NOMBRES INDICES POUR LES DENRÉES ALIMENTAIRES : D'APRÈS M. LEVASSEUR
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ose d'intérêt, cette « crise du revenu » devaient avoir plusieurs conséquences 1° Elles permettaient à des pays dont le crédit était discutable, mais dont les rentes anciennes ou nouvelles qu’ils émettaient, donnaient un rendement plus élevé, d'emprunter à des taux réduits et de se créer une clientèle parmi les capitalistes et rentiers des pays riches, disposant de nombreux capitaux; la hausse des titres à revenu fixe, rentes et obligations, fut ainsi enrayée ; l'attention des capitalistesse porta sur les titres à revenu variable, les valeurs industrielles, financières, métallurgiques, ayant un passé honorable et connu.
20 La recherche des valeurs à revenu variable devait donrer surtout un essor considérable à l'émission, la souscription et l'introduction de papiers que M. Neymarck a appelés « valeurs éruptives » (1). Ces papiers ont fait perdre à l'épargne française des capitaux énormes. «La folie des mines d'or, lafrénés ie du public, suivant une expression de Léon Say, pour tout « ce qui pouvait monter » sont dues, non seule— ment à des réclames exagérées et à des spéculations inouies, mais pour beaucoup à une folie véritable du public qui voyait ses moyens s'accroître et désirait « gagner de l’argent » pour compenser la diminution des revenus que les conversions de rentes et la «crise du revenu » lui faisaient subir.»
(1) M. A. Neymarck : La baisse des rentes et valeurs à revenu fixe, Paris, 1912.
Les conversions (1) des rentes sur l'Etat qui, depuis 1880, et surtout depuis les grandes conversions de nos rentes 5 0/0 et 4 1/2 0/0, ont eu lieu dans tous les pays, en France, en Allemagne, en Belgique, en Italie, soit qu’il s'agisse de conversions obligatoires, prévues, soit qu'il s'agisse de conversions automatiques, ont accentué encore la défaveur du public pour les placements en rentes d'Etat.
Après les grands pays, ce sont les Etats secondaires, dans les cinq parties du monde, qui, à leur tour, ont effectué des « conversions », opérations qui, pour la plupart, ont servi de nouveau prétexte à de nouveaux emprunts, gagés sur l’économie faite sur les emprunts convertis.
Les porteurs de rente d'Etat ont fait cette remarque, fondée, d'ailleurs, que, quand Îles rentes d'Etat que les Gouvernements émettent sont en
(En Angleterre :"converSion-du 3:p. 100 énr2"1r/20et 2 3/4-en :884eten 1888.
Pa France: conversionidu 5 o/o-én % 1/2. en 1883 ; de l’ancien 4 1/2 et du 4 en 3 o/o en 1887. Conversion du 41/2 en 1804.
En Amérique, dans ces 30 dernières années, réductions successives de 6 p. 100 en 5 p. 100 en 4 1/2, puis en 4 p. 100, en 3 1/2 en 3 et même partie en 2 p.100 des intérêts de leur immense dette contractée depuis la guerre de sécession.
Un grand nombre d'Etats : la Hongrie, la Belgique, ls Hollande, les Etats scandinaves, la Prusse ; presque tous les pays allemands, divers cantons suisses, la Russie, le Brésil, le Chili, ont recouru de 1880 à 1888 au procédé des conversions de dettes publiques.
hausse, atteignent ou dépassent le pair, les emprunteurs s'empressent d'user de leur droit en convertissant leurs titres, c'est-à-dire en en réduisant les intérêts; sauf à offrir aux porteurs le remboursement de leur capital, otires dont les rentiers usent rarement, car ils seraient aussi embarrassés d'employer les fonds qui leur seraient remboursés, que les Gouvernements eux-mêmes seraient embarrassés pour les leur payer, si tous les rentiers optaient pour le remboursement et refusaient la conversion. Si les rentes baissent, si le taux de l'intérêt s'élève, il faut abandonner les projets de conversion.
Des causes économiques, commerciales et industrielles expliquent encore pourquoi le public a mis et met moins d’empressement qu'autrefois à rechercher lés titres atrevenmlixetet les rentes d'Etatamraible rendement.
La conséquence de ces faits est que les capitalistes, pendant de longues années s'étaient contentés d’un revenu modique en plaçant leurs fonds sur les rentes des grands Etats; ils ont donc tout d’abord été sollicités par des fonds d'Etat de second, troisième, quatrième ordre et par des titres de Sociétés industrielles et diverses leur offrant un intérêt plus élevé. Les grandes entreprises industrielles françaises ayant un vieux passé ont consolidé leur situation, en améliorant leur outillage, en constituant de grosses réserves pendant les années de prospérité et d’activité; grâce à leur prudente administration, elles sout devenues moins sensibles aux crises, qui, il y a dix, vingt, trente ans, les bouleversaient de fond en
comble etéloignaient d'elles, pour de longues années, les appuis financiers et les capitaux (1).
Les fonds disponibles des capitalistes se sont alors tout naturellement portés plus facilement qu'autrefois sur ces entreprises diverses, bien que leurs bénéfices et conséquemment leurs revenus soient variables ; ils n'ont plus recherché presque uniquement les rentes sur l'Etat et titres à revenu fixe.
Le développement des relations internationales et de l'économie politique mondiale devaient inévitablement provoquer ce mouvement et apporter de grandes modifications dans les idées des capitalistes et des rentiers.
La multiplication dans le monde entier des postes et des téléoraphes, des moyens de crédit, des transports des individus comme des marchandises, l'augmentation du commerce international, des voies de
(1) C'est à cette conclusion que s'arrête M. Maury dans son livre : Les valeurs françaises depuis dix ans.«De ces recherches résulte la confirmation de ce fait : qu’il existe de nombreuses valeurs françaises offrant, en même temps que des progressions du plus haut intéret, des garanties de premier ordre. Les Sociétés que nous avons envisagées, ou du moins la plupart d’entre elles, versent depuis une dizaine d'années, des dividendes progressifs protégés par une marge assez large de profits. Et ces profits non distribués servent à éteindre les dépenses improductives (frais de constitution, etc.), à renouveler les installations et l'outillage, à consolider et accroître l’actif ; de sorte, que le solde net résultant de l’excédent de cet actif réel sur les exigibilités, est d’une valeur plus grande — beaucoup plus grande souvent pue le capital social »
communication, ont rapproché les pays les uns des autres; les contrées les plus éloignées de France, d'Angleterre, d'Allemagne, des Pays-Bas, d’Autriche-Hongrie, d'Italie, c'est-à-dire des pays à ressources financières, commerciales, industrielles, nombreuses et variées, mais qui n'étaient, il y a peu d’années encore, qu'une expression géographique, pour les détenteurs de capitaux, ont noué des relations plus commodes, plus rapides et plus faciles que n’en possédaient entre eux les pays européens, il y a quarante, trente ou vingt ans.
Ces contrées, jadis presque oubliées, inconnues, sont entrées, peu à peu, au courant de ce que nous appelons la « civilisation » moderne des vieux pays, du vieux continent. Elles ont voulu et veulent avoir des routes, des canaux, des chemins de fer, des armes et des munitions de guerre, une armée etune marine. Les capitaux leur faisaient défaut, elles ont bien vite appris à emprunter,et elles ont bénéficié des moyens de crédit et des capitaux de la vieille Europe, elles ont sollicité, et elles ont trouvé partout des prêteurs avec d'autant plus de facilités qu’elles donnaient des intérêts plus rémunérateurs.
La France a aujourd’hui des intérêts commerciaux et financiers dans les cinq parties du monde. La France est commanditaire de partout ; elle a semé ses capitaux dans tous les pays. De grandes banques ou des succursales de grands établissements financiers européens se sont établies, aux Etats-Unis, en Afrique, en Asie, en Océanie, dans toutes les colonies européennes. Le commerce et l’industrie ont
cherché partout des débouchés, au dehors, les capitaux ont suivi le même chemin.
Les progrès de la science ont accru les moyens de crédit. Un commerçant, un industriel, un banquier peut de son cabinet recevoir, presque instantanément des nouvelles télégraphiques et téléphoniques de tous les grands centres commercaux et financiers ; presque en même temps, il peut, sur ces mêmes places donner des ordres d'achats, de ventes, de paiements. Les prix de marchandises comme ceux des valeurs internationales se trouvent en quelque sorte nivelées, grâce à la facilité avec laquelle on peut, par des achats ou des ventes immédiates, rétablir un équilibre normal entre les cours (1) des diverses places; la télégraphie sans fil ajoute encore a ces progrès scientifiques. Cette facilité et cette rapidité ont créé un nouveau moyen de crédit et de
compte dont la dénomination en dit long : « par câble transfert ».
(1) « Peu à peu, on arrive à s'entendre pour que les marchés de valeurs mobilières appelés Bourses. fonctionnent à des heures qui permettent aux banquiers, aux professionnels d'effectuer sur chacune d'elles des opérations simultanées, de connaître les tendances de tel ou tel marché avant d’opérer sur tel autre.
« Quand à midi, à la Bourse de Paris, sonne le coup de cloche d'ouverture, il est 1 h. 5 à Berlin et 2 heures à Saint- Péiersbourg. À l'entrée en bourse, à Paris, on connaît, et d'une manière assez précise, les dispositions générales et l’aliure des bourses des pays à l'Est, l'Allemagne, l'Autriche et la Russie. » (M. A. Neymarck : « La statistique internativnales des valeurs mobilières, IX° Rapport, La Haye, 1911.)
La nécessité de se procurer des revenus plus élevés que ceux fournis par les rentes d'Etat devait donc faire naître une vive concurrence des capitaux, entre les fonds d'Etat et les titres à revenu fixe et ceux à revenu variable, comme les actions des Sociétés decrédit, les Sociétés commerciales, industrielles, métallurgiques, minières, ou de transport.
Cette concurrence a été rendue d'autant plus facile que par suite du développement des relations financières internationales, les Etats ne sont plus seuls à emprunter les uns aux autres, c'est-à-dire aux capitalistes des autres pays, mais les entreprises et Sociétés industrielles d'un pays font appel directement, ouindirectement aux capitalistes des autres pays et trouvent chez eux et au dehors les fonds et le crédit qui leur sont nécessaires.
A l'appui de cette assertion, on peut citer les faits indiqués par M. Renaud (1) à une discussion de la Société d'Economie politique de Paris. M. Renaud a, en province, il y a quelques années, vu des portefeuilles de petits rentiers composés de rentes, d’obligations de chemins de fer; or, maintenant ces mêmes portefeuilles sont composés de titres du Maroc, du Canada, etc. (2). Il s'est donc produit ces dernières
(1) M. Renaud : Discussion de la Société d'Economie politique de Paris, séance du 5 mars 1913.
(2) D'après les statistiques de M. A. Neymarck sur les 330 à 335 milliards de titres mobiliers, fonds d'Etat compris, que possédaient fin 1910 les nationaux de la Grande- Bretagne, de la France, de l'Allemagne — sans compter les Etats-Unis, la Russie, l’Autriche-Hongrie, l'Italie, le
années, une vulgarisation financière qui a poussé nombre de porteurs de titres de vieux Etats à s'en défaire.
Et c'est ainsi que se justifie une fois de plus la vérité de cette parole d'Adam Smith : « Le propriétaire d'un bien immobilier est attaché au pays où se trouve sa propriété, le propriétaire d’un bien mobilier est citoyen du monde ».
Japon, etc., — la Grande-Bretagne possède plus de 85 milliards placés en fonds et titres étrangers et dans ses colonies ; la France 40 milliards environ : l'Allemagne 20 à 25 milliards.
GERS PAT REET
Les causes de l'élévation du taux de l'intérêt d'après les Economistes
Au cours d’une séance de la Société d'Economie Politique de Paris, dont nous avons déjà parlé, diverses opinions intéressantes ont été émises, sur les causes de l'élévation récente du taux de l'intérêt.
D'après (1) M. Saugrain, pour étudier le taux de l'intérêt, il faut voir de quoi il se compose; il entre dans la fixation du taux de l'intérêt: |
10 Un coefficient de risque; si on place sur un Etat sûr, en rente anglaise par exemple,on aura beaucoup plus de chances d’être payé que si on place dans un pays à finances avariées; mais si ce dernier pays s'améliore, le taux de l'intérêt baisse, la rente s'élève.
(1) M. Saugrain : Discussion à la Société d'Economie Politique de Paris. Séance du 5 mars 1913.
20 L'importance de l'épargne; c'est ici une explication de la loi de l'offre et de la demande ;
30 La grande production du capital amène une baisse du taux de l'intérêt. Quand tout renchérit, il est naturel qu'on donne la préférence aux actions, valeurs à revenu variable, sur lesobligations, valeurs à revenu fixe.
D’après M. Artaud (1), il convient de remarquer surtout que, ces dernières années, 1l s'est fait une grande consommation de capitaux, par suite des guerres et des mauvaises récoltes. De plus, le coût des lois d'assistance, les craintes pour les capitaux ont contribué aussi à élever le taux de l'intérêt. Quand le revenu est le même, on ne perd pas au phénomène, a-t-or dit, et cela est vrai, mais quand on n'est pas obligé de réaliser; dans le cas contraire, la quantité des capitaux continue à diminuer. La situation actuelle des fonds d'Etat est un peu tributaire de toutes ces causes.
M. Ehrlich (2) observe que l'emploi fait par Îles Etats de leurs finances influe sur le taux de l'intérêt. Avant la guerre japonaise, les fonds d'Etat russes, anglais, autrichiens, allemands étaient bien tenus parce qu'on employait les fonds de manière productive. Depuis cette guerre, la situation s'est modifiée parce que les Etats se sont lancés danses armements
{1) M. Artaud : Soc. Econ. Polit., Paris, 5 mars 1913. CG) MAEhrhieh:Soc1Æcon,-Polit., Paris. 5:marsz1or3:
énormes qui ont amené une consommation improductive de capitaux.
D'après M. Vidal (1), l’argent est sollicité par des Etats et des entreprises privées. Les premiers donnent des revenus fixes, les autres des revenus variables ou rien du tout. Les valeurs à revenu variable ont été émises à des taux élevés, les résultats ne répondent pas à l'attente, on frémit, on trouve qu'il est grave de mettre son argent dans l'industrie, on se tourne vers les fonds d'Etat plus sûrs. Il y a une sorte de balancement dans les cours des divers fonds. L’étatisme, à force d’avoir accru ses budgets, met non en péril le coupon, mais inspire des craintes aux porteurs.
Peu à peu,les épargnants en fonds d'Etat sont pris de peur. L’une des causes évidentes de la hausse du taux de l'intérêt, ce sont les exagérations de l'armement, Le poids des lois sociales, les industries d'Etat. Les rentes d'Etat baissent parce que les Etats ont les crédits qu'ils méritent. Les Etats n’ont pas à accuser l'exode des capitaux pour justifier la baisse ; ils n'ont qu à s'accuser eux-mêmes.
M. R.-G. Lévy (2), constate que les fonds d'Etat sont évidemment gouvernés par les grandes lois qui régissent le taux de l'intérêt, mais ils n’obéissent pas à une même loi. [1 ne faut pas trop vivre sur Îe passé et l’ordre dans lequel on classe les pays n’est pas immuable, ils se conduisent bien ou mal, ils changent
(1} MS Vidal: Soc #Écon-Polir., Parts bimars 1012: (2NMS RG: Lévy =S0eEcon. Polit "Paris 5 imarsto ns.
= de richesse et surtout de gestion financière. Il y a bien des éléments qui modifient la situation des Etats. La rente italienne 3 1/2 est aujourd'hui très près du pair, elle n’a pas cédé à la baisse ambiante (1).
Pourquoi cette situation exceptionnelle ? C’est qu'il y a eu des raisons spécifiques beaucoup plus fortes que la cause générale de baisse. Ces raisons sont de nombreux budgets en excédent, et jusqu'ici pas d'emprunts même pour la guerre de Tripolitaine. Si au contraire on voit baisser les fonds de pays considérés de premier ordre, parce qu’ils ont une forte épargne, c'est que la dette de ces pays augmente ou est menacée d'augmentation. Donc,conclut M. Lévy, les fonds d'Etat sont loin d’obéir à une loi générale du taux de l'intérêt.
Telle n'est pas l'opinion de M. Zadocks (2), qui, pour expliquer la hausse des fonds italiens, dit qu’elle s'explique par les capitaux que les émigrants italiens envoient ou apportent dans leurs pays d’origine et placent en fonds d'Etat. En Italie le public a acheté le fonds national,tandis qu'en Allemagne, les habitants prétèrent les fonds industriels. Il y a là une mentalité du public qui varie suivant les pays et dont il faut tenir compte.
M. d'Eichtal (3) remarque qu’il y a peu d'Etats
qui aient été encourageants pour les rentiers. Par
(1) Nous avons déjà parlé, dans la 2e partie de cette situation exceptionnelle de la rente italienne.
(2) M. Zadocks : Soc. Econ. Pol., Paris, 5 mars 1913.
(3) M. d'Eichtäl : Soc. Econ. Pol., Paris, 5 mars 1915.
des impôts sur les coupons ou des restrictions de revenus au moyen des conversions, les porteurs de fonds d'Etats ont été découragés.
Depuis quelques années, il y a eu assagissement des Etats, mais la raison de baisse n'en existe pas moins, d'autant mieux que l'industrie, par contre, donne en général des dividendes croissants.
M. Deschamps (1), signale deux raisons concurrentes, quoique contradictoires, qui, suivant lui, expliquent en une certaine mesure le phénomène actuel. La tendance à la hause du taux de l'intérêt a pour cause une grande crainte qui se traduit, par Îla thésaurisation. La thésaurisation, qu'on considérait comme une chose archaïque, se produit de nouveau sur une échelle extrêmement large. Cette crainte est soutenue par un espoir, celui des grands emprunts qui vont suivre la guerre balkanique et qui 5e feront pense-t-on à un taux d'intérêt inconnu.
M. Leroy-Beaulieu (2) qui, s'est particulièrement occupé des questions du taux de l'intérêt, qui, dans ses ouvrages,a toujours été partisan de la thèse de la baisse de l'intérêt, sur laquelle nous reviendrons d’ailleurs au cours de cette étude, présente quelques observations. Si l'on veut, dit-il s'expliquer les causes du changement survenu dans la situation des fonds d'Etat, il faut se replacer à l'époque où ils cotaient Îles plus hauts cours, à savoir, il ya une
(1) M. Deschamps : Soc. Econ. Pol., Paris, 5 mars 1913. (2) M. Leroy-Beaulieu, Soc. Ec. Pol., Paris, 5 mars 1913.
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vingtaine d'années. L'idée d'une grande guerre européenne était alors éloignée de tous les esprits. Le débouché pour les capitaux s'était restreint. Les débâcles de l'Argentine et du Brésil avaient fermé ces pays aux placements et l'Orient n'empruntait guère. Or, depuis 1871, jamais le monde civilisé ne s’est trouvé plus qu’à l'heure actuelle, dans une période de grande perplexité. Les guerres se succèdent depuis quinze ans ; guerre hispano-américaine, en 1898; guerre de l'Afrique du Sud, de 1899 a 1902; guerre russo-japonaise, en 1904 et 1905, une des guerres les plus importantes que puisse enregistrer l'histoire; enfin la guerre des Balkans d'un intérêt également considérable, en 1912 et 1913, c'est une succession quasi ininterrompue.
D'autre part, en Europe, il y a des menaces de guerre constantes ; voyage de l'empereur Guillaume à Tanger, Algésiras, Agadir. On procède à des armements colossaux. Les faits, comme la mentalité et les prévisions, sont donc complètement changés, le sentiment de sécurité s'est évanoui.
M. Mourre, comme nous le verrons plus loin, a insisté sur l'épargne, qui peut ne s'être pas ralentie, mais il y a des destructions de capitaux et elles ont été énormes.
D'un autre côté, il y a eu des demandes, énormes aussi, de capitaux de la part de l'Argentine, du Brésil, des Etats-Unis, de l'Extrême-Orient ; toutes les contrées du globe demandent à renouveler, à étendre démesurément où à constituer leur outillage ; la demande de capitaux de ce chef est colossale. Il ÿ a
en outre des découvertes, celle des applications électriques notamment ; l'essor des mines de toute nature.
En même temps, que les pays neufs s’améliorent et inspirent plus de confiance durant les dix dernières années, les vieux grands pays ont fait tout ce qu'ils ont pu pour porter préjudice à leur crédit (1). Voici par exemple les Anglais ; leurs Consolidés ont toujours été soumis à l'impôt sur le revenu, mais sous la reine Victoria, au temps de Gladstone, son taux était faible,o,80 à 1,20 0/0; depuis, il a sextuplé. Les étrangers, qui en étaient exemptés, en sont frappés. En outre, ils ont mis des droits de succession extravagants et une convention entre l'Anglelerre et la France aboutit à un double droit de succession.
La « montée socialiste » (2) est également de nature à donner des craintes aux capitalistes dans les vieux pays. On se demande si les fonds publics des grands pays d'Europe offrent beaucoup plus de sécurité que les fonds publics des principaux pays neufs ; par exemple, le Gouvernement fédéral argen-
(1) C'est 1à une idée sur laquelle M. Leroy-Beaulieu revient à plusieurs reprises dans l’Econo‘“iste français.
« En même temps s’est produit un phénomène sur lequel on ne s'étend pas assez et qui est pour beaucoup dans la situation présente ; les Gouvernements des deux mondes montrent une hostilité de plus en plus déclarée contre : la malheureuse richesse acquise ». Economiste français du 1TJUINITONS.
(2) C’est l'expression même dont se sert M. Leroy- Bcaulieu.
Sr tin, paye de bons intérêts depuis longtemps ; l’industrie est prospère dans le monde entier, l'esprit de spéculation s'est très répandu. Les gens veulent avoir des valeurs qui montent et on ne se préoccupe pas du revenu.
M. Mourre (1),dans la conférence dont nous avons déjà parlé, recherchant les causes susceptibles de faire varier le taux de l'intérêt,arrive aux conclusions suivantes.
« Une seule cause, dit-il, peut le faire hausser ou baisser d'une manière appréciable, c'est l'épargne. Comment la productivité du capital peut-elle varier, si on se borne à des travaux d'entretien, sans adjonction nouvelle ? Le capital fixe, producteur ne subissant aucune modification restera immuable et son rendement ne pourra changer. Mais on ne peut faire de travaux neufs sans épargner ».
C'est une vérité bien connue.
La cause presque unique des variations du taux de l'intérêt est donc l'épargne.
La productivité du capital se modifie sans doute sans qu'il y ait épargne ; des mines s'épuisent, la fertilité de certaines terres diminue, on adopte parfois des méthodes de culture nouvelles, plus rémunératrices ; mais se sont là des faits isolés, sans une très grande portée au point de vue général.
L'épargne,qui crée de nouvelles entreprises, modi-
(1) Conférence à la Sociétéd'Economie Politique de Paris. Séance du 5 mars 1913.
fie donc le taux de l'intérêt. Mais son influence se manifeste-t-elle dans le sens de la hausse ou de la baisse, il faut distinguer.
Les travaux neufs peuvent se diviser en deux groupes:
10 Ceux qui sont destinés à fonder des entreprises de même nature que celles précédemment créées, c'est-à-dire appelées à faire progresser l'humanité d'une manière que l'ont peut appeler « extérieure »..
20 D'autres travaux neufs, au contraire, servent à des perfectionnements scientifiques qui augmentent la productivité des capitaux fixes déjà créés antérieurement: par exemple, la découverte d'un engrais chimique rend la terre plus fertile. Cette catégorie de travaux neufs constitue donc un progrès que l'on peut désigner par le mot «intérieur ».
Le progrès intérieur fait donc hausser le rendement du capital, le taux de l’intérêt.
Le progrès extérieur agit dans une direction qui dépend de la productivité des entreprises nouvelles créces.
Sielles sont plus rémunératrices que les anciennes, le taux de l'intérêt augmente ; si elles sont moins productives, il baisse.
La loi de la rente, en effet, peut avoir une portée très étendue et s'appliquer à toutes les variétés d'entreprises.
Non seulement les dernières terres mises en valeur peuvent être les moins fertiles, mais une seconde ligne de chemin de fer peut donner des bénéfices moindres que la première.
La loi de la rente, du reste, n'est qu'une hypothèse plausible souvent démentie dans la pratique. Les terres mises en culture dansles pays neufs se sont montrées fertiles. De même, certaines entreprises industrielles récemment créées ont été spécialement productives. Cependant, à certaines époques de l'histoire économique, la loi de la rente a joué. Ainsi dans la période 1880-1899, on a construit aux Etats- Unis de nouveiles lignes moins rémunératrices que les anciennes.Ce qui le prouve, c'est le fléchissement du revenu par mille, non seulement net, mais brut. Pendant les quatre années 1880-1883, la recette brut par mille est supérieure à 7.000 dollars.
En 1884, elle fléchit au-dessous de ce chiffre qu’elle ne reconquiert, qu'en 1889. le déclin dans l'intérêt des chemins de fer vient du nombre trop important de milles construits, surtout de 1880 à
Le développement économique s'affirme donc au moyen de deux sortes de progrès : le progrès intérieur et le progrès extérieur.
Le progrès intérieur fait hausser le taux de lintérêt ; le progrès extérieur le fait tantôt hausser, tantôt baisser.
En examinant ce qui s’est passé à l’époque actuelle, on trouve que l'intérêt a progressé ; la preuve en estque les fonds d'Etat ont fléchi, sans que leur déclassement, par rapport aux valeurs industrielles, puisse expliquer d'une manière complète ce mouvement rétrosrade. Le revenu des fonds d'Etat, qui
sont une simple catévorie du capital en général, doit en effet s'élever avec le revenu de celui-ci
Est:ce donc le progrès extérieur qui est cause de
la hausse du taux de l'intérêt ? Est-ce, au contraire, seulement le progrès intérieur, ou en d’autres ter— mes, scientifique ? Il est hors de doute que l’essor scientifique a pris, pendant ces dernières années une grande puissance et que la technique industrielle et agricole, s’est enrichie de nombreuses découvertes.
Donc, première cause de hausse du taux de l'in— térêt. Mais il paraît probable, également, que le progrès extérieur a été fécond et que les nouveaux capitaux fixes créés ont été plus rémunérateurs queles anciens. Les pays neufs, tels que les Etats-Unis, le Mexique, le Brésil, l'Argentine, l'Egypte, l’Algérie, les pays balkaniques, l'Asie ont vu se développer sur leur sol des entreprises très prospères. Comme exemple particulièrement frappant, on peut citer les plantations de caoutchouc dont un certain nombre donne du cent pour cent.
La hausse du taux de l'intérêt, qui a eu lieu depuis 1897, est donc venue du progrès intérieur et du propres extérieur,
Le taux élevé de l'intérêt favorise-t-il l'épargne ? Oui, carplus les revenus du capital sont importants, plus 1l est facile d'en réserver une partie en vue des travaux neufs. Par suite, dans les pays où le taux de l'intérêt est élevé, comme aux Etats-Unis, on épargne beaucoup, non pas sans doute en pratiquant l'épargne directe, sur une aussi large échelle qu’en
ar — France, mais au moyen d'amortissements industriels.
Plus l’épargne,ce grand facteur du développement économique, s’emploiz à créer des œuvres répondant à un besoin, plus elle est rémunératrice.
Par suite, les personnes qui s'enrichissent rendent des services éminents à leurs concitoyens etne doivent pas être punis par des mesures fiscales agressives. M. Mourre critique ainsi le projet de loi sur l'enrichissement dont M. Jean Javal est l'auteur. L'impôt sur le revenu en recherchant la fortune réelle, frappe également les revenus qu'on épargne, tandis que le système actuel impose seulement les signes extérieurs, c'est-à-dire, la consommation. Cependant celui qui épargne en augmentant la richesse nationale rend de plus grands services à son pays que celui qui se borne à consommer.
Le commerce très actif est une cause nouvelle du relèvement du taux de l'intérêt au cours de ces dernières années (1). Dans une période d'essor, le capi-
(1) À aucune époque, le mouvement commercial international n’a été plus considérable quelles que soient les discordances des statistiques commerciales et leurs défectuosités dans les divers pays.
M. Neymarck, indique dans son rapport à La Haye, que M. le professeur von Nenmann-Spallart, avait essayé d'évaluer le montant des importations et exportations de tous les pays du monde pour l’année 1889, il était arrivé au chiffre de 03 milliards. En adoptant ses mêmes méthodes d'évaluations et sous les réserves qu’il faut toujours exprimer en de semblables calculs, le commerce international de ces mêmes pays dépasserait aujourd'hui 130 milliards. [l aurait ainsi augmenté de 37 milliards depuis 1880.
tal trouve son rendement augmenté passagèrement parce que l'on force la production et parce qu'on écoule les stocks anciens qui viennent s'ajouter aux quantités annuellement produites. Mais si les travaux seuls sont peu rémunérateurs, cette poussée industrielle est. suivie d’une baisse de l'intérêt au— dessous de la normale.
Après une période prospère, où beaucoup d’entreprises nouvelles ont été créées, le taux de l’intérèt peut, soit progresser soit fléchir: on peut dire que l’activité commerciale se prolonge et se répète à intervalles rapprochés;elle doit être probablement stimulée par un taux d'intérêt élevé.
M. Mourre poursuivant son étude se demande comment agit l'accroissement de la population sur le taux de l'intérêt? Tout dépend des travaux neufs, que suscitera cet accroissement. S'ils sont moins rémunérateurs que les anciennes entreprises, l'intérêt baisse. s'ils sont plus productifs, il s'élève. Mais il faut tenir compte de ce que plus la population sera nombreuse, la qualité de ses éléments respectifs, bien entendu, restant la même, plus les inventeurs seront nombreux, et plus le progrès intérieur sera stimulé. Aïnsi en principe un accroissement de population favoriserait la hausse de l'intérêt.
D'après M. Rüist, la cause de la hausse du taux de l'intérêt est la hausse des prix (1); nous étudierons avec quelques détails cette théorie.
(1) M. Charles Rist: La hausse du taux de l'intérêt, Revue Economique [nternationale,mars 1913.
Après avoir montré la hausse de l'intérêt, par des tableaux statistiques: M. Rist constate que le phénomène est caractérisé par sa généralité et sa simultanéité. Mais il ne suffit pas de constater, il faut expliquer ; or, jusqu'à présent, les explications font défaut.
On a dit par exemple que les rentes avaient baissé parce que le public les avait vendues pour se porter sur les valeurs industrielles ; mais ces valeurs industrielles sont anciennes, depuis longtemps les revenus quelles donnent sont supérieurs à ceux des fonds d'Etat ; or, ce n'est que très récemment que le public les considère avec faveur ; ce qui semble l'expliquer : c'est la différence frappante entre nature des revenus industriels avant et depuis 1895.
Jusqu à cette année 1895, le publicse portait sur les rentes d'Etat, parce qu'elles présentaient deux qualités essentielles : 1) la sécurité, 2) la régularité. Or, depuis cette époque les titres industriels semblent bien avoir acquis ces deux qualités.
Si l’on dresse un tableau des dividendes depuis trente ans des principales valeurs métallurgiques, minières et de banques, on constate une diflérence frappante de tendances pendant la période 1881- 1895 et pendant la quinzaine d'années suivantes 1895-1910. Pendant la première période, ascension très lente du dividende et grande irrégularité, les hausses étant constamment interrompues par des baisses ; pendant la deuxième période, au contraire, ascension rapide et considérable du dividende jointe à une régularité presque parfaite.