‹ De l'Empire ottoman, de ses nations et de sa dynastie, 1841-1845Chapitre 5 sur 213 · LIVRE I", CHAP, I , DES OUJLÉMAS · texte numérisé non relu

LIVRE I", CHAP, I , DES OUJLÉMAS

forces vires du corps des oulëmas;. mais cela ne va pas jusqu'à en déplacer le siëge, jusqu'à en changer la nature. La plus grande valeur du privilège dont nous parlons , consiste prëcisémenten ce que le nouveau magistrat demeure pour l'exercice de son pouvoir, plus ou moins 6dèle à l'esprit de corps, plus ou moins soumis à l'action centrale des oulémas-muderris, au sein desquels il doit rentrer l'année suivante (i). Or l'on a vu plus d'une fois le pouvoir du foncr Uonnaire, s'employer contre l'enseignement du professeur. En définitive, s'il s'agit d'une décision à prendre , d'une action à exercer dans l'intérêt commun; ii ne se trouve de membres vraiment capables et libres d'y concourir par tout le corps des oulémas, que les membres étrangers à la judicature comme au culte , inscrits seulement au tableau du professorat dans les cglléges de Constantinople. Car il n'est pas question des oulémas de province, muderris ou non. Ni Brousse ni Andrinople ne peuvent donner un premier magistrat à l'empire. C'est par un tour

(i) U n'arrive jamais qu'un juge de premier ordre occupe une chaire après son exercice judiciaire. Il attend son lour pour être replacé, jusqu'à ce que d'Is- 1ambol'Kadi5si,il puisse être nomme Kasi-asker d'Anatolie ; de Kasi-asker d'Anatolie, Kasi-asker de Romélit.

lO DE LA THÉOCRATIE OTTOMANE.

de force queues muderris de ces grandes villeSt parviennent aux charges de second ou de troisième ordre, dévolues à des muderris effacés de leur tableau dans la capitale.

Ouléma signifie exactement lettré. C'est donc le savoir qui fait le titre de l'ouléma. L'ouléma est un docteur, dans Tacception générique du mot. Mais l'enseignement de la science dinme naturellement la prééminence parmi les savans ; et c'est pourquoi Youlémchmuderris est devenu un docteur au-dessus des docteurs, un ouléma influent et agissant à l'exclusion du corps entier. C'est là l'ouléma véritable, et son titre est dans le professorat. Réduite à ces termes, la question est de savoir si le professorat ottoman est une théocratie ou fraction de théocratie. Or, il y a deux idées dans ce mot de théocra* tfe^ l'idée de Dieu et l'idée de Pouvoir. L'en-r iseignement des collèges deConstantinople vientil de Dieu? Le professorat ottoman est-il un pouvoir politique ?

L'enseignement des collèges vient-il de Dieu? Ce qui a fait l'erreur sur ce point ; c'est d'une part, que l'on a confondu Y imam avec le mu-derris, l'ouléma du culte avec Vouléma de l'enseignement. C'est d'autre part ; que l'enseigoefnent roule sur un dogme divin, sur une loi reliT

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giease on une reUgion-loi. Quant à laconfusioa du colle et de renseignement; nous ne youlons pas anticiper sur ce que nous aurons à dire bientôt, de la domesticilë plus ou moins ecclésiastique àesprieurs, crieurs eigardiens de mosquée. Nous rappelons seulement Tincapacité radicale, l'espèce d'indignitë qui sépare Vimam du pro» fesseur.

Quant aux matières de renseignement; il est bieq dans la croyance générale qu'elles viennent de Dieu, par Mahomet son prophète. Mais autre chose est une science divine , autre chose est un enseignement divin. La chose en^ seignée n'est pas renseignement même. Pour que l'enseignement du collège fût divin; il faudrait que le professeur y parlât au nom de Dieu, y occupât sa chaire par la volonté divine* Que Ton y enseigne le dogme, et que le dogme soit divin; que Ton y explique la loi, et que la loi soit divine, cela ne suffit pas. Evidemment ; le caractère divin du professeur doit s'ajouter à Torigine divine du dogme qu'il enseigne, on de la loi qu'il explique. L'Université de France mettrait l'ff^^/i^^ dans sts programmes, que l'Unie versité ne serait pas X Eglise de Jésus-Christ, que le Grand-Mailre ne serait pas un Pontife. Il faut donc que le professeur ottoman soit \jfl\

prêtre, ni plus ni moins. Que sera Vimam alors, et que fera-t-on de la mosquëeP Encore une fois, nous ne prëjugeons pas le Sacerdoce de Yimameth. Seulement il est à croire que si la religion du prophète a son Eglise, cette ëglise est avec le culte , non avec renseignement; le prêtre, c'est Vimam, non le professeur. Et il n'importe que les oulémas de la judi^ cature aient la surveillance ou la police du culte, qu'ils doivent même à l'occasion remplacer TA /lin/Tidans son service. En premier lieu; c'est une charge du fonctionnaire, non de l'oulëma. En second lieu; cela pourrait bien indiquer que tout le monde met la main au culte en Turquie, que l'on n'y connaît point à' église, par conséquent, dans le sens spirituel et divin du chris-r tianisme. Cela ne prouverait pas apparemment que le professeur y fût un prêtre.

Il n'y a qu'à voir, au surplus, comment s'ac-» quiert le titre à^ oiUéma^muderris, à quoi il tient exclusivement. Il s'acquiert par l'étude nécessaire à toute science, par l'épreuve habituelle des examens ; il tient à des diplômes successifs, à l'inscription sur un tableau, dans le degré scientifique où le professeur est parvenu. C'est une affaire d'Ecole et d'Académie, point du foiit dp croyance et de religion.

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Le muderris, poui* son titre , ne relère que de soi-même. Les examens, le» diplâmes« Tinserîption au tableau professoral ; tout cela constate la capacitë, mais ne la donne pas. Vous êtes docteur, professeur, inscrit au tableau, gradue enfin par ce que tous aye2 pu apprendre, par ce que tous enseignez chaque jour aux autres ; non par aucune ioterrention qui imprime un caractère particulier, à la chaire ni à renseignement que vous pratiques. Cela est tellement yrai que si , an lieu d'un dogme dirin et d'une loi religieuse , Ton n'enseignait plus à l'avenir, dans les collèges de l'empire, que les humanités et les mathématiques; il n'y aurait rien à changer à l'organisation du professorat. Le muderris pourrait demain être inscrit pour monter dans sa chaire, comme il était inscrit pour y monter hier. Et puis, malgré TuniversaUté religieuse de l'enseignement turc, malgré la décadence actuelle des anciens médressés arabes, où Sélim et Soliman rétablirent en vain les chaires consacrées, sous les caliphes, aux arts de la Grèce et aux sciences de l'Arabie; il ne faut pas croire pourtant qu'aucune science purement humaine ne s'enseigne en Turquie. Ne fût-ce qu'un peu de grammaire et de syntaxe, de poésie persane et de psalmodie plus ou

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moins musicale ; il y a enfin des Cours pour ces débris d'instruclion*publique, dont le programme exact n'importe pas ici. Or, le profes-* seur de syntaxe ou de poésie conquiert son titre et donne son enseignement, de la même façon que le professeur chargé d'enseigner la croyance du Coran, ou la tradition de la Sourmok Jje professorat ottoman est-il un pouvoir politique? On s'est fait à cet égard, les idées les plus bizarres et les plus incroyables pour un musulman. U semble que les oulémas n'aient sunrécu aux janissaires, que pour continuer et maintenir l'immobilisme de l'empire ; tandis que les oulé* mas personnifient, encore aujourd'hui, ce qui reste de mouvement dans la société musulmane. On dirait que l'enseignement religieux des mé" dressés paralyse le gouvernement et la loi; tandis que si le gouvernement et la loi ne sont pas entièrement atrophiés à l'heure qu'il est, l'empire en est redevable, avant tout, au corps respectable et si peu connu des professeurs ottomans. Dans les investigations les plus avancées et les plus favorables ; c'est encore aux oulémas que l'on attribue la législation actuelle de la Turquie^ avec ses possibilités de modification (^i). Ils peuvent, à

(i) «Expression arrêtée, inflexible, violente de la loi; ies janissaires ont dû périr. Mais pourquoi les otilé-^

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