LIVRE III, CHAP. 2, DU CORAN. 3lï
sibles, là où on changement de communion serait on opprobre qui flétrirait, et que punirait souvent de mort une tribu, un village, une famille; quant aux mahométans, il est inouï qu'on en ait jamais converti. Leur religion est un déisme pratique, dont la morale est la même en principe que celle du christianisme , moins le dogme de la divinité de l'homme. Le dogme du mahométisme n'est que la croyance dans l'inspiration divine , manifestée par un homme plus sage et plus favorisé de l'émanation céleste que le reste de ses semblables. On a mêlé plus tard quelques faits miraculeux à la mission de Mahomet ; mais ces miracles des légendes islamiques ne sont pas le fond de la religion , et ne sont pas admis par les Turcs éclairés. Toutes les religions ont leurs légendes, leurs traditions absurdes, leur côté populaire. Le côté philosophique du mahométisme est pur de ces grossiers mélanges ; il n'est que résignation à la volonté de Dieu et charité envers les hommes. J'ai vu un grand nombre de Turcs et d'Arabes, profondément religieux, qui n'admettaient de leur religion que ce qu'elle a de raisonnable et d'humain. Leur raison n'avait pas d'effort à faire pour admettre des dogmes qui la révoltent : c'est le théisme pratique et contemplatif. On ne convertit guère de pareils hommes : on descend du dogme merveilleux au dogme simple ; on ne remonte pas du dogme simple au dogme merveilleux... Le corps sacerdotal ne s'est formé que plus tard et par corruption.,. Mais il est des états dont le principe yital est dans leurs vices mêmes, et qu'une réforme tue au lieu de les régénérer... L'em«pire ottoman , qui n'était au fond qu'une magnifique
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théocratie militaire, avait besoin de deux élémens pour subsister, le fanatisme et la conquête. Une nation comme les Turcs qui ne voulait ni cultiver, ni commercer, ni s'administrer, devait s'affaisser sur ellemême , le jour où elle n'aurait plus ni le zèle de la propagation de ses dogmes, ni des peuples à soumettre et à faire travailler pour elle en les pressurant. L'empire ottoman n'existe plus que de nom. D'où est venue cette rapide décadence? Ce n'est pas une question de tribune, c'est une question de philosophie. Tout au plus peut-on dire qu'un peuple qui n'a pour principe d'existence, qu'un dogme religieux, est condamné à périr lorsque ce dogme s'affaiblit et s'éteint dans les croyances. Le principe ottomaq , c'était le fanatisme.
On peut voir s'il nous a été possible, de ne pas constater deux islamismes fort différens, dans le système de M. de Lamartine. En premier lieu ; un islamisme dogmatiquement fanatique, cet islamisme détestable des croisades, contre lequel il n'y avait qu'à courir sus et en purger la terre. En second Heu; un islamisme pour le moins aussi raisonnable, et peut- être plus philosophique qu'aucune autre religion. Si nous discutons d'abord l'islamisme fanatique, ce n'est pas qu'il soit venu le premier dans la pensée de l'auteur; c'est qu'il a fourni les conclusions politiques de l'homme d'Etat, c'est