LIVRE II, CHAP. 3, DU CULTE
lut, plus OU moins quintesscnciëe dans ses for* mes. Tout le spiritualisme du Keabë a ëchoue, contre les observances matërielles des stations sur la route et autour de l'enceinte sacrëe , ou s'est perdu dans la superstition extra-lëgale des Six Bienheureux, présens et invisibles €iu temple de la Mecque, dans les cinq heures canoniques du jour destinées à la prière namaz (i). Le Dieu du tabernacle s'est change dans la fameuse PIERRE NOIRE, pour laquelle lesPëlerins réservent la plus grande partie de leurs pieuses ëvolutions. « L'hommage que l'on rend à cette pierre, dit le code moulteka, est pour rappeler au fidèle, l'aveu et la confirmation de l'acte de. foi que toute la lëgion des êtres spirituels fit à la création du monde. L'Être - Suprême les ayant interroges de la sorte : Ne suis -je pas
(i) Voyez le Tableau général, U i, p. 3i6, où M. d'Ohsson attribue surtout aux scbeiks et aux der* wîscbs, ces croyances devenues générales dans l'empire , contrairement k l'Islam. Cela confirme singulièrement notre opinion sur ces Religieux, qui ont tiré parti de tout pour spiritualiser leur religion. Faute do Dieu dogmatique dans le keabé, ils y ont mis ces iwisiaies saints. C'est en effet à des Scbeiks et des Derwîscbs, que le keabé est redevable du dëveloppemeuf anormal de son culte.
l5o D£ LA RELIGION, DOGME ET LOI.
votre Dieu? Tous répondirent : Oui, vous Têtes. Ces paroles furent déposées dans le sein de cette pierre par l'Eternel lui-même, comme Tapôtre céleste l'a révélé et confirmé plusieurs fois à ses disciples, en leur parlant de la sainteté et de la veitu de ce précieux monument. Ainsi cette pierre exige les hommages et les respects des fidèles, parce qu'au grand jour du jugement, elle rendra témoignage en faveur de tous ceux qui auront eu le bonheur de la baiser ou de la toucher avec foi et révérence. »
La pierre noire est ainsi destinée à faire l'unité religieuse dans le culte islamique, faute d une église divine que le dogme empêche. C'est évidemment là, son objet légal et sa figure rituelle. Eh bien! la pierre noire ne répond pas même à sa destination. L'unité musulmane, que maintient à grand'peine une discipline légale, se dissout en face du Keabé de la Mecque (i),
( i) Le temple de la Mecque esl le seul de tout l'empire ottoman où le culte public soit permis suiv^aol les statuts des quatre rits orthodoxes du musuliiianisme. Il existe à cet effet, autour du Keabé, quatre édifices cousacrés, chacun, au culte particulier desdifférens sectateurs de ces rits. On les distingue sous les dénominations de Mecam-Hanefyy Mecam-Scha/y^ Mecam-Maliky et Mecam-Hannbely, du nom des imams fondateurs