LIVRE m, CHAP. 2, DU CORAN
que le prophète n'a pas légitimé les conséquences dogmatiques et légales du protestantisme islamique. C'est qu'en réalité même, aucun texte du Coran n'a suffi , dès le premier jour du kaliphat, à la vie religieuse et légale de Ylshm. Il y a plus encore. Le livre de Mahomet condamne la souveraineté temporelle^ au même titre que la souveraineté spirituelle. Le prophète ne veut ni de l'une ni de l'autre, pour son Islam. Et que IVIahomet se soit trompé ; qu'il n'ait pas mieux compris la loi que la religion; ce n*est pas de quoi il s'agit. La question est de savoir ce que le prophète a voulu par son Coran. Ehl bien, comment se pose-t-il lui-même, lui Gouvernant, en face de son peuple à gouverner? C'est un juge, quand il ne s'en tient pas au rôle de té^ moin; et un juge qui a sa loi toute faite dans le Coran; qui doit juger d'après ce livre, souspeine iïinfidélitéF Pas plus de loi nouvelle que de dogme nouveau ; c'est le dernier mot du Coran t D'où il suit que la Souveraineté d'aucune sorte,. ne devait appartenir à personne dans l'Islam. On comprend d'ailleurs que Mahomet pût Si^n passer. Il ne jugeait que d'après le livre, mais il faisait le liçre en définitive. Les grandes difficultés ne devaient commencer qu'après lui. Le prophète mort, le \\we était clos- La société mu-
4l4 I>K MAHOMET ET DE SON LIVRE.
ftolniane devait se clorre aussi. Tout devenait irrévocable, incommutable ; la souveraineté temporelle ëlait morte enfin, comme la souveraineté spirituelle. Il ne restait dans Tlslam, qu'une auloritë soumise à la lettre morte du Coran sou-^ verain ; autorité précaire et subalterne que nous ne savons de quel titre qualifier, dans l'absence d'aucun texte, d'aucune parole de Mahomet qui lui donne un caractère particulier. Ce qu'il y a de certain ; c'est qu'une pareille autorité ne pouvait aboutir, sans une flagrante usurpation , ni à un dogme plus distinct, ni à une loi plus spéciale que le livre n'avait fait son dogme et .sa loi.
L'absence de toute souveraineté dans Tislam, contraste singulièrement avec les idées que l'on s'est faites jusqu'ici, des gouvememens islamiques. Qu'on y prenne garde toutefois , et que l'on dise si Mahomet a pu conclure autrement! Il n'avait point voulu d'autorité spirituelle qui interprétât et développât son livre. Comment eût il investi une autorité temporelle de ce pouvoir-là.? Le danger était le même. L'akération du Coran pouvait s'ensuivre. Interprétation spirituelle ou temporelle, développement légal ou religieux, c'était toujours un moyen de revenir sur l'œuvre divine, d'en retrancher ou d'y ajou-