LIVIVK III, CHAP. I*% DE MAHOMET
les chrëtienoes , autour d'un chef chrétien ; elles en eussent fait tout autant. Bien loin de la per* se'cution, Mahomet a toujours paru croire les juifs, les chrétiens et les musulmans destines à s'entendre. Non pas qu'il se soit jamais donne la mission de les rifunir dans un seul culte, avec le reste des hommes (i); idée humanitaire contre laquelle dépose le Comn tout entier.- Et à vrai dire; nous croyons le gënie thëologique du prophète de Dieu, fort au-dessous d'une pareille vocation. L'ac^o/Timo^/e/Ti^/i/ que proposait Mahomet à ceux qui ont reçu les Ecritures^ devait se conclure à la façon des traités de paix. En voici le sens au fond : les trois termes du différend sont Moïse, Jësus, Mahomet. Eh bien ! ne parlons ni de Moïse, ni de Jësus , ni de Mahomet ; parlons à' Abraham , et adorons Dieu comme l'adorait Abraham , qui était orthodoxe suivant chacun de nous. Évidemment c'était là un traité politique, qui pouvait convenir aux juifs et aux chrétiens, à tout le monde; ce n'était point pour cela une solution religieuse,
(i) M. d'Eichlal, idem, p. Sy.
«Il se crut, loi, Arabe, appelé à un ministère d'arbitre et de concîlîateur entre les Juifs et les chrétiens , et même entre ces deux peuples et le reste des hommes.
qui pût identifier tous les cultes. Au surplus, ce que le prophète de DUu entendait le moins ; c'est prëcisément la religion. Il ëtait bien plus homme d*Etat que prophète « maigre son titre dans TÂrahie. En effet il veut continuer la religion prophétique, et il clôt la prophétie. L'islam ne derait-il pas mourir du coup? Il clôt la Prophétie, et il ne comprend pas X Eglise! Sur quoi donc reposera Tislamisme? Sur un livre, une espèce de pacte universel, dëfinitivement clos et scelle entre Dieu et l'homme! ainsi, voilà un prophète qui croit à la toute-puissance des livres et des pactes ; pourquoi le prophète alors .>^
Arabe illettré, Mahomet fuf certainement impressionne , au-delà de ses forces , par les hëresies qui, déjà de son temps , désolaient le christianisme. L'Église d'Orient ëtait en feu depuis le concile de Nicëe. Le désordre s'était naturellement accru avec les empereurs de la ville grecque, qui s'étaient faits les tristes collecteurs du droit romain, L'Arabie d'ailleurs étant un pays de petites tribus indépendantes au dehors, libres au dedans ; l'écume des sectes grecques s'y était nécessairement déversée. Au rapport d'Origène ; il se trouvait en plusieurs endroits de l'Arabie, des gens qui en
LIVBE lU, CHAP. !•% DE MAHOMET. 299
seignaient que la Vierge fait partie de la Trinité (i). Cela explique le mot de Napoléon. Il n j a rien d'ëtonuant, à ce que Mahomet ait mal compris même tout le dogme chrëtien; sans quoi il eût pu embrasser le christianisme et faire FÂrabie chrétienne! Les destinées de rOrient^ depuis douze siècles, ont tenu peutêtre à quelque misérable chicane de légiste couronné (2), comme Justinien ! Pour un prophète qui voulait avant tout centraliser l'Arabie, il n'y avait qu'un moyen héroïque ; c'était de couper dans la racine, tout ce qui avait été jusque là, à tort ou à raison , un sujet de dispute. La religion en paraissait simplifiée d'autant.
Tel fut le procédé de Mahomet, qu'il appliqua nécessairement a X Eglise, foyer vivant et os-
(1) <c Dieu dit alors à Jésus : As -tu jamais dit aux hommes : Prenez pour dieux moi et ma mère , plutôt que le Dieu unique? — Loin de ta gloire ce blasphème ! —Comment aurais-je pu dire ce qui n'est pas vrai?... Je ne leur ai dit que ce que tu m'as ordonné de leur dire : Adorez Dieu, mon Seigneur et le vôtre. >» (Versets 116 et 117 du Coran.)
(2) Les disputes des ariens, des sabellciens, des néstoriens, des eutichéens n'étalent guère que des dispute^ impériales.
3oO DE MAHOMET ET DE SON LIVRE.
tensible de tous les dëbats, de toutes les discordes. Il ne se doutait pas, le prophète -législateur, du sort que réservaient à son pacte religieux et légal, les Justiniens de Tlslam! Malheureusement il n'avait rien compris au fonds impérissable des débats théologiques , à la nécessite permanente d'une autorité spirituelle pour les juger! Son œuvre religieuse ne fut qu'un coup d'Etat en matière de religion. Et cette œuvre, il la voulut soutenir jusqu'au bout ; comme Ton soutient les coups d'Etat , par la force qui les a fait réussir. Sa grande et unique force à lui, Mahomet, celle qui ne lui avait jamais fait défaut; c'était^ l'apparition de l'ange Grabriel avec un nouveau chapitre, quelques nouveaux versets de la part de Dieu, Aussi venait-il un mauvais jour; la foi perdait-elle de son ardeur, s'élevait' il une difficulté quelconque dans les choses ou dans les personnes ; le messager divin descendait du ciel aussitôt, avec de nouveaux ordres qui en révoquaient d'anciens cm besoin \ il n'importait guère au politique Arabe , et tout était dit pour le moment. A ce compte , il fallait que Mahomet vécût toujours avec l'ange Gabriel à son service. Lui mort, son œuvre était fort en danger.Jl le sentait bien du reste ; sa préoccupation de 'la jalousie et de