LIVRE III, CHAP. 2, DU CORAN
sonl un peuple caduc, épuise, incapable du moindre efforl désormais. Qui pourrait l'affirmer? N'esl-ce point au contraire le Coran qui est épuise , l'Islam qui est caduc , la violence légale qui est à bout? Les Turcs vieillis et con« damnés à mourir! Ils n'ont pas vécu seulement, ce que vivent tous les peuples, de la vie de la religion et de la vie de la loi. Si la violence pouvait épuiser l'humanité; il y a long -temps que l'humanité aurait disparu de la terre. Que les juges inexorables de la Turquie , daignent au moins s'entendre eux-mêmes! Ils lui trouvent en même temps. les symptômes de la caducité, et tous les signes de Ydge héroïque. C'est trop. Mais ce qui explique la contradiction; c'est que l'âge héroïque a touché sa fin, qu'il a porté les fruits qu'il pouvait porter. C'est que l'humanité semble rétrograder, si elle ne marche pas en avant. C'est que rien ne ressemble à une vieille civilisation , comme l'enfance hébétée de la barbarie. Ressuscitez, par la pensée^ la France du moyen-âge et des croisades ; placez-la au milieu de l'Europe civilisée d'aujourd'hui! Paraîtra-t-elle s'avancer vers son avenir^ ou -reculer vers son passé?
n faut dire aussi que l'on meurt à tout âge i hommes et nations^ La Pologne est bien morte! I. sG
4'^ 9t, M4BOM1T ET DE SOH MSWMX^
liais cHe n'est pas morte ée TÎeiDesse, comme Foo prtAeod que la Turquie dc»it moarir. L'empire ottoman sans doote n'aorait pins qu'à cesser de TÎirre , le jour où l'Eure^ le voudrait ainsi Cest d'aillem^ un antre problème, qui se Ke aux moyens de b reforme, à ses chances de bonne et de maoraise fortune, et que le moment n'est pas renu d'aborder. Dans celte partie de notre travail , nous n'avons pas entendu déterminer comment l'empire ottoman se dégagera des étreintes de son G>ran. Nous nous sommes demandé oniquement,s'il peut s'en dégager. La Turquie avec sçs provinces qui sont des royaumes, avec son territoire de soixante mille Kcues carrées, avec ses populations diverses de cinquante millions d'âmes, avec son ciel plus beau, sa terre phu fertile , ses ports plus vastes et plus sdrs^ ses productions plus précieuses et plus variées que leeid, la terre, les ports et les productions de l'Europe entière; la Turquie est-élle condamnée à mourir,, sans avoir vécu, et parce qu'elle ne saurait vivre davantage? Les laoges religieux de TOrient musulman, cette moitié du monde, doivent-ils, en uu mot, lui servir de linceul ?
Là est la question. Eh! bien nous osons dire que réduite à ces termes, cette question n'en
LlVfeE lil, ChAP. 2, IJtl CORAN; 4^^
est pas une. Il est vrai qu'une certaine formule philosophique a pris cours de très - haut (i), dans le monde politique ; à savoir, que chaque peuple vît d'un principe, avec lequel il est condamné à motiriri De quel principe entend -on parler? Le principe qui a fait vivre la France sous Louis XIV ou saint Louis , pour ne pas remonter plus haut, est-il le principe qui la fait vivre aujourd'hui? Pendant la re'volution française, Ton a dit aussi à peu près cela : Vous ne faites ni des Spartiates ni des Romains, vous défaites des Français ; vous ne faites pas une république, vous défaites une monarchie. L'illustre adversaire de la réforme ottomane, est-il d'avis que la révolution de 1789 ait simplement défait les Français et la monarchie ? Bien entendu qu'il ne s'agît pas plus, pour l'empire ottoman, de ressusciter le peuple de Mahomet II et de Soliman ; qu'il ne s'agissait, pour la France, dé ressusciter le peuple d*Henri IVi Dans ce sens-là, le peuple turc est déjà mort, comme le peuple français était mort aussi. Mais apparemment il n'avait pas péri tout entier, lé peuple glorieux qui de vaiï' bientôt signer de son sang, l'impériale épopée de Napoléon. Que si
(i) M. de Làmarliné.
4o4 HE MAHOMET ET DE SON LIVRE.
Ton parle de& principes absolus, qui constituent l'humanitë même; Thumanitif vit^ parce quVIle est TÎable de la double vie de la Religion et de la Loi; au-delà de quoi Ton va se jeter dans les problèmes d'une métaphysique insoluble. Dire qu'un principe inhërent à Thumanitë doit lui manquer, il jour fixe ; c'est annoncer la fin du monde* Tout au plus peut-on dire qu'une religion ou une loi donnée, venant à ne plus satisfaire au principe de la souveraineté spirituelle ou au principe de la souveraineté tempo* relie, chez un peuple ; ce peuple est condamné il changer sa religion ou sa loi, à changer sa vie par - lii. Ça été l'œuvre universelle des sociétés humaines sur la terre, œuvre plus ou moins laborieuse qui s'est accomplie partout, qui ne s'est montrée impossible nulle part. C'est que, en d'autres termes, le sentiment religieux est impérissable chez l'homme, le besoin légal y est indestructible! C'est que sentiment religieux et besoin légal ont , en tout temps et par tout pays, trouvé la double forme oé ils pouvaient
vivre !
En veut-on la preuve au surplus, pour les peuples même de l'Islam? Elle est« sans réplique, dans le double et incontestable fait d'un dogme après le dogme du Coran ,^ d'une loi après la loi