‹ De l'empire Ottoman, de ses nations et sa dynastie, 1841-1845Chapitre 207 sur 245 · LIVRE III, CHAP. 2, DU CORAN. 35i · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP. 2, DU CORAN. 35i

n'est qu'un éclectisme religieux. Mais l'hérésie se fait secte d'ordinaire, et pour vivre. Après avoir protesté de la raison de tout le monde, elle prétend imposer quelque raison individuelle. Négation innommée d'abord, 1' hérésie prend bientôt le nom de son auteur. N'étant rien en soi au commencement , elle se ménage à la fin une vie propre et une représentation particulière. C'est là sa doctrine ; après quoi l'hérésie a tout au moins l'extérieur d'une religion nouvelle. Loin de là ; l'hérésie du Coran se confie en son principe , d'où elle proteste uniquement et identiquement.

L'éclectisme du livre est trop assuré en soi, pour avoir recours à rien d'autre, pour en appeler à personne. Le nom même de mahomètisme n'est qu'une injure moderne à Y Islam. Point de divisions , point de sectes , point de nouveautés sur la terre ; ni juifs , ni chrétiens , ni organisations exclusives d'aucune sorte. \oilà le protestantisme du livre et toute son hérésie. Autrement, le Dieu de l'Islam eut protesté contre soi-même. Le Coran, en effet, ne pouvait pas revêtir l'organisme humain d'une religion quelconque , à moins que le texte corassique fût insuffisante manifester et à défendre le fond du livre divin. Car ce texte nouveau était une

36o DE MAHOMET ET DE SON LIVRE.

interprétation souveraine 9 une solution définir tive des anciennes Ecritures ; ou ce n'était rien, qu'une contrefaçon du Pentateuque et un plagiat de l'Evangile. La terre devait être à toujours et pleinement éclairée du Coran ; ou le livre divin était incessamment à recommencer, et le polémiste de la prophétie était un prophète inur tile. Le texte corassique suffisait à tout , répondait à tout ; ou le dieu de Mahomet était un dieu impuissant.

Rien de plus libre donc, rien de plus* large et de plus facile que le Coran. Un protestantisme pur, dans un livre vraiment éclectique, pour toute religion. Cela explique bien la divergence de tous les islamismes possibles; c'estlà leur principe commun. Le Coran admet si peu de dogmes, et ceux qu'il admet ont si peu d'importance dogmatique ; que M. de LamarT tine a pu n'y voir qu'un simple déisme, la déo-r dicée de l'école d'Alexandrie, ou bien près. Pourtant le livre n'affecte paç seulement une religion ; il tend à réglementer l'humanité d'un bout à l'autre de son action , la société comme les individus, la politique générale comme l'intérieur de la famille. On dirait que le Coran ne laisse rien à faire à l'esprit humain , et donne créance au mot fameux du kaliphe Omar. Le

Page 1