‹ De l'Empire ottoman, de ses nations et de sa dynastie, 1841-1845Chapitre 23 sur 213 · LIVRE I", CHAP. 3, DU SULTAN · texte numérisé non relu

LIVRE I", CHAP. 3, DU SULTAN

cela, M. de Saint-Priest est venu au secours de la prérogative imamëienne ; mais- il ne l'a pas refaite. L*habileté du diplomate n'a pas même empêché qu'une cession absolue de la Crimée à la Russie , ne soit devenue inévitable, el en fort peu de temps ; pour couper court aux difficultés renaissantes d'une judicature dogmatique (i). La prérogative imaméienne est donc toujours aussi subordonnée, aussi aveuglément soumise que par le passé. Il n'y a pas un chef républicain qui se fasse faute de violer la loi, au nom du sahit public, et ne puisse obtenir ensuite un bill d'itidemnité. L'Imam opposerait- •

(i) Si le prince Gniraï céda ses Etats en 1781, et ai la Porte reconnut cette cession plus ou moins explicitement en 1784 ; nous savons bien que la grande raison de Catherine, ce fut la force. Mais le motif diplomatique et plausible n'en venait pas moins de Timpuissance imaméienne. La preuve , c'est que les Tartarcs étant censés avoir apostasie d'eux-mêmes, sur ce qu'ils s'étaient donné ou laissé donner la czarine pour chef, et par-là n'étant plus musulmans ; le sultan alors put traiter de bonne foi, et se résigner selon son dogme et sa *loi. Le traité de 1784 coûta moins d'heures à conclure qu'il n'avait fallu d'années pour celui de 1779* A vrai dire, la Porte se trouvait heureuse de biffer toutes les ^o/wvn/ib/u précédentes, que nous appellerions inconstitutionnelies dans un gouvernement représentatif.

il le salut public à Dieu ; et s'il l'osait^ qui pourrait Ten absoudre? La loi est donc le vëritable souverain en Turquie. Elle règne sur Timam, au même titre divin que sur le croyant. Or cette souveraineté légale basée sur l'égalité dogmatique des croyans, n'admet que des agens à son service; sans un seul organe indépendant.

C'est pourquoi les souvenirs de l'Inde , de Thèbes et de Mempliis évoqués à Constantinopie, ne sont que de révoltans anachronismes. Au temps de la plus grande ferveur musulmane, une triste Idole n'a souvent qu'à grand'peine » dérobé sa tête, à l'interprétation janissariale du dogme et de la loi. Les prétendus adorateurs enfonçaient les portes du temple au nom de la religion légale, et pénétraient dans le sanctuaire un feti\^a à la main. Les jours ne sont pas loin encore, où Mahmoud vainqueur de sa farouche milice, était publiquement traité de giaour (^incroyant) par les rues de sa capitale. Et l'opinion était aussi décidée par tout l'empire, où elle se taisait encore moins. Il est bien impossible après cela, de parler d'un gouvernement théocratique ni du pouvoir spirituel de Y imam suprême, comme du grand obstacle à la réforme de l'empire ottoman. Cela n'empêche pas sans doute la suprématie du padischah, sur tous les

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