LIVRE II, CHAP. 4* DE LA MORALE
claves et épouser plusieurs femmes. Toute la civilisation antique ne porte-t-elle point cette double tache originelle? Nous n'en sommes pas à tracer un plan de réforme , nous ne disons pas surtout qu'il faille conserver ni Tune ni Pautre des deux institutions antiques. Mais quand nous en serons là ; il se peut que nous prenions la liberté de remontrer, aux juges inexorables de l'esclavage et de la polygamie, qu'il y a pour les Ottomans des réformes plus urgentes.
Depuis que Montesquieu Ta condamnée , la polygamie est spécialement l'objet légal de tontes les répulsions et de toutes les sentences de mort. Nul publicisle honnête n'y a encore osé manquer. Si M. Blanqui n'ose hasarder devant X Institut, une statistique de ce crime effroyable qui attente à l'humanité dès avant le berceau; c'est la faute des polygames. S'il n'y a bientôt plus de Turcs dans la Turquie d'Europe, si la race turque s 'ap ouvrit à vue d'œil, de telle sorte que les troupes turques ne sont qu 'une réunion forcée de borgnes, de bossus, de boiteux, d'éclopis; c'est encore la faute des polygames. S'il existe enfin des gynécées de femmes élevées pour V esclavage, à qui l'on apprend surtout ce qu'il importe d'ignorer, et qui s'étudient à charmer
par la dégradation, comme les nôtres charment sans efforts par la modestie; c'est toujours la faute de la polygamie. Nous en demandons pardon à l'illustre auteur de X Esprit des lois; mais d'abord nous ne sommes pas du tout assuré, que la polygamie soit un si mauvais instrument de population! La seule famille des Àbassides, qui a dépassé trente-trois mille âmes, n'est-elle point une suffisante compensation des deux fils et deux filles restés à sultan Mahmoud, sur les trente qu'il .avait eus pourtant? Nous pourrions bien croire, si nous l'osions, que sans la polygamie, une race de quelques milliers d'hommes dévorée par la guerre permanente, épuisée par tous les champs de bataille de l'Europe et de l'Asie, seule contre les armées de l'Orient et de l'Occident plus d'une fois coalisées; que, sans la polygamie, cette race aurait au contraire disparu tout-à-fait du sol de l'Europe. Quant à la dégradation de la famille musulmane (i) par le
(i) Tout ce qui touche au surplus la vie réelle de la famille et de la société orientales , appartient essentiellement à notre seconde partie; l'OaiENT. Nous avons nos statistiques aussi, sans lesquelles nous n'oserions pas dire que Constantinople, à l'heure qu'il est encore, Constantinople polygame produit plus de population que Paris honnêtement marié. M. Blanqui est