‹ De l'Empire ottoman, de ses nations et de sa dynastie, 1841-1845Chapitre 208 sur 213 · N« II · texte numérisé non relu

N« II

TRADITION GALIPHALE.

Les premiersSultans ottomans rendaient Clément hommage à la suprématie de ces kaliphes. On voit dans l'his-

toireque l'an 791 (1389), Bayezid I envoya en Egypte une brillante ambassade au kaliphe Mohammed XI, avec des lettres respectueuses et de riches pi*^ns, pour lui demander ses bënddictions et l'investiture, Tekallud-Salta-^ nelh^ des domaines qu'il tenait de ses aïeux.

Les souverains mêmes de Bagdad leur témoignaient les respects les plus profonds : dans les cérémonies publiques, ils leur baisaient la main ou l'anneau qu'ib portaient au doigt, et les kaiiphes ne les recevaient jamais qu'assis sur leur chaire. Telle fut , entre autres étiquettes , celle qui s'observa à Bagdad, l'an 449 (1^^7)9 ^'^^^ ^^^ audience publique qu'Abd'UUah Y donna au sultan Toghroul-Seldjouky, le maîli*e de la Perse, de l'Irak et la terreur de l'Orient, Le kaliphe, entouré des grands officiers de sa cour, le reçut, assis sur un trône élevé de quatorze pieds, couvert du manteau, Burdé, de Mohammed, et tenant le sceptre, Casib, de ce fondateur de l'islamisme. Le Sultan lui fait une profonde inclination , s'approche, lui baise la main ; et le kaliphe, se tournant vers son premier ministre, lui parle en ces termes : « Dites au sultan Toghroul que sa personne nous est agréable , que nous le voyons avec plaisir, que nous lui déférons les terres , les domaines, les états dont il a plu à TÊtre-Suprême de lé favoriser, et que nous lui recommandons l'équité et la clémence ainsi que les peuples confiés par le Tout>Puissant à sa garde et à ses soins paternels. Après que le vizir eut rendu ce discours, le sultan, toujours debout, prend encore la main du kaliphe, la rebaise et s'en frotte respectueusement les yeux. Alors ^Abd'Ullah V lui adressant la parole, l'appela le Monarque de l'Orient et de l'Occident, Melik ul meschrih i'V/ maghrib, et le revêtit d'une robe noire en signe d'iq-

4a8 APPENDICE.

Te&tiUire. Au soi-lir de l'audience, Togfaroul envoya au lut* liphe, à titres dlioramage et de sounûssioD^ les préseDski plus iiiagDiiîqueSy avec ciaquaute mille ëcus d'cnr et cbnquante jeunes esclaves turcs, tous bien vêtus, bien armés et superbement mont^.

Six aos après, le même sultan, revenant à Bagdad, e'pousa la fille de ce kalipbe. L'hisloîre rapporte qu'à k suite des plus grandes cërëmonies observées aux fiançailles et au mariage , le sultan passa dans lappartenaent de b |a:incesse , appelée Seyyidë , qui le reçut assise sur un su* perbe siège, et le visage couvert d'un voile, à la roanîfare orientale. L'époux, aprèa une profonde révérence, s'approcha et répandit sur la tête de la princesse plusieurs poignées de diamans, de ruUs, d*émeraudes et de perles fines, comme un hommage qu'il r^idait à sa haute naissance : cette cérémonie fut renouvelée plusieurs fois avant que l'épouse fut conduite au lit nuptial.

Les kaliphes de cette maison établis dqNiis en Egypte, quoique restreints plus étroitement encore aux seub droits sacerdotaux (i ), jouissaient des mêmes distinctions. On lit

(i) Le droit d^nvestitare ealiplule s'explique aisémont, sans sacerdoce ni représentation splritoelle d'aucune «orte. L*Islam ce dcTant avoir qu'un Imam; tout chef de peuple devait être cet Imam-là, ou tenir à lui par un lien d'obéissance. Il était d'ailleurs bien nature) que les nouveaux venus , les Sultans qui se parUgeaient l'ancien calipkat, s'accordassent à reconnaître cette si^ématie poUtic» - religieuse au successeur nominal des premiers caliphes , au lieu de la transporter à un d'entre eox qui aurait grandi d'autant. La raison décisive ; e'est que le Caliphat s'en allait et que le Sultanat arrivait. Et plus les caliphes allaient perdant en puissanc«s , plus on pouvait leur rendre impunément en honneurs et en distinctions.

dtins leur histoire, qti*en 74^ (1 34^) la proclamation d^Ahined IX et l*^i^vation du sultan Mdlik-McDsour au trône eurent lieu le même jour, et que celte solennité fut une desplosaugustesque l'Egypte eût jamais vues. Ahmed IX, à la suite de sa proclamation, fut place sur le siëge pontifical : après avoir reçu les hommages du sultan et de toute SA cour, il se leva, récita le prône, khoiUbé, combla de bénédictions le nouveati monarque égyptien, le revêtit d'une rdbe noire, et lui ceignit de sa main un sabre arabe, cérémonie pratiquée pour la première fois à Tégard d'un prince mahométan. Cette solennité s'observe encore aujourd'hui chez les Sultans de la maison ottomane, et leur tient lieu de sacre et de couronnement.

A la mort de Davoud I, l'un des kaliphes les plus vertueux etjles plus savans, le sultan Tchakmak lui rendit des honneurs jusque là sans exemple. Il marcha à pied devant le corps avec toute sa maison , et porta même le cercueil quelques pas avec les principaux seigneurs de sa cour.

Cependant ces hommages publics, que les souverains rendaient au caractère émînent des pontifes de Tislamisme, ëtaient le plus souvent adressés à des hommes qui n'avaient ni instructions, ni vertus. Les excès et les horreurs que se permettaient plusieurs de ces kahphes, font honte à l'humanité. Leur histoire n'oflre qu'un tableau de noirceurs et de barbaries. Les circonstances ajoutaient sans doute à l'atrocité de ces hommes monstrueux. Leurs passions, leur» eruautés, leurs débauches, en&anglantèrent et déshonorèrent plus d'une fois le siège sacerdotal.

Le caractère vil et sordide de Hucham I , les folles pro- * digalilés de Djeafer II, les crapules de Mohammed IIT^ d^Ahmed II, et les barbaries de Merwann II, de Djeafer I^

43o AP^EHDlCE.

d'Ahmed VI et d'AbdUlbh I,ditSrfchjiéfollept b iu^ tare. Toute b gloire àm règae de œ kaliphe, le prenûer des AbMâdes, eA flâne par ses cmantu et par celles da prioee AtxfUllab-IbD-Alj, soo onde et 80o général. Un îoor, ce monstre aswmhb qoatre-TÎDgt^ioiize princes de la maison des Ommbdes, et les 6t tons assomnoer à coups de massue. Il se fit même un plaisir l)arfaare de les coutrâr de nattes et de faire sur leurs corps m r^ias somptueux, au milieu des gémissemens et des derniers soapirs de ces malheureux*

Enfin les perquisitions et les poursuites d'AbdlJllah t, firent couler le sang deiOmmiades dans toutes les prorinoes de sa Taste monardiie. Sulejman, son onde et son gou- ▼emeur à Bassora, en fit aussi périr plusieurs au miliea des supplices, et porta la fureur jusqu'à faire tramer leors corps dans les rues, pour être ensuite dévora par les chiens» De toute cette maison infortunée, qui âait très-nom* breuse, il ne se sauva que le seul Abd'Ur-Rharoany fils de Huscham I qui, travesti, passa de la Syrie eo Afi-ique, et de là en Espagne, où il fit revivre le nom des Beno-Ummeyé par la fondaticm d*une nouvelle monarchie arabe dans cette partie de l'Europe.

Abd'Ullah H, ayant fait grâce à Abd'Ullah-Ibn-Aly, son onde, qui lui avait disputé le trône, viole sa parole, le relègue dans le château de Medainn ; et après une prison de dii ans, il le fait périr dans un pavillon élevé sur des boules de bd qui, fondues, renversent l'ddifice sur la tête de ce malbeureui prince. Mais ce qui caractérise encore mieux la férocité de ce kaliphe, c'est l'excès de sa basse jalousie contre Ebu-Musslin, si renommé pour ses vertus guerrières, au génie et à la valeur duqud toute celle famille des

Abas deyait son élévation sur la chaire de Mohammed. Il Tinvite à sa cour sous les dehors de la plus grande bien- ▼eillance, et après l'avoir comblé d'honneurs et de caresses, il le fait pdgnarder dans son appartement et sous ses propres yeui. Il n'exerça pas moins de cruautés contre plusieurs princes de la maison d'Âly.

Mohammed III punit la révolte du prince Abas, sonne* veu, en le laissant mourir de faim dans un noir cachot. Il avait ordonné qu'on lui refusât jusqu'à un verre d'eau.

Mohammed YI ne le cédait pas non plus à ses barbares aïeux. Il aimait à manier un javelot armé de fer, qu'il ne prenait jamais sans tuer quelqu'un des officiers de sa maison. Dès son avènement au kaliphat, il déploya son avarice en poursuivant cruellement les femmes et les enfans de Djeafer II, son prédécesseur, pour découvrir ses richesses. Il fit subir un supplice inoui à l'esclave, mère de ce kaliphe, ne respectant ni son grand âge, ni son état, ni ses infirmités. Il la fait d*abord fouetter en sa pr^ence, ensuite pendre par les pieds, le corps presque nu, pour lui arracher l'aveu de ses biens et de ses joyaux. Le trait suivfint achève le tableau de son caractère : victime d'une conspiration , ce prince, sur les yeux duquel on avait appliqué un fer ardent, se voyant délivré de sa prison par un effet de la bonté d'Ab'Ullah IV, alla mendier aux portes des mosquées, dans la seule vue, dit l'auteur national, d'avilir la majesté du kaliphat. Mohammed VII fut encore plus cruel. Ayant découvert un complot tramé parle prince Ahmed, fils d'Aly II, il le fit enterrer vif dans l'épaisseur d'un mur énorme.

Ces princes, qui se jouaient si impitoyablement des droits de rhumanité , n'épargnèrent pas davantage la religion ,

dont iUflUient, por élA, les d<?lenscar« et les diefs. Quclquet-uns, coniine Abd'Ulbh III et Motiammed III, adoptèrent des opinions contraires k TisRinitsme, sur la nature du GMir'ann , sur la pt^'éroinenoe du s^d'i-doce d'Aly, ooinrae on l'a m plus haut. C'est pourquoi ils sont regardes comme hëtérodoxes. Yéz\d I et Abd'Ul-Melik I, passent tnênie pour impies et pour infidèles, parce que, dans les fureurs de leurs poursuites contre les aoti-kaliphes de la Mecque et de Mëdtne, les armes de Yézid I odI presque d^^ndt ces dcuic dlës, sans respecter même le sanctuaire, keaèé; et qu'Abd'Ul-MeUk I défendit à tous ses sujets le pëkrinage de la Mecque, en y substituant le temple de Jérusalem (i).

Mais la mémoire de Welîd II, sumonmié Fassik, l'Impudique, est encore plus odieuse aux yeux de rislamisroe. Ses dissolutions et ses impiétés furent en effet l'opprobre de sa maison et du kalipbat. Foulant aux pieds toutes les lois de la nature et de la pudeur, il porta, l'an i ^5 (743), ses débordemens jusqu'à épouser plusieurs des femmes et esclares de Yézid II, son père, et même jusqu'à déshonorer sa propre fille. Il disait publiquement que s'il allait jamais à la Mecque , il ne se ferait aucun scrupule de boire du yin au milieu du keahé. Voulant un jour consulter le

(i) Qu'est-ce que des pontifes regar3<?s comme hétërodoxes ou qui passent pour infidèles? qui les a condamnas, qui les a pu coadamner ainsi dans l'Islam? Evidemment f M. d'Obsson na pas une idée nette des mots qu'il empi oie-là. On est orthodoxe , ou bien on ne l'est pas; on est fidèle ou l'on e^t infidèle. 11 n'y a point de milieu en cela. Si chacun en peut juger à son gré ; c*est qu'il n'y a point de juge, point d'autorité pontificale par conséquent.

Gour'ann, et lisant céa paroles : Issteflahou ve khnbé) etc., les premières qui se présentèrent à Tourerture du livre, il |é jeta avec fureur et le perÇa de mille traits. Un autre jour, livré à se^ excès ordinaires de crapule et de débauche avec Tune de ses esclaves favorites, comme il entend itl'annonce, cza/i/i, pour la prière publique, il donna son habit à cette femme qui, comme lui, était dans les fumées du vin, et Fautori-a à faire, en sa place, les fonctions deTimameth à la tète de toute l'assemblée. Aussi le quinzième mois de son kaiiphat, ce prince abominable perdit-il le trône et la vie par les mains de son peuple, indigné de tant d'horreurs

Les ministres et les généraux de ces kaliphes semblaient renchérir encore sur les cruautés de leurs maîtres. Le général Amr-Ibn'uUAss , aux artifices duquel Muawiyé I dut son élévation , après avoir arraché TÉgypte au p>ince Abd'Ullah, fils d Ebu-Bekir I, qui y commandait au nom d*Aly I, fit mettre à mort ce gouverneur, et ensuite jeter son corps, cousu dans le ventre d'une ânesse, au milieu d'une fournaise ardente. Hadjeadjh-Ibn-YoussoUf-Taky, fe fléau de l'Orient, et le principal appui de la maison des Oramiades, fit périr plus de cent vingt mille hommes par la main des bourreaux, dans les différentes provinces sou^mises à ses ordres, surtout dans rL:*ak. £bu-MussIim, auteur de la révolution du kaiiphat en faveur des Abassides, ternit l'éclat de ses atomes par ses cruautés. Plus féroce encore que Hadjeadjh, il sacrifia, dans les provinces où il commandait , plus de six cent mille hommes à la défense de la maison qu'il soutenait contre les Ommiades et les Alides. Enfin le fameux général Beghay-Kebir est également cité dans l'histoire comme un monstre altéré du sang L 18

humaÎD. La dërasUtion et les eicès les plus horribles caractërittieDt toutes ses expëdilions guerrières. En 287 (85 1), ayant marche contre la Géorgie, et s*ëtant emparé de Tîflis, il met le feu aux quatre coins de cette grande Tille, fait égorger le prince Isshak avec toute sa famille, et laisse périr dans les flammes plus de cinquante mille malheureux de tout sexe, de tout âge et de toute condition.

Ainsi, depuis rétablissement du mahométisme, TOnent entier ne présente, sous ces kaliphes, qu'un théâtre de carnage et d'horreurs. Le caractère féroce de plusieurs de ces pontifes et de leurs généraux, les guerres civiles qu'allumèrent le fanatisme des hérésiarques et l'ambition des trois maisons qui se disputaient la chaire de Mohammed; ledémembrement du kaliphat , sur les ruines duquel s'élerèrent successirement tant de royaumes ; enfin les irruptions des Tatars-Moghouls, sous le célèbre Djinguiz-Khan, ses fils et leurs descendans, jusqu'à Timour, vainqueur de Bayezid I, firent couler plus d'une fois des fleuves de sang sur ces vastes et malheureuses contrées.

Cependant les annales du kaliphat ne présentent pas toujours d'aussi tristes tableaux. On y voit de grands hommes en tous gejres, qui, doués d'excellentes qualités, firent souvent la consolation et le bonheur des peuples. £bu-Bekir I et Orner I étaient des modèles accomplis de vertus, de zèle et d'austérité morale. Osman I, Aly I, Wélid I, Abd'Uullah II, Mohammed I, etc., avaient en partage, la grandeur d'âme, la libéralité, la magnificence. Les lettres, les sciences et les arlseuient de puissans protecteurs dans Haroun I dit Reschid, dans Ahmed IIT, Aly II, Mohammed VIII, Mohammed IX. mais surtout dans Mensour II etDavoudI*

AiPPENDICË. 4^^

O.! ér II est citë comme un exemple de douceur et dé simplicité. Mais ses vertus et l'attention vigilante avec laquelle il réprimait le luxe de sa cour, lui deVimiént funestes. Les priuces de sa maison , fatigués de ses rigueurs , conspirent contre sa personne et le font empoisonner par un de ^tes propres officiers.

S'apercevant qu'il avait avalé une boisson meurtrière, il demande à ce traître du ton le plus doux et le plus traà^ quille pourqrtoi il l'empoisonnait : l'officier, glacé d'effi'oi, se jette à ses pieds et lui avoue qu'il s'était laissé séduire par un don de mille sequins. Va, lui dit le kaliphe toujours du même ton, va consigner cet argent au trésor public, et sors de ce palais sans que personne entende parler de toi ni de ton crime. Il mourut peu de jours après, avec une fermeté d'âme et une résignation au-dessus de l'humanité.

La sensibilité de Yézid II, son successemr, offre un trait remarquable dans l'histoire. Ce kaliphe, vivement affecté de la mort subite d'une jeune esclave favorite, Djébabé, dont il était passionnément amoureux , s'enferma avec le cadavre dans un appartement, où il reste trois jours et trois nuits sans prendie ni nourriture, ni repos, sans voir personne, pleurant, gémissant, se lamentant au point de succomber à sa douleur le neuvième jour, dans la quarante et unième année de son âge.

La vied'Abd'U lah Illprésenle encore lui beau trait de clémence. Vainqueur d'Ibrahini-Mnbarek, fils de Mcjliammed I, qui, ayant pris le titre de kaliphe, lui disputait le trône à la tête d'un puissant parti, ce prince le fit chercher en vain dans toutes les provinces de son cm| ire. Ibrahim- Mubarek s'était sauvé travesti -, il menait une vie obscure

/^'Mi APPENDICE.

daiif un tiiiage de Tlrak. Après six anoëes de misère et d*accab*eiiient , il se cUcide à demander sa grâce par un placel GODÇu es cet termes : O prince des croyans! Emir- (JlrMumiw'nnj mon attentat est grand, mais votre cle'raenœ ett plus grande encore ; ma punition serait IWet de votre ju>te vengeance, mais mon pardon sera celui de votre bienfaisance et de votre magnanimité. AbdIJIlah m, vivement toucha, écrivit c^e sa main sur le haut du placet ; O Ibrahim ! Je te fais grâce. Il lui tint parole, et lui assura même un revenu considmible pour le reste de ses jours.

On peut encore ranger dans la classe des princes vertueux et bienfaisans Haroun II, Mohammed VI, Ahmed IV, Abd'Uilah V, Ahmed V, Hassan I, Mohamined X, Ahmed XI , EburSekir II > etc. Nous donnerons un précis de ce qui concerne ces pontifes et leur règne, à la tête de l'histoire de la maison ottomane. On y verra sans doote avec surpri^^e que des soixante-douze kali[Jbes réputés Intimes et universels, depuis Ebu-Bekir I jusqu'à Mohammed XII, sept furent assassinés, y compris les trois successeurs immédiats d'Ëbu-Bekir, cinq autres périrent par te poison, douze succombèreni dans des émeutes populaires et sous les armes de leurs rivaux, dont ils essuyèrent les traitemens les plus durs et les plus ignominieux -^ (^lelqties-uns eurent les yeux crevés et terminèrent leurs jours dans des caehots affreux (i). ( ilf . cTOhsson.)

(i) Il est très-remarqaable qae AI. d*Ohason lut même nWi pas trouve à citer, un seul acte ayant la moindre apparence pontificale ou sacerdotale. Nous voyons bien des caliphes qui se plongent dans le crime et dans la dëbauche , d*autres qui se livrent à la culture dss lettres et à la pratique de la vertu; nous en voyons

N« IIL SUCCESSION CALIPHALE.

()d voit, au reste, que la législation religieuse (i) ne prononce rien de relatif à l'ordre de succession. Ce silence a pour principe la conduite du prophète et des kaiiphes ses successeurs, qui n'ont rien statué d'une manière formelle sur un point de cette importance. Tout le monde sait que Moliammed mourut sans postérité masculine, et qu'il laissa à ses principaux disciples le soin de lui donner un successeur.

Éhu'Békir fut élu d'une voix unanime. Au moment de sa mort, il convoqua une nombreuse assemblée et proposa Ùmer, Quoique ce prince ne f6t pas du goût de sa nation, à cause de la sévérité de son caractère, personne cependant n^osa s'y opposer, et Ébu-Békir alors le nomma formellement son successeur au trône. <c Pardonnez-moi, ô mon Dieu, s'écrie -t-il l'instant « d'après, d'avoir disposé du kalipbat sans un ordre m exprès de votre saint prophète; mais vous savez,

ménis qui embrassent des opimons contraires aâ Coran. Mnis font prince , ton^ croyant en a pu faire autant. Ce que nous ne voyons point, c*est Vautoritë du pontife imprimée aux crimes, à la science, 4 la vertu, aux opinions dont il s*agit.

(1) Toute loi est religieuse ou doit Tétre dans Vtslam. La législation feligîeuse, c'est toute la législation. Le code Moulte1[a tout ^entier est un code sacré.

« Seigneur, que je n'ai en vue que le bien de l'isl^-

« misme et la prospérité de voire peuple. »

Orner mil plus de réserve dans sa conduite. Le jour qu'il fui assassiné, il assembla lous les Asshabs et leur témoigna lous les scrupules qu'il avait de nommer son successeur. Sur les pressantes sollicitations qu'on lui en fit : « C'est assez, dit-il, dem'êlre chargé de mon vivant du poids du kaliphat; je ne veux pas m'en charger après ma mort. » £n6n, ne pouvant résister à de nouvelles et de plus vives instances, il nomma six d'entre eux qui, dès-lors, furent appelée conseillers ou électeurs, AsshabSchoura, et les autorisa à choisir parmi eux le vicaire du prophète. Après bien des débats et des contestations , cinq de ces électeurs se dépouillèrent de leurs droits en faveur du sixième. Abd'iu^ Rahman-Ibn-Aaf, gendre à'Aly, qui, loin de profiter pour lui-même de celte déférence généreuse de ses collègues, se décida pour Osman. Le meurtre de ceiuici fut suivi de l'élection d'Aly.

C'est d'après toutes ces circonstances que la dignilé kaliphale, sous ces quatre premiers princes, est envisagée comme purement élective. L'usurpateur Muamyé I la rendit héréditaire ; pour l'assurer à sa famille, il y nomma de son vivant Yedd 1, son fils, et le fit reconnaître solennellement à Damas par lous les grands de sa cour. Mais les troubles sanglans qui suivirent l'abdication de Muawiyé II, fils et successeur de Yczidl, et l'imprudence qu'il commit en laissant la disposition du trône aux grands de l'État, firent alors passer le ^aliphat dans la branche de Merwann 1, également descendant à^Ummeyé, la souche de celle maison des Om-

mîades. Ainsi les armes de Menvann 1, alors gourerneor de Médine, ayant triomphé de la rivalité de cinq antres anti-kaliphes, qui se disputaient le sacerdoce, ce prince ne tint que de son sabre Tinvestilurc du kaliphat, qu'il transmit à ses descendans. 11 eut, comme Muawîyé I, la politique de pourvoir de son vivant à sa j^ succession : il nomma deux de ses enfans pour hériter successivement du trône. Son exemple fut suivi par tons les princes de sa maison et par tous les kaliphes Abassîdes qui s'élevèrent sur ses ruines. Haroiin i, suriiommé Reschîdf alla même plus loin : il désigna trois de ses enfans héritiers de sa puissance, et fit suspendre avec le plus pompeux appareil l'acte de cette disposition dans le keaèé de la Mecque (i).

Cependant l'histoire de tous ces kaliphes montre que chacun, durant son règne, était le maître de suivre ou non les volontés de son prédécesseur : les uns les respectaient; les autres y dérogeaient, etforçaient même les princes déjà nommés, et reconnus pour leurs successeurs, à renoncer publiquement k leurs droits dans la mosquée, au milieu de l'office divin, dans la vue de rendre plus respectables aux yeux du peuple leurs dispositions en faveur de leurs propres enfans. Mais lorsqu'ils étaient en bas âge ou en minorité, ils déféraient ordinairement le kaliphat à l'un des princes collaté^ raux. Ce choix était presque toujours dirigé par la bien* veillance particulière, et non par les qualités personnelles du sujet, moins encore par l'âge ou le droit de

( 1) Il n*7 a là que des arrangemens princiers ; il n'y a point de loi.

44o APPENDICE.

primogéoilure. Mobéunmed V et Abd^uliah VI occupèrent le trône sacerdotal âgés de dix-neuf ans ; et le jour de sa proclamation, Djeafer II n'avait pas atteint sa treizième année. Personne n'ignore les malheurs qoe Mohammed II, surnommé Eminn, attira sur luimême et sur Bagdadf pour avoir imprudemment nommé à sa succession Moussa, son fils, âgé de cinq ans, et déshérité son frère Méemuunn, depuis Abd'ullah III.

On voit qne ce défaut d'ordre de succession au kaliphai fut une source intarissable de troubles, d'attentats et d'horreurs dans la famille même des AbassùJes, Chaque kaiiphe disposait à son gré de la chaire de Mohammed; mais dans leur état d'abaissement, lorsque ces pontifes perdirent jusqu'au commandement de la ville où ils résidaient, et qu'ils furent restreints à la seule dignité sacerdotale, «les souverains de Bagdad, à commencer par Ibn-Ratik, en 3a4 (9^)1 sous le kaliphat de Mohammed VIII, et après eux les sultans d'Egypte, disposèrent à leur gré, non-seulement du sacerdoce, mais encore de la liberté et de la vie de ces infortunés kalipbes (i).

Cependant les hétérodoxes avaient, sur l'ordre de succession, une loi positive et formelle : elle déclarait

(1) 11 faot ^e souvenir qne ces caliphes-U pourUnt doonàient TiaTestitare que M. d*OKsson appelle sacerdotaie. Un calipliat périodiquement dëpostf ou égorgé, voilà le pivot théocratique du TabUau général! Comment M. d*Ohs$on n*a-t-il pas au moins reconnu que le sacerdoce islamique, sî sacerdoce il y avait, subissait de tout point Tempire de la force matérielle; qu*ainsi le gouvernement nVtait pas spirituali&é , et qu'au contraire le saçer: doce était complètement matérialisé.

les seuls descendaos des souverains hërlliers du trône, k moins que le monarque, avant sa mort, n'en eût disposé d'une manière solennelle, en faveur d'un prince collatéral, au préjudice de ses enfans. hes fathinii tes, qui ont régné en Afrique et Egypte environ deux siècles et demi, sous le titre de kaliphes, ont observé cette loi, parce qu'ils suivaient la doctrine Aes schîys dont ils étaient \e& premiers protecteurs.

Leur histoire offre sur ce point un trait remarquable. Après le meurtre de Mensour II, dit Amîr bi-akheam' iUah, qui ne laissait point de postérité, les grands de l'État proclamèrent Abd'ul Medjid I, dit Hafi-li-din'iilah, petit-fils de Muidl, surnommé Mustamrnr-bHllah, mais sons la condition qu'il ne ferait pas tort au sang de Mensour II, qu'il céderait le trône si quelqu'une de ses femmes ou de ses esclaves accouchait d'un prince, et qu'alors Ab'ull Medjid 1 gouvernerait l'État sous le titre de régent, ivekily jusqu'à l'époque de la majorité du successeur légitime au trône d'Egypte. Cet événement eut lieu en 524 (ii3o).

La maison Othomane suit fidèlement cette loi, qui garantit la couronne et l'État des funestes inconvéniens de la minorité. Elle n'a cependant pas toujours respecté le droit d'aînesse parmi les princes majeurs; Osman I, le fondateur de la monarchie, en donna le premier exemple. A sa mort, il nomma pour sou successeur Orkhan, son second fils, au lieu à^Alaeddinn Pascha, son aîné, qui en fut exclus à cause de son goût excessif pour les sciences spéculatives, comme pour la retraite et la solitude. Bayezd II tint la même conduite à l'égard du prince Schehfunschah, en lui préf irant le

prince Ahmedy son cadet, circonstance qui arma contre lai Selimf son autre fils, et le força, en quelque sorte, il abdiquer le trâne en sa fareur (i).

Les quatorze premiers sultans, depuis Osman /jusqu'à Ahmed I, ont régné successivement de père en fils; mais h la mort à^ Ahmed I, comme ses eofans étaient encore en bas âge, le divan assemblé an sérail proclama, d'après l'esprit de la loi et en vertu d'un felwâ formel du mouphty de ce temps, Ess-ad-Effendl, le sultan Moustapha I, frère du monarque défunt, et le premier des princes collatéraux qui ait été enfermé an sérail. C'est là l'époque où l'ordre de succession au irône, fut, pour ainsi dire, interverti, et où régna avec plus d'empire que jamais celte loi politique du sérail, si contraire à l'esprit de la législation religieuse, d'enfermer à perpétuité tous les princes collatéraux, et de condamner à mort tous les enfans de l'un et de l'autre sexe qui leur naissent pendant cet état d'emprisonnement. Cet arrêt sanguinaire, contre lequel se récrient vainement tous les gens de loi et tout l'empire, s'étend jusqu'aux enfans mâles des sultanes princesses du sang, que l'on ne marie d'ordinaire qu'à des visirs on pachas à trois queues, qui forment le premier ordre de l'État.

On a soin de ne composer le harem des princes collatéraux que de sept à huit jeunes filles esclaves, aux-

(i) Si U loi des Schys ^tait loi en Turquie , Tempirc ottoman serait hëtërodoze comme la Perse et le sultanat égyptien. Ce qui se fait dans Tempire, de plus on moins dynastique, s'y fait au même titre que la chose s*est faite pendant le kaliphat. C'est un arrangement princier, et rien 'de plus.

quelles on fait avaler divers breuvages propres à tarir dans leurs flancs les sources de la fécondité. Si ces moyens dénaturés sont insuffîsans, si ces infortunées ont le malheur de concevoir, le jour de la naissance de l'enfant est en même temps celui de . sa mort : la sage-femme qui le reçoit est tenue, au risque de sa tête, de ne pas le laisser vivre. Elle n'ensanglante cependant jamais ses mains ; ce serait un attentat contraire au respect dû au sang royal ; mais elle s'interdit ses fonctions : elle ne noue pas le cordon ombilical. Tel est le genre de mort réservé à ces tendres rejetons du sang Olhoman.

Tous les monarques, à leur avènement au trône, adoptent ces lois barbares ; ils ont tous le même intérêt de les perpétuer, 1° pour assurer à leurs enfans, du moins h l'aîné, la succession h l'empire, ou plutôt l'espoir d'y parvenir à son tour, espoir qui serait trèséloigné s'il existait des branches ainées dans les princes collatéraux ; 2» pour garantir l'empire de ces troubles et de ces dissentions qui l'ont si cruellement déchiré sous les premiers règnes, où tous les princes collatéraux jouissant de leur liberté, ne cessaient de faire des entreprises contre le trône, 3° pour épargner à l'État une surcharge accablante par l'entretien qu'exigeraient leur naissance et leur rang. Personne n'ignore que la seule maison des Abassîdes, d'après le dénombrement fait Pan 201 (816), par les ordres du kaliphe Abâuîlah III, dît Méemounn, montait à plus de trentetrois mille âmes, tant princes que princesses.

Ainsi, à compter de Moustapha I, tous les sultans Othomans et tous les princes de leur maison sont né^

sur le trAfic^ el depuis cette époque, leur histnire n*oSte que dans Mohammed IV Texemple d'un prince q«i, quoique mineor, ait suctédë à son père. La rûson de cet éTënement politique est qu'après le meurtre Xlkfmhim I, en io58 (i648), Mohammed IV, q« n'arak encore que sept ans, se trourait être le seul prince da sang, le seul héritier de Fenipire. Tous les antres sdlans, depuis Ahmed I, n'ont eu pour successeurs que âes princes collatéraux, et toujours i'atué de la famiUe. Ainsi le grand'seigneur, actuellement régnant, Abd'ul Ahmed I, quoique père de trois enfans nés comme tom les autres sur le trône, a pour héritier et successeur k l'empire le prince SeUm, son neveu, fils de Monstaphalll, né le ^4 décembre 1761, qui rémût dans sa personne les droits d'aînesse comme étantlesenl prince collatéral de cette auguste mabon. (M. d'Oksson^)

N» IV, Cabiz-Effendi.

Ce dogme coûta la vie à un homme de loi très-célè- |>re, sous Suleyman l**'; cette anecdote est digne de rer nfturquc.Cabiz~£(Fendy,déjà très-avancé dans le corps dts oulémas , esprit singulier, mais très-instruit , et possédant à fond la science du Cour'ann et celle de l'Ëvangile, aimait les chrétiens, les admettait chez lui, et se plaisait à parler des dogmes et de la sublimité de la morale chrétienne. U disait ouvertement k des oulé-

mas mâioci^ qqe J«sus- Christ était 1res - supérie«rr à Mohainmed, e| TEr^^^^leifon au-dessus iu Goor'aMi. Il combattait encore diffévcuptô points de la religion loahométane , par des passages de l'Ancien et du !^ou- Teau>TestaBAent. Cette conduite fit le pli» graad bruit dans» Constaotinople. Tous les oulémas se soulèvem; on arrête k nouvel hérésiarque ; on le cite au divan, dans le sérail même, le 7 safer §33 (i5 novembre x536), pour y subir un interrogatoire devant Iç grandyézir Ibrabim-Pasha et les deux Ca^-askers, qui sont les premiers magistrats de l'Empire. Le siège de Roumelie était alors occupé par Fenarizadé- Meubby'ed- Dena-EfTcndy.JLa naissance et la faveur, soutenues par une grande fortune , faisaient tout le mérite de ce» deux magistrats : ils n'avaient qu'ime faiUe teinture du droit et de la théologie.

Us commençait Finterrogatoire en ordonnant à l'accusé d'exposer sa foi et sa croyance. Cabiz-Effendys'en acquitta du ton le plus ferme et le plus assuré. IL parla des principaux dogmea de l'islamisme comme cojb^ traires au Cour'ann, dont il cita une infinité de passages, auxquels il donnait un.e iniecprétation bien différente de ceUedes imams commentateurs: il prétendait que tout avait était {alsifié ^ et que le Ca«r'ann, fondé en grande partie sur la Bible etsw l'Evaa^le^respec-» tés par l'islamisme mém^ comme des livres divins, s'écartait de cea deux prewers codes qui ccmtenaient égalem^it les coonmaiidemeAs de Dieu pour toiis les peuples delà terre. Les deivt juges, hors d'état 4e réfoter les asserti^As si savamment et si hardiment exposées par Cahiz-Effendy, le déclarent , sans

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aalre CKamen, in6dèle et impie « et comme tel, le cou*damnent k mort, et accompagnent ce jugement de mille injures et de mille imprécations.

Cette procédure frappa toat le diiran d'ëtonnement et d'indignation. Le grand-irëzir alors prenant la parole, dit aux magistrats d*on ton courroucé, que la TÎolence n'appartenait pas k leurs augustes fonctions ; que la doctrine et la loi étaient pour eux les seules armes arec lesquelles ils devaient combattre les sophîsmes de l'accusé, et que, suivant la loi , personne ne pouvait être condamné k mort , qu'il n'eût été convaincu juridiquement de son crime. Les cazi-askers interdits , remettent au lendemain l'examen de la procédure. Suleyman I«S qui assistait au divan , c'est-à-dire derrière la jalousie placée au dessus du siège do grandvézir, entendait tout, mais d'une manière confuse. Au sortir du Divan, le grand- vézir ayant passé, selon Tusage, dans l'appartement du trône, suivi des sept Coubbé-Vézirs, qui, en ce temps-là, formaient une espèce de sénat , en rendit un compte exact an suhan^ qui, non moins indigné et de l'ignorance et des procédés des deux Gazi-askers, ordonna que cette affaire (ai poursuivie le lendemain par le Mouphly lui-même et par l'istambol-cadissy. 11 jugea qu elle était assez importante pour mériter celte dérogation aux règles constitutives de l'Etat et aux formalités des procédures ordinaires ; car ni le mouphty , quoique chef de la loi et de la magistrature ottomane, ni l'istambol-cadissy^ qui occupe le troisième tribunal de l'Empire , n'assistent jamais an divan. Ce fut une espèce de délégation ou de commission extraordinaire en faveur de ces deux

magistrats, et au grand déshonneur des deuxCazi-askers eu place.

La cour et tout Gonstantinople furent frappés d'é tonnement de voir, le jour diaprés, le mouphty Kemal Pascha-Zadé-Schems'udinn-Ahmed-Effendy, et l'istambol-Cadîssy Sady-£fendy se rendre audîvan du Sérail. Us avaient Tun et l'autre la plus profonde érudition. Le premier se mit à côté du grand-rézir, le second se plaça sur uo fauteuil, devant ces deux premiers personnages de l'Empire. Cette nouveauté fit tant de sensation sur les esprits, que le Cazi-Asker de Roumélie, cédant à la honte et au dépit tout ensemble, quitta sa place et se retira brusquement. Gabiz-Effendy soutint devant ses nouveaux juges un nouvel interrogatoire, auquel il répondit avec la. même fermeté et la même assurance que la veille. Il exposa derechef sa foi et sa croyance, avec les autorités et les explications qu'il avait déjà données aux différens points de la doctrine et du culte de l'islamisme. Le mouphty les combattit tous, article par article, réfutant les principes de Cabiz-Effendy, et appuyant son assertion sur différens passages du Cour'ann et de la Bible , et sur les gloses des commentateurs les plus estimés de la loi mahométane.

La vérité soutenue par la science et par l'éloquence de ce célèbre Mouphty, ne put enfin que triompher de tous les sophismes de ce nouvel hérésiarque , qui, la veille invincible, fut alors terrassé et réduit au silence. Ainsi convaincu légalement et théologiqnemcnt de ses erreurs, le mouphly l'exhorta à les abjurer, à en demander pardon h Dieu, et k ren-

trer sincèremefit daiM le sein de rîslamîsrae, en renoavelant sa profession de foi. Mais rien ne firt. capable d'ébranler Cabiz - Effendy. Ferme dans sts principes Y il déclara qu'il ne trahirait jamais sa creyance et sa conviction, sentimens dans lesquels il Toulail rirre et mourir. Après de novrelles tentatives, également inutiles de la part du moupbty, ce cbef suprême de la loi, dont la dignité n'exerce jamais ancfm pouvoir judiciaire ( i ), signifia à l'Istambol- Cadissy qu'il pouvait user des droits de son autorité magistrale, et prononcer formellement la sentence de mort contre l'accusé, comme impie, infidèle et apostat de la foi musulmane . L'arrêt signé fut à l'instant mis à exécution ; et l'infortuné Cabtz-Elffendy eut la tête tranchée dans le Sérail même.

(Ahmet EfFendi, Vhfsion'en.)

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