CHAPITRE PREMIER
Quelques domiées sur les dieux, la foi, les monuments funéraires et l'embaumement chez les anciens Égyptiens.
Les coutumes funéraires, étant étroitement liées aux idées religieuses et se développant parallèlement a elles, offrant, non pas un dogme invariable, mais un mélange très complexe, nous ir essayerons nullement dans le cours de cette introduction de les approfondir, mais de les esquisser brièvement vu que les connaissances nécessaires en égyptologie nous font défaut.
A. Des dieux égyptiens et conception de la terre.
Les cultes primitifs de l'Egypte étaient locaux, géographiques, les nomes adorant chacun leurs dieux spéciaux qui nous sont encore mal connus pour la plupart. On adorait, dit M. Maspéro1, membre de l’Institut, Knoumou aux cataractes. Anhouri à Thinis, RA dans Héliopolis, Osiris à Mendès. Rien ne permet au célèbre égyptologue de dire ce qu’étaient ces divinités au début. Il croit pouvoir les subdiviser en trois grands groupes d origines différentes : les dieux des morts, les dieux des éléments et les dieux solaires. Sokaris, Osiris, Isis, A nubis,Nephthys sont voués plusspéciaiemenl à la protection des morts. Les dieux des éléments représentent la terre Gabou, le ciel Nouit, l'eau primordiale Nou, le Nil l-IA pi, puisPhalh Haroêris, Sit-Typhon dont on ignore l’histoire. Parmi les dieux solaires, il convient de mentionner: RA le soleil, Atonou le disque solaire, Shou. Anhouri, Amon le journalier.
Selon les textes religieux anciens conservés, la plupart de ces dieux ne
1 Voir Histoire ancienne des peuples de l’Orient , f° 51 et suiv.
sont plus déjà, n proprement parler, que des doublures politiques ou géographiques les unes des autres.
\insi Sokaris était le seigneur des morts à Mernpliis, tandis qu Osiris l'était en d’autres endroits. L’on adora primitivement le soleil sous le nom de Rû et non sous celui de Sliou.
Les trois groupes possédaient à l'origine des facultés et des attributions bien tranchées. Ils se complétaient l'un par l’autre, mais ne se confondaient pas l’un dans l'autre. De sorte que le même nome pouvait avoir ses dieux solaires, ses dieux élémentaires et ses dieux des morts, qui ne revêtaient pas forcément la forme masculine. Ces dieux s'unissaient eu famille a l’imitation de ce qui se passait sur la terre. Ainsi de Rlitali et de la dee^e Sokliit naissait Nefertoumou, d'Osiris etd'Isis. Ilarpoclirate, l llorus enfant.
Chacun de ces dieux ou déesses gardait son caractère particulier, quant à la puissance de la divinité qui l'avait crée: où c’était un dieu qui avait pris femme, le dieu continuait à tenir le premier rôle, ou e était une déesse qui avait pris mari, la déesse demeurait le personnage principal. Le fils procédant du père et de la mère était identique à ses parents, de sorteque, par la suite, le père, la mère, l'enfant, au lieu d’être trois divinités distinctes, ne formèrent que trois aspects de la même divinité.
Les Égyptiens représentaient le plus souvent leurs dieux a 1 image de l'homme, vêtus comme lui et portant à la main l’emblème de leur puissance.
A côté des dieux à ligure humaine, les monuments nous montrent d<*> animaux, tels l’épervier, le chacal, l’ibis, le serpent, que l’on priait autant que les autres. Thot était un cynocéphale ou un ibis, llorusun épervier, Sovhou un crocodile, Ainon une oie de belle venue. Anubis un chacal. 1"U> ces animaux furent premièrement adorés en tant qu animaux, parce qu ou les craignait ou qu’ils étaient utiles aux hommes. Plus tard. 1 idée première se modifia, et l'animal cessa d’être le vlicu pour devenir la demeure, le tabernacle vivant, le corps dans lequel les dieux infusaient une parcelle de leur divinité.
Les dieux furent ainsi conçus indifféremment sous leur forme bestiale ou sous leur forme humaine. Horus, par exemple, est tantôt un homme, tantôt un épervier, tantôt un épervier à tète d'homme, tantôt un homme a tete d’épervier. Sous ces quatre formes, il est llorus.
Quelques-uns des dieu x-bètes suivirent la fortune des dieux-hommes auxquels ils étaient associés.
On les adora partout le pays, le scarabée de l'Iitah. 1 ibis et le cynocéphale de Tliot, l’épervicr d’Ilorus. le chacal d Anubis. I) autres, préconise -s dans un nome, étaient prescrits ailleurs. Ainsi les gens d Hlephanline tuaient le crocodile, tandis que les prêtres de Thèbes et de Sliodou en choisissaient un beau, qu'ils nourrissaient après lui avoir appris a manger dans la main.
Parmi les plus célèbres de ces animaux, le bœuf Hapi à Memphis, le Phénix. I oiseau Bonou à Héliopolis etc., recevaient des prêtres les honneurs sacrés, nourris qu ils étaient aux frais de la communauté et rendant des oracles aux particuliers qui venaient les consulter.
Au commencement, chacun de ces animaux avait sa tombe particulière dans la partie de la nécropole dénommée par les Grecs Sarapis. Mais sous le i ci: ne de Ramsès 11, on substitua un cimetière commun aux chapelles isolées. On creusa à cet ellet dans la roche vive une galerie d'une centaine de mètres, sur chaque côté de laquelle quatorze chambres assez grossières lurent percées successivement. Le nombre de ces chambres et galeries augmenta avec le temps.
Ce culte institué parle second roi de la U-»» dynastie dura jusqu’aux derniers jours de l'Egypte. Amien» nous rapporte que le dernier Hapi, dont on cmnaisse I histoire, fut inauguré sous Julien, en 362. Ces trois groupes des dieux ne jouissaient pas d’un crédit égal dans la religion égyptienne Les dieux des éléments, Gabon. Nouit, Tonen. prêtaient peu au culte, leurinfluence s’eflaca de bonne heure devant celle des dieux solaires, dont Rà était le patron dans sa ville d'Onou.
Shou et l al nouit étaient les maîtres de 1 aurore et du crépuscule.
Gabon et Nouit avaient, selon les croyances égyptiennes, eu comme enfants Osiris et Jyplion, Isis et Nephthys, qui avaient introduit dans le monde la civilisation, la mort et la résurrection.
En ce qui concerne la conlormation de la terre et des cieux selon les Egyptiens, \ o ici les données essentielles que nous possédons: - La terre était pour l’ Égyptien une surface plane, mince, plus longue que l.irge, nageant sur le Nou ou sur les eaux primordiales, Onozit Oirit (la grande verte i. Le ciel, Ba, Bail, soutenu par quatre étais, s’étendait au-dessus de la terre. Il était, selon les croyances d'alors, plat ou cintré, divisé en deux compartiments, 1 inférieur servant de lit aux eaux, le supérieur, habité par les dieux, dont les Égyptiens reproduisaient l’image de différentes maniè-
res. Ainsi le dieu Sibou était représenté allongé au-dessous de la déesse Nouit. dont le corps cintré le protégeait. Le dieu Shou avait, selon leurs croyances, le jour de la création, séparé le ciel de la terre en les soulevant a 1 aide de ses bras. Le soleil, la lune, les astres, étaient chacun un dieu ou une déesse, plongeant, les uns dans les profondeurs de l’océan divin, les autres flottant dans des barques à sa surface. Le ciel était pour l’Égyptien I image de son pays, le .Nou étant le Nil coulant entre deux bandes de terre (Atboui) plus ou moins larges.
1 Amien , I. XXII. 14. 6.
3 Étude de M- Maspéro, membre de l’Institut. Voir Bulletin de l'Institut Énuptien Année 1885, fa 21.
i noms de l’KgypUî terrestre itiiisi que ceux «les pays non ég\piien» auâi représentés dans le de! : telles les entrées de l-eutnt. de Nadit, de llirl, les champs d’Ialou, le lac de I Autil, le grand lac, «U:., eu .
le Soir arrivé, le soleil disparaissait dans la fente située a 1 Omdent d’Abydos. Passait-il au revers de la plaine, ou voyageait-ü sous eUe ? Aucun document certain ne permet à M. Maspéro de le précisei.
Une seconde hypothèse voyait le soleil, après son coucher, traverser de lon-s couloirs interrompus par de larges cavernes, où il rencontrait -1 autres contrées et populations ; au milieu de la nuit il remontait a 1 horizon pour commencer à éclairer à l’Orient un nouveau jour.
Ainsi que le prouvent les invocations suivantes, traduites par M. Ameiineau J les Égyptiens vénéraient et invoquaient le soleil.
« ouand tu te lèves plein de beauté, à l’horizon du ciel, ô disque vivant, c’est le commencement de la vie, quand tu émets ta lumière a 1 horizon < e l'Orient tu remplis toute terre de tes beautés, quand tu prends do la grâce, de la force, que tu fais ruisseler la lumière au-dessus de la terre, tes rayons enveloppent toute terre, pour opérer tout ce que tu opères, quand tu e> soleil du milieu du jour et que tu es amené dans leur direction, tu les enserres de ton amour. Quand tu éloignes tes rayons de dessus la
Voici une autre invocation, écrite sur le tombeau d Apn, traduite par
M. Amélineaui 2 : ... -, ,
« Tu apparais plein de beauté, ô disque vivant, maître de 1 Lternite. <■
tu resplendis, tu es gracieux, tu l'ortilies ceux que tu aimes, tu es grand, tu es élevé, tes rayons dominent tous les cœurs. Marche, brille, pour \i\iiier tous les cœurs, car tu as rempli les deux terres de joie, ô dieu qui s’est formé lui-même, qui a fait la terre, qui a créé de sa bouche ce qui est, hommes, bestiaux, animaux sauvages, toutes les plantes et tous les arbres qui verdoient sur le sol. Ils vivent, lorsque tu brilkspour <u\. u es le père, la mère, de tout ce qui a été fait, etc., etc. »
« Tu vivifies les cœurs par tes beautés vivantes, car si tu donnes les rayons, toute terre est en fête. On chante, on joue des instruments de musique, on pousse des cris de joie dans la grande salle de Hatbcnben (Obélisque - de ta demeure divine dans Koutatcn, le lieu où Ion lils fait glande proviMon de chairs, de plantes fraîches, d’offrandes de toutes sortes.
«Purifie-les, atin qu’elles te plaisent, ô disque vivant, en faisant apparaître toutes beautés pour la soif de toute créature. Ton lils Omvma est en joie, o disque vivant, qui brilles au ciel chaque jour, et qui fis naître ton filsOnæma, à ton image, etc., etc. »
i Annales du Musée Guimet, f° 594. loiue XXIX.
- Annales du Musée Guinxet , f° 598, tonie XXIX.
B. De la conception de l’âme.
L'Égyptien, vivant ainsi en pensées continuelles avec l'Esprit, considérait que par l'intelligence il tenait de Dieu, et par le corps de la matière.
Afin d'arriver à la perfection suprême, un rituel lui recommandait d'être vertueux moralement et physiquement, comme Pepi, Ounas, Teti, ses rois. 11 devait pour cela se laver avec des substances semblables à celles ulilisées par Râ, afin que les divinités lui obéissent comme à ce dernier.
L'Égyptien, qui désirait entrer après sa mort dans la barque du soleil et participer à ses joies, devait pouvoir justifier d'une vie honnête, et d'offrandes faites aux dieux pour racheter ses fautes passées. Le rituel est formé d'un tableau dont une partie est consacrée à l'offrande et l’autre aux prières à réciter, recommandant aux dieux de transmettre ces dons aux morts.
Tant que la survivance humaine, dit Al. Maspéro, n’était qu'un double habitant le tombeau, rien il’ était plus naturel et plus conforme à la tendance
• les anciens peuples, que de livrer des vivres à l’être dont on sentait la présence derrière les murs de la chambre funéraire. On déposait à cet effet sur le sol ou sur la table d’offrandes, devant l’image du défunt, des quartiers de cerf, de gazelle, des oies, du vin, de l'huile, du pain, dont le Bi s'emparait. dès que les donateurs s’étaient retirés.
En nouveau dogme devint nécessaire dès le jour, où l’on crut au départ
• le l’Ame vers un autre monde, puisque, comme le double, elle avait faim, et réclamait sa nourriture.
Selon cette croyance nouvelle, les dieux Osiris et Anubis étaient assez puissants pour transporter, moyennant quelques offrandes, les dons destinés au bi. Le double de ces aliments se rendant seul au ciel, il est naturel que ceux-ci restassent sur le sol de la chambre funéraire, où ils étaient consacrés par des prières.
A l’époque où les Egyptiens fixèrent ainsi la conception du «double» dans ses grandes lignes, ils n’avaient certainement pas encore l'idée d’un autre monde, ou. pour parler le langage de leurs écrivains, d'une autre terre. Ce qui survivait de l’homme continuait à habiter l’Egypte et plus particulièrement le lieu où son existence humaine s’était passée.
Cette partie si curieuse, si intéressante des croyances égyptiennes se trouve figurée dans de nombreux tableaux qui forment, en quelque sorte, l'histoire de l’âme à ses divers états.
D'après AL Ainélineau1, l’Égyptien d'alors ne croyait pasaux peines éternelles dont l'Eglise catholique devait imposer la croyance aux générations
1 Annales du Musée (luimet.
futures. Son esprit pouvait choisir entre <icn\ états: ou bien passer son temps dans les champs d'Osiris, ou bien monter sur la barque de Ka. pour traverser continuellement le ciel, et nous comprenons pourquoi l'âme était parfois représentée sous la forme d'un oiseau à tête humaine. Dans la pensée des Égyptiens, cette figure signifiait, que l'oiseau devait représenter la témérité par ses vols à travers l’espace, comme l’âme a travers 1 infini. Ainsi, selon leurs croyances, les Égyptiens ne considéraient pas la mort comme la fin de toute chose, mais comme une attente, et c’est pour cette raison qu’ils conservaient les corps de leurs chers disparus en les momiliant, atin que l’esprit, l’âme de ceux-ci, put, après trois mille ou quatre mille ans, retrouver en parfait état son corps temporel, qu'il visitait d ailleurs de temps en temps.
Celle manière de voir nous aide à comprendre cette sentence :
« Ressuscite de ton tombeau pour le paradis céleste : lieu de la préparation ou du renouvellement de soi-même), loi, vénérée momie, ta chair et tes ■ »> sont à les membres, et les membres à leur place ordinaire. Tu as la tête eu
place sur le tronc et ton cœur aussi. »
\! . Ylaspéro 1 nous donne à ce sujet encore une autre solution que nous
nous bornons, faute de place, à résumer ici.
Selon la croyance égyptienne, l'homme, une fois mort, devenait Osiris et s'enfoncait dans la nuit jusqu'au jour où il renaissait à une autre vie, comme Hor Osiris à une autre journée.
Gomme nous L’avons dit, par le corps. 1 Egyptien vivait d nue \ie animale. dirigé par sa raison dans la voie du devoir. Cette raison, cette ame. cet esprit se retiraient de lui. lorsque son sang se coagulait et que ses ai lcie> se vidaient. Son âme ou son esprit s’envolait alors, pour comparaître devant le tribunal d’Osiris Khent-Amenti. qui siège, entouré des quarante-deux membres du Jury suprême.
Mais avant cette comparution, son âme ou son esprit était purilié par b*> flammes du lac sacré, après avoir traversé l’Ament, protégé par les quatre génies de la mort dénommés Amset, Hapi, Douamoutef et Kebehsenouf. et après avoir comparu devant un premier tribunal présidé par le dieu lloiu>. ou le cœur du défunt est déposé sur un des plateaux de la balance de la Justice, l’autre étant chargé de la statue de la Nérité. Là, le dieu J bol lit le verdict, tout en notant le côté où la balance penche. Si le cœur et la vertu sont d’un poids égal, l’âme du mort reçoit 1 autorisation de compaiaitie devant Osiris.
C’esl pourquoi nous pouvons lire dans un chapitre du Livre îles Moi t*. la sentence suivante :
i O cœur, cœur qui me vient de ma mère, mon cœur, quand j étais sui
* Bulletin de l’Institut égyptien, année 1885.
tcnv. ne te dresse pas comme témoin, ne lutte pas contre moi en chef divin, ne me charge pas devant le Dieu Grand. »
L'orne pécheresse, accablée par le témoignage de ce que lui sa vie, repoussée par Noms ou par Osiris, cherche un refuge dans un corps humain, ou dans le corps d’un animal, d'un chien notamment, qu’elle torture, accable et précipite a la mort, pour arriver, après des siècles de privations et de peines. au terme de ses souffrances, en rentrant dans le néant. Lame du juste, par contre, après avoir comparu devant le Tribunal suprême, avant d'être mise à même de contempler la vérité ultime, et de jouir de la vie des dieux, doit subir une dernière épreuve. Pour cela, elle s’élance à travers l’espace, grandie par l'intelligence, soutenue par la certitude d’une félicité prochaine, et parcourt victorieuse les demeures célestes en accomplissant dans les champs d Aalon les cérémonies du labourage mystique, jusqu’au jour où la bienheureuse éternité s'élèvera pour elle, la pénétrera de ses clartés et I autorisera a se mêlera la troupe des dieux et à marcher avec eux. dans l’adoration parfaite de la divinité suprême.
Le doute envahissait parfois, malgré cette félicité promise, certaines âmes égyptiennes, qui ne considéraient la mort que comme une nécessité terrible, et les régions de Tau delà que comme le pays du silence, où tout n'est que deuil et tristesse.
Maison pour laquelle l’âme d’une femme défunte s'écrie :
« O mon frère, ô mon ami, ô mon mari, ne cesse pas de boire, de vider la coupe de la joie, d'aimer et de célébrer des fêtes. Suis toujours ton désir et ne laisse jamais entrer lé chagrin en ton cœur, aussi longtemps que tu es sur la terre. Car l'Ament est le pays du lourd sommeil et des ténèbres, une demeure de deuil pour ceux qui y restent Ils dorment dans leurs formes incorporelles: ils ne s’éveillent pas pour voir leurs frères, ne reconnaissent plus ni père ni mère, leur cœur ne s'émeut plus envers leur femme, ni envers leurs enfants, etc., etc. »
Pareil désespoir était rare en Égypte, comme nous pouvons le voir en lisant au Livre des Morts, chapitre 123, cette belle sentence, qui exprime la plus belle et la plus grande idée d’amour. île charité et de vénération :
« Hommages à vous, seigneur de Vérité et de Justice. Je suis venu vers toi. ô mon maître, je me présente à toi pour contempler tes perfections. Car il est connu que je sais ton nom et les noms des quarante-deux divinités qui sont avec toi dans la salle de Vérité et de Justice.
" Je n ai commis aucune faute contre les hommes, je n’ai pas tourmenté la veuve, je n ai pas menti, dans le tribunal, je no connais pas le mensonge, je n ai fait aucune chose défendue. »
L’âme égyptienne admise à contempler les dieux avait, dit M. Maspéro, le choix entre plusieurs moyens pour monter au ciel. Elle utilisait, soit une échelle immense dressée à l'Occident qui reliait la terre au séjour des dieux.
échelle dont llallior avait la ««mie; elle était soutenue pendant sou ascension périlleuse par les dieux I loi*. Sliou, Nouit etc. D’autres lois. fjreu:iut la forme d'un grand oiseau, elle s’élançait dans l’espace infini, montant, montant toujours, OU se rendait à la « bouche de la fente le SOIT de» i"n<railles. et là, se joignant au cortège divin, au moment ou il pénétrait dans le monde nocturne, elle parvenait ainsi à la Terre promise, sise vers la partie
occidentale du désert.
Mais cette Ame n'était immortelle qu'à certaines conditions: elle demeurait toujours exposée à l'anéantissement définitif. Cette catastrophe ><* pi<>duisait pour les mêmes causes que celles qui avaient provoque la premieie mort tels le venin des serpents et des scorpions, la dent des hêtes sauvages, la faim, la soif et la vieillesse. Les Égyptiens qui désiraient que I .une du cher disparu ne souffrit pas de ces maléfices, devaient adresser aux dieux des prières et leur offrir des sacrifices. Ces prières notaient pas. comme chez nous, supplétives, mais impératives, et prononcées sous forme d incantation. Le dieu adjuré selon la forme voulue n avait pas, d apres leurs crovances. le droit de ne pas les exaucer, car lui-même avait revele la manière dont il devait être imploré. Les Égyptiens accompagnaient leur> prières de sacrilices, consistant en volailles, viandes, légumes. P'un pa\ le dieu de l’usage qu'on l’obligeait de faire de sa puissance.
M. Maspéro nous donne dans son intéressant ouvrage1 la traduction d mode ces suppliques :
« O dieux de l’Horizon, qui présidez à la voie céleste, si vous desirez jouir de la vie complète de Toumon. vous oindre de vos parfums, vous parer de vos vêtements, recevoir vos gâteaux d'offrande, prenez la main de ce roi Pepi et. menez-le au champ d’offrande, pour qu'il vous donne sa gloire parmi les glorieux, sa domination parmi les dieux, pour qu'il vous présente une grande proposition de pains, de liqueurs, de gâteaux, etc., etc.
«0 Pepi, puisque ton âme est là parmi les dieux, parmi les lumineux.
c'est ta crainte, qui agit sur leurs cœurs, etc., etc. »
Par ces prières, ils mettaient ainsi en fuite les êtres venimeux et annulaient l’elïet du poison: ils chassaient les bêtes féroces, et empêchaient les douloureuses morsures. Ils avaient d'autres moyens encore de protéger contre la faim et la soif 1 âme ou le double.
Pour les Égyptiens, la faim et la soif étaient représentées comme deux substances, deux êtres qu’on avalait comme des aliments, mais qui agissaient comme des poisons, si l'on ne contrebalançait pas leurs effets par l'absorption d’une nourriture plus réconfortante, \us si comprenons-nous cette sentence lue sur la Pyramide du roi l'eti, 1. 7Y-79- :
1 Bulletin de l'Institut Egyptien , 1881), p. 30 et sui\.
- Pyramide du roi Teti, dont le texte fut traduit par M. Maspéro.
«C’est riiorreur de Teti, que la faim, c'est 1 ' horreur de Teti , que la soif, et il ne l’a point mangée et point bue. »
Cette faim et cette soif chassaient parfois le double de sa tombe, il devait alors se nourrir de ce qu’il trouvait sur le sol. c’est-à-dire de relms et d'ordures.
Afin qu'il ne souffrit point la pénurie d'aliments et de boisson, on représentait. sur les parois des chambres funéraires, des offrandes destinées à délivrer son double ou son à me de ces cruelles alternatives, liaison pour laquelle l'invocation suivante est écrite sur une des parois de la chambre funéraire de Teti, destinée à faire croire à la faim et à la soif qu’elles se trouvent en présence d'un dieu :
«O Faim, ne viens pas à Teti, va à Non, détourne-toi vers l’océan divin, car Teti est rassasié. C’est du pain de froment d’Ilor, qu'llora mangé, et que lui fait sa tille aînée, qu’il est rassasié, qu’il prend sa pleine part. Teti n'a pas faim comme Sliou. Teti n'a pas soif comme Tafnout, car les quatre génies lils d’Ilor détruisent cette faim qui est dans le ventre de Teti, cette soif qui est sur les lèvres de Teti.
«La faim de Teti est avec Shou, la soif de Teti est avec Tafnout, Teti subsiste du pain de chaque matin, qui vient en sa saison, Teti subsiste de ce dont Shou subsiste. Teti mange de ce dont Shou mange. » (La Pyramide du roi Teti, I. 53-61. 1
Non seulement la faim, la soif, étaient à redouter pour le double, mais aussi la vieillesse.
Contre ce malétice, les Égyptiens possédaient l'eau de Jouvence, l’eau qui rajeunissait les membres, et que l’on puisait aux tourbillons du Nil, en certains endroits mystérieux des cataractes.
La garantie la plus efficace de l'Égyptien contre les maléfices que lui annonçait sa religion, était son identification avec les dieux, non une assimilation mystique, mais une opération toute matérielle, consistant en une absorption et en une digestion des dieux par le mort. C'est ce qui explique les scènes de chasse, de pêche, de vit* champêtre, représentées sur les parois des tombeaux.
Certaines de ces scènes représentent le départ du mort pour la chasse, la prise d'oiseaux ou d’animaux sauvages, dont les serviteurs abattent les tètes ou qu'ils égorgent, et le repas auquel le défunt assiste sous sa forme corporelle.
Le Bi, en règle avec les dieux, ayant appris les prières nécessaires pour se faire reconnaître et respecter d’eux, peut parcourir la terre et les cieux librement, ainsi que les espaces infinis du monde de l’au-delà. Afin d’honorer ce Bi. et pour qu’il ne souffrît pas de la faim et de la soif, les Pha-
1 Pyramide du roi Teti , dont le texte fut traduit par M. Maspéro.
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K, nus instituèrent des jours de tète spéciaux, ou ils se rendaient en «ramie pompe dans la chapelle funéraire des ancêtres.
Des statues, des bas-reliefs, représentant les traits des chers disparus, étaient disposés autour des parois de ces chapelles. C’est afin d honorer ses ancêtres que Tlioulmosis III de Karnak (il graver, quinze siècles avant Christ, les portraits ou les noms de ses prédécesseurs, non pour les adorer, mais pour vénérer leur Bi. Les Égyptiens ne pratiquaient pas l'idolâtrie, mais la progonoliUrie : le Bi ou âme devant retrouver et posséder son corps en parlait état, afin de pouvoir subsister, cette raison obligea les Anciens à pratiquer l'art de l'embaumement. Mais son corps momifié pouvant disparaître d’une manière ou d’une autre, on y suppléa au moyen de statues qui lui servaient de support ou de double, cette image remplaçait alors le corps, tout en assurant la tranquillité de l'âme.
La famille du mort pouvant s'éteindre ou tomber dans la pauvreté, et m* plus avoir les moyens de subvenir aux dépenses des offrandes, on institua alors la mode de faire graver dans les temples, des stèles portant le nom du défunt et ses qualités.
Cette manière de voir s’est perpétuée jusqu'à nos jours, où pour des raisons différentes, il est vrai, on célèbre encore la messe des morts, et 1 on tait réciter des prières pour les âmes des trépassés. Les gens du peuple ou même les personnes aisées, n'obtenaient pas toujours du Pharaon 1 autorisation de construire une stèle dans le temple, aussi s'adressèrent-ils au clergé qui, contre rémunération préalable, obviait à la loi.
Par ce moyen, les offrandes, les sacrifices, que les prêtres étaient chargés d’offrir aux dieux pour le Bi de telle ou telle personnalité marquante, parvenaient aussi aux Bis d’autres personnes, car sur toutes les stèles. 1 on peut lire cette phrase : « Tout ce qui apparaîtra sur la table d'Anton sera poulie Bi de tel ou tel. »
A lin d’éviter que tel ou tel Bi pût être privé de sa nourriture par la destruction d'un temple, on imagina même de faire graver des stèles à son adresse dans d’autres lieux de culte, comme ceux consacrés a Osiris. à Phtali, à Anton, situés à Abvdos, à Memphis, à Tlièbes, etc.
Ces statues ne devaient donc pas, comme chez les Grecs, éterniser k-> traits de la beauté, de la force, mais bien rappeler aux enfants l ancétre disparu et servir de support au double, au Bi.
Chez ce peuple, les hommes ne jouissaient pas seuls de ees privilèges, mais aussi leurs femmes qui étaient considérées comme leurs égales.
Adoptant ces principes d’égalité, et désirant conserver la terre a leur> fils, les Pharaons eux-mêmes, devaient épouser parfois leur sœur, tels \ito kaisde la VI0, Semiophris. de la XII1’ dynastie.
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