‹ De l'Empire ottoman, de ses nations et de sa dynastie, 1841-1845Chapitre 207 sur 213 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Il nj a point de théocratie ottomane. Le dogme islamique est parfaitement inoffensifv La loi dogmatique , cidie et morale ensemble > n'empêcherait rien en définitive. La jurispru* dence d'ailleurs a déjà entamé ce dogme qui n'est pas un dogme, cette loi qui n'e^t pas une loi. De l'apostolat de Mahomet il ne reste rien; si ce n'est la tolérance religieuse et la concilia-*tion politique du Prophète-roi. L'Islam du Coran ne devait pas aboutir. Le Livre ne portait qu'un principe impuissant. Il n'y a donc , à l'heure

4ao DE MAHOMET ET DE SOU LITRE.

qu'il est, nî tbifocralie, ui dogme* ni toi, ni pro* pbèle, ni livre divin qui puissent empêcher 1« reforme de t'empire ottonuin.

Fin de l'ISLAM.

• uigiiizea oy VJiOOv? Iv^

APPSXTDZCS.

Nous rëunissons, sous ce titre, des pages diverses qui appartiennent à l'histoire de TlSLAM, et qui auraient surcharge notre annotation. Estr-il besoin de répéter ce que "^nous avons dit, dans le cours de ce volume, au sujet de la traduction systématique de M, d'Ohsson? Nous n'avons pas craint d'emprunter à l'auteur du Tableau général, plusieurs documens qui, bien compris^ témoignent contre son Islam théocratique ou saeerdo^l, ^ contredisent aux notions 1^ plus élémentaire» de tout dogme et de toute loi. .

SONGE d'OSMAN.

Ce prince, disent les annales, accoatomé par so» père à ne fréquenter que àts scheykhs et àts otilénas, àe$ hommes de lettres, de vertaeox personnages,, Toyait soayent on vieax scheykh établi aux enTirona XEsky-Schehher : il s' aif^Uit Scheyf^-Edébaly; il était très-renommé par sa piété et par l'étendue de ses connaissances spéculatives. Osman avait pour ce vieillard un attachement et un respect particuliers. U passait souvent des journées et des nuits entières avec lui; il goûtait les charmes de sa conversation, et profitait de ses leçons de morale et de philosophie. Mais ce bonheur fut bientôt troublé par un événement peu commun , chez des peuples où il n'y a aucune fréquentation entre les deux sexes. Le hasard lui fait voir une fille de ce scheykh, qui était d'une rare beauté. Osman épris de ses charmes, trouva moyen de lui faire part de son amour et de ses desseins sur elle. La pudeur et la mo* destie dictent la réponse de cette jeune fille, nommée Malltounn-Khatur^. « Je sufs fort éhignée, lui manda-telle, de me nourrir d'un espoir trompeur; la distance que mettent entre nous la naissance et la fortune, ne saurait Jamais permettre à la fille d'un scheykh, qui n'a pour lui que la doctrine et la çertu, d'aspirer à la main d'un seigneur de cotre rang^ » Cette réponse enflamme davantage la pas-.

iioD Sf Osman. Comme il n'osait s'ouvrir ni à son père, ni au scheykh, il s'adressa au gouverneur S£sky' Schehher, avec qui il était intimement lié, et réclama ses bons offices auprès d'Ertoghroul, pour l'engagera consentir k cette alliance ; mais il éprouva de sa part la plus noire perfidie. Sur le récit touchant qu'il lui fait de la beauté et des charmes de cette jeune personne, le gouverneur en est tellement épris qu'il n'oublie rien pour étouffer la flamme à^ Osman, et obtenir lui-même la main de Malhaunrt^Khatmm. Son père, ennemi de l'ambition et des grandeurs humaines, ne désirait pour gendre qu'un homme vertueux, qui trouvât comme lui la véritable félicité dans une fortune médiocre et dans l'exercice de la piété et des devoirs du musulmanisme. Instruit des vices qui ternissaient l'éclat de la naissance et du rang du gouverneur à^Esky- Schehher ^ il n'hésite pas à lui refuser sa fille. Le dépit de oeâ^eigneur donne alors de si vifs chagrins au scheykh Edébaiy, que ce vieillard est bientôt obligé de quitter le pays. Il se retire sur les terres à^Ertoghroul, aux environs de Soigatdjîk, Osman, informé du motif secret de ces altercations entre le scheykh et le gouverneur, se livre à tous les mouvemens de son indignation ; la rivalité et une bains acharnée éclatent entre lui et ce perfide gouverneur. Mais les faits qui signalèrent ce différend et ses suites politiques, appartiennent à l'histoire ottomane où nous les replacerons^

Il suffit d'ajouter ici, qu'au milieu de celte guerre civile, entre le parti du gouverneur et celui A^ Osman, ce jeune prince, brûlant des mêmes feux pour Malhounn-Khatunn, et toujours réservé par la crainte de dé-

plaire égateaieiit à Erêogkrmth son père, et au sehejfkh Edéèdâfy, va TÎsiler un joar ce sage vieillard dans aa nouvelle habitation. Après aroir épanché dans, son JLme les seulimens les plus affectaenx et les plus éle- ▼es, il se retire dans un appartement et y passe la plus grande partit de la nuit en prières et en méditations. Protlemé la hce contre terres il prie Dieu avec larmes et fenrenr de diriger son cœur et soo esprit, d'étoofFer en lui tout sentiment contraire k la vertu, de ne lui en inspirer que de dignes de sou nom et de sa naissance, et de ne l'engager jamais que dans des entreprises conformes k la gloire du Coar'ann et à la propagation de la doctrine de son auteur. Endormi dans cette situation extatique, il voit en songe une douce lueur, ^ale k la clarté de la pleine lune, prendre sa naissance ctes côtes du uheykh Edéiafy, et dans sa course rapide venir se poser sur sorr nombril ; là, tont-à-coup, s'élève un arbre prodigieux, sa cime touchait les nues, ses branches étaient innombrables et toutes chargées de (rolts délicieux; son feuillage épais et d'une étendue immense, semblait embrasser l'univers ; l'un de ses rameaux se distinguait des autres par sa beauté et par son vert éclatant; il penchait eu forme de sabre vers l'Occident, du càté de ComtatUiaople^ Sous l'ombre de cel aii>re on découvrait, à perte de vue, des plaiiies et des montagnes, des prés et des vergers, des maisons et des édifices ; des fleuves et des ruisseaux nombreux répandaient de toutes parts les eaux les plus limpides ; des peuples divers y accouraient en foule pour y éiancker leur soif; les autres pour arroser leurs campagnes et leurs terres ; ceux-ci pour y élever des fontaines et d^

aqueducs; ceux-là, enfin, pour s'y promener, s'' y récréer, s'y reposer, tous dans les transports de la joie, de rétonnement el de l'adiniralion.

Frappé de ce prodige, Osman court avec la plus tendre émotion cLez le sekeykfè Edébaly, qui possédait, supérieurement l'art d'interpréter les songes. Au récit d'Osman, ce vieillard demeura interdit ; mais reprenant ses esprits, il dit au jeune prince que dans cette vision miraculeuse tout annonçait sa grandeur et sa puissance futures; l'arbre qu'il avait vu était l'arbre mystérieux de Tûul/a, l'une des merveilles du paradis; Le lever de la lune de ses côtes, et son coucber sur son nombril, étaient l'emblème de l'intimité el de la bonne intelligence qui régnaient entre eux par Tunion de leurs senti mens dans la foi, dans la doctrine et dans la vertu; l'étal florissant de l'arbre, ses fruits, ses branches, so|i feuillage, désignaient la prospérité de sa nifîson et de ses domaines; les plaines elles montagnes, les prés et Jei vergers, les fleuves et les ruisseaux, montraient l'é' tendue de sa monarchie, l'immensité de ses possessions ; le rameau penché vers l'Occident et du côlé de ConsUmilnaple , indiquait visiblement la conquête de cette superbe capitale de l'empire d'Orleni par un prince de sa race ; enfin, les peuples divers qui se promenaient sous l'arbre, représentaient les diflérecues nations qui, soumises à son sceptre et à ses lois, jouiraient dans son empire des avantages d'un gonvemement doux, équitable et prospère.

Cependant le schéykh Edébaly approfondit encore le mystère de ce sKWge : il croit voir dans la*Iamière égale à la clarté de k pleine lune, el sortie de $es c6tes, sa

4a6 APPENDICE.

fiUe alors dans sa quinzième année ; et regardant cette TÎsion comme on avertissement céleste, il s'empresse de la commoniqner k Ertoghroul, çoi, entraîné par la même conriction, se détermine aussitôt k former arec ce saint vieillard one alliance qni pronostiquait en caractères si éclatans la grandeur de sa mabon.

Quand on supposerait que ce songe îtki l'ouvrage d'une intelligence adroite entre le sclteikh et Osman, toujours eut-il un effet décisif sur l'esprit HErtoghrouL Ce trait singulier se trouve dans presque tous les historiens orientaux, et notamment dans Idriss BidUssy, qui égaie même sa narration par des vers ingénieux sur les amours du fondateur de la monarchie ottomane. Cest de ce mariage, célébré en 673 (1279), ai ans avant l'époque de l'élévation X Osman I sur les mines de la puissance Seldjoukienne , que naquirent Ala'eddinn et Orkhan I. Le scheikh Edéhafy fut le premier qui, sous le règne d'Osman, son gendre, exerça l'office de mauphty. Ce songe du jeune Osman, accrédité d'abord à la cour d*£rtoghroul, joint à tant de prédictions, d'annonces, d'augures, etc., adroitement ménagés, contribua puissamment à échauffer les esprits, à grossir le parti de ce prince, et à le faire triompher de tous sts rivaux après la chute de la monarchie Seldrfoukienne. (M. d'Ohsson,)

Page 1