‹ De l'émigration des campagnesChapitre 14 sur 21 · QI CHR E PTS · texte numérisé non relu

QI CHR E PTS

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Defaut de credit agricole.

Le erédit pour le laboureur remplacerait, 1 est vrai, le capital; ilest le nerf de l'agriculture et du commerce, comme l'argent est, dit-on, le nerf de la guerre. Il serait d'autant plus imdispen-

sable aux opérations de la culture, que celles-ci

sont longues et chanceuses. Si le cultivateur manque une récolte, il est remis à l’année suivante qui peut aussi n'être pas bonne; 1l est dèslors forcé pour satisfaire à ses engagements, de vendre ses produits à vil prix; l'épuisement de ses ressources le livre à la merci des spéculateurs et des usuriers qui, ayant soutiré son dernier écu, le mettent dans l'impossibilité de pourvoir lannée suivante aux sacrifices qu'exige toujours une bonne culture, Sa ruine enlace dans les étreintes de la misère tout ce qui l'entoure, et les spéculateurs en créant la hausse des prix, profitent seuls enfin d’un malheur publie. Mais si la société tout entière, est mtéressée à ce qu'il v ait un bon crédit agricole, le manque de ce crédit a englouti de belles exploitations, et dans la position où se trouve le cultivateur, qui voudrait lui faire crédit ? Il à bien entendu dire du fond de ses campagnes, qu'à Paris on avait mis sur l’enseigne d’un grand hôtel: Crédit foncier de France,

mais il ne se souvient de Paris que par la crainte

— A13T — qu'il a d'y vor déserterson fils. Pourlui, c’est trop loin ; 11 désire connaître celui avec qui il opère. Défiant et pour cause, à propos de crédit, il redoute tout autant celui à qui il emprunte, que celui à qui il prête, et nous allons voir que son intelligence la bien servi, car en s'adressant au crédit foncier, 1l se serait exposé à trouver porte close ou à ne pas sortir du labyrinthe dans lequel

il se serait engagé.

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L'idée de la création du crédit foncier en France, est arrivée en ligne directe de la Poloone,de la Prusse et de la Russie, où 1l existe des associations, sorte de syndicat formé par les propriétaires désirant s’entr'aider mutuellement. Ils réunissent à cet effet leurs capitaux disponibles en une caisse commune qui sert aux besoins de la propriété ; les opérations de cette caisse, sont d'autant moins dangereuses, que dans ce

pays de fiefs et de féodalité, les subdivisions de

partage de familles et les hypothèques, y sont inconnues et impossibles. Le Gourvernement francas, en instituant le crédit foncier, a dû nécessairement coordonner les règles de son institution avec l’économie de notre état social et de notre législation. Les précautions les plus sages ont été prises pour ne pas placer à l'aventure, un capital considérable, qui, après tout, était une.propriété nationale; mais 1} en est advenu que la muluplicité même de ces précautions, produit un déraillement dont les conséquences ont été profitables à la grande propriété et fatales à la

moyenne et à la petite culture.

[l ne pouvait en être autrement, le crédit foncier ne prêtant que sur üitre légal. Or dans beaucoup de contrées, les lacunes, les irrégularités viennent compromettre la pureté du titre qui souvent même a tout-à-fait disparu. La grande

ropriété seule est en règle, mas si cette prepre] É

mière entrave n'avait pas barré le chemin au cultivateur, 1l en est d’autres qu'il n'aurait jamais pu surmonter. Pour obtenir l'argent dont il avait besoin, il aurait fallu qu'il s’adressät à Paris, qu'il écrivit, sollicitàt, se mit en rapport avec les sens d'affaires et enfin ce n’eût pas été de l'arsent qu'on lui aurait remis, mais une lettre de sage ou obligation ; perdant au change et soldant le courtage, il serait revenu chez lui haletant, jurant mais un peu tard, qu'on ne Fy

reprendrait plus.

Voici les preuves à l’appui de notre assertion : les résultats démontreront qu'on a fait fausse route, que le crédit foncier n'a pas constitué le crédit agricole. La moyenne des prêts hypothé caires a été, dans une période de dix années, de plus 400 millions de francs par an. Les demandes d'emprunt, faites au crédit foncier, s’élevaent au

Aer mars 1858, à 231 millions, dont 85 millions

régularisés par acte définitif, soit une moyenne de 15 millions en 6 années, au lieu de 400 millions. Sur cette somme de 85 millions, 58 sont garantis par des propriétés urbaines. Le département de la Seme seul, v est compris pour 50 millions. On peut donc se convaincre que les prêts ne sont garantis en général que par les propriétés de grande valeur sur lesquelles on emprunte généralement, non pour améliorer la terre, mais pour augmenter des jouissances de luxe, et sans doute pour compléter une ruine. Ces prêts ne profitent nullement au cultivateur qui n’est

propriétaire qu'exceptionnellement,

La grande industrie, le haut commerce, lindustrie moyenne et le petit négoce ont à leur disposition, tous les établissements de crédit publie et privé, depuis la banque de France jusqu'aux monts-de-piété, qui sont au nombre

de 45 et prêtent annuellement une somme de

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42,999,251 fr. 20. L'agriculture est absolument dépourvue de toute institution de crédit.

Nous ne voulons pas insister, nous savons que Vattention du gouvernement est dirigée d’une façon toute spéciale sur ce point de la question; nous reconnaissons qu'il à déjà fait de grands efforts pour la résoudre, mais en attendant, le paysan plus que tout autre, a le droit de dire que pour lui : « Crédit est mort. »

Or, pas de crédit, pas de capitaux, donc pas d'industrie , pas de salaire pour l’ouvrier ; pour être logiques, nous sommes forcés de rappeler que la conséquence, c’est encore l'abandon du

travail des champs.

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