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par un petit nombre jusqu'à l'absurde déification de leur Imam, ëtait pourtant logique dans son aspiration vers Tautoritë. Elle eut dû suffire peut-être à éclairer M. Michelet, sur ce qui manque essentiellement à Tunité musulmane. Quoiqu'il en soit ; la parole de Mahomet « celui qui meurt sans avoir reconnu Tautoritë de Timam de son temps » pose'e tout h l'heure comme le fondement unitaire de l'Islam, y a servi de texte au contraire a une division capitale, ou montré du moins à empêcher cette division, une radicale impuissance (i).
SYSTÈME BARRAULT ET d'eICHTAL.
Le christianisme, comme on Ta dit tani de fois, fut une réaction de l'esprit contre la matière. Il'prononça Tanâthême contre la chair, afin de la transformer; et retrancha les jouissances de la vie matérielle, afin de les rendre un jour plus nobles et plus bienfaisantes à l'humanité. Jésus disait qu'il était venu pour tous, et sa parole devait en effet avoir un retentissement dans le monde entier; mais elle ne devait pas recevoir partout le même accueil, ni produire des résultais identiques. La véritable patrie de la vie intellectuelle, c'est
l'Occident C'était donc à l'Occident qu'appartenait
le rôle actif dans la révolution qui s'opérait ; TOrient
(i) l''o/^z r Appendice, no VI II.
ne pouvait être qae passif; il ne devait accepter que comme une nécessite la révolution nouvelle qui, momentanément, annnllait la plus belle partie de son être; il ne devait l'accepter qu'avec des restrictions, et en faisant toutes ses réserves pour l'avenir. Il avait déjà protesté par les grandes dissidences du nestorianisme et de l'arianisme, préludes du schisme qui sépara plus tard les Grecs et les Latins ; mais sa grande protestation fut l'islamisme.
A cette époque, il fallait s'associer au mouvement chrétien, en débarrassant le monde oriental des langes de l'idolâtrie... D'un autre côté, pour agir sur les populations de l'Orient, il fallait nécessairement prendre un autre point d'appui que les subtilités théologiques et la mysticité occidentale... Le peuple arabe offrait an instrument admirable pour une pareille mission ; il était endurci à la fatigue, habit né aux périls des voyages et des combats. De pareils hommes étaient faits pour comprendre et pratiquer le mépris des biens terrestres, les préceptes d'abnégation que prêchait Mahomet, et qui surpassèrent même, k beaucoup d'égards, les plus rigoureuses observances du christianisme. Mais dans le cœur de ces hommes endurcis aux privations, régnait cependant un désir inextinguible de jouissances. Mahomet s'empara de ce double mobile. Il avait souvent dépassé le christianisme par l'austérité de sa doctrine; il le dépassa encore, mais bien davantage, dans les promesses de joies matérielles qu'il fit à ses sectateurs, pour la vie à venir. Le christianisme avait annoncé la réhabilitation de la chair; il avait fait briller, aux yeux des fidèles, les splendeurs de la Jérusalem
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uouvelle; mais ce qui était demeuré secondaire et comme voilé dans le dogme chrétien, devint prééminent dans la doctrine de Mahomet et lui fournit son principal moyen d'action sur }es Musulmans. C'est dans la conception de son paradis, de sa vie fulure, que Mahomet, imitateur du christianisme pour ce qui regarde la vie présente, redevient oriental...
Les Arabes étaient les hommes de l'islamisme primitif; leur vie âpre, endurcie aux privations et k la fatigue, convenait à son austérité et aux travaux de sa propagation; leur imagination de feu convenait à ses promesses. Mais pour recueillir les espérances données par le prophète, pour goûter les joies de son paradis et faire asseoir les peuples musulmans à la table du banquet européen, il fallait une autre nation, il fallait les Turcs. Plus orientaux que les Arabes, par leur amour d'une vie calme et douce ; plus rapprochés de l'Occident par leurs habitudes de réflexion et la sagesse de leur jugement; meilleurs diplomates et meilleurs guerriers, il était réservé aux osmanlis de succéder au kaliphat, d'étendre leur empire sur les Arabes euxmêmes ; et de donner à Tislamisme, à la civilisation de l'Orient, sa véritable métropole, Constaniinople... Les sectateurs du prophète ont trouvé la réalisation de c€s promesses dans les riches plaines delà Barbarie et de FÉgypte, sur les rivages délicieux de l'Asie- Mineure, de l'Ëuphrate et du Bosphore ; ils ont trouvé dans les sérails de Constantinople ces nuages de parfums, ces breuvages délicieux, ces embrassemens de femmes que le prophète leur avait promis.
De même que le christianisme, l'islamisme a peu
à peu modifie sa nature ; peu À peu il a dépoaillé ou du moins adouci son caractère de double réaction contre les religions antiques et contre le christianisme; il s^esi rapproché des coutumes, des traditions, des penchons des peuples orientaux; il est devenu moins austère, moins rigoriste, moins hostile aux jouissances que peuvent procurer les arts et la richesse; et d'un autre cAté, il a tendu les bras aux découvertes mécaniques et scientifiques de l'Europe ; il s'est intellectualisé..... Le paganisme et le clu*istianisme avaient été vaincus en cette ville (Constantinople) ; mais aussitôt après le triomphe, la transaction commença entre les vainqueurs et les vaincus... Ce furent les Osmanlis qui préparèrent ainsi la régénération du peuple Grec. L'islamisme cependant se relâcha parmi eux de son austérité. L'usage du vin, de la musique devint assez commun.
Le conquérant de Constantinople fut le législateur de son peuple, et fut pour lui, avec moins d'éclat, ce que Charlemagne avait été pour la France. Les monarques ottomans changèrent le caractère de l'autorité religieuse créée par Mahomet. Ils négligèrent leur titre de kaliphe, et adoptèrent de préférence ceux de sultans et d'imams suprêmes, qui leur donnaient les pouvoirs temporels et spirituels, dans le sens où nousmêmes prenons ces mots. Issus d'une race de pasteurs, les Osmanlis, à travers toutes les vicissitudes de leur destinée, ont gardé le souvenir et une trace profonde de leur origine. Osman rêvait l'empire que devait fonder sa famille , sous la forme d'une tente et d'un ombrage immense. Mahomet II, lorsqu'il réglait Jes ins^
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tituiions de £on Dourel Etat, le coDsidërail aussi comme une tente, dont les quatre principaux ordres formaient les quatre piliers.
Nous réunissons les deux islamismes de MM. Harrault et d'Eicfatal, quoi qu'ils diffèrent en plusieurs points. C'est le même fond d*ide'es et de tendances , malgré quelques oppositions dans les aperçus et les jugemens de dotai!. Tous les deux procèdent d'un Orient religieux, que sVtait fait dès long-temps l'école saiut-simonienne, et dont le livre de M* d'Eichtal a élé pour nou« la dernière expression.
Une croyance militante, par cela seul qu'elle est militante, implique sans doute une certaine réaction contre les religions établies. Mais s'il fut une croyance qui réagit peu dans le monde, à son origine du moins; c'est l'islamisme assu*^ rément. L'Evangile avait dû réagir contre les lois , la morale et les dieux du paganisme ; et depuis long-temps il avaitbrisé tous les liens de la société païenne. I^e Coran se plaça tout d'abord, l'on en convient, côte à côte avec l'Evangile, comme la continuation de l'œuvre de Moïse et de Jésus. Comment donc eût-il particulièrement eu le caractère d'une réaction? Contre Fidolâtrie même ; l'action lui fut com-
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mune avec les anciennes et les nouvelles Ecritures. Contre quoi eût-il ainsi réagi d'une façon spéciale? Contre le spiritualisme excessif de la doctrine de Jésus, répondent MM. d'Ëichtât et Barrault. S'il est au contraire une protestation que le Coran ne fit point; c'est àcoup sur, celle de la matière contre l'esprit. Qu' Arius ail été le parrain hérétique de la ville de Constantin ; nous ne voyons pas là du tout, ce qu'il a du être pour Stamboul débaptisé neuf siècles après, par un sultan de l'Islam. Mahomet pensa comme Arius, à l'endroit des trois personnes en Dieu du christianisme; soit! Mais l'hérésie d' Arius a-t-elle un caractère quelconque de réaction, contre le spiritualisme de Jésus? La croyance même de la Trinité qui personnifie Dieu sous trois noms,a-t-elle quelque chose de plus spiritualiste que le Dieu impersonnel des premiers dissidens? S'il est permis de le dire; il y a dans le J^erbe fait chair et V Homme-Dieu, une certaine matérialisation apparente de Tétre spirituel, que Thérésie d' Arius a pour objet de faire disparaître. C'est précisément à cette incarnation matérielle de Dieu par la Trinité chrétienne, que le Coran dit anathème au nom du Dieu un^ exclusivement esprit. Mahomet ne combat dansla Trinité, qu'un retour à l'idolâtrie.