‹ De l'Empire ottoman, de ses nations et de sa dynastie, 1841-1845Chapitre 211 sur 213 · N« VII · texte numérisé non relu

N« VII

EZANN* /

Cet Ezann se renouvelle cinq fois par jour, et cin^ fois par jour il met en mouvement tous les peuples qui professent la religion de Mohammed. Au moment que la voix des muezzinns se fait entendre, le musulman , quel que soit son état , son rang , sa condition ^

(i) Non seulement la loi n*a rien dît de pareil; maïs il n*y a pas dans tout le Code MouUeha,\ïti seul mot sur ce point. Ce noni même de kaliphe ne s*y troure pas ëcrit; si ce n*est dans le KouthW introduit après la conquête de VEgypte; et de la façon à peu près subreptice que nous avons dite. M. d'Ohson a pris ui e certaine doctrine, une certaine jurisprudence pour la loi. Encore peut-on se souvenir de ce qu*est, au juste, cette doctrine jurispm* dentielle. Il y a mieux ; M. d'Ohsson lui-même n*a pas ose faire passer le nom kaliphal dans sa traduction, que nous avons littér»-' lement donnëe, en parlant de Flmameth dogmatique et lëgal. Et si nous ayons, nous aussi, appeU Kaliphe, l*Imam suprême; c*« été, comme Ton voit, pour ne manquer à aucune hypothèse.

4 ha '"'- APPENDICE.

âbandooDC lom poir faire la prière. Ou s'en acqnitle dans les mosquées, dans les maisons, dans les boutî^ qMs , dans les magasins , dans les marchés , dans les promenades publiques, enfin partout où l'on se trouve. A moins d'avoir vu cette nation cbez elle , on n'aura jamais qu'une idée imparfaite de son attention constante et scrupuleuse , hommes et femmes , grands et petits, riches et pauvres, prêtres et laïques, à satisfaire au devoir de ces cinq namazs. On dirait que ce peuple immense ne forme qu'une société religieuse.

Chaque jour on voit les ministres et les grands de l'Etat quitter la plume, suspendre les occupations les plus importantes pour se mettre sur le tapis scdjéizdé, et faire la prière au milieu de l'appartement où ils travaillent, souvent en présence d*une foule d'ofBciers. Lorsque le maître de la maison a fini son namaz , il cède ordinairement sa place aux plus distingués d'entre eux, qui remplissent successivement ce devoir. Les gens d'un rang subalterne passent dans un autre appartement. .

Cette pratique est si universelle, que personne n'ose y manquer, par la crainte d'être taxé d'irréligion. Quelque vicieux, quelque incrédule que soit un citoyen, il esC toujours attentif k ces devoirs dv cuUe extérieur, surtout s'il est employé au service public. C'est par-là que la nation le juge plutôt que par son mérite et ses talens. Lorsqu'un homme est élevé en charge ou en dignité, on ne fait communément son éloge que par ces mots : «« 11 est bon oausiilman, il ne maocpie jamais aux cinq namazs du jour. » Pour peu qn'î! soit îrrégulier dans sa conduite et dans ses mœurs, on s^écric :

APPf-ÎÏDlCE. * zi63

m Otsl uti infidèle, tib faux niusulMan, qui néglige les devoirs de là religion. » Ori setil <}iielle doit être la force de cette opinion sur les esprits même les plus libres, comme sur les personnes les plus puissantes dans l'empire par leur crédit et leurs emplois. Aussi soit piété , soit hypocrisie , tout musulman a la plus grâtide attention de satisfaire aux devoirs du culte pu* blic. ^ ^

Les cinq nàmazs du jour forment ensemble vingtneuf rik'aths, dont dix-sept sont de précepte divin, et les autres d'obligation imitatîve. Tous les musulmans s'en acquittent avec fidélité ; les dévots en font même davantage. Le kaliphe Haroun IV, dit Reshid , avait coutume de faire chaque jour dans Ses prières cent de ces rik'aths, et de distribuer cent talens aux pauvres.

Quoique Pobligation de faire le namaz dans la mos« quée même, et en corps d'assemblée, ne soit pas absolue, néanmoins la plus grande partie des citoyens de toutes les classes s'y rendent assiduement , surtout pour les diurnes. Ce sont ces prières en commun qui, à la suite de l'ezann, exigent i'ikameth : c'est une répétition de la même annonce; elle ne diffère de la première qu'en ce que celle - là se fait toujours sur le haut des minarets, par un muezzinn qui s*en acquitte debout, et que l'ikamet se rétite immédiatement après, dans la mosquée même , par tons les muezzinns assis dans leur tribnne.

Rien de plus simple ^e cet office public : il répond et à l'intérieur des masquées et à l'extérieur des imams et diàs autres ministres àe la religion , qui ne portent jamais aucun habit sacerdotal ; mais rien de

^ plas grand, rien d^las auguste que ce culte. lui-mèmé pratiqué dans le silences! le recueillement le plus profond.

Nonobstant la simplicité qui règne dans tous ces temples, ils ne laissent pas, surtout les mosquées impériales, de frapper l'œil par l'immensité de leur étendue et l'élévation de leurs voûtes. La plupart sont ornés de riches colonnes de porphyre , de vert antique ou de marbre. L'es décorations se réduisent à de petites lampes d'argent et à de petits lustres artistement travaillés , garnis à leur eniour de lampions et œufe d'autruche , sur lesquels on lit des versets duCour'ann écrits en lettres d'or. Quelques-unes de ces mosquées^ surtout celle du sultan Ahmed, ont aussi des lampes d'or enrichies même de pierreries. Les murs de toutes, en général, n'offrent que des inscriptions ou des tablettes sur lesquelles sont écrits en grosses lettres d'or le nom de Dieu, Allah, et ceux du Prophète, des quatre premiers kaliphes, et des imams Hassan et Hussein, enfans d'Aly. On n'y voit aucune image, aucune figure , aucune représentation quelconque , ni en peinture ni en sculpture ; la loi est très-rigoureuse sur ce point.

Trois objets principaux caractérisent, pour ainsi dire, tous les temples mahométans; ce sont : i^ Tau- W tel , mihhrab , qui consiste en une concavité ou espèce

de niche haute de six ou huit pieds, pratiquée dans le 'mur, au fond même de l'édifice, et qui n'a d'autre objet que d'indiquer la position géographique de la Mec^ que; 2<» la tribune des muezzinns, mahhftl muezzùnn, toujours à gauche de l'autel ; 3** la chaire , kursy, des

At^PENDICE. ^ ^^^^

scheiks prédicateurs : eJle^t éHvée de deux ou trois gradins à la droite de Pauteï. Dans les mosquées principales , qui ont le droit de faire le prône , khouihbé, à Toffice solennel des yendredîs et des deux fêtes de Bcyram , il y a une seconde chaire appelée minnlfer, uniquement consacrée au ministre, khatib, qui remplit cette fonction importante. Cette chaire, de quinze^ vingt ou vingt-trois gradins, en proportion de la hauteur de chaque mosquée, est placée à une certaine distance de l'autel, toujours à gauche. Les mosquées impériales , et celles que le sultan honore quelquefois de sa présence, sont aussi décorées d'une tribune, mahtifil'padischohy^ destinée à recevoir Sa Hautesse avec les kha$$ - odalys ou gentilshommes de sa chambre. Cette tribune, garnie de jalousies dorées, est pla< cée à droite de l'autel, vis-à-vis de la chaire des khatibs.

De jour, le service divin se fait sans cierges et sans flambeaux : ce n'est que dans les prières de nuit , aux premier, quatrième et cinquième namazs, que l'on allume une partie des lampions suspendus aux voûtes, et les cierges placés près de l'autel. Il n'y en a ordinairement que deux, l'un à droite, l'autre à gauche du mihhrab ; ce ^ont ceux des fondateurs des mosquées. Il est cependant permis aux âmes pieuses d'en ajouter ^

d'autres , et cela par des fondations également perpétuelles. Ainsi , quelques mosquées en ont quatre , six , huit, dix, etc. Us sont toujours placés à côté des deux premiers, en ligne droite, le long du mur; le nombre cependant n'excède jamais celui de dix - huit , neuf de chaque côté de l'autel. £n cas de nouvelles donations^ I. 3o

^^(}6 •* APP*Nftl6É.

le C3flfym-bnf ky d« b iAoâi|oéé, au li^Ci d'en àtogihéil- 1er lé nombre, les réuni I il la niasse àes antiennes, cl fait (aire de plos groâ cierges eti fonkie de flambeaux. Les ehandeliers sont eommùàément de cnhre ; f rès* péa de moèqoées en ont d'airgénf : celle de Saîiire- Sophie en a dent grands d'6r massif; triste mouumenc des dépooilles de la Hongrie ^ I6i-^<](ae Bride , sa capitale, totaba an pouroir de Suleyman h* : telle ésl do rttOtns Fèpiniori âû public et de iôàs les ministres qui deâsénreni cette rtiosqoéè.

On ne rdît dans aoèun ftinplé inahoméfan ni bâriés, ni ebalses, tl fauteuils : l'usagé n'en serait càihpâtiblé ni aveè les moeurs dé la nation^ ni avec la nature tnènié de son ciilté, iJUl, cothtne 6h l'a tu, colUste en des inclinations de tête et des prosternations. Grands et petite, tous s'asseyent indistinctement sur les tapis on sur les nattes dont les mosquées sont garnies daftâ tontes les saisèns de l'anhée ; aussi n'y entre-i-on jamais qu'avec la setonde chaussure, mésth; on dte là première li la porte du temple, en été comme en hiver.

Dans l'office public, l'imam célébrant e^t toujours placé devant l'aulel, à la tête de l'assemblée ; lé peuple se range derrière lui en lignes pat*allèles de droite à gauche , depuis l'autel jusqu'à la porte du temple. On âë se met jàniâîà iUr tihé nouvelle ligne que les vides dès p^ènllères né soient éùlièrement remplis : c'est dans cette ordonnafoéé ^tié l'en S'acquitte àti nàmaâiS en commun. Lès nlouvemens, les divers exercices quâ l'ôé if fait avec tihe Ihéttiode et uAe (irécision Singulières, 6ffî>ent le eotip^d^œil îè plus fhij^pant. L^îmàdi rëëltè sèn| le» ptièreS à h^mé foi* : il n'éSl perinis

qu'à fui et aux mue^na ^è pialmeiâier. De qaa«^ (orze proaodies qu'ik ont pour le chant spirituel, sept sont réprouvées comme profanes; les autres lont adoptées par les minisires de la religion; mais la plus estimée et la plus généralement suivie, est celle qui porte le nom ê^Assim, Le peuple répète à voix basse le chant de l'imam , et écoute .eu silence \z% différons chapitres du Cour'^ann qu'il récite. 11 n'y a que l'amen seul, amian, qu'il puisse articuler à voix haute. Cette prière namas, comme en l'a déjà observé, constitue tout l'office divin des mahotnét^ns ; elle est uniforme, générale, universelle, et dans toutes les heures canoniques , et dans toutes les mosquées , et dans tout le cours de l'année, che^ tous les peuples musulmans; il n'est de différence que dans le nombre àés rik'ahts prescrits pour chacune des heures canoniques, et dans ]a récitation des chapitres du Cour'ann qui sont ton^ jours au gré de chaque imam dans les prières on eom->^ mun, et de chaque individu dans celles qui se font en particulier.

Comme la loi n'admet dans l'assemblée des hommes que des femmes d'un certain âge, on n'en voit guère dans les mosquées ; cependant des tribunes particulières leur sont réservées : elles sont garnies de jalousies, et élevées k l'entrée du temple, au-dessus de la porte principale : par là les femmes qui s'y rendent , forment, suivant l'esprit de la loi , les derniers rangs de l'assemblée. Elles ne se réunissent jamais entre elles pour faire la prière en corps , soit à la mosquée , soit aUl^rs. Il n'existe nulle part ni couvens, ni mopastè^ res , ni maisons ni sociétés relieiieuse^ pour le sexe ;

presque toutes en général, quelques soient leur état et leur condition , font le namaz chez elles chacune en son particulier.

Mais les hommes , comme nous l'ayons dit , peuvent s'en acquitter en commun , chez eux ou ailleurs ; plusieurs des grands et des officiers en charge s^en font même un devoir toutes les fois qu'ils n'ont pas le temps d'aller à la mosquée ; alors ils prient en cornmun et avec les domestiques de leur maison. Si c'est dans leurs bureaux , dans leurs départemens , les officiers qui y sont employés v et tous ceux qui s'y trouvent dans les heures canoniques , se réunissent pour faire ensemble le namaz. A cet effet, on entretient dans les hôtels publics, dans les grandes Imaisons, des imams et des muezzinns particuliers, à titre de chapelains on d'aumôniers. Ces muezzinns annoncent Vetarni sur le haut de l'escalier ou vers la porte de la pièce destinée à la prière, se mettent ensuite dans une des lignes de l'assemblée, où ils récitent la seconde annonce, îhaméth; après quoi l'imam, placé comme dans les temples à la tête du corps, commence le namaz. Ces ministres particuliers n'ont rien de commun avec les minisires publics voués au service des mosquées. Ce sont de simples citoyens , nommés par les chefs des familles , sous le nom et l'autorité desquels ils président à ce religieux exercice, comme ayant euxmêmes le droit de s'en acquitter en personne. Cette prérogative est commune à tout musulman dans les assemblées particulières ; et c'est au choix de cet imam passager (i) que se rapportent spécialement les dispo-

(i) Encore ici M. d'OKsson est oblige de supposer dans la loi.

sitions de la loi sur les yertos et les qualités requise/ dans le sujet , pour qu'il puisse exercer légalement cet office à la tête de ses concitoyens.

A moins d'empéchemens légitimes , il est bien rare que l'on se dispense de faire les namazs du jour en commun , soit à la mosquée , soit ailleurs. L^s âmes dévotes et ceux qui ont intérêt à se ménager l'opinion du public, n'y manquent jamais. Les sultans euxmêmes s'eQ acquittent le plus souvent dans une chapelle du sérail, avec les gentilshommes de la chambre. On craint d'ailleurs les censures des gens de loi, dont les plus rigoristes ne cessent de blâmer hautement ceux qui se contentent de faire le namaz en leur particulier, mais surtout les gens en place et en dignité, comme devant être les premiers à en donner l'exemple au reste de la nation. (M. d'Ohsson.)

Page 1