‹ De l'Élévation récente du taux de capitalisationChapitre 21 sur 25 · PE · texte numérisé non relu

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Les années 1897 à 1900 ont été pour toutes les nations une ère d'exceptionnel essor, et on sait, d'après la loi économique établie par M.Neymarck (1) qu'en de tels moments, les rentes souffrent de la défaveur du public.

Ce qui est curieux, c'est que la crise une fois survenue et l'essor arrêté, la défaveur ait persisté; à partir de 1903 environ, les cours des rentes et des obligations, au lieu de remonter, ont continué après une légère interruption à décroitre. L'explication du phénomène se trouve précisément dans la rapidité avec laquelle les dividendes industriels ont repris leur ascension.

M. Rüst fait remarquer d'ailleurs que l'allure des dividendes,avantet depuis 1895,estabsolument parallèle à l'essor économique quis'est manifesté depuis cette date ; en un tableau saisissant il le prouve ;

Voici les chiffres du commerce extérieur, empruntés au « Bulletin de la statistique générale de Îa France ».

1884 1895 1910 Allemagne..... 5-9902 7.438 16.408 (millions de marks) Boloiquens ie 2.932 3.065 1.137( — francs) Royaume-Uni.. 694.105 702.522 1.212.408 (millions de livres) Etats-Unis... 6.534 1.524 3.298 (millions de dollars) FAT nerve 8.424 71.093 43.407{ — francs)

D'où il ressort que les augmentations (ou les diminutions) de ce commerce, par rapport à l'année ini-

(1) Nous avons indiqué cette loi au cours de la Te partie de notre étude.

tiale de chaque période, ont été les suivantes

Période 1885 à 18 5 Periode 1 895 à 1910 Allemagne (1) 7208 + 12 °/0 + 121 0/0 Belgiquet (4) 70m + 0.02 » + 132 »

Royaume-Uni (2) .... + O.01 » + 72 »

Etats-Unis, (1): — 9 » + 113 »

Érance (tr). Dre — 16 » + 89 »

Un autre symptôme est la multiplication des titres industriels offerts à l'épargne; pour les dix banques dont les dividendes ont été cités, la période 1895-1910 offre de constantes augmentations de capital — presque toutes à partir de 1899; -— on en compte 16, représentant au total une émission de966.000 actions. Dans la période antérieure 269.000 actions seulement avaient été émises en cinq fois : la Société Générale, par exemple, avait 19.000 actionnaires en 1900, neuf ans après, à la suite de quatre augmentations successives de capital, ce nombre avait plus que triplé et s'élevait à 68.000.

En ce qui concerne la métallurgie, les obligations ont été émises en plus grand nombre queles actions, ces titres rémunérés en général à 4 0/0 ont bénéficié de l'engouement du public ; leur hausse s’oppose à la baisse des obligations de chemins de fer et de villes.

Les houillères françaises se sont développées dans les mêmes proportions; le nombre d'obligations émises par les Sociétés de ce bassin si important n’a

(1) Commerce spécial, métaux précieux non compris. (2) Commerce général.

pas dépassé 40.000 dans la période 1881 à 1895. Par contre, depuis 1895, on en voit émettre plus d’un million (dont l'immense majorité dans ces dix dernières années).

Au total, on peut résumer qu’un ensemble d'emprunts, d’une valeur approximative de 500 millions, a été réalisé dans cette deuxième période.

Ces émissions diverses étaient pour le public autant d'occasions offertes pour des placements rémunérateurs, mais en même temps les actions, qui atteignaient des prix considérables et inaccessibles à la majorité des capitalistes, étaient mises plus à la portée de toutes les bourses par leurs divisions en dixièmes. Il ne faut pas oublier non plus que les dividendes s'étaient accru dans les mêmes proportions que les cours des actions ; c’est ainsi que les 10 houillères citées par M. Rist rapportaient 3.048 fr. CnASSr M0 euHRon et"r7:204lenfioro: Ontvoit bien là le contraste économique des deux époques : avant et après 1895.

M. Rist explique alors à la faveur de cet exposé, le mécanisme de la baisse des fonds d'Etat et la hausse de l'intérêt.

Le brillant essor économique qui a commencé vers 1897 a habitué le public à un revenu plus élevé de ses placements ; tout le monde, en effet avait voulu profiter de l'essor industriel en achetant des actions ou des obligations industrielles promettant un rendement élevé: le public fut rendu moins défiant même à l'égard des valeurs étrangères ou exotiques, et dès 1900 M. G. Cadoux prévoyait cette évolu-

tion (1. —« La somme de sécurité, disait-il, procurée à l'épargne par le placement, en titres garantis par l'Etat ou par les communes, n'augmentera plus, elle ne peut pas augmenter. »

Mais l'insécurité des placements sous forme d'actions et d'obligations de Sociétés particulières diminuera de plus en plus, de sorte que la différence entre les titres des Etats et des Villes et ceux des grandes Sociétés industrielles etcommercialesdeviendra trop minime au point de vue de la sécurité des capitaux prêtés, pour qu'un écart appréciable subsiste entre le prix du loyer de l’argent emprunté par les gouvernements ou les municipalités et celuiemprunté par de puissantes associations anonymes.

Il ne faut pas chercher à expliquer les goûts nouveaux du public, par son désir d'une plus grande aisance, par l'aiguillon de la vie chère, c'est dit M. Rüist « mettre la charrue avant les bœufs ». Il est clair, en effet, que les prêteurs n'auraient jamais pu obtenir un intérêt plus élevé, si les emprunteurs n'avaient été en mesure de les rémunérer plus avantageusement grâce à un surcroit de profit.

Une autre explication à rejeter, selon M. Rist, qui cependant a été donnée par des économistes réputés et distingués, est celle qui voit dans la politique la cause de tout le mal; l'épargne irait, d'après ces économistes, aux valeurs industrielles et gouvernements exotiques moins en raison de leurs avantages directs que, par répulsion à l'égard des fonds d'Etat; le

(1) Cadoux : Les finances de la ville de Paris, 1900, p. 334.

rentier serait alors semblable à l'électeur qui vote presque toujours contre quelqu'un; les capitalistes mantifssteraient ainsi, contre les attaques des gouvernements des grands Etats européens; en France contre : les menaces d'impôt sur Île revenu; en Allemagne contre l'abus des emprunts ; en Angleterre contre le radicalisme de M. Lloyd George. Cette explication a été particulièrement soutenue par MiMarchez (ailes rédacteur debla semaine financière du Temps, et aussi par M. Leroy- Beaulieu, qui a toujours donné cette explication, comme étant l'une des causes du fléchissement des fonds publics, il écrivait en effet (2): « Une raison du fléchissement de cestitres (les valeurs à revenu fixe) et des autres fonds publics du vieux monde, c'est la mauvaise direction des Gouvernements, principalement en Angleterre et en France, aussi en Allemagne,depuis l’ouverture du XXe siècle, et le peu de confiance qu'ils inspirent aux épargnants ». M. Leroy-Beaulieu reviendra d'ailleurs sur cette idée en voulant expliquer l'agitation et la dépression des Bourses de l’ensemble du globe civilisé (3)

«Jamais, dit-1l, les Gouvernements et les Parlements n’ont montré aussi peu de ménagements pour ce qu'ils appellent « la richesse acquise » ; ils ne pensent quasi sur toute la surface du globe, qu'à en extraire,

(1) Polémique entre M. Marchez et M. Théry, Le Temps, 19 mai 1912.

(2) Economiste français du 18 janvier 1913.

( ) Economiste français du 14 juin 1913.

par voie de contributions ordinaires ou extraordinaires, tout ce qu'on peut luiarracher ».

M. Rüist rejetait par avance cette explication en citant le cas suivant:

Au mois d'avril 1912, la Commission sénatoriale, chargée du projet d'impôt sur le revenu, repoussait l'impôt sur la rente ; le Gouvernement suivait cet avis peu après. On aurait pu croire, si l'explication précédente était exacte, que la rente allait remonter et se maintenir à des cours plus élevés qu’auparavant, d'autant plus qu’une grande banque parisienne (1) tenta l'opération. De 91,75 au 21 avril, on réussit à la faire monter,le 4 mai,à 04,40. Au 13juillet, le cours était 92,40 et M. Rist conclut:

« C’est justement la baisse de la rente qui a fait enterrer le projet d'impôt, — non le projet qui a fait baisser la rente ».

On a encore invoqué la politique comme cause de la baisse des obligations de Chemin de fer ; et M. Rist cite un article d'un auteur anonyme (2). Leur fléchissement s’est produit pour ainsi dire sans autre cause que le malaise résultant de l'agitation menée autour des Compagnies et la succession des charges nouvelles qui ont réduit graduellement leur horizon financier.

M. Rüist ne veut souscrire à cette opinion; les

(1) La Banque de Paris et des Pays-Bas.

(2) Quelques réflexions à propos des revendications des agents de chemin de fer français : Auteur anonyme. Revue politique et parlemertaire, décembre 1910.

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