LIVRE m, CHAP. 2, DU CORAN. SsS
Dieu recule à une profondeur infinie ou bien pèse sur la terre, s'y applique et Técrase. Misérables atomes, égaux dans le néant, nous gisons dans la plaine aride. Cette religion , c'est vraiment l'Arabie elle-même : \q ciel, la terre, rien entre; point de montagne qui nous rapproche du ciel , point de douce vapeur qui nous trompe sur la distance ; un dôme impitoyablement tendu d'un sombre azur, comme un brillant casque d'acier.
L'islamisme, né pour s'étendre, ne demeurera pas dans ce sublime et stérile isolement; il faut qu'il coure le monde, au risque de changer. Ce Dieu, que Mahomet a volé à Moïse, il pouvait rester abstrait, pur et terrible sur la montagne juive ou dans le désert arabique; mais voilà que les cavaliers du. prophète le promènent victorieusement de Bagdad à Cordoue, de Damas à Surate. Dés que la rotation du sabre ^ la ventilation du cimeterre n'allumera plus son ardeur farouche, il va s'humaniser. Je crains pour son austérité les paradis du harem et ses roses solitaires, et les fontaines jaillissantes de l'Alhambra. La chair maudite par cette religion superbe s'obstine à réclamer; lamatière proscrite revient sous une autre forme, et se venge avec la violence d'un exilé qui rentre en maître. Us ont enfermé la femme au sérail, mais elle les y enferme avec elle : ils n'ont pas voulu de la Vierge, et ils se battent depuis mille ans pour Fatima. Ils ont rejeté le Dieu homme et repoussé l'incarnation en haine de Jésus- Christ, ils proclament celle d'Ali.
Si Mahomet voulait prendre le dieu de
Moïse ; il n*ayail qu'à se faire juif et à continuer pour l'Arabie les prophètes hébreux. Les juifs établis en grand nombre dans les tribus, régnant dans quelques-unes, puissants par toute la Syrie, eussent pu lui être d'un secours considérable ; au lieu de traverser son entreprise, par les plus grandes difficultés que Mahomet ait eu à surmonter. Mais d'abord le dieu de Moïse était-il bien le dieu qu'il fallait au prophète arabe; ce dieu qui devait passer, selon M. iNIiclielet, par toutes les transformations climatériques que l'on vient de lire. Le dieu de Moïse aussi a quitté la montagne juive ; il a éprouvé tous les climats. Il n'a eu le plus souvent, pour entretenir son ardeur, ni la rotation du sabre ni la ventilation du cimeterre. Et cependant on l'a toujours vu, tel qu'il s'était montré au commencement, dans l'enceinte de la Judée. La religion hébraïque nous paraît ainsi la dernière, que l'historien eût droit d'invoquer pour justification de son islamisme.
Quelle religion d'ailleurs a jamais ressemblé à l'islamisme de M. Mîchelet? Est-ce là une religiDn, qui se développe selon le soleil, qui change du levant au couchant, qui s'exalte au mouvement des batailles, qui s'affaisse et dépéril au repos, en de voluptueuses langueurs?