LIVRE 1*% CHAP. I, DES OULEMAS
quie et s'y arrêtent, tandis que d'autres s'acbe* minent vers la magistrature et le professorat» en passant par des médressés uniquement destines à l' étude des lois. Nous ne cherchons pas en ce moment, quelle est la fonction religieuse des oulëmas de la mosquée. Voués exclusivement à leur charge plus ou moins spirituelle, étrangers de tout point au gouvernement ; ceuxlà , du moins , ne peuvent compter pour une théocratie quelconque. Mais ce qu'il faut dire tout de suite, c'est que le service de la mos* quée est un véritable brevet d'incapacité. Il n'y a que les écoliers infimes des écoles publiques, desquelles nous avons dit le programme si infime déjà, qui se fassent desservans du cuhe; assez instruits , à ce que Foq peut croire, pour l'œuvre de Dieu , trop ignorans , à ce qu'il pa* rait, pour l'œuvre des hommes. Os s'arrêtent à la mosquée, parce qu'ils sont incapables de monter plus haut. Aussi \imam qui dit la prière publique, le muezzim qui l'annonce du haut des minarets et invite les croyans à s'y rendre , le cayim qui entretient les nattes et veille aux portes de la mosquée; Imam, Muezzim et Cayim i&ont tous trois ministres du culte, au même titre identiquement Et la preuve en est, pour ne citer que celle-là, que dans les localités peu
importantes ; cVst le même ministre qui a le tri* pie office de dire la prière, d'y appeler le pu^ blic, de nettoyer les nattes et de veiller aax portes. C'est pourquoi les oulémas de la mos-r quée restent, non pas seulement au dernier rang dans le corps , mais profondément séparés des oulëmas-juges ou professeurs. Le dernier des naibs (juges du cinquième et dernier ordre) se croirait dégradé , quand on le ferait le premier des imams de mosquée ; Imam de Sainte- Sophie « par exemple. Mais Ton ne songerait guère pluSt ea Turquie, è faire un naïb d'un imam ; qq*oa ne s'aviserait, en France, de faire un curé de son sacristain.
Les oulémas de la judicature inférieure, nmbs et cadis^ ne sont pas moins séparés du professorat et de la magistrature supérieure des trois premiers ordres. Naïbs et Cadis ont continué les premières études de Técole publique et élémentaire t ils ont même subi des examens, dont un dernier assez solennel , à la suite desquels ou les a admis dans une école de droit spéciale. Us ont encore étudié, plusieurs années, dans cette école, et n'en sont sortis qu'avec le titre àemuiazim (préparé). Mais ils s'en sont tenus là; pr^arés a la grande instruction, comme leur titre l'indique, ils ont renoncé à la recevoir.
LlVan: I*', CHAP. I , DES OULÉMAS. 7
Ils demeureront toujours à une distance infiranchissable des mudtrris (professeurs) et des mol^ las (juges des trois premiers ordres)^ Naibs ou Cadis selon leur capacitë et leurs protections ; ils ne s'élèveront jamais plus haut qu'une jugerie de détails où ils doivent s'absorber, sans aucune influence possible sur le gouvernement général de l'empire.
Il ne faut pas moins de sept années d'études, pour passer muderris (professeur) de mulazim (préparé); après quoi il reste dix degrés à par<courir dans le professorat même. Et si vous n'allez pas jusqu'au dernier; si vous entrez auparavant dans quelque charge du troisième ou du second ordre, vous ne comptez plus sur le tableau du professorat, où il faut à peu près pass^jp s^a vie pour arriver suix charges de|premier ordre, telles que Kasinisker de Homélie, Kasi^ asher dAnaioUe^ Istamhohkadissi, et quelques autres d'un<e véritable importance politique. Les oulémas ^insi efïacës du tableau des muderris^ sont toujours oulémas sans doute ; mais ils se trouvent dès lors absorbés comme les nmbseX, les cadis, frappés comme eux d'une sorte d'incapacité personnelle ; un peu plus, un peu moin^ haut placés, il n'importe. Car ils se sont jugés eux-fitiémes, en refusant d'aller jusqu'au boiit de
8 DE L\ THÉOCRATIE OTTOMAKE.
la scieuce, en acceptant une fonction de judicature secondaire après tout. Désormais ib ne compteront pas plus dans le gouvernement que parmi les muderris; ils n'arriveront jamais aux grandes Charges qu'on peut appeler gouvernementales* D'où il suit qu'il faut rapporter uniquement aux oulëmas-professeurs , tout ce que l'on a ditMes oulëmas en gënëral. Ajoutons qiie le^professorat donne un titre icidëpendant de l'emploi, que l'on est professeur par l'ins^ cription au tableau, non par la chaire qui ëchoit ou doit échoir à chacun selon son degré.
Il faut surtout ne pas confondre la fonction même avec le titre de muderris, dans la personne de Toulëma revêtu d'une Charge de premier ordre. La plus haute Charge est révocable et annuelle. Fût-elle viagère comme autrefois, ce serait toujours une délégation. C'est le sultan qui y nomme. Evidemment l'influence et l'action de cette Charge, quelqu*elIessoieni,demeurentséparéesde l'influence et de l'action propres de X ouléma. Il est vrai que le titre de muderris, donne un droit exclusif aux premières places de la magistrature ottomane, occupées ainsi presqu'à tour de rôle par un petit nombre de professeurs. Et sans doute un piareil privilège compte pour beaucoup, dans les