VIII. — Eu 1848, je fus appelé par mon honorable ! confrère, M. Tanquerel Desplanches, auprès d’un malade arrivé au dernier ! degré de l’anémie saturnine. Ce malade, praticien distingué de Paris, : après avoir éprouvé de longues souffrances intestinales, fut atteint d'une paralysie des membres supérieurs, malgré les conseils les plus ! éclairés. Sa maladie intestinale fut considérée comme une entéralgie, et sa paralysie fut attribuée à une cause rhumatismale. Ce ne fat que longtemps après le début de la paralysie, et après avoir vu échouer successivement tous les traitements, qu'on admit, mais, hélas, trop tard, la possibilité d’un empoisonnement saturnin. On chercha donc par quelle voie et sous quelle forme le poison avait exercé son influence délétère, et l’on trouva la présence d'un sel de plomb dans le même vin qu’il buvait depuis plus de vingt ans, et qui était fourni de confiance par un de ses clients. Depuis le début de la paralysie, il n'avait cessé d’en boire; l’anémie générale exigeait qu'il en prit même en plus grande quantité. Je ne vis ce malheureux confrère que peu de semaines avant sa mort, et je pus constater, en présence de M. Tanquerel-Desplanches, l'absence complète de contractilité électrique dans les muscles des régions postérieuresde l’avant-bras, excepté dans les supinateurs. Bien que les autres muscles des membres supérieurs fussent réduits à l’état rudimentaire, la contractilité v était très développée. Ces signes étaient donc plus que suffisants pour caractériser la paralysie saturnine.

Dans un cas pareil, où les signes fournis par la séméiologie ne peuvent éclairer le diagnostic, la faradisation appliquée au début, come moyen de diagnostic de la paralysie, mettrait à temps le médecin sur la voie de la vérité, et pourrait sauver la vie du malade (1).

Lorsque le plomb ou ses préparations se trouvent méêlés aux boissons dans de fortes proportions, les phénomènes d'empoisonnement sont tellement rapides et violents qu'on est bien vite mis sur sa trace. C'est ainsi qu'en 18/42, le plomb a trahi sa présence dans le cidre fabriqué à Paris, par les nombreux et rapides accidents qu'il a occasionnés. Maislorsqueles proportions de sels de plomb dissous ou suspendus dans les boissons sont beaucoup plus faibles, les phénomènes toxiques qu'ils peuvent provoquer se manifestent très tardivement, et seulement chezun certain nombre d'individus qui présentent sans doute moins de résistance à l’intoxication. Alors, on voit apparaître de temps à autre des douleurs d’entrailles, qu'on prend facilement pour des

(1) Le signe diagnostique de la paralysie saturnine (la lésion de la contractilité électro-musculaire) est en général facile à reconnaître, car dans la très grande näjorité des cas, cette propriété musculaire est considérablement affaiblie, simon complétement abolie; mais dans les autres cas très rares où la contractilité électro-musculaire n’est que légèrement diminuée, ce signe diagnostique peut échapper à l'observation, si l’on ne sait pas quel doit être le degré d’excitabilité du muscle paralysé à l'état normal, ou si l'appareil dont on se sert ne jouit pas d’une grande précision et d'une graduation exacte. Pour apprécier dans ce cas le degré d’affaibiissement de la contractilité électrique du muscle paralysé, il faut le faradiser d’abord avec un courant très faible, et augmenter graduellement le courant jusqu'à ce que le muscle commence à se contracter, puis comparer ce degré d’excitabilité avec celui du côté sain quand la paralysie est limitée dans un seul membre,

C'est pour n'avoir pas agi de cette manière que plusieurs observateurs ont dit avoir quelquefois trouvé la contractilité électro-musculaire normale dans la paralysie saturnine, On conçoit qu'ayant employé un courant un peu trop fort, ils n'aient pas pu constater une faible diminution de la contractilité électro-musculaire. Ces erreurs de diagnostic deviennent encore plus faciles lorsqu’on ne localise pas avec soin la faradisation. Ainsi, la paralysie est-elle limitée dans quelques faisceaux musculaires, dans ceux du médius et de l’annulaire, par exemple, ce phénomène doit passer inaperçu si, au lieu d’exciter individuellement chacun de ces faisceaux, on provoque des contractions d'ensemble. Quant à moi, Je déclare n’avoir pas rencontré jusqu'à présent une seule exception à cette loi que j'ai formulée, à savoir que dans la paralysie saturnine la contractilité électrique diminue dans certains muscles d'élection. J'ai examiné les faits exceptionnels qui m'ont été signalés , et j'ai constaté que ces prétendnes exceptions étaient des erreurs de diagnostic dont j'ai exposé précédemment les causes diverses.

entéralgies, ou des paralysies dont on est loin de soupçonner la | cause en raison de la profession ou des habitudes des malades. | C'est dans des cas analogues que j'ai tiré un parti heureux ! de l'exploration électro-musculaire. J'en vais rapporter un :

ex emple.

OBSERVATION LXXXIX.— M. D....., âgé de quarante-six ans, contre- | maître associé d'une maison de filature de coton , demeurant à Lille, est | venu me consulter sur la cause d’une paralysie double des avant-bras. | En 1845, il a commencé à éprouver dans les mouvements de la main de | la faiblesse qui disparaissait de temps à autre. Mais depuis le mois! d'août 1853, l'extension des poignets et des doigts est entièrement perdue, : et les poignets restent constamment fléchis sur les avant-bras. À l’explo: | ration électro-musculaire, je constate qu’à droite, les extenseurs des doigts ! ont perdu leur contractilité électrique, que leur sensibilité est considérablement diminuée, que les radiaux se contractent encore, mais très fai- : blement, par l'excitation électrique, et que les supinateurs sont dans leur état normal. A gauche, les extenseurs des doigts et du pouce ont également perdu leur contractilité électrique. A ces signes électro-musculaires, : il est impossible de méconnaître la paralysie saturnine. De plus, je retrouve : dans les antécédents du malade les phénomènes suivants : en 1847, ila : ressenti sans cause connue des douleurs assez vives au niveau de l’ombilie, | avec constipation. Du laudanum fut administré par la bouche, par le rec- ! tum, et deux saignées abondantes furent pratiquées; un purgatif salin fut ! ordonné après douze jours de constipation, Trois jours après, des lavements ! purgatifs ayant été renouvelés, M. D... fut entièrement guéri de ses co= : liques. Huit mois plus tard, nouvelles coliques traitées par deux saignées’ ! et des lavements purgatifs. Guérison après quinze jours de traitement Depuis lors, M. D... éprouve chaque année les mêmes accidents intestinaux. Enfin, pour compléter l’ensemble des signes, qui ne laissent pas de doute sur la cause de la paralysie, M. D... offre le liséré grisâtre des gencives. M. D... ne parut croire à son empoisonnement par le plomb que lorsque, sans l’interroger sur ses antécédents, et par la seule exploration électrique de ses muscles, je: lui déclarai que sa paralysie ne pouvait être attribuée qu'à cet empoisonnement. Mais par quelle voie le ploinb pouvait-il avoir pénétré dns son économie ? En l'interrogeant sur ses habitudes , il me déclara qu'étant grand amateur de bière, c’est à l’'estaminet qu'il en a fait la plus grande consommation , selon l'usage général de la ville qu’il habite (Lille). Or, dans cette ville comme dans la plupart des villes du Nord, la bière consommée dans les estaminets se conserve en tonneaux dans les caves, et on la conduit par des tuyaux de plomb dans les salles où elle est distribuée aux consommateurs.

Est-il possible que la bière, qui est toujours plus ou moins

acide, se trouve en contact avec les tuyaux de plomb, sans attaquer ce métal et sans en entraîner une certaine quantité à l'état de sel? Le hasard a-t-il voulu que M. D... ait bu de la bière qui tenait une plus grande quantité de sel de plomb en dissolution. D'autres faits analogues donnent quelque apparence de vérité à l'affirmative. En effet, l'intoxication de M. D... n'est malheureusement pas un cas isolé et exceptionnel à Lille, car J'ai été consulté par d’autres habitants de cette ville, dont l'histoire est à peu près la même que celle que je viens de rapporter, qui ont les mêmes habitudes d'estaminet, et qui par leur profession de- vraient être à l'abri de l’intoxication saturnine. Il résulte enfin dés renseignements que j'ai fait prendre, qu'il existe à Lille un assez grand nombre de paralysiesde l’avant-bras, qui sans doute ont la même origine. | | Je puis à l'appui de l'opinion que je viens d'émettre sur la probabilité des qualités toxiques de la bière qui traverse les tuyaux de plomb, rapporter une observation qui a été publiée en 1852 dans le Bulletin de thérapeutique (1).

ORSERVATION XC. — Le sujet de cette observation était un charcutier de Bergues, qui, ayant été frappé de paralysie des deux mains, était venu chercher sa guérison à Paris. Il était entré dans le service de M. Cruveilhier (Charité, salle Saint-Ferdinand, n° 15), où je l'observai. Sa paralysie avait été précédée de coliques et de constipation , et de plus il. présentait le liséré caractéristique des gencives. M. Cruveilhier entrevoyait une paralysie saturnine ; mais en présence des protestations du malade qui niait s'être jamais exposé à un pareil empoisonnement , € dans l'impossibilité de trouver la voie par laquelle le plomb avait pu pénétrer chez lui, il lui restait encore quelques doutes. Ces doutes furent dissi- pés par l'exploration électro-musculaire que je pratiquai en présence de M. Cruveilhier, et qui nous fit voir chez ce malade tous les signes pathognomoniques de la paralysie saturnine. J’appris alors de lui qu’il consom- mait journellement une grande quantité de bière à l’estaminet, où elle est conduite des caves dans les salles de consommation par des tuyaux de plomb. Des renseignements qu’on fit prendre dans ce pays nous ont appris aussi que la paralysie des avant-bras n’y est pas rare,

Il appartient à la chimie de déterminer s'il est vrai que la bière qui passe dans des tuyaux de plomb pour être livrée à la

(1) Voyez surtout divers mémoires de M. Chevallier (Annales d'hygiène pu blique, Paris, 1853, t. XLIX, p. 69;t. L,p. 314, 1854;t.1,p: 335)

consommation, peut décomposer ce métal et en contenir une :

quantité suffisante pour produire l'empoisonnement saturnin, :

ou si le plomb ou quelques-unes de ses compositions ne sont pas employés dans certains procédés de fabrication de la bière, de manière à compromettre la santé.

Enfin, l'exploration électro-musculaire m'a mis sur la voie ! d'intoxications saturnines dans des cas de paralysie où il n'a été ! impossible de ne pas admettre, comme cause probable de cette !

an — pme.

intoxication , le passage des eaux dont les malades faisaient ha- !

bituellement usage, dans des tuyaux de plomb, ou leur séjour

dans des réservoirs de même métal. Mais je craindrais, en ! insistant davantage sur ces faits, de donner trop d'extension à : l'examen de questions qui intéressent plus particulièrement ! l'hygiène que l’électro-pathologie. Si j'en ai parlé incidemmént !

et avec quelques développements, c’est pour faire mieux !

ressortir l'importance de l'exploration électro - musculaire comme moyen de diagnostic dans la paralysie du membre supérieur.

Il me resterait à faire ressortir les avantages de l'exploration i

électro-musculaire appliquée au diagnostic différentiel des affec- :

tions musculaires générales; mais cette question offre un tel

intérêt par son importance et sa nouveauté, que J'ai cru devoir ! lui consacrer un chapitre spécial (voy. le chapitre VI de cette :

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