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fCALIPHAT PARFAIT ET IMPARFAIT (l).
Pour développer cet article religieux et politique tout (ensemble, nous croyons devoir exposer ici les motifs qui ont fait établir pette distinction du kalipliat parfait, et du Jcaliphat imparfait dans le sacerdoce musulman ; Tordre de succession des kaliphes universels reconiius pour les seuls vicaires légitimes du prophète; enfin les distinctions que fait la loi dans les pouvoirs et dans les titres des souverains qui possèdent Tun ou l'autre glaite.
Le mot de kaliphe, prononcé en arabe kaliphé, signifie vicaire, lieutenant et successeur. Mohammed, maître de Médine, la capitale de sa puissance naissante, et le premier «iége du kaliphat, confiait toujours en son absence, le soin
(i ) Ces deux mots tëmoignent asses de l'embarras de M. d'Ohsson, pour continaer aa Kaliphat, le caractère pins ou moins religieux que le Prophète ne lui avait assuré que pour trente ans.
et la garde de cette métropole à 9e$ principaux disciples , sous les titres de kaliphe et de caïmmëcam^ Vtm religieux, l'autre politique, pour y exercer à la fois les fonctions du sacerdoce et les droits du pouvoir suprerae. SadJbn-JEubadë fut le premier qu*il honora de ces titres, Tan 2 de rb^ire.
Mobaniined, presqu'agonisant, autorisa aussi Ebu-BeVir son beau-père à s'acquitter, en son non» et sous le titre de kalipbe, des fonctions sacerdotales. C'est cette circonstance qui contribua le plus à l'ëlection de ce prince, et qui en fit le premier des vicaires de Mobammed. Le jour même de sa proclamation, qui fut le lendemain de la mort du prophète, il fut salue par tous les Asshabs, ses collègues, sous le titre de kaUphé y Resêouf-^UUahye'esl^k'-dke, vicaire du prophète de Dieu , ou , pour mieux dire , de Tenvoyë Gëleste. L'an 12 de l'hégire, ayant été en pèlerinage à la Mecque, il laissa la garde de Mëdine à Osman , aussi sohs le titre de kaliphé. Après sa mort, il fut arrêté dans h même assembla qui proclama Omer, déjà solennef/ement nommé au kaliphat par Ebu-Békir, de ne pas lui décerner le même titre, c^mme peu convenable à un suecesseor non immédiat du prophète, mais de lui donner celui d'^mir-til Mumininn^ qui vent dife prince ou commandant des croyans.
Ce titre aussi sacré que celui de kaliphe, fut le phis auguste que portèrent Osman et Aly, ainsi que les kaliphes, soit Ommiades, soil Abassides, qui succédèrent au sacerdoce et à la puissance de Mohammed. Les Abassides y fi joutèrent ensuite le titre d^Imam^'ul-Mussliminn^ pontife des mnsu^mans.
La nomination formelle ou l'élection réputée Hhrc des
quatre premiers kalipbes, met donc la légitimité de leur kaliphat au-dessus decelfe de leurs successeurs ; c est pour- (juoi la loi les distiugue de ceux-ci, et caractérise leur sacerdoce du nom de kaliphat parfait.
I^'odjeux que présente aux regard» de la religion et de la loi Fentreprise de Muawiyé I, qui usurpa le kalipbat plus encore par la ruse que par la force des armes , fait placer le sacerdoce de toute cette maîsiou des Ommiades, presque au rang des puissances temporelles. On sait que ce prince ne dut son élévation sur la chaire de Mohammed , qu'à Tarlifice de son plénipotentiaire, Amr-Ibn-ul-Ass Aly, dans la chaleur des troubles qui suivirent le meurtre d'Osman et sa proclamation, eut l'imprudence de s'écarter du système politique de sçs prédécesseur^, et de déposer tous les gouverneurs de province qui lui donnaient de Tonibrage par leur crédit et leurs talens : de ce nombre étaient Muawiyé,gouverneurdeSyrie,etAmr-Ibn-ul-Ass, gouverneur de l'Egypte, dont lui-même avait fait la conquête. Ce derpier passe à Damo§, et porte Muawiyé à profiter des circonstances pour lever l'étendard de |a révolte. Sa valeur, ses richesses, sa naissance, sa qualité de beau-frère du propl^te, l'aifeçtion de ses troupes , en un mot, tout semblait l'enhardir à donner essor à ses vues ambitieuses. Muawiyé arme toute la Syrie, sous prétexte de venger la mprt d'Osman danç la personpe d'Aly, qu'il donne pour le premier auteur de ce parricide. Il échauffe l'esprit de ses milices et de tout le peuple, en lei^ moptrant la chemise ensafigl^ntée d'Osman, qu'il (ait s^ispeqdre avec appareil sur Ig çhsûre de la grande masquée de Damas. Il était déj^ à la tête d'une puissante armée, lorsque Aly puirch? contre lui avecJa plus grande partie des forces de l'Arabie, de
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l'Egypte et de l'Irak. Les deux armées se reocontreot à Sarëin, le 1 1 Safer 87 (a8 juillet 657); et après plusieurs journées d'une n^[ociation infructueuse, ils en viennent auK mains et se battent avec acharnement pendant deux fours et deux nuits. Au milieu de l'action, toujours indécise, Aly propose ^ Muawiyé un combat singulier, pour terminer, disait-il, comme par un jugemei^ juridique, leur querelle personnelle dcY.int le tribunal de Dieu, et épargner l'effusion du sang musulman. Muawiyé s'y refuse d'abord ; mais bientôt après, voyant le champ de bataille jonché de plus de cinquante mille hommes, il a recoure à un stratagème qui lui fut suggéré par Amr-Ibnul'Ass : il fait attacher au haut de la lance de ses soldats des feuilles du Gour'ann, et ses hérauts somment l'armée d'Aly de s'en rapporter au jugement de ce saint livre. A ces mots, les troupes du kaliphe suspendent le combat, mettent bas les armes, et traitent d'irréligieux leur propre souverain, qui voulait que l'on continuât l'action. L'enthousiasme des esprits fut tel, qu'Aly, voulant montrer de la fermeté et relever tout ce qu'il y avait d'artificieux dans le trait de son ennemi, deux des premiers officiers de l'armée, Mess*oud-Ibn-Fedek et Zeïd-Ibn-Hassin, lui dirent insolemment que s'il se refusait à la proposition de Muaviyé, faite sous les aa<(pices du saint Gour'ann , ils le livreraient entre ses mains, ou hii feraient subir une destinée pareille à celle d'Osman. Aly ébranlé cède aux circonstances, et fait aussitôt les démarches nécessaires pour s'entendre avec son rival. Alors Muawiyé, toujours dirigé par les conseils d'Amr-lbo-uUAss, demande que les parties aient à remettre la décision de leur cause à deux hommes ^Çalement recommandables par leur intégrité et leurs lu-:
mières. Aly s'y prête quoiqii'à regret, et nomme de soa côte Ebn-Moussa'y-Esch'ary, à qui Muawrijd oppose le même Arar-Ibn-ut-Ass. L'un et l'autre sont constitués solennellement kakem, c'est-à-dire arbitres, plénipotentiaires, dictateurs. Ils furent en effet les arbitres du différend de ces deux rivaux, comme de la destinée de la nionarchie mahométane.
L'acte en fut dressé dans le campd'Aly en présence des deux armées, et ces deux princes y étaient traités avec une ^alité parfaite. Ce fut en vain qu'Ebu-Moussa'y-£sch'ary s'opiniâtra à qualifier Aly de kaliphe ou d'émir'ul-mumininn ; son collègue tint ferme, en citant l'exemple du prophète dans le traité de Hudéybiyéj, signé avec le plénipotentiaire mecquois Ebu-Suhheyl, de sorte que la convention fut écrite en ces termes : « Aly, fils d'Ebu-Taleb pour ceux de l'Irak; et Muawiyé, fils d'Ebu-Sufyann pour ceux de la Syrie, etc. » Elle portait que les deux arinées se retireraient aussitôt, et que les arbitres, chacun à la tête d'un parti, se réuniraient au terme de sept mois, dans la lune de rhamazann, à Dewmelhd^Djendely pour examiner, discuter et prononcer définitivement sur cette grande af&ire. Après la signature d'une convention aussi dtrange, Aly rentra à Médine, et Muawiyé à Damas.
Au ternie prescrit, les deux hakem se rendirent au lieu indiqué pour le congrès, accompagnés d'une foule de Seigneurs, et escortés, chacun, de quatre cents soldats. Après mille discussions et mille tentatives, toutes infructueuses, pour concilier les intérêts des deux rivaux avec le bien et la tranquillité publique, Ebu-Moussa'y-Esch'ary, lassé de la fermeté et de Tadresse avec lesquelles Amr-Ibn-ul-Ass soutenait les prétentions de Muawiyé, proposa de les des-
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tituei- tous c)euX| et d'ëlever au kaliphat le prtooe Âbd'- Dllah, Bis du kalipbe Omer. Cette proposition B*ayaBt pas été ^lée, il offrit alors de s'en tenir à la déposition d'Aly et de Muawiyé, et de laisser à rassembli«, aux troupes qui formaient leur suite, la nomination d'un kalipbe.
C'était là €{ue l'attendait l'artificieux Amr-Ibn-ul-Ass. Satisfaits de cette proposition, ils sortent l'un et l'autre de la tente où ils étai^t à n^pocieri se présentent à l'assemblée, et disent d'une commune roix qu'ils étaient heureuhcment d'accord aiir le seul parti qu'il leur restait à proidre pour terminer une querelle qui intéressait autant le r<*pos et le salut du peuple rausulmaq. Amr-Ibn-ul-Ass, fei«^Dant ensuite de vouloir céder Iç pas à Esch'ary, l'eng *ge à parlei* le premier. Celui-ci s'avance et dit tout haut : « Saches, ô peuple! que le parti que nou9 avons dû prendre d'un ooromuo aocord, Amr-Ibo-ul^Ass et mai> pour le maintint de la paix et de la tranquillité publiques, oon* sîstes dans la déposition d'Aly et de Muawiyé, et dans la nomination d'un nouveau kalipbe, h votre gre', à votre cboix, puisque nous vous considérons en oe moment comme les repré^entans du peuple musulman. Ainsi, en vertu des pouvoirs qui me sont déféra, je destitue à la fois Aly et Muawiyé. C'est maintenant à vous à pi*océder à TéiectioB d'un nouveau kali[^e. » A l'instant, il se retire, et Amr- Iboi-ul-Ass prenant la parole : «Vous venez d'entendre, ô peuple! s'éoria-t-il , le prononcé formel d'Ebu-Moussa'y- Esdbjsiry ; il a déposé Aly et Muawiyé ; moi je dépose ai|ssi Aly, mais je confirme Mu;awiyé daps sa dignité , reconnaissant ses droits au kalipbat, comme vicaire I^itime d'Osmao, et comme vengeur du sfsipg de tet infortuné kalipbe.»
Un ëvénenieDt de cette nature frappe el cMconoerte toute rassemblée. La iiise et la surprise, coiorëes par les formalités les {dus rigoureuses | sous lautorilë de la religion, captivent aussitôt tous les esprits et les font petuâier vers Muawiyé, qui prend le titre <le kaliphe et le soutient glorieusement, autant par ses qualités personnelles que par le succès de ses armes. Aly^ fiiant alors sa rësidence à Kiuie, se consume eu vains efibrts contre l'usurpateur. Eufio, un vendredi, 17 rbamaz 4© (27 }anfier 661), il fut assassine par un fanatique de la secte des kharidjys , dans le tempie même, au milieu de la prière publique.
Le meurti^ed'Aly et la faiblesse de Hassan, son 61s, décident alors du sort du kaliphat en £aveur de Muawiyë. Hassan, proclame kaliphe d'une voix unanime dans Kiiifé, arme contre lui, et ces deux princes se renoontrent bientôt à Sekenn, sur la frontière de rirak« Alors lepusillammè Hassan, saisi d'effiroi à la vue de l'armée ennemie, très-^ipërieure en nombre, et ébranlé par divers atteutats com^ mis déjà contre sa personne, se détermine à sacrifier tout à sa sûreté et au repos public. Il mande à Muawiyé qu'il est disposée se démettre du kaliphat, dans la seule vue d'éviter l'eflusion du sang musulman. Il exige, pour condition, la reconnaissance de ses droits, dans le cas où il survivrait à Muaiviyé , la conservation du titre d'imam, et la pai*ole de Muawiyé de cesser ses poursuites en Arabie et dans l'Irak, contre les paitisans jd'Aly, son père. C'est sous ces conditions que Hassan fit sa renonckition solennelle en &* veur de son rival, événement remarquable qui eut liou le i5 de Rebiul-ewel, l'an 4» (3o juillet 661), appelé par ià Senel'ul'tljémaathy l'arunée dç réunion. Ainsi le rhgike de Hassan ne fut que de six nxus, ce qui complétait, dit TaM-^
46o ^ APPENDICE.
t«ir, \e$ trcote annëes de kaliphat parfait et lëgitime, annonce par le prophète qui , par cette raison, appelait loujcHirs Hassan le Pacificateur du peuple mahoméUn.
Nonobstant celte prédiction si respectëe dans le musuU nianîsme, Hassan, dans son abaissement, essuyait les railleries les plus insultantes de ses troupes et de ses sujets; on rappelait, même en face, la honte des croyans, Ar^ul- Mmslimin; Topprébre des Musulmans, MuziVul-MussUminn. Il répondait avec la plus grande douceur par cet ancien proverbe arabe : la honte doit céder au feu, EFar^n khair^^nnmin' ennar. Hassan rentre dans Riufé, gouverne ainsi llrak, sous le titre d'imam, au nom et sous l'autorité de Muawiyé, reconnu pour kaliphe l^itime dans toute PArabie et dans le reste de cette monarchie. Vers la fin de son règne, Yézid, fib aîné de Muawiyé, attenta à sa vie pour s'assurer de la succession au kaliphat. Ce (iit la femme même de l'infortuné Hassan-Djudé, de la maison de Caïss, qui, aveuglée par une ambition plus criminelle encore que celle de Yésid, eut la lâcheté d'assassiner son mari. Son mariage avec Yésid devait être le fruit de son crime. Mais ce prince , ne pouvant concevoir que du mépris pour elle, lui manqua de parole et la laissa périr de désespoir.
Telles furent les circonstances qui firent passer le kaliphat de la maison d'Aly dans celle de Muawiyé, qui le transmit à ses descendan5. Ainsi le sacerdoce des Oromiades et des Abassides, leurs successeurs, n'ayant point cette légitimité qui caractérisait celui des quatre premiers kaliphes élevés sur la chaire de Mohammed, par le vœu censé libre et unanime de tous les Asshabs et de tout le peuple musulman, l'empire sacerdotal des uns et des autres est,
par conséquent, regarde comme un kaliphat imparfait ( i )• Cependant la loi envisageant le sacerdoce de Mohammed comme indivisible, et sa puissance comme une monarchie universelle; cet ordre de pontifes, depuis Mua wiyé I jusqu'à Mohammed XII, le dernier des Abassides, forme^ avec les quatre premiers kaliphes, le seul tableau de succession, toujours réputée légitime, au sacerdoce mu-» sulman. {M. dOhsson.)