‹ De l'Empire ottoman, de ses nations et de sa dynastie, 1841-1845Chapitre 185 sur 213 · LIVRE m, CHAP. 2, DU COBAN · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAP. 2, DU COBAN

Les Imams ou Docteurs ont habilement trouvé de quoi résoudre cette difficulté, dans Xètai de pureté que le prophète avait prescrit à tous ceux qui toucheraient le Coran. C'est, ont^ ils dit par la troisième formule de leur dogme, que le Coran est la parole de Dieu iruréée, éter^ nelle et existant par elle-même. D*où il suit que le Coran est inaltérable ; et que la glorieuse édition apportée par Tange Gabriel, est assurée de prévaloir contre toutes les entreprises humaines. Cette croyance indispensable pour une religion, qui ne repose que sur ufi texte matériel, semble encore un moyen ingénieux de suppléer, une fois du moins, l'autorité absente de l'Islam. Cela ne répondait qu'à une première difficulté sans doute. Aussi ne voulons-nous pas dire, que la doctrine musulmane ait seulement essayé de

débités dans le poblic, dont le texte était altéré et falsifié. Cette circonstance, qai remplit l'Arabie, la Syrie et l'Yrack de dispotes et de controverses, ébranla gé-« néralement tous les esprits sur les vérités de la doctrine de Mabomet. C'est alors qu'Osman alarmé arrêta, dans une assemblée de disciples, de faire tirer un grand nombre de copies du livre original, qui se trouvait cbez la veuve de Mabomet , de le répandre dans le public, et de condamner au feu tous les exemplaires qui occasionaient cette effervescence. (M. d'Ohsson.)

répondre aux besoins de l'avenir. Elle avait dëjà trop du présent. Et comment Caire davantage ; lorsqu'il fallait reconnaître à la fin , que ce dogme même formule par tout ce qu'il y avait eu d'hommes ëminens dans les premiers siècles de Thégyre, que ce dogme e'tait une œuvre sujette à erreur, ëmane'e d'hommes qui n'a- TaienJt pas Y infaillibUité (i)?

Que pouvait le dogme après tout, s'il ne renversait le Coran de fond en comble ? L'îdëe seule d'une nouvelle formule , d'une formule humaine, n'ëtait-ellc point une tëmërité impie? Livre négatif par essence, le Coran pouvait-il seulement être dogmatisé ? Les docteurs musulmans l'ont bien compris, en ne développant que les deux affirmations de Mahomet. Mais ces affirmations étaient bornées, impuissantes à féconder une religion. Mahomet n'avait fait que le strict nécessaire, pour ne pas tomber dans le déisme philosophique, dont il a été accusé jp^our^ tanti C'est qu'il n'y a point de religion véritable, sans le verbe de Dieu vivant âur la terre. Une religion qui n'a pas la parole en «matière de foi, qui ne peut pas dire où finit l'obéissance, où commence la révolte; c'est une constitution sans

(i) Voyez ravant-demièrc forniille, p. 98.

LITRK III, CHAR, H, DU CORAN. SÔQ

goiiTernemént, une charte $ur le papier. Cesl une idde religieuse qui ne relie personne en définitive ; puisque chacun demeure son propre juge en ce monde. Mahomel a manque par-là son Islam. Les docteurs ont eu beau faire le/iVreconsubstantiel à Dieu; ce n'était toujours que l'idée de Dieu; Dieu ne sVtait point fait homme. Nous n'avons ni la mission d'aucun débat thëologiqUe, ni le dessein d'aucune profession de foi personnelle. Mais évidemment Tidëe de l'incarnation du verbe divin, si elle ne descend pas du ciel, est une œuvre colossale qui a depasse les forces du dernier des prophètes. Le gënie religieux de Mahomet s'était ëlevc jusqu'à clôturer l'ancienne prophétie, pour une re-^ h'gion de'fioitivei Car Mahomet ne s'annonçait pas comme prophète seulement ; il apportait là parole même de Dieu, dans son texte divin. Jusque là, toute prophétie n'avait eu lieu que pour un temps, et pour un peuple. L'inspiration divine n'avait pas fait franchir aux anciens prophètes, les limites de l'espace et du temps. Ce n'était que Dieu lui-même qui pût annoncer une religion universelle et étemelle. Mahomet ne s*est pas élevé plus haut. Il a en vain torturé son génie, pour échapper au Dieu - homme dans Jésus; il n'a point remplacé ce dogme esh 24

senlîf I. Or son idée de Dieu se trouvait incomplète désormais. Cétait encore le Dieu abstrait (i) des temps de la prophétie; et la prophétie allait lui manquer. Mahomet en porte témoignage, jusque dans sa haute conception d*une parole venue directement de Dieu. De là à X incarnation du T^erhe, la conséquence était nécessaire. Point de parole divine sur la terre; si Dieu ne descend lui-même et ne se fait homme, pour Ty proclamer. Tout intermédiaire pure* ment humain fait perdre au J^erbe, sa di?ioe origine. Cependant le P^erbe incarné comprenait WEspriL \^ Esprit renfermait Y Eglise ;t\ l'Eglise renversait toutes les idées de Mahomet Voilà pourquoi l'Islam, au I ieu de faire son Dieu homme, ne Ta fait que liçre. C'est une incarnation morte « au lieu d'un incarnation vivante. L'Islam en a porté la peine.

Le liçre est uiie religion , comme l'Evangifc tout seul eût été une religion. Aussi les interprètes du Coran devaient -ils passer par toutes les folies religieuses ^ par lesquelles ont posé les sectes évangéliques ; avec cette seule diffi^' rence, que les uns s'y trouvaient port^ *

(i) Ce qai a fait dire à M. Mîcbclct que Mahomet avait volé le Dieu de Moïse.

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