‹ De l'emancipation des Noirs; ou, Lettres à M. le duc de Broglie sur les dangers de cette mesureChapitre 14 sur 14 · SITUATION D'ANTIGUE · texte numérisé non relu

SITUATION D'ANTIGUE

La législatnre d'Aotigne , dans sa dernière session , a chargé un comité de lai faire nn rapport snr la situation de la colonie depuis l'émancipation des noirs , et sur les moyens d*y porter remède. Ce rapport^ en date du 20 juin 1844, expose un ensemble de faits qui ten-

draient à infirmer l'opinion généralement répandue que l'expérience de l'abolition de

l'esolayage a pleinement réussi à Antigue.

Nous le rapportons textuellement.

« Votre comité ne s'acqaitte qu'avec un sentiment de doute et d'hésitation de la lâche que tous lai avez confiée, parce qu'il est convaincu qoe dans la déplorable situation de nos intérêts agricoles provenant surtout de l'insuffisance de la main-d'œuvre requise pour les travaux journaliers des habitations, les lois les plus sages et les mieux combinées ne pourraient y remédier efficacement qu'autant que les rapports des maîtres et des travailleurs seraient établis sur des bases acceptées de tous , et seraient soumis à la direction que y d^un accord unanime/ leur imprimeraient les planteurs. Or, vous le savez , on ne peut guère se flatter que celte entente universelle existe jamais. Cependant, ^pour répondre à votre confiance, nous allons vqus soumettre les^o^ens qui nous paraissent les plus propres, en l'état présent des chcttes , à alléger nos souffrances et à suspendre^ au moins pour quelque temps, la ruine qui , dans un très court délai , menaâ^'anéantir complètement notre industrie.

» Nous n'insisterons pas sur l'éfal d'appauVHi^e-

ment oii le défaul de sarclage a, dans toute TUe, réduit notre plant de eannes ; sur la lenteur et l'irrégularité avec lesquelles on fabrique le sucre dans la plupart des habitations; sur la négligence désastreuse qu'on apporte à cette fabrication ; en un mot , sur l'inaouiianoe que toute noire population émancipée, sauf de fort rares exceptions , manifeste pour tout ce qui concerne la prospérité des habitations. Tous ces faits^ qui eont devenus l'histoire générale de la colonie , ne vous sont que trop parfaitement connus. Vous savez aussi que , pour obtenir ce travail si peu productif et si précaire , les planteurs sont obligés de payer des salaires ai énormes, et de Caire de telles largesses de rhum , de fif rop et d'une foule d'autres objets , que tout leur bénéfice en est d'avance absorbé.

«La délicate et dispendieuse mesure de l'immigralbni ne peut réussir que grâce à .reoseoible de vos efforts. Le comité recommande donc cette question vitale i lottle votre solUdtude. Nous croyons que l'introduction de lous les perfectionnements agricoles et industriels ^Hi peuvent économiser la main-d'œuvre mérite aussi

de sérieux encoaragemenU. Mais la colonie , poar sau- Ter son industrie^ telle qu'elle est aujourd'hui constituée, d'une dittoluUon'prochaine, réclame d'abord des remèdes d'une application plus immédiate. Lesoptûiona du comité se sont partagées sur la question de l'iosunisance numérique de la population, question qui soulè- Te en effet de nombreuses et réelles objections ; mais il s'est trouvé complètement unanime pour reconnaître qu'un nombre effrayant d'indiTidus parfaitement propres au travail^ et ne possédant aucun moyen reconnu d'existence, Titent aujourd'hui sansproCèssion aucune, et pourtant aTcc une certaine aisance , ne tirant uniquement leur subsistance que du pillage de la propriété d'autrui. 11 y a donc impériense néoessité d'examiner si cet abusif état de choses r^ulte d'une maUTtise application des lois existantes, ou s'il n'y aurait pas lieu d'adcqpter de nouvelles lots plus sévères pour assurer à la propriété la sécurité qui lui manque. Sans cette sécurité il n'y a pas d'ordrèr^M^al possible. Mais , pour la rétablir parmi nous , nous n'avons d'autre ressources que de trouver quelque moyen légal de

coatrabidre U population émancipée k remplir loales les obligations qu'elle a contractées le jour où elle a été appelée à jouir de la liberté.Yotre comité ne se dissimule pas que ce but n'est pas facile à atteindre. Néanmoins I tout en faisant une large part à la difficulté des circonstances , nous ne désespérons pas qu'à l'aide du bon sens public et de Texpèrience il ne nous soit possible d'opérer en ce sens quelque bien , tout en respectant, comme nous devons le faire , l'indépendance personnelle des nouveaux libres. Ceci posé et admis, nous allops vous proposer quelques mesures qui nous semblent comme un acheminement à la réforme complète qu'exigeraient tous les vices de notre situation. >» D'abord il est Indispensable que le personnel de la police soit augmenté 9 afin que dans chaque village les magistrats et les chefs de la police aient toujours au nioins un ou deux hommes à leur disposition \ nous aurons alors des éléments d'une force légalement constituée , prèle pour tontes les circonstances , et nous pourrons mettre un terme aux déprédations de cette foule d'oisifs qui vivent aujourd'hui du bien des autres

atec nne parftiite impanitè ; inpiinitè qui n*e8t rien moins que faite, on le conçoit, pour encourager le IraTail et rendre des bras aux ateliers. Il serait aussi delà plus grande utilité que la clause 14 de l'acte pour confirmer et amender les lois répressires des dégâts commis volontairement sur les propriétés (Ùt exécutée dans toute sa rigueur.

« n est reconnu que Facte des contrats répugne en général aux travailleurs; cependant on en voit beaucoup qui continuent à souscrire des engagements de cette nature i pourquoi ? Sans doute parce qu'ils trouvent dans cette position laùidlité d'offrir un asyle ans maraudeurs et de se rendre complices de toutes leurs rapines.

x> Dans les districts du sud , les travailleurs engagés par contrat ont la jouissance de terrains dont l'étendue n'est, pour ainsi dire , pas limitée. Ces terrains produisent les plus beaux fhdls des tropiques, de l'arrowroot , de la cassave , du gingembre, et touteespèce de productions en abondance. Cependant c'est dans celte partie de l'Ile que les désastreux eflels de l'insuffisan-

ce da trtvaU le foui le plos tifement sentir. De nombrem troopeaux de montont coavrent les terres de toutes les habilatîons ; des chevaiix qui rapportent à leurs possesseurs un très bon revenu errent à TaTenture , mangeant les tètes des cannes ou les herbes destinées à la nourriture des animaux de la propriété ; et tandis que dans le voisinage des villes on ne peut se procurer le moindre paquet de fourrage qu'à un prix très élevé, on voit , nuit et jour^ des bandes d'hommes et de femmes qui en viennent approvisionner les mar* chés ; il en est de même du bois, du charbon, et d'une foule d'autres articles dérobés sur les plantations. .

» Votre comité demande qu'aucun de ces objets ne puisse plus désormais être débité sans licence \ W serait aussi d'avis que le taux des amendes imposées sur les chevaux, montons, et autres animaux mis en fourrièrCi fût considérablement augmenté , ainsi qoe'ln nombre

des fourrières. --<* -

» Le comité regrçturd'avoir à déclarer que la moralilé de la classe émancipée s'améliore bien peu , malgré le zèle et les efforts persévérants du clergé et des autres pasteurs : les rixes fréquentes qui ont eu lieu

au veillées, aux danses , dans les maboos de jeu , rè«> clament^ de la part de la police , ane sorveiUanee et une répression plus sévères.

dA présent que nous n'avons plus> comme autrefois^ à craindre d'émigration de la part de la population noire, nous pouvons plus nettement apprécier jusqu'oii a été porté Tabos des faveurs qu'on a cru devoir lui faire pour la retenir. Chaque jour les planteurs se trouvent plus dépendants des extravagantes prétentions de leurs ouvriers , et cependant il devient chaque jour plus facile pour ceux-ci de vivre sans travail.

» Tout ce que nous avons sous les yeux semble nous avertir des fautes que nous avons commises.

» Sachons donc profiler de la leçon. Si nos habitations sont devenues moins productives ou même complétemenl improductives , ne rendons pas tout à fait désespérée «eii^ sHuation» déjà si mauvaise « en faisant gratuilement abandon du droit qui peut le moins nous être contesté , du droit de proprléU^, et ne neutralisons pas ainsi d'avanCë les chances meillenreft^que l'avenir peut nous réserver.

» Votre comilc , pour conclure, demande doq.c que

tottt ce qui , à Anligue , appartient à la portion honnête de la société, s^anisse étroitement pour réprimer les désordres commis par le reste de la population. II lui semble que dans la conjecture présente l'inertie n'est plus permise à personne, et que, puisque la propriété est menacée d'une ruine universelle, tout homme qui possède quelque chose a un devoir à accomplir, comme il a sa part de la calamité générale à supporter.»

ÎA

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