‹ De l'émigration des campagnesChapitre 15 sur 21 · SUIS ETTE · texte numérisé non relu

SUIS ETTE

Instruction industrielle et instruction agricole

Vous voulez faire aimer l’agriculture, faites ce qui est nécessaire pour la faire aimer. Otez-lui ce caractère de vulgarité et d’asservissement que lui donne la routine. Elevez- la à la dignité d’une

science, car c’est la reine des sriences. Ce n’est

pas la nature de ses opérations, ce n’est pas le travail manuel qui la font dédaigner. Les médecins, les chirurgiens, les chimistes font des opérations plus repoussantes que la plupart de celles auxquelles se livrent les paysans, mais leur intelligence relève leur travail et lui donne

de la dignité.

Ce qui fait dédaigner l’agriculture, c’est l'ignorance, c’est la routine. Ayez des cultivateurs instruits, ils seront bientôt inventifs; ils trouveront aussi des procédés nouveaux, des pcrfectionnements inespérés, et la terre, pour être cultivée par des mains habiles, n’en sera

que plus féconde.

Cette vérité commence à être bien comprise pour les arts manuels et ce n’est pas sans une profonde satisfaction que nous voyons, chaque

jour, se développer l’enseignement profes- } ë

sionnel ; c’est une tendance que nous aimons à signaler. Au-dessous des trois écoles impériales d'arts et métiers qui ont un caractère de généralité, on compte de nombreuses institutions locales dont le but exclusif est d'enseigner tel ou tel élément des sciences envisagées dans leurs

applications aux arts industriels.

— L'étude de certaines parties de la technologie a été introduite dans presque toutes les

écoles primaires de second degré.

— Les Frères des écoles chrétiennes s’efforcent tout particulièrement, depuis plusieurs années, de l'emporter à ce sujet, sur les écoles

primaires.

Des écoles gratuites de dessin, des écoles pro-

fessionnelles également gratuites, des cours pu-

blics élémentaires de chimie, mécanique, physique, géométrie, etc., ont été institués dans la plupart des villes de l'Empire. Parmi les établissements locaux qui ont un caractère spéciale-

ment industriel, on remarque:

— Celui des dentellières de Dieppe et l'orphelinat de Mesnières, dans l'arrondissement

de Rouen.

— Les écoles de dessin industriel du Haut- Rhin.

— Celle de Saint-Etienne pour les articles

de mode et de rubannerie,

— Celle de Strasbourg pour le travail du fil à la forge et à l’étau, l’art du tourneur, la menuiserie, la lithographie, les manipulations chimi-

ques, etc., etc,

— Les écoles d'horlogerie du Doubs et du Jura, et celles de la Meurthe pour la confection

des ustensiles en bois et des jouets d'enfants.

— Les écoles de dessin de fabrique , d’architecture et d'ornement, ainsi que de mécanique , de chimie, etc., de Marseille , Avignon, Montauban, Digne, Auch, Grenoble, Tarbes,

Grasse , etc.

— L'école des mineurs de Saint-Etienne et

celle des maîtres ouvriers d’Alais.

— Les sociétés d'instruction industrielle de Nantes, Bordeaux, Rouen, Menars dans le Loir-

et-Cher, Tours, Limoges, le Puy, etc.

I faudrait un volume pour donner la nomen-

clature entière des établissements de ce genre.

[l y en a partout et nous devons le constater, partout les conseils communaux, départemen-

taux, etc., leur viennent en aide.

Que sont nos rares et modestes fermes-écoles

auprès de ces richesses ?

Dieu nous garde, nous ne cessons de le répéter, de combattre cette généreuse impulsion donnée aux arts industriels, car pour nous, agriculture et industrie sont deux enfants que la Francedoitañner avec la même sollicitude. Nous demandons que ce qui est reconnu nécessaire pour l’une, le soit aussi pour l’autre; que ce qui est fait pour les arts industriels soit aussi fait pour l’agriculture ; pour l’agriculture qui est Ia mère nourricière des arts, qui leur fournit les matières premières dont non-seulement la quanlité mais Ja qualité importe tant au travail; car

la qualité ajoute toujours à la beauté et au prix.

L'agriculture sera-t-elle donc la seule science qui ne doive s’apprendre que par la routine et qui manquera d'écoles, précisément parce qu'elle à un plus grand nombre d’écoliers ?

Pour nous, il y a peu de différence entre les diverses occupations des hommes. Bien faire, voilà le principal ; et pour bien faire, il faut être instruit ; aussi, est-ce avec un vif plaisir que nous venons de lire dans les discussions de la tribune d’un État voisin, que l’instruetion obligatoire devait être considérée comme le triomphede la civilisation. Mais il est un complément d'instruction tout aussi précieux pour le cultivateur, c’est la discussion qui fait jaillir la lumière, c’est la publicité qui le tient au courant des progrès de la science, excite son émulation, proclame le

succès.

En Amérique eten Angleterre, les assemblées

agricoles, les concours et les comices se mul-

tiplient, la liberté la plus entière y préside; trente journaux spéciaux, rédigés par les hommes les plus habiles, sont répandus dans le pays à 500,000 exemplaires et les journaux littéraires et politiques se rendent les échos de leurs confrères, en répétant à l'envie leurs leçons, car dit le fermier américain ou anglais: « Souvent une parole bien placée, peut devenir

une pomme d'or. »

En France on semble avoir oublié ces belles paroles de Montesquieu : « Les pays, ne sont pas cultivés en raison de leur fertilité, mais en raison de leur liberté, » En France on s'expose à anéantir le complément de l’instruction du cultivateur, on y confond trop souvent la liberté politique que nos lois ont restreinte, avee cette liberté que doit posséder tout citoyen de pouvoir défendre sa fortune et ses intérêts.

L'excès de zèle produit la crainte et le silence,

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